‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 60 sur 232 · PACHYDERMES · texte numérisé non relu

PACHYDERMES

Les seuls débris de pachydermes que nous ayons observés dans les cavernes d’Argou se rapportent à deux genres, c'est-à-dire, aux rhinocéros et aux sangliers. Quant aux premiers de ces genres, il a été reconnu d'abord par plusieurs dents molaires, et, en second lieu, par plusieurs ossemens. Ces dents signalent Pespèce de rhinocéros , décrite par M. Cuvier sous le nom de tichorhinus, dont le caractère principal est d’avoir les narines cloisonnées. Avec ces dents, nous avons décou-

vert des fragmens d’humérus et de cubitus, des os du

carpe et du métacarpe, qui indiquent également la mème espèce; mais, comme ces fragmens sont exu'èmement brisés, et que d’ailleurs ils n’ont rien de particulier, ül nous paraît inutile de nous appesantir sur leur description, qui n’apprendrait rien de nouveau. Nous observerons seulement que, d’après les dents , nos rhinocéros devaient être non-seulement adultes, maïs vieux, leurs molaires étant extrêmement usées.

Les deux espèces de rhinocéros, ensevelies dans les cavernes de Lunel-Vieil, ne sont done pas les mêmes que celles d'Argou, puisqu'elles se rapportent aux Rhinoceros leptorhinus et minutus ; tandis que le Rhinoceros tichorhinus se trouve aussi bien dans les sables marins tertiaires des environs de Montpellier, que dans les limons sablonneux des cavernes d’Argou. Ainsi, à l’époque de ces différens dépôts, il existait trois espèces distinctes de rhinocéros , fait qui, réuni avec ceux que l’on connait déjà, prouve que les pachydermes, comme les ruminans, étaient singulièrement en excès sur les autres mammifères terrestres.

Enfin le genre cochon ou sanglier n’a été reconnu que par une seule vertèbre lombaire qui paraît être la dernière. Quoique ce genre n’y soit signalé jusqu’à présent que par cet os unique, son existence dans les cavernes ne nous paraît pas moins bien constatée. L’espèce de sanglier auquel se rapporte cet os uniqué, devait être grande et forte.

SOLIPEDE.

Nous avons déja observé que les animaux dont les

débris ont été entraînés dans les cavernes d’Argou ,

avaient les âges les plus différens, lorsqu'ils ont été saisis par les alluvions. Parmi le petit nombre d’espèces ensevelies au dehors et au dedans de ces cavernes, il en est une dont on peut fixer l’âge avec une grande certitude , c’est le cheval. On sait en effet que, par la manière dont les incisives des chevaux sont creusées, comme par l'espèce d'usure de la couronne de leurs canines , on peut juger de leur âge.

En appliquant ces principes à nos chevaux fossiles, on reconnaît que les débris que l’on en découvre signalent des chevaux d’âges très-différens, puisque certaines de ces denis se rapportent à des individus qui pouvaient avoir de six à sept ans, d’autres onze ou douze, et enfin quelques-uns dix-sept à dix-huii ; tandis que, d’un autre côté, l’on trouve des denis de lait ou des germes qui annoncent des individus tout-à-fait jeunes.

Quant aux ossemens eux-mêmes, ils indiquent des chevaux de la plus haute et de la plus forte structure, ce que certaines dents confirment, et d’autres individus d’une taille ordinaire. Du reste, à d’Argou comme à Bize, les débris des chevaux sont de beaucoup les plus abondans.

Ruminans.

Lesæguminans de la caverne d’Argou se rapportent à trois genres principaux, les bœufs, les moutons et les cerfs. Leurs débris n’y paraissent pas très-abondans, surtout relativement à ceux des chevaux , qui y ont été enirainés en si grand nombre.

Les bœufs dont on découvre les débris à d’Argou se

rapportent à de fort grandes espèces, telles par exemple que l’Aurochs (Bos urus), sorte de bœuf qui devait être fort répandu dans nos contrées méridionales à l’époque du remplissage de nos cavernes, puisque ses débris abondent dans les cavités souterraines de Bize, de Saint-Martin de Londres , de Pondres, de Souvignargues,

et de Lunel-Vieil. Il est probable qu'avec cette espèce, il en existe une autre dans la caverne d’Argou; mais celle-ci plus petite avait au plus la taille de notre bœuf domestique. Du reste, les débris de l’une et de l’autre espèces , signalent des individus d’âges très-différens , en sorte qu'il en a été des bœufs comme des chevaux. Les dents qui appartiennent à ce genre de ruminans ne laissent point de doute à cet égard, et partout les espèces de nos cavités souterraines annoncent qu'elles y. ont été entraînées à des époques très-diverses de leur existence.

