‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 54 sur 232 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

calcaire marneux se retrouve aux environs de Cravant. Il est recouvert , sur le plateau entre Vermanton et Cravant, ainsi qu'au nord de ce dernier endroït, par un calcaire blanchâtre très-compacte. Plus haut encore, et dans des couches évidemment plus élevées dans la série, se trouve un calcaire blanc presque terreux , d’un aspect tout-à-fait crétacé, contenant des Polypiers , des pointes d'Oursin, de grosses coquilles fibreuses , des Térébratules , etc. On peut observer ce calcaire dans des carrières situées sur le bord de la route de Paris au commencement de la montée qui se trouve à l’est d’Trancy. Ce calcaire blanc, à cassure terreuse, rappelle complètement ceux qui m'oni paru de même se trouver au-dessus de loxford-clay dans la vallée de la Meuse, près de Vaucouleurs , de Commercy et de Saint-Mihiel. La disposition des couches de la contrée annonce que ce même calcaire est peu éloigné du calcaire compacte pétri des Nérinées , caractéristiques du coral-rag qu’on exploite à Saint-Prix ou Saint-Brice, village situé à 1 lieue au N.-O. d'Irancy.

La côte qu'on monte en sortant d'Ancy-le-Franc, par la route de Tonnerre , forme la continuation évidente de la longue falaise qu’on peut suivre depuis le département des Ardennes, et que j'ai déjà mentionnée.

La partie inférieure de cette côte est formée par un calcaire marneux à cassure terreuse, grisätre à la surface des blocs, et bleuâtre dans leurintérieur. On peut aisément, près de Fulvy et de Villiers-les-Hauts, vérifier sa superposition aux calcaires oolithiques des plateaux supérieurs de l’Auxois. En haut de la côte d’Ancy-le-

Franc on exploite, comme pierre de taille, un calcaire

| (259 ) d’un blanc jaunâtre , d'un grain terreux , contenant des fossiles cylindroïdes peu distincts, et de grosses bivalves à stries concentriques. La carrière présente une épaisseur de plus de ro mètres de ce calcaire ; il repose indubitablement sur le calcaire marneux qui afflue sur les pentes des coteaux qui entourent Ancy-le-Franc.

Le même calcaire d’un blanc jaunâtre, à cassure terreuse, se retrouve plus loin sur la route de Tonnerre, près du pont de Lezinnes, où il est encore exploité comme pierre de taille sur la rive droite de l’Armançon. Dans l'intervalle entre les deux carrières que je viens de citer, les couches qui forment le plateau , et qui sont nécessairement superposées à celles des carrières, présentent un calcaire compacte, quelquefois un peu argileux , alternant avec des couches de calcaire compacte très-argileux.

On peut suivre ce système de couches jusqu’à Tonverre, où il contient en abondance des fossiles qui ne peuvent laisser aucun doute sur la place qu'il occupe dans la série oolithique.

L'examen des carrières situées au S.-E. de Tonnerre, et celui des pentes des coteaux dans les flancs desquels elles sont ouvertes, m'a fait conclure qu'à partir de niveau de l’Armançon on trouve successivement, les unes au-dessus des autres , les assises suivantes, qui plongent légèrement vers le N. 10° OC.

D'abord un calcaire compacte jaunâtre , à cassure un peu terreuse, parsemé d’oolithes peu régulières, distri buées irrégulièrement.

Plus haut un calcaire blanc, à cassure terreuse , ren-

fermant des silex irrégulièrement zonés, et des géodes

( 260 ) tapissés de spath calcaire, et présentant un grand nombre de Polypiers, des Huîtres, des Nérinées, des pointes d’Oursin très-longues , etc.

Ensuite des assises d’un calcaire compacte blanc, mélangé par rognons irréguliers avec du calcaire d’un grain terreux, pétri d’oolithes. J'y ai remarqué un grand Plagiostome strié, et des Térébratules lisses et striées. Ce calcaire rappelle celui qui se trouve aux portes de Verdun, sur la route de Metz, dans des couches qui paraissent intercalées entre l'argile d'Oxford, de la côte de Manheulle, et l'argile de Kimmeridge, de la côte de Fresne-au-Mont. *

Plus haut encore se trouve un calcaire oolithique trèstendre, et même un peu tachant, contenant un mélange de très-grosses oolithes très-irrégulières , et renfermant des Encrines circulaires, de grandes Nérinées , des Di: cérates , de grandes coquilles fibreuses , des Huîtres dentelées , des Térébratules striées , et autres bivalves,, des empreintes végétales peu distinctes, etc.

