PHYSIOLOGIE VEGETALE ET BOTANIQUE
La découverte de l’endosmose, ou de cette propriété qui fait que de deux liquides de densité ou de nature différente , séparés par une lame mince et poreuse, lun traverse la lame de préférence à l’autre, et avec asséz de force pour éléver celui-ci fort au-dessus du niveau auquel il demeurerait en vertu des lois de l’équilibre, a été considérée comme si nouvelle et si importante; que l’Académie a cru devoir décerner à l’auteur, M. Dutrochet, le prix de physiologie, fondé par M. de Monthyon.
M. Dutrochet a mis tous ses soins à constater la vitesse et la force de cette nouvelle puissance , amsi que toutes les circonstances qui la favorisent ou qui la combattent, et il en fait surtout les applications les plus heureuses à des questions de physiologie végétale, qui , depuis longtemps , faisaient le désespoir des physiciens.
Il a imaginé un instrument très-simple, qu’il nomme endosmomètre , et qui consiste dans un tube élargi par un bout, que l’on ferme au moyen d’une vessie ou d’une autre lame mince; on remplit ce tube d’un liquide, et on plonge le bout ainsi fermé dans un vase rempli du liquide dont on veut examiner l’action sur le premier.
En général, quand le liquide du vase est de l’eau, et que celui du tube est plus dense que Peau, on voit le liquide s’élever dans le tube, parce que l’eau y monte, et celte ascension se porte à plusieurs pieds : c’est ce que l'on nomme endosmose. Si les liquides changeaient de position, le mouvement aurait lieu en sens inverse, l’eau du tube descendrait vers le liquide plus dense du vase ; ce serait l’exosmose. Il y a même, à proprement
parler, deux courans en sens inverse; l’endosmose et l’exosmose ont lieu à la fois, mais l’un des deux l’emporte généralement. Quand les deux fluides sont hétérogènes , il y en a un moins ascendant, et sa masse s’augmente aux dépens de celui qui l’est davantage. Cependant on observe à cet égard des variétés, selon la nature des liquides et celle de la lame qui les sépare.
Ainsi les liquides alcooliques, quoique moins denses que l'eau, se comportent comme les liquides plus denses: l’endosmose a lieu à leur égard, de la part de l’eau ambiante.
L’acide sulfurique , au contraire , bien plus dense que
Veau, non seulement ne provoque pas l’endosmose , mais son accession l’arrête relativement aux liquides où elle aurait lieu s’il n’y était pas mêlé. Il en est de même de l'hydrogène sulfuré, et c’est sa présence qui, d’après les expériences de M. Dutrochet, donne la même propriété aux liquides animaux , quand ils se putréfient, et aux matières fécales.
* Certaines natures de lames sont également ennemies de l’endosmose ; la chaux carbonatée, quelque poreuse, quelque mince qu’on l’emploie, ne la permet jamais; le grès mince ne la détruit pas tout-à-fait ; les substances minérales qui lui sont le plus favorables sont les matières alumineuses.
En général , les liquides organiques , par exemple les solutions de gomme, de sucre , les émulsions, ete, provoquent l’endosmose sans discontinuité , tant qu’ils ne subissent aucune altération ; mais les liquides chimiques ont deux actions distinctes ; l’une, primitive et directe , par laquelle ils la produisent; l’autre, consécutive et indirecte, par laquelle ils Ia diminuent et l’abolissent.
La vitesse de l’endosmose est proportionnelle à l'excès de densité du liquide intérieur (celui du tube ) sur l’extérieur ( celui du vase). Sa force est très-grande. Pour la mesurer , on courbe deux fois le tube vers sa base, on remplit une des courbures de mercure, qui y est d’abord en équilibre; introduisant ensuite le liquide dense depuis un des côtés du mercure jusqu’à la vessie, on plonge dans l’eau, et l’on voit de combien une des colonnes de mercure est soutenue au-dessus de l'auire. C’est une expérience analogue à celle de Hales, sur la force d'ascension de la sève. M. Dutrochet a vu ainsi l’'endosmose soulever quatre atmosphères.
On juge combien cet ordre de phénomènes peut concourir à expliquer les mouvemens d’ascension des fluides végétaux ; mais son influence n’est pas moins grande dans ce que l’on a appelé l’irritabilité végétale.
On sait, par exemple , que les valves de la capsule de la basalmine tendent avec force à se courber en dedans, et que, pour peu que le lien qui les unit s’affaiblisse, elles se courbent en effet ainsi avec autant de force que de rapidité ; c’est que leurs cellules extérieures, plus grandes. que celles de la face interne, se remplissent beaucoup plus d’eau , et que leur gonflement tend à rendre convexe la face extérieure. Aussi cette élasticité des valves diminue-t-elle beaucoup quand on les laisse flétrir par l'évaporation partielle de leur liquide intérieur, et se régénère-t-elle quand on les plonge dans l’eau ; mais si on les laisse entièrement dessécher, on a beau les plonger dans l’eau , elles n’y reprennent point leur disposi- | tion à se courber. C’est, selon M. Dutrochet, qu'après une évaporation incomplète , elles contiennent encore un
liquide dense, et exercent l’endosmose, et qu'après le
(/533;) dessèchement complet, l’eau n’eflectue plus qu'une imbibition ordinaire.
