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respondant du nerf optique , est ordinairement pointue. La pointe se forme tantôt insensiblement, comme chez les écrevisses, et tantôt elle se forme brusquement , comme chez la plupart des insectes, mais toujours l’épaisseur du cône diminue de la cornée vers les filamens du nerf optique; les parois des cônes sont immédiatement appliquées les unes contre les autres , et séparés seulement par le pigmentum qui les tapisse.
Les dimensions des cônes varient également beaucoup en raison de la grandeur de la sphère dont la convexité de l'œil est un segment, ét de la grandeur absolue du. segment de sphère que constitue la ferme extérieure de l'œil. Mais les dimensions de ces parties varient beaucoup aussi dans les mêmes yeux. André a déjà rapporté une observation de cette espèce, concernant le Limule ; chez lequel les cônes de la circonférence sont les plus grands. Dans les insectes dont les yeux s’éloignent de la forme sphérique, les cônes sont ordinairement d'autant plus grand que l’œil est plus aplati, et d'autant plus petit que sa forme.est plus convexe ou plus parabolique. C’est ainsi que, chez la Maniis religiosa, la grandeur des cônes diminue de dehors en dedans, c’est-à-dire, de la partie plus aplatie de lœil vers sa partie plus convexe; ils représentent comme une bande falciforme, qui se rétrécit en se recourbant. (PI, xvrrr, fig. 7, a.) Toutefois je n'ai jamais remarqué en pareille circonstance que la largéur des cônes n'ait pas été la même; ils ont au contraire, vers leur base, la mème largeur, ainsi que les facettes correspondantes.
Dans les différentes espèces du genre Sphinx le diamêtre de la base est à l'axe longitudinal comme 1 : 5. La
longueur des cones , chez ces insectes, est fort petite en
( 376 ) proportion de leur largeur. Chez l'Écrevisse commune ; le même rapport est à peu près comme 1 : 10.
Les extrémités inférieures et pointues des cônes transparens sont implantées sur les filamens du nerf optique, leur base est unie à la facette correspondante de la cornée, le plus souvent sans l'intermédiaire d’un pigmentum plus clair. Le pigmentum qui sépare les filamens du nerf optique, jusqu'au bulbe de ce nerf, pénètre aussi dans les interstices des cônes, et jusqu'aux limites des facettes de la cornée, revêtant ainsi de toutes parts les parois de cônes transparens. Chez la plupart des insectes sa couleur change dans le trajet du bulbe du nerf optique à la cornée; dans quelques cas rares elle change plusieurs fois, comme chez l'Écrevisse commune et les Mantides.
Si on conserve pendant quelque temps les yeux d’un Sphinx dans l'alcool, les cônes , tout en conservant leur transparence , deviennent enfin si consistans, qu’on peut les isoler un à un, et les laver en tout ou en partie de leur pigmentum, en les agitant dans l’eau. En séparant de l’œil la cornée, on enlève souvent des rangées entières , ou des groupes de cônes, qui se détachent de leur fibre nerveuse , et restent adhérens à la cornée, avec leur pigmentum. Ces cônes sont alors tous d’une égale grandeur, et ne se déchirent jamais dans leur continuité. Quelquefois les filamens du nerf optique se rompent dans leur milieu, et une portion de ces filamens reste adhérente à la pointe des cônes correspondans.
La seconde figure de la planche xvir1 représente des cônes isolés, et en groupe, tirés de l’œil d’un Sphinx, et grossis dans ces différens états.
La pièce n° 1 montre un groupe de cônes dénudés
de la cornée, et séparés des filamens du nerf optique. Le
pigmentum est en partie enlevé, mais on le remarque dans les interstices des extrémités pointues, où il se présente sous forme de filamens.
Le n° 2 offre des cônes isolés avec des portions de pigmentum , et d’autres tout-à-fait dépouillés de ce dernier. Dans cet état les cônes sont presque tout-à-fait transparens , comme du verre.
Le n° 3 représente des cônes dépouillés de pigmentum, avec des portions de filamens nerveux qui y adhèrent.
Le n° 4 est un groupe de ces cônes làächement unis par du pigmentum, et offrant à leur extrémité postérieure des portions de filamens nerveux rompus.
Lorsque la cornée est enlevée avec précaution de la surface des cônes, celle-ci représente un réseau de faces arrondies et blanchâtres, dont les limites sont formées par le pigmentum , pénétrant entre les parois des cônes jusqu’à la cornée.
La figure 3 de la planche xvrir, représente une pareille surface de l’œil d’un sphinx.
