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XVII

de cette circonstance , on doit être ; lors de l'analyse, tenté d’y voir une surabondance d’acide. La même chose peut avoir lieu par rapport à la base, quand ce sel mélangé est d’un ordre inférieur, ou qui contient plus de base.

Des expériences faites d’après cette idée la confirmërent pleinement. En disposant les solutions de manière à ce que, par double décomposition ou autrement, il püt s’y former des sels solubles de même acide, mais de différens ordres, M. Beudant obtint, par exemple, des carbonates et des sulfates de soude, qui , avec la cristallisation et les autres caracières-extérieurs propres au bicarbonate et au trisulfate, montraient à l'analyse excès d'acide et manque d’eau ; ce qui s’expliquait très-bien en comparant les compositions des sels constituans, et en faisant le calcul de la somme de leurs élémens. L'auteur est parvenu ainsi à calculer toutes les analyses des sels mélangés dans ses expériences , de manière à déterminer positivement les quantités relatives des divers sels réunis sous la même cristallisation, et sans avoir aucun excédant d’acide ou de base, ou , ce qui est la même chose, aucun reste électro-négatif ou électro-positif.

Dès-lors, M. Beudant ne dut plus être étonné de ces variations apparentes observées dans les minéraux. Il comprit même qu'elles devaient se manifester plus souvent dans les pierres siliceuses ou silicates ; d’un côté, parce que ce sont les sels naturels les plus nombreux, de l'autre, parce qu’ils offrent le plus de diversité dans les degrés de saturation par les diverses bases ; enfin, parce que, d’après ce que nous montre la géologie , ce sont les sels minéraux qui se sont trouvés le plus fréquemment

dans la nécessité de cristalliser ensemble, et, par conséquent, dans les circonstances les plus propres à déterminer des mélanges extrêmement variés. Mais, pour leur appliquer sa méthode avec sûreté , il aurait fallu se faire quelque idée de*ce qui pouvait avoir existé dans la solution où la substance avait cristallisé, et, par conséquent , de la sorte de mélange qui pouvait s’y trouver. A défaut de cette connaissance , et pour en approcher du moins autant qu'il lui serait possible, M. Beudant imagina de faire de nouvelles analyses , non plus d’une substance minérale prise isolément, mais de toutes les substances qu’il pouvait trouver réunies sur le même groupe. Il annonce avoir obtenu de ce travail des résultas assez posilifs pour se croire assuré que toutes les analyses connues se laisseraient aisément ramener aux lois établies, si l’on-avait pour elles des données semblables à celles qu'il a employées pour les siennes ;.et les exemples nombreux qu'il donne de celles-ci, semblent en effet établir qu’il en est des substances minérales précisément comme des sels, et que toutes celles qui se sont trouvées dans la même solution, se sont mélangées Îles unes avec les autres au moment de la cristallisation , et plus ou moins , selon les circonstances qui l’ont accompagnée. On comprend toutefois que , dans les cas compliqués , il s’agit toujours de résoudre des équations à plusieurs inconnues , c'est-à-dire que l’on à des problèmes indéterminés et susceptibles de plusieurs s0lutions , suivant les hypothèses que l’on est obligé de faire.

M. Beudant a présenté un autre Mémoire , où il fait

remarquer que les minéraux les plus purs n'ont pas toujours une pesanteur spécifique aussi uniforme qu’on serait disposé à le croire , d’après l’importance de ce caractère. La chaux carbonaée, par exemple, varie entre 2,7 et 2,5, l’arragonite entre 2,9 et 2,7, etc. Leur état de cristallisation y influe d’une manière sensible. C’est toujours dans les petits cristaux que la pesanteur spécifique est la plus grande; dans les gros cristaux, elle diminue, probablement parce qu’ils ont dans leur intérieur des vides plus ou moins considérables , même lorsque la masse paraît avoir le plus d’homogénéité. Les variétés à structure lamellaire, ou fibreuses , sont plus légères , et d'autant plus que leurs lames sont plus grosses ; enfin, c’est dans les variétés qui proviennent de décomposition, que la pesanteur spécifique est le plus diminuée. Maïs ce qui est très-remarquable, c'est que, dans chaque substance, la différence entre les deux extrèmes est sensiblement de même valeur ; et, ce qui prouve que les variations ne tiennent qu'aux vides du tissu, c’est que toutes les yariétés d’une mème substance reviennent à la même pesanteur spécifique, lorsqu'on les a réduites en poudre. C’est alors seulement que l’on peut faire de la pesanteur spécifique un caractère comparable, et par conséquent d’une certaine importance en minéralogie.