Si on plonge ces mêmes valves de balsamine dans un liquide plus dense que celui qu’elles contiennent, dans un sirop de sucre, par exemple, c’est l’exosmose qui a lieu ; elles ne tardent point à perdre leur tendance à se courber en dedans, et bientôt même elles se roulent en dehors, parce que leurs vésicules ‘extérieures, plus grandes , perdent plus de leur liquide que les 'ntérieures.
Ce que l’on observe sur les valves de la basalmine se reproduit plus ou moins dans tous les tissus végétaux ; toute portion , toute lame de ce tissu, qui a les vésicules d'une face plus grande que celles de l’autre, deviendra, si on la plonge dans l’eau, plus convexe du côté des grandes cellules , et plus concave du côté des petites , et ce sera le contraire dans un liquide plus dense que l’eau, de l’eau gommée ou du sirop, par exemple. Rien n’est plus curieux que de faire ainsi à volonté se courber en sens contraire , et en peu de secondes, un brin détaché longitudinalement d’un côté de la tige ou de la racine d’une même plante; mais il faut se rappeler ici que l’inégalité des vésicules est en sens inverse dans la tige et dans la racine d’une plante naïssante. Dans la tige , la médulle centrale l'emporte en volume sur la médulle corticale : c’est le contraire dans la racine, où il est même souvent difficile d'apercevoir la médulle centrale ; or, d’après des observations propres à M. Dutrochet, dans la médulle corticale, les vésicules , grandes en dehors, vont en décroissant de diamètre vers le dedans, et dans la méduile centrale, les vésicules, petites en dehors, yont en augmentant de diamètre vers le centre. Ainsi,
une lanière du système cortical , plongée dans l’eau, doit
tendre à se courber en dedans, et une lanière du système central à se courber en dehors ; et lorsque c’est le système central qui domine , comme dans la tige, la tendance totale doit être de se courber en dehors; elle doit être de se courber en dedans, quand c’est le cortical , comme dans la racine : aussi arrive-t-il constamment que l’eau qui fait courber en dehors une lame longitudinale de la tige fait courber en dedans une lame semblable de la racine; et le sirop ou l’eau gommée produisent sur chacune de ces parties l’effet tont contraire. C’est ce que chacun peut vérifier aisément dans les pissenlits.
Le lecteur doit déjà apercevoir avec quelle facilité on devait être conduit par ce fait à l'explication de la direction constante de la tigelle et de la radicule des semences qui germent, et même de la tendance des tiges à monter et des racines à descendre. Tant que le végétal est droit, tontes les parties qui composent et entourent circulairement son tronc et sa racine, étant également remplies de son liquide intérieur, exercent également leur endosmose , tendent toutes à se courber, les unes en dehors, les autres en dedans, et se faisant équilibre, maïntienment la direction verticale. Mais qu’une circonstance quelconque affaiblisse d’un côté cetie tendance à l’endosmose, le côté opposé, s’exerçant avec plus de force, se courbera dans le sens qui lui est propre, et entraînera dans la même courbure le côté affaibli. Or, lorsqu'un végétal est couché horizontalement , la sève lymphatique extérieure aux vésicules , et dont l'entrée dans ces mêmes vésicules par l’action de l’endosmose produit l'incurvation , doit devenir plus dense du côté inférieur, car cette sève n'est rien moins qu'homogène; se trouvant plus dense proportionnellement à la sève de lintérieur des
-vésicules, son endosmose doit être moins forte : ce côtélà prendra avec moins de vigueur la courbure qui lui est propre; et comme nous avons vu que la courbure propre aux lanières de la tige est en dehors, et celle de la racine en-dedans , il est évident que , dans un végétal couché, la tige doit se relever, et la racine s’enfoncer. M. Dutrochet appuie toute cette théorie d'observations et d’expériences de détail ; il établit chacun des mouvemens partiels qui concourent au phénomène général sur des preuves si précises, que l’ensemble en est des plus imposans ; mais c'est dans son ouvrage que le lecteur, qui veut en prendre une connaissance approfondie , doit ’étudier spécialement.
La structure et les développemens de l’ovule végétal , qui avait attiré l’attention de Grew et de Malpighi, ont été, depuis quelques années, le sujet des recherches successives de MM. Turpin , Auguste Saint-Hilaire, Treviranus , Dutrochet, Th. Smith, R. Brown, Adolphe Brongniart, Raspail, etc. /
Après tani d'observateurs , on pouvait croire que la matière était épuisée ; mais M. de Mirbel en a jugé autrement. Ïl a voulu se rendre compte de toutes les modifications qu’amènent les développemens successifs , afin d'arriver à une connaissance positive de chaque fait en particulier. Cette méthode l’a conduit à des résultats, qui tantôt rendent plus évidentes les découvertes de ses prédécesseurs, et tantôt sont contraires à ce qu'ils ont annoncé (1).