Les moutons fossiles de la caverne d’Argou ont appartenu à de grandes espèces , à en juger du moins par la grosseur et le volume des dents que nous y avons découvertes , qui , comparées avec celles des plus grands individus de ce genre , ont paru beaucoup plus fortes dans toutes leurs: proportions. Comme nous avons pu faire cette comparaison sur un assez grand nombre de dents, la supériorité, sous le rapport de la taille et de la force, de nos moutons fossiles sur l'espèce vivante, nous paraît suflisammentt établie. Nous ne croyons pas cependant que ces moutons fossiles constituent une espèce différente de nos moutons actuels; car nous n'avons pu trouver entre eux aucun caractère tiré soit des osse-

mens, soit des dents, qui puisse être considéré comme

( 298 ) spécifique ; la différence dans la taille et le volume ne pouvant servir qu'à distinguer des variétés, et non à caractériser des espèces.

Les débris qui signalent des ruminans du genre cerf sont peu nombreux à d'Argou; ils y indiquent deux espèces , l’une d’une assez grande taille, et l’autre d’une taille moyenne. La première appartenait au sous-genre des Ænoglochis, ou au genre Capreolus , qui avait le maître andouiller éloigné des tubercules de la couronme. Ce chevreuil semble se rapporter à une espèce que nous avons découverte dans les cavernes de Bize, et que M. de Christol a nommé Capreolus Tournalii , en l'honneur de M. Tournal fils, de Narbonne, auquel nous devons la connaissance de ces cavernes. Mais comme nous n’avons point trouvé de bois de ce chevreuil, nous n’oserions assurer que cette espèce füt réellement le Capreolus Tournalii , malgré la comparaison de ces ossemens, parce que l’on sait combien les bois sont nécessaires pour la distinction des espèces de cerf. La seconde espèce dont nous possédons un bois était certainement un véritable cerf, puisqu'elle avait le maître andouiller rapproché des tubercules de la couronne, et faisait partie du sous-genre Catoglochis ou du genre Cervus proprement dit. L'espèce que nous en possédons semble se rapporter au Cervus Reboulit, qui se trouve également dans les cavernes de Bize. Celle-ci, plus petite que le cerf commun ( Cérvus E laphus) , et que le Capreolus Tournalu , devait être extrêmement agile et élancée, à en juger par la disposition de ses canons , ainsi que par les formes élégantes et arrondies des poulies articulaires qui terminent les méiacarpiens et les métatarsiens. Le

Capreolus Tournalii, dont la taille surpassait celle du cerf commun, et qui était mieux armé, devait être plus lourd , moins agile, d’après la conformation de ses canons et celle des surfaces articulaires qui les termi- - nent. Les dents , comme les os, signalent deux espèces de cerf, c’est-à-dire, un chevreuil et un cerf proprement dit; celles-ci, comme les autres espèces ensevelies dans les cavernes d’Argou, y ont été entraînées dans des âges différens.

Il est fâcheux de ne pouvoir déterminer d’une manière plus précise les diverses espèces fossiles qui composent la population de nos cavernes ; mais les débris qui en font reconnaître les genres, ne sont pas assez entiers pour permettre d'en déterminer les espèces avec une complète certitude. Si nous lavons fait pour quelquesunes d’entre elles, comme par exemple, pour le rhinocéros, c'est que nous avons trouvé des dents assez entières pour rendre celte détermination certaine; d'autant plus que la même espèce , ayant laissé de nombreux débris dans les sables marins des environs de Monipellier, il nous a été facile de comparer les denis du rhinocéros de la caverne d’Argou avec les premières ; or, comme il existe entre elles la plus grande analogie, nous avons conclu que notre rhinocéros devait être le #icaorhinus, et diflérait des espètes fossiles du même genre, dont les débris ont été entraînés dans les cavernes de

Lunel-Vieil.

En résumé , quoique le nombre d’ossemens que l’on voit dans les cavernes d’Argou soit des plus considé-

rables , les espèces que ces ossemens signalent ne sont

pas cependant en grand nombre, puisqu'on les voit bornées à sept ou huit espèces.

