‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 66 sur 232 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

la plus intime avec le sacrum ; mais ces mêmes os ne se joignent pas l’un à l’autre à la suture pubienne , en sorte que le rectum , le vagin et l’urèthre, qui , dans la taupe femelle, a un orifice extérieur et indépendant de celui de la génération, n’ont pas le bassin à traverser, mais qu'ils sont placés dessous, ou plutôt dans cette espèce de rainure laïssée par l’écartement des os pubis. Le bassin ne gène donc nullement la marche des fœtus, qui, traversant , comme à l'ordinaire, le vagin, viennent au jour en dilatant la vulve, sans qu'aucun appareil osseux arrête cette dilatation. Cette explication , donnée , ül y a quelques années, par M. Breton , habile naturaliste de Grenoble, satisfait pleinement à la difficulté, et M. Geoffroy Cherche à en tirer parti pour expliquer cette disproportion qui a lieu dans la taupe entre l’organe de l’olfaction et celui de la vision. Dans les gestations ordinaires , ce dernier est développé ; l’autre, au contraire, l’est moins qu’à l’état adulte. Une gestation prolongée doit donc favoriser l'organe de l’odorat ; et des petits qui restent assez long-temps dans l’utérus pour y acquérir la grosseur de ceux de [a taupe, doivent avoir de grandes narines et de petits yeux.

L'auteur a découvert , sous les vertèbres lombaires de cet animal, huit petits osselets supplémentaires, qui - empêchent cette région de fléchir, et donnent à ses reins la force nécessaire pour soulever et écarter la terre sous | laquelle elle vit. IL a reconnu un fait non moins curieux, c'est que, jusqu'à l'âge de six mois, la taupe a son vagin fermé par une sorte d’hymen , mais complet et sans ouverture , au point que, jusqu à cet âge, on ne distingue que difficilement les mâles des femelles. Un petit os

(1855 à conique et très-pointu , dont le pénis est pourvu à soû extrémité, paraît destiné à vaincre cet obstacle. L’urèthre de la femelle traverse le clitoris absolument comme dans le mâle il traverse le pénis; et, dans ce dernier, la vessie débouche dans une poche où arrivent aussi les canaux déférens , dans une espèce de vésicule séminale.

Notre auteur donne sur les habitudes de la taupe des détails non moins intéressans que sur son anatomie. Un taupier nommé Lecourt, déjà bien connu des naturalistes , par ce que feu M. Cadet Devaux a publié de ses observations, avait imaginé des moyens ingénieux de suivre de l’œil les mouvemens que la taupe exécute sous la terre, et il assurait que, lorsqu'on l'y effraie, elle se transporte avec une rapidité surprenante d’un point de ses canaux à un autre. Il allait jusqu'à dire que cet animal, qui rampe avec tant de peine sur Îa terre, allait dessous plus vite qu’un cheval au galop. Cette grande force musculaire suppose une puissante respiration ; et, en effet, la taupe a soin de ménager d’espace en espace des ouvertures pour aérer ses terriers.

C’est une bête très-vorace et très-cruelle ; M. Flourens a observé que la faim la tue très-vite, et que rien que des matières animales ne peut la satisfaire. Aucune ne passerait plus de douze heures sans manger ; après six heures d’abstinence , elles sont déjà d’une extrême faiblesse. D’ordinaire elle se nourrit de vers et d'insectes ; mais si l’occasion se présente de saisir une proie plus importante, un oiseau, un petit quadrupède , une grenouille, elle se précipite dessus avec fureur, l'attaque par le ventre, lui dévore les entrailles en écartant avec

ses mains les bords de la plaie et en pénétrant toujours

plus avant tlans son corps, san: être arrêtée, ni par la présence de l’homme , ni par aucua bruit que l’on fasse pour l’effrayer ; elle n’épargne pas sa propre espèce , et si l’on en enferme déux ensemble sans nourriture, la plus faible est dévorée du soir au matin ; ses os même disparaissent, il n’en reste que la peau , fendue le long

du ventre.