M. de Mirbel avait fait remarquer très-anciennement
(1; Voyez les Annales des Sciences naturelles , t, XVII, p. 302.
qu'en général, dans les tiges carrées à feuilles opposées, il existe sous l'écorce quatre faisceaux vasculaires et ligneux , lesquels correspondent chacun à l’un des quatre angles , et qu’à la hauteur des points d’attache de chaque paire de feuilles , ces faisceaux communiquent entre eux par des ramifications latérales, qui forment-un bourrelet annuaire autour des tiges.
La tige unique d’un vieux Calycanthus floridus, arraché en 1827 au potager royal de Versailles, a fourni à l’auteur, avec une nouvelle confirmation du fait qu'il
avait annoncé, un phénomène extrêmement curieux (1).
M. Du Peut-Thouars , observant des fleurs de pavots sauvages, fut frappé de la disposition de leurs étamines, qui était telle que, malgré leur grand nombre, il ne s'en trouvait pas deux qui se touchassent, en sorte que toutes les anthères étaient parfaitement isolées les unes des autres , et.à des distances égales entre elles, parce que les filamens s’écartaient en ligne droite comme autant de rayons d’une sphère ; il se irouva porté naturellement à chercher jusqu’à quel point cette disposition se retrouverait dans d’autres plantes, et trouva que, dans toutes, les anthères cherchent à s’isoler les unes des autres, mais avec quelques variétés. I! propose de désigner ce phénomène par le mot d'éparpillement, ei présume qu'il tieni à la même cause qui, suivant lui, fait que les feuilles et leurs supports, lorsqu'elles sont parvenues à leur parfait développement, s'écartent de manière à ne pas se toucher, ce qui toutefois exige un temps calme et serein. [Il en est de même de l’éparpillement; un rien suffit pour le déranger. 1
(x) Voyez les Annales des Sciences naturelles, t. XIV, p. 367.
On)
Tant que les étamines sont très-nombreuses, comme dans les pavots, on ne peut distinguer que leur isolement; mais, à mesure qu'ils s’éclaircissent, on remarque une autre sorte de régularité, qui consiste en ce qu'elles se disposent dans l’espace, de manière à y tracer des figures rectilignes, et l’on reconnaît que cela provient de deux choses : 1° le point de départ des élamines, ou l'insertion ; 2° l'inégalité en longueur des filamens. Pour démontrer cette proposition , l’auteur se borne à un petit nombre d'exemples, pris dans les rosacées, comme le pêcher, le prunier et le fraisier. De ces trois plantes, c’est le fraisier dont la fleur à le moins d'étamines. Elles y sont bornées à 20 ; le prunier en a 30, et le pêcher 40. Ces nombres sont en rapport avec cinq, qui est celui de leurs pétales; mais ils sont quelquefois altérés ; il ya des fleurs de fraisiér où l’on trouve 24 où 28 étamines ; et c’est lorsqu'il est survenu un pétale de plus dans le premier cas, et deux dans le second; chaque pétale a donc toujours quatre étamines qui lui correspondent. Il en est de même de la potentille; et la tormentille, qui n’a que quatre pétales, n’a que 16 étamines.
L'auteur entre dans de grands détails sur la position mutuelle de ces étamines, et sur les polygones circonscrits les uns aux autres aux angles desquels elles sont placées, maïs il ne nous seraït pas possible de faire entendre ces détails sans figures ; qu’il nous suffise de répéter, d’après M. Du Petit-Thouars, que, malgré quelques anomalies, les étamines conservent toujours dans leur arrangement assez de régularité pour prouver que cette disposition n’est point l'effet du hasard. Elle démontre pleinement une asserlion de Grew, que l’arithmeé-
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tique de la nature est toujours d'accord avec sa géoenmétrie.
* Ces observations intéressent particulièrement M. Du Petit-Thouars, parce qu’elles lui fournissent l’occasion de présenter sous un nouveau jour les preuves dont il
appuie la seconde des deux bases de son système, ou celte proposition, que la fleur n'est autre chose qu'une transformation de la feuille, proposition depuis longtemps exposée par Linnæus, mais que notre académicien a cru compléter en y ajoutani, que c'est une transformalion dela feuille et du bourgeon qui en dépend ; la feuille donne les étamines, le calice et la corolle quand il y en a, et le bourgeon donne le fruit, et par suite la gruine. |
De cette proposition en est sortie une nouvelle : Le plus grand nombre des fleurs est formé de quatre verticilles, dont les trois inférieurs (du moins dans les dicotylédones) sont le plus souvent composés de cinq
feuilles; le quatrième, qui est en méme temps le plus elevé, offre fréquemment un moindre nombre de partes.