IL est recouvert par une couche de plusieurs mètres d'épaisseur d’un calcaire blanc schistoïde, très-peu solide , à cassure terreuse, qui contient de grandes modioles.

Sur celle-ci repose une couche de plusieurs mètres d'épaisseur de calcaire blanc, d'un grain terreux, un peu tachant, qui contient des oolithes très-régulières, mais peu solides. Cette couche s’éboule très-facilement au contact de l'air.

Elle est recouverte par un calcaire jaunâtre trèsgrossier, pétri de grosses oolithes très -irrégulières, et de beaucoup de fossiles , tels que des Polypiers,

des, Nérinées , des Dicérates, des Térébratules striées, qui semblent tous avoir été corrodés par un liquide dissolvant : le tout est très - confusément. aggloméré. Ce banc épais de 2 à 3 mètres résiste assez bien à l’action de l’air, et fait saillie au-dessus du précédent ; quoique presque horizontal, il est composé de grosses strates inclinées de plus de 15°. Quelques-uns de ses caractères rappellent le coral-rag des Anglais , et d’autres leur pisolïie ow oolite d'Oxford, et tout indique en effet qu'il leur correspond à peu de chose près par sa position géologique.

En effet, bien qu'il existe des Nérinées à différens étages de la série oolithique, ce n’est que dans les couches. interposées entre l'argile d'Oxford et l’argile de Kimmeridge , que j'en ai vu de la grandeur et du facies de celles que j’ai indiquées dans les couches dontje viens de parler. J'en dirai autant des Dicérates, de certains Polypiers en forme d’énormes chou-fleurs, de certaines pointes d'Oursin, etc. Je regrette beaucoup de ne pouvoir donner une liste de fossiles plus complète etsurtout plus précise. Privée de ce secours, cette Note ne peut être considérée que comme un simple aperçu. Par une suite presque nécessaire de la rapidité forcée de: mes courses, J'ai été conduit le plus souvent à déduire principalement l’âge géologique des couches de leur posilion , par rapport à des couches connues , et de leurs rapports avec Îes traits généraux de la configuration extérieure du sol; mais je n’en sens pas moins que dans certains cas, et dans celui-ci plus que dans tout autre, il y a licu d’en appeleren dernier ressort aux caractères zoologiques.

Je crois toutefois avoir indiqué assez de ces caractères pour que les personnes qui ont exploré, soit en Normandie, soit dans le N.-E. de la France, la ceinture jurassique du bassin qui comprend Londres et Paris, ne puissent placer les couches dont je viens de parler ailleurs que dans l'étage du coral-rag et de l’oolühe d'Oxford.

Au-dessus de la couche de ealcaire jaunâtre grossier

dont je viens de parler, se trouve un calcairé compacte d’un gris jaunâtre , un peu marneux , dont certaines par ties, disposées par rognons irréguliers , sont pétries d’oolithes.

Ce dernier passe, dans sa partie supérieure , au calcaire compacte , schistoïde, d’un gris légèrement verdâtre, dont est formé le plateau qui, au S.-E. de Tonnerre, couronne la colline de Mont-Sara. Celui-ci constitue aussi tous les plateaux qui s'étendent vers Ancy-le-Franc. Comme je l’ai dit plus haut, il se trouve, entre Ancy-le-Franc et Lezinnes , superposé au calcaire blanchâtre , à cassure terreuse , du haut de la côte d’Ancy-le-Frane , et ce dernier n'est autre chose que le prolongement des assises de calcaire à cassure terreuse queje viens de décrire.

Ces dernières correspondant, d’après les fossiles que j'y ai indiqués, à l'étage de la série oolithique qui comprend le coral-rag des Anglais, on voit que le calcaire marneux d'Ancy-le-Franc se trouve exactement , comme tout l’annonçait d’ailleurs , à la hauteur de l'oxford-clay. Celui de Vermanton, auquel j'ai précédemment assigné le même rang, n’en est que le prolongement : l’un et l’autre sont évidemment superposés

aux calcaires oolithiques les plus élevés de l’Auxois, dont les couches sortent de dessous le pied dés collines qu'ils constituent.

