‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 18 sur 78 · XXI · texte numérisé non relu

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propre à nos départemens méridionaux , P. subtentaculata (Drap.), et enfin une cinquième espèce marine, probablement le P. tremellaris de Muller. Depuis, j'ai observé le P. terrestris du même auteur, et cinq espèces nouvelles.

1°. J'ai trouvé le P. terrestris en Languedoc , dans les lieux humides et sous les pierres, après un été pluvieux. [Il est noir ou noirâtre en dessus , blanchätre en dessous, cylindroïde , atténué en avant, maïs obtus, et porte deux petits yeux noirs sur son extrémité antérieure. Tout cela a été vu par Muller. J’ai vu de plus un pore blanc au milieu de la face inférieure , et, dans sa structure , j'ai retrouvé le pulpe des Planaires , leur trompe, leur pénis, leurs vaisseaux spermatiques, et enfin un arbre gastrique consistant en un tronc longitudinal, à branches courtes et tantôt simples , tantôt trifides. Longueur extrême, 8 lig. Largeur, = lig.

2°, P. bandelette, ?. witta (Nobis). — Je commence par cette espèce l’exposé de celles que je n’ai pu rapporter à aucune des espèces qu'on a jusqu'ici décrites ; elle a sans doute été souvent confondue avec la lactée, quoique toujours bien plus petite et plus étroite. Elle est excessivement commune au printemps, dans les ruisseaux d'eau vive des environs de Montpellier. Corps étroit , allongé, fort plat et mince, arrondi et légèrement anguleux en avant, obitus en arrière; de couleur blanche. Elle diffère de la lactée par ses deux points oculiformes fort reculés et fort rapprochés l’un de l’autre, par l’absence des angles ou sub-auricules de la tête, par la forme de l'arbre gastrique , la longueur du sucoir, la disposition anatomique des organes génitaux, presque

( 85 ) toute semblable à celle de la P. brune , par celle du système vasculaire , etc. Longueur, 5 à 6 lig. Largeur, : à = de big. c

3°. P. aveugle, P. cæca ( Nobis). — Je n’en ai eu qu'un individu trouvé dans un ruisseau presque à sec ; mais je l'ai gardé long-temps et bien observé. Elle est allongée, tronquée , échancrée même en avant, obtuse en arrière , plate, mais moins mince que la précédente, et de couleur blanche comme elle.

Elle diffère de la bandelette (witta ) et de la lactée par l’absence complète de points oculiformes et la disposition de l'arbre gastrique, du système circulatoire, etc. Longueur, 3 lig. =. Largeur, : de lig.

4°. P. longue tête, P. longiceps ( Nobis). — Trouvée en abondance dans les étangs saumâtres , sur l'Ulva intestinalis. Celle-ci est bien plus petite que les précédentes ( longueur extrême, 2 lig.) ; elle est aussi blanchâtre , maïs tirant sur le jaune. Le corps est plat et fort éirait, linéaire , la queue élargie, la tête étroite et oblongue ; deux points oculiformes contigus , placés fort loin de l'extrémité antérieure ; une trompe placée un peu en arrière du milieu du corps; voilà les principaux caractères de cette petite espèce.

5°. P. gonocéphale, ?,. gonocephala (Nobis). — Cette grande espèce est assez commune dans quelques ruisseaux d'eau très-pure; elle a assez exactement la forme de la subtentaculée , quoique bien plus grande et surtout plus large; couleur grise. Longueur extrême, 11 lig. Largeur, : lig. Son étroitesse, sa tête triangulaire, la distinguent de la brune : celle-ci a d’ailleurs l'iris, ou tache blanche qui environne les points oculi-

( 84) formes , allongé en pointe en avant ; il est arrondi chez la gonocéphale.

Quant à la subtentaculée, outre son étroitesse plus grande et sa taille moindre , elle a des ramifications gastriques infiniment plus fines et plus nombreuses, et manque du pore génital qui se voit chez les gonocéphales, même de la plus petite taille.

6°. P. viganienne , P. viganensis ( Nobis). — Pour celle-ci , ses caractères sont si tranchés qu’elle a à peine besoin d’être mise en parallèle avec aucune autre. J'ai trouvé cette belle espèce dans des fontaines d’eau trèspure , et, pour la première fois, c’est au Vigan, petite ville située au pied des Cévennes. Son contour rappelle celui des urnes cinéraires des anciens : elle est en effet à peu près fusiforme, et pourvue d’une tête élargie et auriculée. Cette tête et le quart antérieur du corps sont bordés de points noirs oculiformes , comme chez le P. nigra. Le suçoir est fort long ; le pore digestif est suivi d’un appareil génital analogue à celui des autres espèces; mais de plus il y a encore en dessous deux pores médians situés plus en arrière, et qui communiquent dans un ensemble de trois à six poches , dont la pellucidité dessine une sorte de fleur ou d'étoile : j'en ignore l'usage. Cette Planaire est le plus souvent d’un brun chocolat du côté du dos, grise en dessous. Longueur, 8 lig. Largeur, 1 lig. ©.