Il est constant en eflet que le nombre cinq est plus fréquent que les autres dans les fleurs , et M. Du Petit- Thouars a établi qu'on l’observe dans les neuf dixièmes des dicotylédones , tandis que dans les 99 centièmes des monocotylédones , c’est le nombre trois qui se reproduit. Il croit, ainsi que nous l’avons dit en 1822, pouvoir trouver l’origine de la plus grande fréquence de ces deux nombres dans la manière dont les faisceaux se divisent en sortant du scion pour entrer dans la feuille, et cela paraît en effet évident dans certaines monocotylédones ;
“ (339) sur d’autres il faut soulever quelques voiles qui masquent le nombre primordial, mais l’auteur convient de bonne foi que pour beaucoup de dicotylédones on ne peut que former des conjectures peu solides.
D’après une autre considération , c’est dans la position relative des feuilles que l’on trouve la raison de ce nombre cinq. Lorsqu'elles alternent, en les regardant selon l’axe du rameau, on les voit former une spirale qui ramène la sixième feuille au-dessus de la première, et la onzième encore au-dessus de la sixième, ce qui continue sur une grande longueur. Que ces feuilles se rapprochent de cinq en cinq, elles formeront les verticilles fondamentaux. Mais les feuilles qui, au lieu d’alterner, sont opposées ou disposées par spirale ternaire (et elles sont encore assez nombreuses), ne peuvent reproduire le nombre cinq; celui de quatre devrait même appartenir à toutes les plantes à feuilles opposées, et cependant le nombre cinq y est le plus fréquent, comme dans celles à feuilles alternes.
Quant aux monocotylédones, il est certain que les feuilles très-rapprochées des espèces arborescentes y paraissent souvent disposées en spirale ternaire; mais il y en à aussi où la spirale est quinaire, et entre autres l’asperge.
‘M. Du Peut-Thouars rappelle, au reste, que la remarque du nombre cinq, plus fréquent que les autres dans les fleurs , et se retrouvant dans la position spirale des feuilles , a été publiée en 1656, par Thomas Brown , dans un traité singulier où il cherche à prouver que le nombre einq est celui de tous que la nature emploie le plus volontiers.
Nous avons donné dans notre précedente analyse un résumé sommaire des observations de M. Adolphe Brongniart sur le pollen des végétaux, qui n’est pas une
simple poussière, mais dont chaque grain est une vésicule organisée et, selon ce jeune botaniste, remplie de corpuscules eux-mêmes organisés ; nous avons fait connaître ses idées sur la fécondation des germes, qu'il suppose opérée par les corpuscules dont les grains de pollen sont remplis, lesquels, portés dans l'intérieur du stigmate par un tube qui se développe an moment où le pollen vient à toucher cet organe, pénètrent dans son tissu par un mouvement qui leur est propre, et descendent ainsi jusqu’à l’ovule, où , en se combinant avec des molécules qu’il contient, ils produisent le germe; en un mot, selon M. Adolphe Brongniart , les corpuscules de l’intérieur du pollen sont comparables, sous tous les rapports, aux animalcules spermatiques ; car c’est aussi à ces animalcules que, d’après d’autres expériences faites avec M. Dumas, il attribue la plus grande part dans la reproduction des animaux.
Un naturaliste exercé aux observations microscopiques, M. Raspail, dans ur Mémoire présenté à l’Académie, mais dont le rapport n'a pas été fait, attendu que ce Mémoire a été imprimé , à soutenu au contraire que ces corpuscules , variables en forme et en grandeur dans le pollen , ne se meuvent que par des causes extérieures , telles que la capillarité, l’agitation de l'air, l’évaporation de l’eau, celle des substances volatiles dont ils peuvent être imprégnés; enfin, que ce ne sont que des goutteleites de résine ou d'huile qui se dissolvent
entièrement dans l'alcool.
D'un autre côté, M. Robert Brown , célèbre botaniste anglais , correspondant de cette Académie, qui a fait des expériences sur le même sujet (1), bien#que, sur d’autres points, il n’adopte pas les vues de M. Brorgniart, s’est convaincu, comme Jui, que les granules intérieurs du pollen sont doués d’un mouvement qui leur est propre; mais il a constaté des phénomènes semblables dans les granules de plantes desséchées depuis long-temps, dans les molécules que l’on obtient en broyant dans l’eau les divers tissus organiques morts ou vivans, soit végélaux, soit animaux, et même dans les poudres de toutes sortes de substances inorganiques , en sorte que ces phénomènes ne seraient rien moins que propres au pollen. | M. Adolphe Brongniart a défendu ses opinions par un nouveau Mémoire (2); les corpuscules de l’intérieur du pollen ont toujours, selon lui, une forme constante; mais ils se trouvent souvent mêlés, et c’est ce qui a fait illusion, de corps étrangers d’une nature très-différente ; et, pour prouver que le mouvement des premiers n’est point dù à des causes extérieures , il répète ses expériences en faisant crever les grains de pollen dans une
goutte d’eau remplissant une petite capsule de verre, recouverte d’une lame de mica.