Les calcaires des carrières de Tonnerre, qui, comme j'ai en soin de l'indiquer dans la description , peuvent être reconnus trait pour trait à d'assez grandes distances, par exemple dans la vallée de la Meuse, difiérént en même temps complètement, tant par leurs éaractèrés minéralogiques qué par les fossiles qu'ils présénitent ; de tous ceux qu'on observe dans les collines de PAuxois. Ces derniers , ne se trouvant pas au-dessus d'eux , ne peuvent done que leur être inférieurs, et ils sont par conséquent de beaucoup inférieurs au coral-rag des. Anglais.

Le rang que les fossiles contenus dans quelques-unes des assises des calcaires blancs à cassure terreuse , dé Tonnerre, leur assignent dans la série oolithique , se trouve pleinement confirmée par l'examen des couches qui leur

, Sont superposées ; en eflet, ces mèmes calcaires forment près de Tonnerre, la partie inférieure des coteaux de la rive droite de lArmencon. En s’élevant sur la pointe de ces coteaux, on retrouve le calcaire compacte un peu marneux , du sornniet de la colline , de mont Sara. En s'élévant plus haut encore on le voit devenir de plus en plus marneux. On y aperçoit dans quelques assises des fossiles cylindroïdes contournés, peu distincts , dans d’autres diverses Bivalves parmi lesquelles on remarque uné petite bivalve à stries concentriques et de petites Gryphées virgules. Ces assises de calcaire marneux passent dans leur partie supérieure à üne lumachelle argi-

leuse, pétrie de Gryphées virgules et contenant aussi

des Térébratules et quelques autres bivalves. Au-dessus de cette lumachelle se trouve une épaisseur de plusieurs mètres d’un calcaire marneux passant à une marne grise contenant une immense quantité de Gryphées virgules, coquilles qui aujourd’hui sont bien connues pour caraciériser l’argile du cap de la Hève qui est l'équivalent de celle de Kimmeridge. Ces couches argileuses, caractérisées par la Gryphée virgule, ont donné naissance à une seconde falaise analogue et parallèle à celle produite par les couches marneuses caractérisées par la Gryphée dilatée. On peut suivre cette seconde falaise d’une part jusque dans le nord du département de la Meuse et de l’autre, jusqu'aux environs de Bourges, où elle a été observée par M. Dufrenoy.

À partir de ces assises marneuses, on voit les couches devenir à mesure qu’on s'élève, de plus en plus calcaires, et de moins en moins coquillières. Elles passent à un calcaire compacte un peu marneux et assez épais, qui est recouvert par un calcaire compacte traversé dans tous. les sens par des cavités cylindroïdes. irrégulières. Ce dernier forme le sol du plateau qui couronne la colline au N.-E. d'Épineuil.

Ce calcaire compacte est identique en tous points avee celui qui couronne les collines des environs de Bar-sur- Aube (Aube) et de Chevillon (Haute-Marne) et qui contient des assises oolithiques que je n'ai pas apéerçues ici. Sa position en dessus de l’étage marneux qui représente l'argile de Kiermeridge le rapporte à la pierre de Portland des anglais. "+

Ces dernières couches, comme toutes celles qui les supportent plongent légèrement vers le N.-E., et en

(265!) avançant dans cette direction on les voit avant Flogny s’enfoncer et disparaître sous les premières assises du système du grès vert et de la craie.

Ces dernières offrent une alternative répétée un grand nombre de fois de couches calcaires et marneuses. Elles contiennent des Polypiers , des Oursins , des Gryphées et d’autres corps marins; mais étant inférieures au système du green sand, et en étant assez nettement séparées , elles me paraissent devoir correspondre par l’époque de leur formation aux assises d’eau douce nommées en Angleterre, Wealden formation. k

Je me résume en disant que, lorsqu'on va de Flogny a Ancy-le-Franc, on voit successivement sortir de dessous les premières assises du système du grès vert et de la craie, et ensuite les unes de dessous les autres, les assises suivantes :

1°. Un calcaire compacte blanc qui correspond par sa position à la pierre de Portland des Anglais (Portland stone ).

2°, Un système de calcaire marneux et de marne grise caractérisé par la Gryphæa virgula (Kimmeridge clay).

3°. Une série 1rès-épaisse de calcaires compactes à cassure conchoïde , de calcaires compactes à cassure terreuse et comme crélacée, et de calcaire oolitique (Oxford-oolite, Coral-rag.)

4°. Un système de couches d’un calcaire marneux grisäire à cassure terreuse ( Calcareous-grit, Oxford clay).