Mais lorsque avec la cornée on enlève en même temps les cônes vitrés, de manière que ceux-ci se déchirent à leur point de jonction avec les filamens nerveux, les extrémités de ces filamens deviennent visibles dans l’enveloppe de leur pigmentum, sous la forme d’une surface convexe , qui est ordinairement concentrique à la convexité de l'œil. La surface de ces parties a nn tout autre aspect que la surface des cônes agglomérés sous la cornée. Comme les fibres du nerf optique sont beaucoup plus grêles que les bases des cônes, réunies sous la cornée, puisque ces fibres ne se joignent qu’à la pointe des eônes, il en résulte que la surface des fibres optiques
à ( 378 ) unie par le pigmentum semble veloutée, comme celle
d’une masse demi-opaque, dans laquelle se rencontrent
un grand nombre de points blancs régulièrement dis-
tribués, points formés par les extrémités des filamens optiques (à).
Voilà ce que nous avions à dire des parties internes et transparentes de l’œil, décrites par Swammerdam, chez l’Abeïlle; par Cavolini, André et autres, chez les Écrevisses; par Treviranus, chez la Blatie orientale; comme une organisation particulière, et qui d’après mes recherches est commune aux yeux composés de tous les insectes.
Ou doit vraiment s'étonner que M. Marcel de Serres, dans ses recherches si étendues, ait pu ne pas apercevoir l'organe le plus important dans l'œil des irsectes, l'organe qui, outre la sensation générale de la lumière, permet, aussi à ces animaux, de distinguer les objets. M. Marcel de Serres a évidemment mal compris Swammerdam, lorsqu'il a confondu entre eiles, les fibres pyramidales et les terminaisons filamenteuses du nerf optique, que cet exact observateur distingue de la manière la plus positive. M. Marcel de Serres, dans sa manière d'examiner l'œil, ne reconnaît dans les cônes transparens qu’une continuation des filamens optiques , ou un prétendu tissu cellulaire de la choroïde. Il dit que,
(1) PL svur, fig. 4, agrégat des filets nerveux de l’œil d’un sphinx, réunis par le pigmentum. f
Fig. 5, les filets nerveux et les cônes transparents dans leur position et leur grandeur relative par rapport à la surface commune de l'œil, dans un papillon de nuit. a , facettes de la cornée; L, les cônes transparents; c, les filets nerveux ; d, le pigmentum ; e, l’anneau corné de l'enveloppe extérieure qui supporte et embrasse œil ; f, le nerf optique
renfic en un bulbe.
( 379 ) dans les 7ruxales , la choroïde est rayonnanie ; mais la choroïde n’existe point sous la forme membraneuse, et la partie antérieure de l'œil devient rayonnante dans tous les cas, par les cônes nettement séparés les uns des autres, transparens dans leur axe, mais revêtus de pigmentum sur leurs côtés. À la fin de son ouvrage, M. Marcel de Serres croit devoir reconnaître une organisation tout-à-fait particulière dans l'œil des Sphinx et des Moctua, savoir des humeurs de densités différentes et une espèce de cristallin. J'ai examiné avec soin ces yeux sous le microscope; ils sont organisés comme les yeux de tous les autres insectes; et c’est à dessein que J'ai choisi pour mes figures l’œil d’une Phalène, pour
les opposer aux remarques de M. Marcel de Serres. Les filamens du nerf optique.
Les filamens du nerf optique s’éloignent du buibe de ce nerf dans une direction presque rayonnante, en conservant la même grosseur jusqu’à la pointe des cônes transparens. Îls pénètrent dans ce trajet le pigmentum foncé, et s’unissent enfin aux pointes correspondantes des cônes transparens, en sorte que le nombre de ces cônes, celui des filamens et celui des facettes, est toujours égal. Le rapport de la longueur des filamens à celle des cônes varie beaucoup. Chez les Sphinx , les filamens sont à peu j:rès quatre fois aussi longs que les cônes. Mais leur longueur dans le même œil ne diffère pas selon la forme de l'œil; et, lorsque dans un œil les cônes iransparens sont d’une part plus courts, les filamens nerveux sont de l’autre souvent plus longs, comme par exemple,
chez la Mantis religiosa (PI. xviu, fig. 7, b). L'aug-
{ 380 ) mentaton de grandeur est toujours indiquée par une pénétration plus profonde du pigmentum dans l’intérieur de l’œil. La mollesse des filamens nerveux empèche d’ailleurs de les dépouiller de leur pigmentum, ainsi qu'on peut le faire pour les cônes transparens.
Les pigmentum des yeux.