Les commissaires de l’Académie ont unanimement reconnu que les causés extérieures n’exercent aucune influence sur les mouvemens observés par M. Brown et M. Brongniart ; il leur a été démontré aussi que des mou-
(2) Voyez les Ænnales des Sciences naturelles, toin. XIV, p. 341.
(2) Annales des Sciences naturelles , tom. XV, p. 381.
«(34 ) vemens très-semblables à ceux des granules de pollen ont lieu dans beaucoup de corpuscules différens de ceuxlà ; ils ont remarqué en même temps que la manifestation du phénomène est très-variable, à tel point qu'avec des circonstances en apparence tout-à-fait pareilles, Îles granules d’une même plante leur ont offert, tantôt des mouvemens très-sensikles, tantôt une parfaite immobilité. |
Au surplus, la question du mouvement spontané et
celle de la fécondation ne sont pas absolument liées, et pourraient être affirmées ou niées indépendamment l’une de l’autre.
M. Moreau de Jonnès a communiqué à l’Académie des recherches sur le maïs, la synonymie de cette céréale dans les langues américaines, son pays originaire , l'étendue de sa culture et son antiquité chez lés peuples aborigènes du Nouveau-Monde.
Dans ce Mémoire étendu, l’auteur commence par examiner si le maïs était connu des peuples de l’antiquité , et il montre, par le témoignage d’autorités nombreuses , que c'est en le confondant avec une céréale africaine, le sorgho ou grand millet, qu’on a été conduit à croire qu'il existait, avant la découverte de l'Amérique, dans plusieurs contrées de l’Europe et de l'Orient.
Rassemblant ensuite dans les histoires contemporaines de la conquête du Nouveau-Monde , et dans les voyageurs qui les premiers ont parcouru ses vastes contrées, les
faits qui forment l’histoire du maïs, M. de Jonnès, après
avoir constaté l’origine américaine de cette plante, a recherché quels peuples aborigènes de l'hémisphère occidental en üraient leur principale subsistance ; quelles limites sa culture avait reçues de la puissance du climat et des communications des hommes; quelle était l’étendue de cette culture, comparativement à celle du manioc ; quelles lignes itinéraires semble avoir suivies sa translation géographique, et quelles contrées des deux Amériques paraissent avoir été son habitation primordiale.
D’après l’examen approfondi de ces questions, l’aueur se croit fondé à conclure que le maïs a pris naïssance exclusivement dans les régions du Nouveau-Monde, comme le riz dans celles de l'Asie, le millet en Afrique, et le froment dans les contrées septentrionales de l'Asie, ou peut-être de l’Europe. Cette céréale était séquestrée par l'Océan dans les deux Amériques, ainsi que l’étaient, dans l’ancien monde, ces trois autres plantes alimentaires , dont aucune n'existait dans l’hémisphère américain antérieurement aux navigations de Christophe Colomb. Il n’y a point eu de création multiple de ces végétaux, puisque leur propagation a été soumise à Ja condition nécessaire de la contiguïté des territoires, et qu’on ne les a point retrouvés partout où cette condition a manqué complètement , comme en Amérique, en Australasie, et à la Nouvelle-Zélande. Leur transiation géographique ne s’est point opérée, comme celle des plantes inutiles ou nuisibles ; par les agens naturels, tels in les courans pélagiques , les vents ou les animaux, puisque aucune céréale ne croît spontanément, et n’a pu
franchir les mers par le secours de ces agens, dont lac-
( 344) uon dure cependant depuis le commencement des choses. La séparation des régions des deux hémisphères, par l'Océan , est évidemment antérieure à la propagation des : céréales , puisque, sans cette barrière , la contiguïté des territoires aurait permis aux plantes de l’ancien monde de se répandre dans le nouveau, et vice versd. La distribution géographique du maïs, comme celle des autres céréales , n’ayant eu lieu, ri par une création multiple, ni par l’action es agens naturels, sa translation d’une contrée à une autre n'a pu s'effectuer que par les hommes, soit dans leurs commurications partielles, soit dans les grandes transmigrations dé leurs diverses races ; et, en effet, les témoignages de l’histoire établissent que c’est au moyen de ces transactions que les plantes alimentaires se sont propagées de proche en proche dans les diverses contrées du globe. C’est sans doute ainsi que le maïs a été porté d’un pays à l’autre, dans la vaste étendue des deux Amériques ; car, lors de l’arrivée des Européens, il existait, de temps immémorial, chez tous les peuples aborigènes, et il n’y avait d’autres limites à sa culture que celles qui lui sont imposées par le climat. Mais, excepté. l'existence du maïs sur chacun des cinq grands plateaux du Nouveau-Monde , et la culture de cette céréale avec celle des quatre autres plantes alimentaires ou usuélles , il ne restait aucun témoignage de cet ordre de choses, qui semble remonter à la plus haute antiquité. Les peuples de chacune de ces cinq régions , qui cultivaient en commun le maïs, étaient , au 15° siècle, entiérement étrangers les uns aux autres; ils n'avaient entre eux aucune communication, et plusicurs ignoraïent
même mutuellement leur existence. Leur séparation
datait de si loin , que , quoiqu'’ils eussent les mèmes opérations de culture et les mêmes procédés pour faire avec le maïs des alimens divers ou des breuvages, ils lui donnaient des appellations différentes. Les habitans de chacune des régions élevées du Nouveau-Monde avaient une série de noms spéciaux pour désigner le maïs, ses variétés, et ses préparations; dans l’ensemble de ces séries , telles que M. de Jonnès les rapporte, il n'y avait point de noms qui fussent semblables ou seulement analogues. On ne peut expliquer cette diversité qu'en supposant que la culture du maïs est contemporaine de la naissance des sociétés américaines , et de la formation de leurs langues ; et quand on considère que , quoique isolée , chacune de ces sociétés possédait de toute antiquité cette utile céréale, on est porté à croire que , dans des temps plus reculés encore , la propagation en avait eu lieu, d’une extrémité du continent à l'autre, par des communications entre les peuples aborigènes. L'une des grandes catastrophes dont Îes traces se retrouvent sur toute la surface du globe , paraît avoir rompu ces relations , et replongé les hommes du Nouveau-Monde dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie.