GEOLOGIE.

Les géologues anglais ‘et français étudient avec soïn, depuis quelque temps, nos côtes de la Manche ; pourles comparer à celles de l’Angleterre qui leur sont opposées. Nous avons vu, en 1822, le tableau que M, Constant Prévost a donné de celles de la basse Normandie. On

poursuit ces recherches, et l’Académie a recu de M. Rozet une description géognostique de celles du bas Boulonnais, depuis Étaples jusqu’à Vissant. Déjà , il y a quelques années , M. Fition , savant géologiste anglais, après plusieurs années d’étude , avait prouvé que ce canton est exactement pareil, et pour la nature des couches, et pour leur position respective , au canton opposé de l’Angleterre. C’est cette proposition que M. Rozet développe; mais son développement est plein d’intérêt par les détails nouveaux et nombreux qu'il renferme , et par les coupes et la carte dont il est accompagné. Le terrain oolithique, la craie, et leurs dépendances , composent principalement ce pays : les couches y sont presque horizontales. Un petit système, composé de marbres analogues à ceux de la Belgique et du terrain houiller, perce Voolithe et la craie, et se montre en couches presque verticales que l’on exploite très-utilement. Des lambeaux d’un grès tertiaire couronnent les hauteurs crayeuses , et des alluvions de différens âges masquent, dans les parties basses , lestdiverses roches. Enfin , les sables de la mer prennent la forme de dunes qui s'avancent, mais avec une extrême lenteur, dans la direction des venis dominans.

Un gîte de manganèse situé à Romanèche, près de Mâcon , a aiuré l'attention de plusieurs géologues. Dolomieu, qui l'avait visité en 1796, le regardait comme n'étant ni une couche, ni un filon , mais une sorte d’amas immédiatement superposé au granit; d’autres observateurs pensaient que c'était un filon puissant du granit. D’après des recherches nouvelles , faites par M. de Bonnard , ce minéral affecterait l’un et l’autre gisemerus (1).

(1) Voyez les Annales des Sciences naturelles, t. XVI , p. 255.

Plusieurs cavernes, où l’on n’avait point découvert d’ossemens, se sont trouvées en contenir depuis que M. Buckland a fait remarquer la position qu’ils occupent ordinairement, et la méthode que l’on doit suivre pour leur recherche.

L'année dernière nous avons parlé de celle d’'Oselles, près de Besançon, et d'Échenoz , près de Vesoul.

M. Delanoue vient d'observer, dans une grotte de Miremont, département de la Dordogne, un nouvel exemple de l’étonnante constance de ce phénomène. Cette grotte paraît creusée dans un terrain intermédiaire entre la craie et le calcaire jurassique. Ses galeries s'étendent à deux mille pas et au-delà , et se terminent par une multitude de ramifications étroites et basses, qui ont fourni le-plus d’ossemens. Une argile rouge les y enveloppe, et ce sont principalement des os et des dents d'ours. Des fouilles pratiquées à 200 et à {00 pas de l’ouverture , ont fait reconnaître au-dessous de diverses couches de marne, qui paraissent beaucoup plus récentes que largile rouge , des débris de poterie, semblables à ceux qui se trouvent dans quelques ruines et dans des couches d’alluvion du voisinage, et que l’on rapporte à une époque où les arts romains n'étaient pas encore introduits dans les Gaules.

Plus récemment, une de ces cavernes découverte à Bize, département de l’Aude, a été l’objet des recherches de M. Tournal, pharmacien à Narbonne. Elle est dans le terrain jurassique , et plusieurs de ses ossemens sont enveloppés dans une concrétion pierreuse, et appartienuent , selon l’auteur, aux espèces aujourd'hui perdues, déjà décrites dans ces sories de cavernes ; les

autres sont dans un limon noir, et diflèrent entièrement

des premiers. M. Tournal ajoute qu'il y a des ossemens humains , et des débris de poteries , et cela, non seulement dans le limon noir, mais dans les concrétions calcaires, où ils étaient mêlés avec des débris d'espèces perdues.

