‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 63 sur 232 · MINÉRALOGIE · texte numérisé non relu

MINÉRALOGIE

Depuis que la chimie, au moyen des lois des proportions définies dans les combinaisons, est parvenue à déterminer le nombre et le poids relatif des atomes de nature diverse dont chaque corps chimique est composé ; depuis que les terres que l’on croyait simples se sont trouvées des oxides métalliques, et que la silice a été reconnue comme jouant, dans les pierres où elle domine, le rôle d’un véritable acide; enfin, depuis qu'il a été possible de distribuer tous les corps d’après la manière dont ils se comportent à l'égard de la pile galvanique, l'analyse chimique des minéraux a pris une marche nouvelle, et une rigueur que les chimistes d'il y a trente ans auraient à peine osé prévoir : et toutefois il reste encore des minéraux, et surtout des pierres siliceuses, que jusqu'à présent l’on n'avait cru pouvoir ramener aux règles qu’en supposant que telle ou telle de leurs parties, noïamment la silice,

ouire la portion qui y enire en proportion conforme à

(1) Plusieurs des Mémoires dont M. le baron Cuvier donne l’analyse nous ayant été communiqués par les auteurs , et ayant déjà été imprimés , soit en totalité, soit en partie dans nos Annales, nous avons cru , ainsi que nous l'avons fait l’aunée précédente, devoir supprimer,

au moins en partie, leur analyse, en renvoyant aux volumes des Annales qui les contiennent. (R.)

ces règles, s'y trouve aussi en quantité surabondante et comme en mélange accidentel plutôt qu’en véritable combinaison ; et les antagonistes de la théorie des proportions définies ne se croyant pas obligés d’admeutre une pareille supposition , tiraient de ces faits des objections très-graves contre cette théorie.

M. Beudant s’est livré à de longues recherches pour éclaireir ce genre de phénomènes , et, dans cette vue, il s’est d’abord appliqué à l'étude des sels proprement dits, qu'il lui était plus facile de composer et de décomposer, selon Îles besoins de ses expériences. Il y a constamment reconnu, dans quelque proportion qu'il en aït rapproché les élémens , que l’aeide ou que la base ait été en surabondance, une fois cristallisés, les mêmes proporüors d'acide et de base, pourvu que l’on ait eu la précaution de les priver autant que possible des particules liquides qui se trouvent souvent logées entre les couches d’accroissement des cristaux. En opérant sur des sels dont les acides mêmes sont cristallisables , l'acide excédant cristallise séparément du sel neutre, et il est plus aisé de faire mélanger dans la même cristallisation deux acides différens, que de faire mélanger un acide déterminé avec le sel dans jequel il entre comme partie constituante : résultats fort contraires, comme on le voit aisément, à la supposition dont nous avons parlé d’abord.

Cependant M. Beudant a voulu voir s’il n’en serait pas autrement pour la voie sèche , d'autant que, d’après les belles expériences de M. Mitcherlich, il est probable que beaucoup de silicates se sont formés par cette voie plutôt que par la voie humide. Îl a donc exposé à un feu convenable des mélanges en proportions définies, et d’au-

tres où Je corps qui jouait soit le rôle d’acide, soit celui de base , était surabondant. Les premiers lui ont parfaitement réussi ; les autres, au contraire, et surtout ceux où la silice surabondait , ne lui ont pas donné un atome du corps qu'il s'était proposé de former ; maïs à sa place il s’en était fait deux, nettement séparés dans le creuset, entre lesquels les élémens se sont partagés , de manièré que dans chacun d’eux ils étaient en proportions définies. Mais ce qui n’a pas lieu pour un acide et son sel , a lieu pour deux sels; et M. Beudant s’est assuré que ceux du même acide, et surtout de la même formule atomique, se mélangent en toutes quantités, et que plus ils sont compliqués, plus aisément ils se mélangent, de sorte que les sels doubles, par exemple, même de nature toutà-fait différente, ne peuvent être obtenus purs lorsqu'ils cristallissent avec d’autres dans la mème solution. Enfin, la facilité est plus grande encore lorsque les sels seforment dans une solution que lorsqu'on les y met tout formés, de facon que, par de doubles décompositions, l’on obtient des mélanges extrèmement variés, et même un grand nombre qu'on ne pourrait avoir autrement. Les cristaux ainsi mélangés prennent cependant la forme de l’un des sels composans, de celui dont le caractère est dominant; ct d’après d’autres expériences du même auteur, dont nous avons rendu compte en 1820, ce sel dominant n’est pas toujours le plus abondant.

Ces faits lui ont paru jeter une vive lumière sur le sujet dont il s'occupe. En eflet, quand un sel se mélangé d’une petité quantité d’un sel du même acide , mais d’un ordre plus élevé, c'est-à-dire, qui contient une plus grande proportion de cet acide , si l’on ne se doute pas

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