Le Theligonium cynocrambe est une plante annuelle de la famille des Chénopodées , à feuilles un peu charnues , et dont la tige se ramifie et s’étale dans les crevasses des rochers à l'abri des gelées , de quelques cantons de la France. Ses sexes sont dans des fleurs séparées, mais sur la mème plante; et par conséquent, dans le système sexuel, on le place dans la monœcie. La-struc-
ture de sa fleur et de son fruit était presque ignorée des
botanistes ; et M. Delille , qui l’a observée dans les environs de Montpellier, à décrit l’un et l’autre avec beaucoup de détails. Ce qu’elle a de plus remarquable , c’est que le fruit, qui est une drupe et qui se conserve sec de lui-même, se dépouille sur la terre humide de son épiderme et de sa pulpe, et reste quelque temps couvert d'uue poussière blanche , d’un aspect à peu près semblable à l'amiante , et qui résiste beaucoup plus à la décomposition qu'un tissu végétal. Cette poussière consiste dans une prodigieuse quantité de cristaux en aiguilles, acérés à leurs deux extrémités, épaissis au milieu, et portant d’un côté sur ce milieu une facette plate , ce qui ne peut se voir qu'au microscope. Ces cristaux, plus gros que ceux de la plupart des autres végétaux, sont agglomérés par faisceaux , et de manière à faire paraître ridée la surface du fruit desséché. Il ne serait pas sans intérêt d’en avoir une analyse chimique , et la quantité que l’on peut aisément en recueillir serait suflisante pour y procéder.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALE
M. Magendie a réuni dans un ensemble ses observaons sur le cerveau et sur le liquide qui l’arrose, ainsi que la moelle épinière, dont nous avons déjà rapporté quelques-unes dans notre précédente analyse, et il les a présentées dans la séance publique de l’année dernière.
Un homme adulte a environ trois onces de ce liquide ; les femmes en cnt davantage ; dans les vieillards, où la masse, du cerveau diminue, le liquide augmente; il a
6 ou 7 onces. Il forme autour du cerveau une couche /
d'une ou deux lignes , et dans certaines circonstances et certaines places, de près d’un pouce; ce qui, pour le dire en passant, paraît à M. Magéndie une assez forte objection contre un système qui repose sur les rapports intimes de la forme du crâne avec celle du cerveau.
« Il s’en faut beaucoup que le volume du cerveau soit aussi constant qu’on est porté à le croire en le jugeant d’après la forme fixe du crâne. Dans toutes les maladies d’une certaine durée, où le corps maigrit beaucoup, le cerveau éprouve une diminution analogue ; il reprend , avec les progrès de la convalescence, ses dimensions premières , et l’un des principaux oflices du liquide en question , est de remplir dans ces alternatives les vides qui viennent à naître. L'animal le plus féroce à qui on l’enlève par la ponction , devient calme et ne fait aucun mouvement; mais il reprend son naturel après un intervalle assez court , pendant lequel le liquide s’est régénéré. Si on le lui rend après l'avoir fait refroidir , il lui prend un tremblement général. Si on lui substitue de l'eau échauffée à la même température , l’animal entre dans une agitation extrème, et semble avoir perdu son instinct et ses facultés.
M. Magendie a cherché à savoir comment le liquide se comporte dans les affections mentales. Les personnes devenues idiotes , les vieillards en démence, le lui ont offert en grande quantité , souvent jusqu'à 6 ou 7 onces ; il y occupait la surface du cerveau, en distendait les cavités, et en déplaçait toutes les parties. Il remplit et distend aussi beaucoup les ventricules dans la folie, quelle qu’en scit la nature; mais alors il ne s’accumule point à la surface du cerveau. Dans les individus
doués de leur raison, au‘contraire, les ventricules du
(348 ) cerveau en contiennent à peine un gros , et la totalité ne
va pas à plus de deux onces. .