Il serait peu intéressant d'entrer dans le détail des particularités que le système digestif m'a offertes dans les espèces diverses qui viennent d’être énumérées; la circulation , la génération m'ont présenté quelques faits plus singuliers, et auxquels je vais m'’arrèêter un instant.

J'avais décrit et figuré un système vasculaire formé d’un réseau général et de deux vaisseaux latéraux communiquant par de nombreuses anastomoses. Ce système offre vers la partie antérieure un ou plusieurs renflemens , que j'ai vus surtout dans les P. noire, aveugle et viganienne. Je ne l’avais vu d’abord que dans le trémellaire , et je lai de nouveau examiné avec le plus grand soin dans cette espèce à cause de son apparence , qui lui donne tout-à-fait l’aspect d’un ganglion nerveux, tel qu’on les observe chez Îles invertébrés.

En effet, les deux vaisseaux latéraux, en se rapprochant en avant, se terminent dans un renflement central et bilobé, qui paraît se retrouver à peu près tel chez une espèce de Planaïire aussi marine , que MM. Quoy et Gaimard ont observée et nommée ?. pélagique. Ces messieurs ont cru voir là un système nerveux bien caractérisé. Voici, outre les argumens que J'ai déjà énoncés dans mon premier Mémoire , les raisons nouvelles qui m'engagent à regarder cet organe comme une cavité vasculaire semblable aux vésicules du Naïs, aux vaisseaux moniliformes des Lombrics :

1°. L’analogie non-seulement tirée des Annélides , mais mieux encore des Prostomes, dont j'ai parlé plus haut, parle en faveur de cette opinion. Chez eux il ÿ a des. vaisseaux bien contractiles , bien reconnaissables, et les contractions des poches et des vaisseaux qui en partent sont, quoique lentes et irrégulières, assez marquées pour n'être pas douteuses. Sans cette analogie, elles le seraient peut-être chez la PI. trémellaire, qui offre pourtant des changemens incontestables de forme et de volume dans ce renflement.

2°, Loin d'être pulpeux ou opaque comme une masse nerveuse, ce renflement est bien plus transparent que le reste du corps ;

39. Crevé par compression , ce qui est fort diflicile, il ne laisse échapper qu’un peu de fluide transparent, et il conserve alors sa forme en diminuant seulement de volume ;

4°. Aplati et exposé entre deux verres à la lumiere, il offre, dans ses ombres ei ses clairs , toutes les conditions d’une cavité bien circonscrite et bien lisse;

5°. Enfin, il n’est jamais possible de l’isoler de la puipe environnante, parce que ce n’est qu'une cavité creusée dans cette pulpe, mais cavité à parois assez résistantes. Ce renflement d’ailleurs manque évidemment à plusieurs espèces chez lesquelles la vie n’est pas moins active que chez les trémellaires. En serait-il ainsi pour un vrai ganglion ? Un système nerveux complet peut-il exister sans ganglions ?

Jusqu'ici ce système vasculaire ne nous offrirait rien qui ne se rencontre à peu près de même chez d’autres animaux ; mais ne serait-ce pas annoncer une disposition pour ainsi dire inouie, que de présenter le système circulatoire comme en communication libre et directe avec le générateur ?

Voici ce que J'ai vu et revu si souvent et si clairement que je ne puis conserver le moindre doute. J'avais vu

partir des organes génitaux de la P. lactée un canal ‘bientôt subdivisé en deux branches ramifées ellesmêmes , et ces deux branches naître d’une sorte de vagin chez la P. brune: ces branches étaient hypothétiquement pour moi celles d’un oviducte dont la marche ultérieure