De toutes les familles de Mammifères , celle dont les naturalistes ont fait connaître, dans ces derniers temps, le plus d'espèces nouvelles , et où ils ont constaté le plus de ces différences de détail propres à former des subdivisions des degrés appelés genres et sous-genres , c’est celle des Cheiroptères ou Chauve-Souris. On y a distingué presque autant d'espèces que dans tout le reste de la classe. Les genres dont une première ébauche avait été proposée en 1796 par MM. Geoffroy et Cuvier, ont été, depuis lors, perfectionnés et multipliés, surtout par M. Geoffroy Saint-Hilaire le père. MM. Temminck, Desmarest, Paul Savi, Frédéric Cuvier, Leach et d’autres savans , s’en sont également occupés, et ont enrichi cette famille de leurs contributions.

Tout récemment, M. Isidore Geoffroy a présenté un Mémoire sur ceux des Cheïropières qui se nourrissent de fruits , et que l’on comprenait encore, il y a quelque temps, tous, sous le genre des Roussettes ou Piero-

pus (1).

Tout le monde sait que les êtres organisés arrachés

par l’homme à leur séjour naturel , et soumis par lui à

(1) Voyez les Annales des Sciences naturelles, tom. XV, p. 187.

d’autres conditions d’existence , éprouvent des modifications assez notables dans leur grandeur, dans leurs couleurs, et dans quelques détails de leurs formes et surtout de leurs tégumens, modifications limitées cependant, et qui, du moins dans l’état actuel du globe , n’excèdent pas certaines bornes assez étroites. Il se produit aussi des modifications analogues dans Îles êtres qui, sans avoir été assujettis par l’homme, se trouvent transportés dans des circonstances différentes de celles de leur premier séjour, et toutefois encore assez semblables pour ne pas détruire leur race. Mais les modifications de ce genre sont beaucoup moins fortes que celles qui naïssent de l’action suivie de l’homme; et aucune des eshèces sauvages , à quelque distance qu’elle se soit propagée , nè nous montre rien d’approchant de ce que nous voyons dans les animaux domestiques, dans Îles chiens, par exemple, dans les bœufs ou dans les rnoutons. On s’est fort occupé de ces variations des animaux, produites par la domesticité, et les naturalistes ont essayé d'en suivre les divers degrés autant que l’histoire des espèces a pu les leur indiquer ; mais il y avait un autre genre de modifications qu'il n’était pas moins intéressant d’étudier : ce sont celles qu'éprouvent les races domestiques, lorsque, abandonnées par l’homnie et rendues à leur liberté primitive, elles reprennent leur vie sauvage: et se sustentent elles-mêmes, conformément à leurs goûts naturels , et autant que la contrée où on les a jetées peut y subvenir.

C’est ce que M. le docteur Roulin à cherché à faire

sur les animaux que Les Espagnols ont transportés dans

(358) l'Amérique méridionale , et qui y vivent maintenant à l’état sauvage (1).

M. G. Cuvier a donné, pour la grande collection des - Classiques latins de M. Lemaire, des éclaircissemens sur les livres de Pline où il est question des animaux ; son objet a été de déterminer les espèces dont Pline a entendu parler, et, pour cet effet , il a rassemblé autour de chaque article de Pline tout ce que d’autres anciens avaient dit du même animal ; il a estimé ce qu'il pouvait être entré de fabuleux dans les traditions et les récits des voyageurs sur les animaux des pays éloignés, surtout à une époque où les voyageurs les plus insiruits pouvaient encore passer pour fort ignorans en histoire naturelle , et il a cherché ainsi à se faire une idée de l’être, et à le reconnaître parmi ceux que les naturalistes modernes ont inscrits dans leurs catalogues. Par cetie méthode il est arrivé à des résultats nouveaux, et qui ne sont pas sans intérêt.