M. Magendie pense que ces termes d’aquédne , de
pont, de valvule, employés par les anciens anatomistes.
dans leurs descriptions du cerveau, montrent qu'ils n'étaient pas étrangers à la connaissance du liquide qui remplit les cavités de cet organe. Dans des temps plus modernes, Haller avait eru qu'il s’y réduisait à une certaine humidité , destinée à empêcher l'union de leurs parois, et que son accumulation ne provenait que de
maladies ; mais M. de Sœmmerring , dans un traité de
l’Organe de l’âme, publié en 1706, a déjà réfuté cette opi-
nion etmontré que les ventrieules du cerveau ne sont pas seulement des solutions de continuité, des cavités possibles , mais de véritables cavités constamment remplies d’un liquide concret. C’est même par les changemens de compositions produits dans ce liquide par l’eflet de l’action nerveuse, qu’il cherche à rendre compte desimpressions que l’âme éprouve ; c’est dans ce liquide , si l’on peut s'exprimer ainsi, qu’il en place le siége; mais il ne parle point de l’ouverture décrite par M. Magendie, et par laquelle le liquide des ventricules communique avec celui qui remplit le canal de l’épine.
M. Flourens , dont notre analyse de 1822 a fait connaître les importantes expériences sur les effets de l’ablation des diverses parties de l’encéphale, a appliqué, cette année, sa méthode sur la moelle allongée et sur Ja moelle épinière , et cherché à constater leurs limites, et à comparer leur actien sur la respiration dans les quatre classes d'animaux vertébrés (1).
(rt) Voyez les Annales des Sciences naturelles , tom. XIÉL, pag. 56.
M. Giroux de Buzareingues , correspondant de l’académie, a employé, pour, déterminer les fonctions des diverses parties de l’encéphale, une méthode qui lui est particulière : c'est de constater les altérations occasionées dans différens moutons par la maladie connue sous le nom de fournis , et de reconnaître, après la mort , la place qu’occupait dans le cerveau l'animal parasite ou hydatide qui produit cette maladie, le Zwnia cerebralis de Gmelin, ou Cænurus de Rudolphi (1).
M. le docteur Foville , médecin de l’hospice des alié- ‘nés de Rouen , a présenté à l’Académie un Mémoire sur le cerveau, où il envisage encore d’une manière nouvelle les liaisons des diverses parties de cet organe enire elles et avec la moelle de l’épine, qu'il regarde comme analogue , par sa composition , avec le cerveau lui-même. Nous avons déjà fait connaître , dans notre analyse de 1823, un Mémoire de M. Bailly, sur cette analogie de composition ; mais M. Foville ne l’envisage pas tout-àfait de même; il considère la moelle de l’épine comme formée, pour chaque moitié, de trois faisceaux ; un antérieur , un postérieur, et un beaucoup plus gros formant un demi-canal, dans lequel est une traînée de substance grise ; les cordons sont réunis par une commissure blanche postérieure. Arrivée à Ja base du crâne,
la moelle se renfle et constitue les pyramides antérieures,
Voyez aussi le même recueil , tom. XV, p. 113, pour les Expériences sur les canaux semi-circulaires des ciseaux , dont M. Cuvier parle ensuite dans son Rapport ; et le tom. XII, p. 113, pour ses Expériences sur la cicatrisation des nerfs.
(x) Voyez les Annales des Sciences naturelles , tom. XV, p. 52.
les corps olivaires , les corps restiformes et les pyramides
postérieures. Les corps restiformes , comme chacun sait, se prolongent dans le cervelet. Un petit faisceau, qui paraît faire suite aux corps olivaires, semble à M. Foville se, rendre dans les tubercules quadrijumeaux ; les pyramides antérieures et postérieures forment les pédoncules du cerveau , et y demeurent séparées par la substance noire de Soœmmerring ; les antérieures sont les seules dont les fibres se croisent. Suivant l’auteur, et c’est ici que ses idées commencent à prendre une direction particulière , le faisceau formé par le pédoncule , au sortir des corps cannelés , se divise en trois plans superposés.
Le plan supérieur se dégage le premier, monte et se recourbe de dehors en dedans, pour se réunir à son analogue de l’autre côté, et former le corps calleux , qui ne serait ainsi qu'une répétition de la commissure qui unit les cordons supérieurs de la moelle, et n’aurait point avec les hémisphères mêmes cette liaison que M. Gall Jui attribue, lorsqu'il le regarde comme leur commissure. Le plan intermédiaire, le plus considérable des trois, marchant en dehors du précédent, et se prolongeant de toute part en dedans de la substance corticale, forme la principale masse des témisphères. Le troisième plan, qui est le moins épais , a la même étendue que le second ; mais sa direction est tout-à-fait opposée, et ses fibres, partant du bas des corps cannelés, sont employées, les unes à donner une expansion pour le lobe temporal, les autres à gagner la corne d’ammon , et à se continuer avec Îles corps frangés dans la voûte à trois piliers, enfin à former le septum lucidum ou cette cloison qui s’élève
de la voûte aux corps calleux.