ne m'était point connue. J'ai constaté sur les P. brune, noire , bandelette , gonocéphale et viganienne , que ces canaux sont des branches détachées des vaisseaux latéraux dont il était question tout à l'heure. Chez la lactée, c’est la fin même du tronc de ces vaisseaux qui vient ainsi se rendre aux organes de la génération. Il y a donc communication large et facile entre le système circulatoire et l'appareil génital ; les vaisseaux latéraux peuvent donc servir à la fois à conduire un sang incolore à toutes les parties du corps et aux organes génitaux des germes, des ovules. Ces germes sont-ils formés dans des organes particuliers, ou bien prennent-ils naissance dans le sang même ? Une disposition anatomique dont il me reste à parler, me porte à adopter la première de ces deux opimions. Chez la P. noire, chez la viganienne, et moins distinctement chez plusieurs autres, on voit les vaisseaux latéraux entourés , dans une bonne partie de leur longueur, de vésicules blanchâires formant conime une longue grappe ; avec beaucoup d’attention , et aprés bien des recherches infructueuses , j'ai reconnu maintes fois que ces vésicules sont munies d’un goulot ouvert dans le vaisseau latéral, Ne sont-ce pas là de véritables ovaires analogues à ceux des Prostomes, et auxquels les vaisseaux sanguins servent d’oviductes ? Cette idée pourrait en faire naître une autre. On pourrait croire que mon système vasculaire n’est qu’un oviducte rameux ; mais On repoussera cette pensée, en réfléchissant à ce que nous avons dit des Prostomes , chez lesquels les vésicules et le système circulatoire existent à la fois, mais sont isolés ; en considérant encore que les vaisseaux latérau% existent chez la P. subtentaculée, qui n’a point

( 88 ) d'organes génitaux visibles, que ces vaisseaux existent chez la Douve du foie (Fasciola hepatica), dont les oviductes sont très-longs, très-distincts, comme j'espère le faire connaître par la suite, en publiant quelques remarques sur l'anatomie des vers intestinaux.

Quant à ce qui concerne les actes ultérieurs de la génération , et leur appareil ou leurs produits, j'ai peu de choses à ajouter à ce que j'en ai dit ailleurs. J’ai trouvé peu de différences entre ce que je savais déjà et ce que m'ont appris , sur l’anatomie des organes génitaux , des dissections nouvelles et multipliées , soit sur les espèces déjà étudiées , soit sur celles que j’ai découvertes, comme la viganienne , etc. (fig. 24). J'ai disséqué des individus accouplés de l'espèce brune, et j'ai constaté ainsi la double intromission simultanée et le grand allongement dont est susceptible le pénis; j’ai vu l’accouplement s’exécuter de même chez la lactée, et j'ai suivi la ponte de celle-ei et de la noire. Leurs œufs rougeätres, arrondis, ne sont point portés sur un pédicule, comme ceux de la brune; collés immédiatement sur les paroïs du vase où je les conservais , ils m'ont permis d'y découvrir (du moins pour la lactée ) ordinairement cinq à six foœetus, d’abord représentés par une vessie allongée et contenant une matière pulpeuse, À leur naissance (x ligne et : de longueur), on peut leur voir une trompe, un arbre gastrique à branches grosses, courtes et assez peu nombreuses ; on peut apercevoir les vaisseaux latéraux, mais nulle trace d'organes génitaux : quelquefois deux fœtus contractent adhérence , et forment des monstres synadelphes, comme je l’avais déjà remarqué pour les Lombrics. Une dernière observation, qui peut encore

offrir quelque intérêt , c’est que l’œuf prèt à être pondu (cette ponte dure à peu près une heure) fait faire à la surface du corps de l'animal une saillie considérable dans Je point auquel il correspond. Or, cette saillie ne se montre que peu d'heures avant l’expulsion de l'œuf: donc cet œuf acquiert assez brusquement un très-grand volume ; ce qui ne peut se faire que par l'assemblage de plusieurs ovules sous une mème enveloppe, par le mécanisme que j'avais présumé, lors de mes premiers travaux sur ce sujet.

Je pourrais aussi, sur le mécanisme de la ponte, donner ici quelques détails fort curieux que MM. Quoy et Gaimard ont eu l’obligeance de me communiquer relativement à la P. pélagique ; mais ce serait anticiper indiscrètement peut-être sur la publication qu’en doivent faire ces zélés naturalistes, dans la relation de leurs importans voyages.

Je m’en tiendrai donc à ce court résumé des recherches auxquelles je me suis livré depuis l’époque où j'avais eu l’honneur d'offrir à l’Académie mon premier essai. Ces nouveaux résuliats ont de plus en plus piqué ma curiosité, et m'ont décidé à poursuivre un projet auparavant bien éventuel.

J'espère en m'’attachant désormais à l'étude des espèces marines , comme J'ai fait Jusqu'ici pour ceiles d’eau douce, pouvoir bientôt achever l’histoire de ces ani-

maux remarquables sous tous les rapports.

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