EXPLICATION DE LA PLANCHE II
Fig. 1. Prostome clepsinoïde.
Fig.2. — lombricoïde.
Fig. 3. Prostome blanc.
Fig. 4. — armé.
Fig. 5. Tronçon du Prostome armé, offrant au milieu Pappareil du sucoir, et, sur les côtés , les poches génitales.
Fig. 6. Tête du même, aplatie et vue à la lumière réfractée, On y voit les poches et les vaisseaux qui constituent le système circulatoire.
Fig. 7. Dérostome changeant.
Fig. 8. Le même contracté.
Fig. 9. D. large tête.
Fig. 10. — à téteétroite. : É Fig. 11. — sélénopse. Fig. 12. — tronqué.
Fig. 13. — grisatre.
Fig. 14. — mégalopse.
Fig. 15. — gros.
Fig. 16. — rostré.
Fig. 179. — fusiforme.
Fig. 18. Planaire terrestre.
Fig. 19, — bandelette.
Fig. 20. — aveugle.
Fig. 21. — longue tête.
Fig. 22. — gonocéphale.
Fig. 23. — viganienne.
Fig. 24. Partie postérieure de la P. viganienne aplatie. On y voit la fin des vaisseaux latéraux, leur communication directe avec le cloaque, et leurs rapports avec les vésicules en grappe. On y voit de plus le pénis avec ses testicules allongés, la matrice lobée en forme de feuille, et deux groupes de poches en forme de fleur, avec leur pore central.
Fig. 25. Partie antérieure de la même Planaire , avec le commencement des vaisseaux latéraux, leurs renflemens, leurs branches et-leurs anastomoses. à
Fig. 26. Renflement ou cavité du système circulatoire chez la Planaire
trémellaire , écrasée entre deux verres , et vue par réfraction.
Lerrre de M. Ducës, relative au Memoire précédent.
Montpellier, 6 août 1830.
Mes chers confrères ,
Je pense que l'impression de mon Mémoire sur les Planaires n’est point finie, et qu'il sera temps encore d’y Joindre le post-scriptum suivant. Je vous serai bien
obligé de l’y annexer.
M. Charles Desmoulins vient de me communiquer une Notice sur la ponte de la Planaire lactée. Ce travail, publié dans les Æcies de la Société linnéenne de Bordeaux, juin 1830, renferme des observations toutes semblables à celles que j’ai pu faire sur l’espèce dont il s’agit, depuis la mise au jour de mes premières recherches. L'auteur y donne des détails fort intéressans , et doni j'ai aisément reconnu la parfaite exactitude, quoique la concision que je m'étais imposée dans le Mémoire qu'on vient de lire ne m’ait pas permis de les donner avec la même étendue. Jai trouvé aussi, dans le petit ouvrage de M. Desmoulins , une très-bonne description d’une des espèces nouvelles dont je donne ici les caracières et la figure : je veux parler de la Planaire viganienne. Notre estimable confrère a bien reconnu qu'’aucune des descriptions jusqu'ici publiées ne convenait à cetie espèce si nettement caractérisée, et cependant sa modestie l’a empêché de lui donner un nom nouveau ; nous lui laisserons donc celui que nous lui avons im-
osé, puisque Àl. Desmoulins n’a pas fait usage de la ; P 5
(92) priorité qui lui appartenait de droit. La petite quantité des individus de cette espèce , observée par M. Desmoulins , rendra aisément raison du peu de détails qu'il a pu fournir sur son anatomie ; il n’a point vu les deux pores surnuméraires avec leurs poches agglomérées, et ceci me confirme dans l’idée que ces poches sont temporaires ; que non-seulement elles peuvent varier en nombre, mais même ne pas exister, comme on le voit dans les très-jeunes individus, peut-être même disparaître, après avoir existé à leur summum de développement ; dernière circonstance dont pourtant je n’ai acquis que
la présomption , mais non la complète certitude.
OsservarTions sur l’Accroissement des Végétaux ; Par M. Amici.
Lues à l’Académie des Sciences de Modène, le 7 mai 1829.
( Cummuniquées en manuscrit par M. MIRBEL. )
Parmi les recherches de physiologie végétale, celles qui ont pour objet d'expliquer la manière de croître des arbres ont occupé plusieurs des naturalistes les plus illustres , et donné lieu à des opinions différentes. Le comte Ré écrivait, en 1808 , que le phénomène de l’accroissement des plantes était entièrement couvert d’un voile , que les travaux de tant de physiologistes n'avaient pas encore pu soulever.