Dans les jeunes enfans, ces trois plans qui terminent le pédoncule se séparent facilement, et ne sont, pour ainsi dire, que superposés. M. Foville croit même que, si quelquefois leur adhésion est telle que leur séparation ne puisse avoir lieu , c’est par une altération maladive.
M. Foville pense que cette théorie de la composition du cerveau explique les faits, d’où il resulte que, dans les maladies nerveuses débarrassées de complication , qui portent sur les facultés mentales, ou trouve toujours la lésion apparente dans la matière cendrée des circonvolutions , et que c’est dans les parties centrales et médullaires que cette lésion se montre lorsqu'il n’y a d’affecté
que la faculté locomotrice.
MM. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire ét Marün ont présenté des recherches intéressantes sur des canaux qui communiquent de l’intérieur de l’abdomen dans les corps caverneux des tortues et des crocodiles, et même, à ce
qu'il paraît, à l'extérieur (x).
Nous avonsdit, en 1827, que, d’après les expériences répétées de M. Giroux de Busareïngues sur la reproduction des animaux , le sexe du produit dépend surtout de la vigueur relative des pères et mères. Ce résultat
vient encore d’être confirmé d’une manière positive (r).
(x) Voyez les Annales des Sciences naturelles, tom. XIII DattoSs 201 et 447.
(2) Voyez les Annales des Sciences naturelles , tom. XV, p. 131.
ZOOLOGIE
L'histoire naturelle des animaux a donné lieu , cette année, à des travaux aussi importans que multipliés ; il n’est presque aucune classe, presque aucune fonction sur laquelle n'aient porté les observations des natu-
ralistes.
M. Geoffroy Saint-Hilaire, dans son cours sur les mammifères, qui a été publié au moyen de la sténographie , a traité avec détail de l’histoire de la taupe, et a communiqué à l’Académie plusieurs des articles de ces leçons qui la concernent.
Depuis long-temps on sait que, malgré la petitesse ex- -traordisaire de son œil, la taupe n’est pas insensible à la lumière , et même, d’après des observations récentes, 1l paraît que sa vue esi assez délicate ; quelques anatomistes pensent néanmoins qu’elle n’a pas de nerf optique, et ils en concluent que le sens de la vision est dévolu chez elle au nerf de la cinquième paire; mais d’autres anatomistes croient lui voir le nerf optique ordinaire, excessivement grêle, il est vrai, mais partant du même point du cerveau , se collant au nerf de la cinquième paire, etse rendant avec lui dans l'œil.
Quoi qu'il en soit, M. Geoffroy à recherché les causes qui ont pu réduire l'œil de la taupe à de si petites dimensions , et annuler ou amoindrir à ce point son nerf optique. Il les irouve dans le développement démesuré de l'appareil olfactif, dans la grandeur de ses conques nasales , dans la grosseur de son nerf maxillaire supérieur ,
et surtout dans le volume extraordinaire des lobes olfac-
( 353 ) tifs de son cerveau. L’étendue qu'ils exigent de l’ethmoïde est ce qui, selon M. Geoffroy, restreint le sphénoïde antérieur, et le rend à la fois plus petit et plus dense, refoule les frontaux, et ne leur permet ni de concourir à la voûte de l'orbite, ni de s'étendre sur les lobes cérébraux. |
M. Geoffroy , qui adopte l'opinion que le nerf optique n’est pas dans le crâne, pense néanmoïns que ce nerf existe du côté de l'œil ; mais que, ne pouvant pénétrer dans le crâne par la voie ordinaire, obstruée à cause de la compression du sphénoïde , il se voit obligé, ce sont les termes de l’auteur, de gagner au plus près; et ce plus près , c’est le tronc de la cinquième paire. C’est, ajoutetil, une disposition qui , bien que se perpétuant par la génération , n’en doit pas moins être regardée comme monstrueuse : il est arrivé là quelque chose d’analogue à ce qui arrive dans les monstres, où l’hypertrophie d’un organe amène l’atrophie de l’organe voisin.
Ce qui, au reste, est très-remarquable , et contrarie fortement plus d’une théorie sur les fonctions spéciales des divers lobes de l’encéphale, c’est que les lobes que nouvellement on a cru devoir appeler lobes optiques , sont plutôt dans la taupe au-dessus qu’au-dessous de la grandeur proportionnelle qu’ils montrent dans les animaux qui voient le mieux.
Une difficulté non moins sérieuse embarrassait les naturalistes dans l’organisation de la taupe, c’est la manière dont elle met bass; car ses fœtus , très-grands à proportion , excèdent de beaucoup les proportions de son bassin, et il leur serait d’antant plus impossible de le traverser , que les os innominés sont soudés de la manière