C'est dessous cette dernière assise que sortent les calcaires souvent très-oolitiques, qui forment le sol

des plaines et des plateaux au sud d’Ancy-le-Franc,

calcaires qui sont précisément les mêmes que ceux des chammes d’Avenay et de la vallée de l'Ouche, près du pont d'Ouche. ls forment la partie supérieure de la série de couches que M. de Bonnard à si bien décrite, et dont M. Lacordaire, ingénieur des ponts et chaussées, a dressé une coupe si détaillée à l’occasion des travaux du point de partage du canal de Bourgogne.

Si les faits que j'ai mentionnés sont reconnus exacts, si la longue falaise dont le cours à travers nos provinces du N.-E. et du centre, a été indiqué par Guettard, il y a déjà 5o ans, compte réellement l'Oxford Clay et le Coral-rag au nombre des couches qui la composent, ou ne pourra, comme je l'ai annoncé, voir que Poolite de Bath, et le calcaire à polypiers dans le calcaire oolithique, dont les couches se relèvent de toutes parts de dessous celles qui composent cette falaise. Le caleaire blanc jaunâtre marneux de la Bourgogne représenterait alors le Fullers-earth des Arglais et le banc bleu de Caen; le calcaire à Entroques serait l’oolithe inférieure des Anglais ; le deuxième étage marneux qui repose immédiatement sur le calcaire à Gryphées arquées correspondrait aux assises marneuses très-épaisses, qui recouvrent le blue lias de l'Angleterre: on verrait alors que la constance des faits géognostiques signalés dans la grande Bretagne, en Normandie, dans le bas Boulonnais et dans les Ardennes, se soutient en Bourgogne,

comme on devait s’y attendre à priori.

Notre sur les Ammonites ;

Par M. Léoporr ne Bucx.

Les caractères tirés de l’organisation de l’animal luimême doivent, à ce qu'il paraît, être toujours préférés à ceux qui ne dérivent que de la surface extérieure de la coquille qu'il habite. Aussi sont-ils certainement beaucoup plus constans , et par conséquent plus faciles à saisir. Le test des Ammonites , tout mince qu'il est, s’exfolie et présente à chaque exfoliation une forme assez différente pour engager à faire de ces diflérents aspects des espèces particulières. Des stries extrêmement fines sur la couche extérieure, sont très-souvent enlevées, et il ne reste que de grosses côtes , qu’on n’apercevait point auparavant. L’Ammonite amalthée de Monfort et des auteurs allemands en fournit un exemple frappant. On la retrouve quatre ou cinq fois sous différens noms, chez les auteurs, qui ont traité de cette matière.

Mais ii existe une loi dans la distribution et dans les découpures des lobes des cloisons, tout-à-fait indépendante de l’état de la surface, qui est générale pour toute espèce d’Ammonite, de quelque nature ou de quelque forme qu'elle puisse être, et qui prend une forme différente pour chaque espèce particulière. Cette loi ne paraîl pas avoir attiré l'attention des naturalistes, autant qu'elle le mérite; surtout puisqu'elle établit uue séparation nelle et tranchée entre les Ammonites et les Nauüles.

En effet, le caractère distinctif entre ces deux genres de Céphalopodes, consiste en ce que le syphon des Ammonites est toujours dorsal, et qu’il ne l’est jamais dans les Nautiles. Toutes les autres différences dérivent de celte différence capitale. Le Nautile, qui fait passer un très-gros syphon par le milieu de ses cloisons, paraît suffisamment attaché par cette membrane au fond sur lequel il repose. Il n’a pas besoin de chercher d’autre appui, et la cloison reste en général lisse ev concave sans découpures sur les bords. Le syphon dorsal et trèsmince des Ammonites ne suflirait pas pour empêcher le ballottement de l'animal sur sa cloison. Il est obligé de chercher d’autres appuis, et c’est ainsi qu'il s’y prend (voy. PL. 11, fig. 1). Il enfonce au-dessous de la cloison six lobes, placés régulièrement dans le pourtour de sa coquille avec une symétrie admirable. Le premier de ces lobes, et ordinairement le plus considérable, s'appuie sur le dos du tour qui a précédé; c’est le /obe ventral (fig. 1, #,). Vis-à-vis, et autour du syphon est placé le lobe dorsal. (fig. 1, D.) HN se relève vers le fond pour s'attacher au syphon même. De là vient qu’il est constamment partagé vers le fond en deux bras, qui s'écartait plus ou moins l’un de l’autre. Au tiers de la hauteur de l'ouverture depuisle dos, s’enfoncent de part et d’autre le lobe lateral supérieur (L), et plus bas, le lobe latéral inférieur (L), également d'un côté et de l’autre. Ce dernier se trouve un peu plus élevé que le {obe ventral, ce qui le fait très-facilement découvrir en cas qu'il me füt pas aperçu au premier coup d'œil. Les séparations de ces lobes forment les selles ; nommés ainsi parce

que l'animal repose dessus; et ces selles se distingue-

ront de la mème manière que les lobes eux-mêmes. La selle entre le lobe dorsal et latéral supérieur est la selle dorsale (d); celle entre les lobes latéraux supérieur et inférieur forme la selle latérale (D) ; .celle enfin entre le latéral inférieur et le ventral constitue la selle ventrale (y).