Quelques-uns ont cru que, dans les arbres dicotylé-
dons , l'organe créateur des couches successives de bois
était le liber, c’est-à-dire, la partie la plus interne de l’écorce , qui, en donnant naissance à un nouveau tissu, et en s’endurcissant, se convertissait en aubier. Telle était l'opinion de Malpighi, adoptée ensuite par différens botanistes distingués , et en particulier par M. Mirbel, qui, après avoir long-temps soutenu l’hypothèse de la transformation du liber en bois, tant combattue par Dupeut-Thouars , Treviranus et autres, renonça à son opinion avec cette franchise qui est propre aux hommes de mérite et qui cherchent la vérité. C’est ce que montre un Mémoire fort intéressant sur l’origine , le développement et l’organisation du liber et du bois, qu'il a publié dans le courant de cette année dans les Mémoires du Muséum, et qui est accompagné de planches magnifiques.
Selon ce savant célèbre , le liber et le bois ont une mème origine, et proviennent du développement du cambium ; chaque couche de bois augmente le volume du corps ligneux, et chaque couche de liber accroît le volume de l’écoree. Ce principe explique facilement les résultats de différentes expériences, et donne des raisons plausibles de chaque phénomène, pourvu qu’on admette avec M. Mirbel que les couches du liber conservent chacune, pendant une série d’années plus ou moins considérable, la propriété de végéter et de croître. Cet accroissement consistant en un allongement et une multiplication des mailles du réseau , ainsi que dans une augmentation de la masse du tissu cellulaire.
En considérant cette théorie fondée en grande partie sur l'observation et l'expérience, on ne peut s’empècher
de lui accorder la préférence sur tant d’autres qu’on a imaginées. *
Mais qu'est-ce que ce cambium ou celte humeur, que d’autres auteurs ont dit se déposer entre l'écorce et le bois, et qui se présente d’abord sous une forme fluide , s’endurcit ensuite , s'organise, el constitue de nouvelles couches de fibres ? Porte-t-1l en lui les germes de nouvelles productions , ou sert-il de nourriture et de moyens de développement à des germes préexistans dans les couches anciennes ? D’un autre côté il est certain que l’écorce, à une époque particulière de l’année, se sépare du bois pour faire place à cette substance organisée ou organisatrice.
Pour rendre plus parfaite l'explication de l’accroissement des arbres, ei ôter ce qui s’y trouve encore d'hypothétique , il est évident qu'il suflirait d’avoir des idées claires sur l’origine et la nature de ce cambium. Dans le Mémoire déjà cité, M. Mirbel se référant à une note qu’il inséra, à la fin de 1816, dans le Bulletin de la Société philomatique, s’exprime ainsi: « Il se forme entre le liber et le bois une couche qui est la continuation du bois et du liber : cette couche régénératrice a reçu le nom de cambium. Le cambium n'est donc point une liqueur qui vienne d’un endroit ou d'un autre; c’est un tissu très-jeune, qui continue le tissu plus ancien : il est nourri et développé par une sève très-élaborée. Le cambium se développe à deux époques de l’année entre le bois et l'écorce, au printemps et en automne. Son organisation paraît identique dans tous ses points; cependant la partie qui touche à l’aubier se change insensiblement en bois , et celle qui touche au liber se change insensiblement en liber. Ceite transformation est perceptible à l'œil de l'observateur. »
Ïl parait, par cette définition, que le savant botaniste de Paris considère le cambium sous un point de vue bien différent de celui qu’adoptaient les anciens physiologistes. Je suis parfaitement d'accord avec M. Mirbel, ei je conviens qu'entre l'écorce et le bois il s'organise successivement des couches dont une partie s’adosse à l'aubier et acquiert sa nature, et dont les autres se superposent au liber, en augmentant sa masse. Il reste en outre à savoir quelle est l’origine de ce jeune üssu qu'il lui a plu de distinguer sous le nom de cambium.
Dans mon Mémoire sur l'anatomie de quelques plantes, publié dans le tome XIX des Actes de la Société italienne des Sciences , j'ai attribué à la membrane des vaisseaux la faculté de donner naissance à des organes semblables à eux-mêmes, et je supposais que les nouvelles cellules ou tubes n'étaient pas autre chose que le développement des gemmes ou boutons adjacens à la membrane primitive. Il me semblait que je pouvais apporter à l'appui de cette opinion l’observition que j’avais faite du développement successif d’un petit rameau de Chara, qui, d’abord composé d’un certain nombre d’entre-nœuds consistant en tubes membraneux simples, offrait plus tard des petits bourgeons ou gemmes productrices d’entre-nœuds semblables, qui, outre leur accroissement propre par la dilatation de leur membrane , donnaient naissance de la même manière à des productions analogues. Or, en observant que les végétaux d’un ordre plus élevé ne consistent qu’en un tissu qu'on peut considérer comme l'agrégation d’autant de tubes placés les uns au bout des autres, et latéralement dans un contact complet ou partiel, je m'étais formé une
idée qui me paraissait assez claire sur le mode d’accroissement des plantes.