Le Léoncrocotte et le Catoblepas lui paraissent être le Gnou , V Aspic est le Coluber haje ; le nom de Dauphin a été donné aussi à des Squales ; le 7ragélaphe est une espèce de cerf nouvellement découverte dans les Indes, qui a des bois pareils à ceux du chevreuil , et dont le cou est garni de longs poils; le Zycaon est le guépard ou tigre chasseur ; le Platanista est le dauphin du Gange de Roxburgh ; l’Acipenser, si fameux à certaines époques chez les Romains, était le Sterlet. Nous avons déjà vu que l’auteur a retrouvé le vrai Scarus. Le

(r) Voyez les Annales des Sciences naturelles , tom. XVI, p. 5.

Coracin d'Égypte est le Bolty ou Labrus niloticus Linn. Les poissons des Indes qui rampent sur la terre sont les Ophicéphales. Le Phycis, seul poisson qui construise un nid, est le Go des Vénitiens, une des espèces de Gobius de la Méditerranée qui, en effet, d’après les observations d’'Olivi , se fait une demeure de structure assez compliquée. Le Chenalopex est l’oie armée d'Égypte et non pas le tadorne; et le Cherenotes est le souchet; l’Aitagen est le Tetras alchata L. Les trois sortes de Blatta mentionnées par les anciens sont les

Dermestes, les T'énébrions et les Blaps des modernes, etc.

Le même auteur a fait paraître les trois premiers volumes de la grande histoire des poissons, qu’il publie avec M. Valenciennes. Le premier contient l’histoire de l'ichthyologie, et l'exposé général et détaillé de l’organisation des poissons ; le deuxième commence l’histoire de la famille des perches , et en fait connaître 2/5 espèces , divisées en 20 genres. Le troisième volume, qui parait en ce moment, termine cette famille, et présente 182 autres espèces distribuées en 32 genres (1).

Parmi les ouvrages magnifiques qui ont été consacrés dans les divers pays à représenter les productions de la nature , il n’en est point qui surpasse, pour le fini de la gravure et du coloris , celui que M. Audubon publie sur les oiseaux de l'Amérique septentrionale ,et il n’en est aucun qui l’égale pour la grandeur des planches. Les aigles , les tétras s'y voient de grandeur naturelle, et,

(x) Voyez le Prospectus de cet ouvrage , Annales des Sciences nuturelles , tom. XII, p. 396.

quand l'oiseau n’est pas assez grand pour remplir l’estampe , il y est répété dans les attitudes qui lui sont le plus ordinaires. L'Académie en a pris connaissance avec intérêt , et c'est un grand plaisir pour elle, comme pour tous les amis des sciences , de voir aujourd’hui les naturalistes du Nouveau-Monde rendre avec usure à l’Europe l'équivalent de l'instruction qu’ils en ont reçue.

L'Académie a entendu deux Mémoires pleins d'intérêt sur les caractères distinctifs des espèces de Lézards, et sur les particularités de leur histoire naturelle, dont l’un lui a été présenté par M. Dugès , et l’autre par M. Milne

: Edwards (1).

M. Dugès s’est occupé aussi d’une manière plus générale de la déglutition dans les reptiles, et a donné des observations neuves sur les changemens qu’éprouve la langue des Batraciens (2).

On appelle Annélides, d’après M. de Lamarck, des vers articulés , dans lesquels M. Cuvier a reconnu qu'il y à une circulation complète, et que le sang est généralement rouge , comme dans les animaux vertébrés. Les uns respirent par des branchies très-apparentes, en forme de panaches, de peignes ou de filets; les autres, parmi lesquels on compte le lombric ou ver de terre, la sangsue

et le petit ver d’eau douce nommé Naïde, célèbre par sa

force de reproduction , ne possèdent point ces organes,

(1) Voyez les Annales des Sciences naturelles , &. XV£ ,p. 5o et 337. (2) Voyez les Ænnales des Sciences naturelles ,tom. XIE, p. 335.

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