Les interstices des cônes transparens et des filamens optiques sont remplis de pigmentum et de ramifications trachéales extrêmement fines, qui ont en général, leur origine dans une trachée formant un cercle autour de loœil. C’est ce tissu de trachées qu’on pourrait appeler la choroïde de l’œil des insectes.
Chez la plupart des insectes, on peut distinguer un pigmentum externe et un pigmentum interne. L’externe, que M. Marcel de Serres a nomié l’enduit de la cornée, quoiqu'il ne tapisse que dans le plus petit nombre des cas la surface interne des facettes, donne à l’œil sa couleur propre; ce pigmentum est toujours superficiel. IL se distingue souvent du pigmentum interne, situé plus profondément par une couleur plus claire et plus vive; il varie en général beaucoup plus que ce dernier, chez les insectes. Ainsi il est rouge chez les Oscinis; jaune clair, chez l’Æpis retusa; bleuàtre, orangé, june brunâtre, vert chez les Orthoptères, où il partage ordinairement la couleur de lenveloppe générale ; jaune brunâtre, brun, rouge brun, vert chez les Coléoptères, où il offre également le plus souvent la couleur des tégumens généraux; il est jaune doré, chez l’Æemero-
bius perla, et chez plusieurs Diptères, comme les
RS, US nee Mo
Chrysops, les Orthochiles, les Tabanus. Dans cer-
D tp
tains cas, le pigmentum externe est aussi marqué de points et de bandes de différentes couleurs , comme chez quelques Dipières et Orthoptères, fait sur lequel nous reviendrons encore une fois. La couleur du pigmentum varie même dans un même genre.
Le pigmentum profond ou interne, contenu entre les sommets des cônes transparens et entre les filamens du perf optique, est beaucoup plus constant, et n’offre que peu de dillérence dans sa couleur, chez les différens insectes. À l'opposé du pigmentum externe ou du prétendu enduit de la cornée, sa couleur est tout-à-fait indépendante du pigmentum de l'enveloppe extérieur du corps. Les couleurs qu’il offre sont les suivantes :
Le rouge clair forme la première couche du pigmentum , chez les Mantides.
Le rouge pourpre, chez beaucoup de Diptères, la mouche domestique, les Stratiomys.
Le violet, dans la Blatte orientale.
Le violet bleu , chez ies Phalènes , et dans la profondeur de l'œil, chez les Mantides.
Le bleu noir et le noir, comme chez les Abeilles , les Bourdons , beaucoup de Coléoptères et de Lépidopières.
En général, la couleur du pigmentum devient plus sombre de l'extérieur vers l’intérieur ; quelquefois aussi, des teintes plus claires se montrent entre le pigmentum plus foncé, ou bien il y a des pigmentum profonds, de différentes couleurs, comme chez beaucoup d’Orthoptères , et notamment chez les Mantides.
Dans la Mantis religiosa, la moitié supérieure des cônes du côté de la cornée, est revêtue d’un pigmentum
( 382) jaune brun clair (PI. xvux, fig. 6, g.) La partie inférieure des cônes est couverte d’un pigmentum fort clair, d’un violet rougeñtre; cette partie du pigmentum dépasse même les sommets des cônes. (Fig. 6, .) Dans une coupe de l'œil, faite dans le sens de son rayon , les cônes semblent cesser avant d'atteindre les extrémités des filamens optiques ; et cet intervalle semble être rempli par le pigmentum plus clair. Je n’ai pu décider si d’autres parües transparentes unissent les cônes avec les extrémités des filamens optiques. Si cela n’a pas lieu, nous sommes obligés d'admettre que le pigmentum rouge clair, entre les sommets des cônes et les extrémités des filamens optiques, est transparent au moins dans l'œil de l’insecte vivant. La seconde couche du pigmentum cesse brusquement aux extrémités des filamens optiques; les interstices de ces derniers sont remplis par un troisième pigmentum de couleur bleue violette foncée (Fig. 6, e.)
En f on voit quelques faisceaux de filamens avec le pig-
mentum qui y adhère, rompus et repliés sur le côté. En don voit la seconde couche de pigmentum, ayant une teinte rouge claire. Des traces d'union avec le troisième pigmentum plus foncé, sont visibles à la surface interne de la seconde couche, sous la forme de taches violettes foncée.
Les interstices des filamens optiques se rétrécissant de plus en plus vers le bulbe du nerf optique, il en résulte que la couleur du pigmentum interne devient en apparence moins foncée dans la profondeur de l'œil.
Dans la figure 7, a, désigne le segment antérieur de l'œil d’une Mantis religiosa, celui des organes transpa-
sens , avec les deux pigmentum plus clairs.