Cette caverne a cela de particulier avec celle de Bize, d'offrir peu de débris de carnassiers , si toutefois il y en existé, ce qui est fort douteux d’après nos recherches; ainsi les carnassiers n'ont pas opéré généralement l’amoncellement de tant d’ossemens dans les cavités souterraines. Cet amoncellement a plutôt été produit par une cause du même genre que celle qui a accumulé tant de coquilles et d’autres débris organiques dans des localités extrêmement peu étendues. Les allnvions qui ont eu lieu d’une manière plus active dans l’ancienne période , auraient donc entraîné cette grande masse d’ossemens dans les cavités souterraines, de la même manière qu'elles les ont répandus sur la surface du sol, avec la plus grande irrégularité, ou en les accumulant par fois avec d’autres débris organiques ? Cette conclusion est d'autant plus fondée, relativement aux ossemens de la caverne d’Argou, que ces ossemens sont tout aussi abondans au dehors qu’au dedans de cette cavité, et que pour celle-ci, l’aspect des lieux prouve que les limons à ossemens doivent y être arrivés par le couloir étroit qui la termine vers sa partie la plus élevée. Il est du moins certain que ces limons à ossemens n’ont pu y parvenir par la grande ouverture, puisque son niveau est de beaucoup inférieur au sol, sur lequel les limons ont été disséminés, et que d’ailleurs elle est dominée par des pentes presqu'à plomb, qui n'auraient pas permis aux ierres d’alluvions de s’y arrêter. Il en est de mème des rochers inférieurs à cette ouverture, en sorte qu'on

ne voit pas trop par où les terres d’alluvions auraïent pu

( 3or ) ù être entraînées, si ce n’est par l'ouverture du couloir, la seule qui existe au-dessus du niveau du sol de la caverne , et la seule dans l’intérieur de laquelle existent les mêmes limons à ossemens, que l’on voit depuis lors disséminés sur des diverses salles successives qui composent la caverne d’Argou.

L'ensemble de faits que nous présentent les cavernes à ossemens , et qui sont d'autant plus remarquables qu’on Les voit partout coïncider avec des lois générales, lorsqu'on les étudie sans prévention, et sans idées préconçues, semble démontrer que ce genre de phénomènes si général (1) et si analogue à celui que nous offrent les brèches osseuses, est un véritable phénomène géologique et un eflet de pur remplissage.

(x)-Ce phénomène est en effet si général, que , depuis la découverte que nous ayons faite des cavernes à ossemens de Lunel-Vieil , on en a observé chaque jour de nouvelles dans le midi de la France. Ainsi , à a lieues nord-est des premières, MM. de Christol et Dumas ont signalé celles de Poudres et de Sauviguargues. M. de Vilbod en a indiqué dans les environs du Vigan ; nous, dans les environs de Saint-Martin de Londres ; M. Tournal, à Bize, près de Narbonne ; et enfin M. Farines et nous à d’Argou, près de Perpignan. Nous croyons de plus en faire connaître d’autres encore , lorsque nos occupations habituelles nous permettront de nous déplacer et de suivre les nouvelles indications qui nous ont été données à cet égard.

NouveLLes Rechercnes swr la structure et les développemens de l’ovule végétal ;

Par M. Mrrsez, de l’Insutut.

( Lues à l’Académie royale des Sciences, le 28 décembre 1828. )

Depuis Grew et Malpighi on a fait de nombreuses observations sur la structure et les développemens de l’ovule des plantes phanérogames ; je citerai entre autres les savans Mémoires de MM. Turpin, Auguste de Saint- Hilaire, Freviranus, Dutrochet, Mais cette partie délicate de la phytologie n’a pris un certain degré d’évidence et de fixité que par la publication des découvertes de MM. Thomas Schmitz et Robert Brown.

En‘ 1818, feu M: Thomas Schmitz, qui possédait au -

* plus haut degré l’art de faire des observations microscopiques, acquit la cerutude que, dans la plupart des ovules, les deux enveloppes: extérieures (la primine et la secondine ) ont chacune une véritable ouverture (T’exosiome et l'endostome); que ces deux ouvertures correspondent entre elles ; que. le sommet du corps pulpeux

central (lé nucelle,; qui formera plus tard une troisième :

enveloppe sous le nom de tercine) y vient aboutir, et que, comme le futur embryon se dirige toujours, dans le nucelle , en sens inverse de ce corps pulpeux , en sorte que la radicule regarde constamment le sommei du nucelle , il suflit, ainsi que l'avait déjà dit M. Auguste de Saint-Hilaire, de constater la position de l’exostome pour juger d'avance quelle devra être la direction de

l'embryon.

Ces faits, bien constatés, en éclairant quelques points importans de l’anatomie et de la physiologie végétales , fournissent aux botanistes le moyen de définir avec plus de précision et de netteté les traits caractéristiques des graines.