Telle est la disposition générale dans les Ammonites de toutes formes et de toutes figures, qu’elles appartiennent à la section, qui, dans la savante dissertation de M. Haan, est nommée Goniatites, ou qu'elles rentrent dans la section des Cératites ou des Plantes. Mais si le tour de spire augmente rapidement en largeur, de manière que le dernier tour embrasse tous les autres entièrement ou en grande partie, l'animal manque encore de points d'appui dans cette partie ajoutée. Il enfonce donc de nouveau de petits lobes auxiliaires, constamment bien plus petits que les lobes du type général, et qui sont toujours placé au-dessous du lobe ventral. Ces lobes auxiliaires augmentent en nombre à mesure que l’Ammonite s’agrandit; souvent on en compte jusqu à trois, quatre ou cinq, comme on le voit (fig. 3, a a a a), dans la figure vue de face de l'Ammonite hétérophylle de Sowerby. Le lobe ventral autour duquel l’animal se meut, se renforce considérablement dans une pareille Ammonite; il est fort élevé, et deux bras peu apparens dans une Ammonite ordinaire, le sont tellement, qu’on prendrait facilement ces bras pour des lobes particuliers. C’est ainsi qu’on les voit dans les grandes Ammonites de la craie, ou dans l’4. macrocephalus Schlotth ; (Æerveyi Sow). Les lobes auxillaires sont fort apparens dans la famille,

qu'on pourrait nommer Serpentines, d’après le nom qui

leur a été donné par Reinieke. Une espèce de cette famille est nommée 4, Strangwaysi, par Sowerby; une autre, très-élégante, est connue sous le nom d’Opalinus, Rein. C’est celle qui est fréquentée à Moustiers et à Croizeville, près de Caen. En regardant ces Ammonites de côté, on pourrait facilement se tromper sur la quantité des lobes qui se présentent , et on pourrait croire que les six lobes cardinaux y sont, pour ainsi dire ,-perdus dans la quantité des petits lobes qui paraissent. Mais la position du ventral, qu'on retrouve toujours sur le dos de l’avantdernier tour, fait très-facilement retrouver le lobe latéral inférieur et par conséquent le supérieur, et on s'apercevra aisément que le rôle qui leur est destiné est beaucoup plus important que celui des lobes accessoires.

Ces lobes, quand ils s'enfoncent, suivent encore des lois dans leurs découpures, qui sont aussi simples que faciles à saisir. On ne s’en douterait point, quand on regarde les figures qu’on en a données jusqu'ici, et qui ressemblent plutôt au feuillage d’un arbre qu’à la régularité admirable de cette structure des Ammonites. On conçoit que l'animal, cherchant un point d'attache par ces lobes, enfonce le sac avec une pointe aussi aiguë que possible. Les parties inférieures des découpures doivent donc toujours être pointues. Les parties supérieures qui forment des selles secondaires, seront arrondies, comme les grandes selles des lobes, parce que c’est le point d'appui du sac sécréteur, qui fournit ces pointes. La pointe enfoncée augmente-t-elle, l'animal cherche de nouveaux appuis, en faisant sortir des dents symé-

triquement à droite et à gauche. Ces dents deviennent

elles-mêmes, par l’agrandissement, de petits lobes munis de leurs dents posées de la même manière symétrique à droite et à gauche, et ilse forme par là, vers l'extrémité du lobe général, une espèce de /Zasta, très- visible et très-reconnaissable dans toutes les Ammonites dent les lobes sont découpés; la fig. 2 donnera une idée générale de cette composition. Les selles sont découpées de la même manière et d’après les mêmes lois. Au milieu de la selle on voit s’enfoncer un petit lobe, ordinairement à deux dents; deux lobes qui sout encore plus petits se trouvent à côté du plus grand, puis commencent les lobes secondaires des grands lobes généraux.