M. Destrem , ingénieur des ponts-et-chaüssées ; qui a examiné la même câverne, n’y à trouvé que des os de ruminans , principalement du genre du cerf, et quelques débris de lapins et d’oiseaux. Il assure que les ossemens humains ne méritent aucune attention sérieuse ; ils ne sont ni imprégnés d'argile, ni recouverts de la croûte ferrugineuse qui enveloppe les os vraiment fossiles. Enfin , M. Destrem les regarde comme déposés à dés époques récentes dans ces cavernes, où lon sait que plusieurs fois il s’est retiré des malfaiteurs.

Ces faits n’ont rien que d’ordinaire. On conçoit en effet, que depuis l’époque où les animaux , dont les restes. forment le fond principal de ces cavernes ; ont été détruits , ila pu s’y en introduire d’autres ; et fussent-ils mème encroûtés avec les premiers , il est naturel que la stalagmite qui s’y dépose journellement les ait enveléppés pêle-mèle. M. Buckland a trouvé, dans une caverne du comté de Glamorgan , jusqu’à un squelette entier de femme, avec des aiguilles d’os ; ce qui montre qu'elle ÿ reposait depuis bien long-temps. Nous-mèêmes nous avons reconnu , dans ces brèches osseuses qui remplissent quelques fentes du rocher de Nice, un maxillaire supérieur humain déjà enduit d’une couche mince destalagmite.

MM. Marcel de Serres, Dubreuil , et Jean-Jean , professeurs de Montpellier, ont commencé à publier la des-

eription des cavernes de Lunel-Vieil, devenues célèbres

depuis quelque temps par l’abondance et la variété des os qu'elles recèlent (1). 1

. Un autre gîte, très-riche en ossemens fossiles , existe en Auvergne, dans une montagne voisine d’Issoire, département du Puy-de-Dôme, et a été exploré avec autant de lumières que d’émulation, d’un côté, par MM. Devèze de Chabriol et Bouillet, et de l’autre, par MM. l'abbé Croiset et Jobert (2).

Depuis qu’il est bien constaté que la population animale des différens climats a subi des variations attestées par les débris qu'elle a laissés dans les couches dont l'en veloppe du globe se compose , et que l’on sait qu’à certaines époques. c’étaient les reptiles qui dominaient, à d’autres, les mammifères pachydermes , et que la proportion des genres et des espèces n'y est arrivée que par degrés ou par des événemens successifs à un état semblable à celui où nous la voyons, il était naturel de se demander si le règne végétal n'avait pas subi des mutations analogues; mais il n’était pas facile de répondre à cette question, parce qu'il fallait, pour cela, déterminer avec précision les espèces de végétaux fossiles , et que les premières bases de cette détermination , dans les méthodes ordinaires, reposent sur des organes tellement délicats , que l’on ne peut espérer de les reconnaitre dans ces | empreintes ou ces débris conservés de la végétation de l’ancien monde.

(1) Voyez les Annales des Sciences naturelles ; tom: XIV, p. 306, et tom. XIIE, p. 141.

(2) Voyez le Rapport fait à l’Académie des Sciences sur cel ouvrage

par M. le baron Cuvier, Ænnales des Sciences naturelles, tom, XV,

pe 210:

M. Adolphe Brongniart , qui s’est occupé de ce problème avec une rare persévérance , s'est donc vu obligé de se créer pour la botanique une méthode particulière , et de trouver des signes de reconnaissance dans ce que la surface et le tissu des tiges, la distribution des nervures des feuilles, et d’autres particularités d’organisation, offrent de plus constant et de plus décisif. Appliquant cette méthode aux objeis que les couches du globe lui ont fournis, ia commencé à publier un ouvrage où il doit classer et décrire plus de 500 espèces de végétaux fossiles, et faire connaître toutes les circonstances de leur gisement. Il a présenté à l’Académie un résumé de ses recherches (1), dans lequel il établit que dans un certain nombre de formations successives, des végétaux appartenant aux mêmes genres, aux mêmes familles, se retrouvent souvent avec peu de changemens, et que même les rapports numériques des grandes classes y restent à peu près constans, tandis que, dans d’autres successions de formations , une partie des genres et des familles changent subitement , et les rapporis des classes deviennent très-différens. Les points où il a reconnu ces mutations rapides lui ont fourni ses époques géologiques végétales , si l’on peut s'exprimer ainsi, et il a fixé ainsi quatre périodes , pendant chacune desquelles la végétation n’a présenté que des variations peu remarquables , mais dont le passage de l’une à l’autre a , au contraire; été marqué par de grands changemens.

(1) Voyez les Annales des Sciences naturelles , t. XV, p. 225.

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