Les démarches que j'ai faites pour me procurer le travail original de Th. Schmitz ont été infructueuses ; il n’a rien publié de ce qu’il savait sur l’ovule : nous ignorerions ce dont la science lai est redevable, si M. Robert Brown ne nous l'avait révélé. Ce savant a éclairci, développé et confirmé » par une multitude d’observations qui lui sont propres, les assertions de,Th. Schmitz. Après M. R. Brown est venu M. Adolphe Brongniart, quia recueilli aussi, sur le même sujet, des faits intéressans. En lisant ce qu'ont écrit ces deux -botanistes, j'ai pu croire d’abord que la matière était épuisée; mais plus tard l'étude de la Nature m'a prouvé le contraire.

M. R. Brown remarque avec raison que beaucoup de naturalistes (je dois avouer que je suis de ce nombre) ont eu le tort de vouloir juger de la structure de l’ovule par celle de la graine développée. Averti par cette judicieuse critique, je-me suis appliqué cette fois à surpren- -dre lovule au moment où il commence à poindre, et'je trouve maintenant , après un long examen , que, si les iravaux les plus récens. laissent quelque chose à désirer, c'est,encore parce que les observateurs n’ont pas étudié

l’ovule assez jeune. J’ajouterai qu’on a négligé de suivre la marche progressive des développemens dans les mêmes espèces, et que cette omission a fait qu'on a quelquefois confondu ce qu'il aurait fallu distinguer, et distingué ce qu'il aurait fallu confondre.

Nous pouvons partager en trois grandes classes la plupart des graines parfaitement développées ; les Orthotropes , les Campulitropes et Jes Anatropes. Voici les caractères de ces trois classes.

Dans les Orthotropes, le hile, c’est-à-dire , le point où le funicule s’attache au test, correspond directement à la chalaze, et se confond en quelque sorte avec elle ; l’exostome est diamétralement opposé à la chalaze : l'axe de la graine est rectiligne (exemple : Noyer (PI. 16, fig. 4), Myrica, Polygonum, etc. ).

Dans les Campulitropes, le hile se confond avec la chalaze, de même que dans les Orthotropes; mais l’exostome et la chalaze , au lieu d’être diamétralement opposés , sont contigus, parce que la graine est courbée en forme de rognon, ou même pliée et soudée dans sa longueur, moitié sur moitié (exemple : Légumineuses papilionacées, CAS Caryophyllées (PL. 16, fig. 1, 2 et 5),etc.).

Dans les Anatropes, l’exostome et la chalaze sont diamétralement opposés ; l’axe est rectiligne, comme dans les Orthotropes, mais le hile, au lieu de se confondre avec la chalaze, est contigu à l’exostome , comme dans les Campulitropes , et il ne communique avec la chalaze que par le raphé, faisceau vasculaire qui tire son origine du funicule, et se prolonge dans l'épaisseur du test jusqu’à la base de la graïne ( exemple : Liliacées, Renonculacées, Rulacées (PI. 14, fig.+8 ; g'et xo!),, Cucurbitacées ( PI. 12), etc.).

Tout ce que les derniers observateurs ont écrit sur l’ovule prouve qu'ils ont examiné très-superficiellement les trois formes que je viens d’indiquer ; aucun ne s’est

Le

attaché à les caractériser, et il est visible que tous les ont considérées comme étant originelles ; en quoi ils se sont grandement trompés. Pour s’en convaincre, il faut remonter à Ja naissance de l’ovule.

Dans l’origine, Povule n’est qu’une petite excroïssance puipeuse qui ne paraît avoir aucune enveloppe , aucune ouverture (PI. 12, fig. 1, a). Peu après, le point culminani de la peute excroissance se perce, et l’on commence à distinguer l’exostome, l’endostome , et, à la faveur de ces deux orifices, la primine, la secondine et le nucelle ( PL. 12, fig. 3, 4, 5). On peut dire qu’à cette première époque tous les ovules sont orthotropes ; car le sommet donné par la pointe saillante du nucelle est diamétralement opposé à la base de l’ovule (PI. r6, fig. 5), laquelle offre l'union la plus complète entre la chalaze et le hile ; mais cette orthotropie ne se maintient que dans peu d'espèces. Les ovules des autres espèces ne tardent pas à changer de forme par l'effet des développemens : les uns se courbent sur eux-mêmes, et rapprochent ainsi leur sommet de leur base ; ce sont les Campulitropes ( PL. 16, fig. 2, 5 ); les autres ne se courbent pas sur eux-mêmes , mais ils se renversent lout entiers , et, durant ce mouvement de conversion , le raphé se développe avec la primine et transporte le hile de la base de l’ovule à son extrémité supérieure : ce sont les anatropes (PI. 12 et 14).

Ainsi, dans les plantes à graines orthotropes , les développemens de l’ovule ne changent ni la position relative , ni la position absolue de l’exostome, de la chalaze et du hile : toutes ces parties conservent leurs rapports primitifs ;

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