On sent combien de variétés doivent exister dans la conformation de ces lobes, et combien il est facile, avec un peu d'attention, d’en déduire des caractères pour chaque espèce particulière.

L'observation d'espèces , assez différentes dans la structure des détails de leurs lobes, le prouve suffsamment. Tels sont les lobes figurés (fig. 4 et 5). M. Sowerby a cru remarquer dans l’4mmonite. hétérophyile deux espèces de feuillage différentes, ce qui lui a suggéré le nom donné à cette espèce. Les lois des découpures ne sont pas différentes du reste des Ammonites ; mais les selles secondaires, toujours arrondies, sont plus longues qu’elles ne le sont ordinairement, et attirént plus l'attention que les pointes, qui, comme partout aïlleurs , forment ici la partie qui s'enfonce; la fig. 4 fait voir comment du reste les lobes généraux, leur hasta dans la partie inférieure, les selles générales, se retrouvent facilement. Il est clair que les détails

7 Q , \ À = d’une cloison se répètent avec la même exactitude sur

toutes Îles autres, et que toutes partant de la périphérie du tour, vont se joindre au centre ; et comme la cloison est une paroi solide, qui se conserve, quand l’animal la quitte pour en construire une autre, les dessins de ces cloisons ne peuvent jamais se croiser ou s’embrouiller. IL y a ordinairement quinze ou seize cloisons dans un tour de l’'Ammonite hétérophylle ; pour bien le dessiner, et d’après la nature, il faudrait donc répéter seize fois sur ce tour entier les découpures, telles que la fig. 4 les représenté, ce qui donnerait à cette Ammonite, un aspect assez différent de celui que la figure, d’ ailleurs trèsjuste de M. Sowerby, fait apercevoir.

L’Ammonite se repliant sur elle-même, ilest clair que toutes les pariies tournées vers Île centre doivent être plus comprimées , et leur symétrie en sera un peu altérée. De là vient apparemment que le lobe latéral inférieur est toujours plus petit que le supérieur, et les bras des Hasta sont souvent plus élevés du côté extérieur que vers le centre du tour.

L’Ammonite Amalthée, Montfort (Stockesi, Sowerby, etc.), dont les lobes sont dessinés , fig. 5, d’après un assez grand exemplaire de Souabe, se reconnaît par la grande largeur de fa //asta , surtout de celle du lobe latéral supérieur. Les selles ont beaucoup moins de largeur que les lobes , et elles sont découpées très-profondément. La selle dotsslle se relève sur la selle latérale ; elle est un peu plus abaïssée que celle-ci dans l Æmmon. heterophy lle.

L’AÆmmonites nodosus appartient à la section appelée Cératites par M. de Haan, dont les selles ne sont pas

découpées ; mais elles sont arrondies comme toutes les

(278 ) autres selles, et la partie inférieure des lobes est en pointe, comme dans le reste des Ammonites. Quoique ces pointes soient très-petites, on remarque sans peine qu'il se forme une pointe au milieu, qui est la plus basse, et d’autres symétriquement à droite et à gauche, de manière que la hasta , qui veut se former, devient apparente (voyez fig. 6). C’est l'Ammonite si caractéristique et distinctive pour la formation du muschelkalk. M. Elie de Beaumont, dans son beau Mémoire sur la constitution des Vosges, a très-justement remarqué que cette formation ne contient jamais d’Ammonites à lobes plus découpés, ou à lobes persillés, comme on s'exprime ordinairement. M. Bronn de Heidelberg ajoute à cette observation curieuse la remarque importante qu'en général les découpures des lobes deviennent de plus en plus rares, à mesure qu’on avance vers les roches plus anciennes. Les*Ammonites des houilles, ou des schistes de transition, appartiennent tous à la section des Goniatites de M. de Haan, dont les lobes sont pointus dans le bas, mais sans aucune dent, ni sans la moindre altération des selles. Le lobe inférieur, dans ces Ammonites, est même ordinairement si rapproché du ventral, qu'il se cache presque dans la partie inférieure du tour, au-dessous d’une partie de l’avant-dernier tour.

Il y aurait peut-être quelque difficulté à distinguer les Ammonites de cette dernière forme des Nautiles, quand on n'en voit que des fragmens, et que les lobes ne sont pas très-apparens ; mais On verra toujours Ja cloison du lobe dorsal se relever un peu du fond pour' s'attacher au syphon , et pour former ainsi les deux bras du lobe dorsal, qui ne manquent jamais. La cloison des'Nautiles

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