Mon objet, dans cette occasion, n’est pas cependant d'occuper l’Académie de mes idées à ce sujet; je me propose seulement de lui communiquer aujourd’hui un fait qu'il m'est arrivé d’observer il y a peu de jours. Il consiste à voir un suc très-limpide , extrait d’une plante, s'organiser dans un vase de verre; phénomène que Je juge singulier, et qui, en admettant qu’il füt une propriété du suc lui-même, répandrait beaucoup de lumière sur la question dont j'ai parlé, l'accroissement des arbres, et sur d’autres points de physiologie.
Tous les agriculteurs savent qu’en faisant une légère incision au bois de la vigne, il en sort au printemps une liqueur qui n’est pas autre chose que la lymphe ascendante , qui se porte pour nourrir les bourgeons encore naissans ; lorsque ceux-ci sont développés et couverts de feuilles, cet écoulement de liquide cesse. Si, vers le milieu d'avril, nous parcourons Îles campagnes de ces environs , nous voyons souvent la vigne couverte d’une substance mucilagineuse, de couleur rousse , qui résulte de la condensation du liquide qui en sort.
Quoique ce phénomène se soit passé plusieurs fois sous mes yeux, Jai eu cette année pour la première fois la curiosité de recueillir une partie de ce mucilage roux, et de lexaminer au microscope grossi. Il se présente sous l'aspect de longs filamens entre-croisés , la plupart simples , d’autres subdivisés en deux ou trois bifurcations. En augmentant le grossissement , je ne tardai pas à m'apercevoir que ces filamens étaient composés de
divers entre-nœuds , séparés par des diaphragmes ; dans
quelques-uns d’entre eux , on distinguait dans les tubes des loges ou compartimens qui paraissaient vides où pleines d'air, et dans d’autres on voyait de petits grains mobiles le long de ces mêmes tubes. Cette dernière circonstance excluait l’idée que ces filamens pussent être une substance inorganique produite par l’aflinité des parties du suc condensé, ou par une sorte de cristallisation. IL est évident que c'était un végétal, et même un végétal vivant.
Cette singulière plante serait-elle une Conferve d’une nouvelle espèce, développée dans ce suc sorti de la vigne, ou plutôt une organisation du suc lui-même ? Telle fut la demande que je me fis. Pour y répondre, il fallait faire diverses recherches et expériences.
Le 19 avril, ayant fait exprès une incision àfun tronc de vigne, jeune et robuste, je recueïllis dans un verre une quantité suflisante de suc, qui, examiné au microscope, paraissait limpide comme de l’eau, sans qu’on püt y découvrir aucun corpuscule. Ayant mis ce suc au soleil douze heures après l’avoir recueilli, et l’y ayant laissé pendant six heures, je vis à l’œil nu la condensation commencée déjà dans quelques points. Ayant donc examiné une petite portion de ce mucilage, je trouvai qu'il consistait en filamens semblables à ceux que j'avais déjà observés dans la substance mucilaginense analogue qui existait sur le bois de la vigne. Ayant porté mon attention sur un filament , car il y en avait de semblables , il me sembla qu'en peu de minutes le bourgeon s'était allongé ; je mesurai alors sa longueur, qui était de o,o1 millimètre. Ayant laissé sur le porte-objet ce même rameau , au bout d’une heure il avait atteint une
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longueur de 0,05 millimètre, sans avoir éprouvé de changement sensible dans sa grosseur ; après deux heures, Je le trouvai long de 0,127 millimètre, et, à la fin de la troisième heure, il égalait déjà 0,235 de millimètre ; il était par conséquent vingt-quatre fois plus étendu qu’il ne paraissait d'abord, ayant en outre donné naïssance à deux nouveaux bourgeons, comme le monire la fig. 3 (PI):
Désirant connaître la marche de cette végétation et de cet accroissement visible à l’œil, je laissai encore pendant onze heures le même objet dans le champ du microscope ; au bout de ce temps il s’était accru de manière à couvrir une surface de 2,25 millimètres de longueur, se ramifiant et se subdivisant à la manière d'un arbre, et préseñtant des entre-nœuds formés de distance en distance par des diaphragmes : quelques-uns de ces entrenœuds contenaient de très-petits granules, qui circulaient cemplètement dans la cavité des cellules et des tubes.
Ayant recueilli de la lymphe limpide sur d’autres vignes situées dans des campagnes éloignées de plusieurs milles, et ayant répété plusieurs fois l’expérience, le résultat a toujours été semblable , présentant constamment au bout de quelque temps la substance organisée et douée de la faculté de croître.
Si on considère l'apparence de cette production, on trouvera qu’elle présente le caractère d’une Conferve (1);
(1) M. Raddi a trouvé dans les environs de Mandioca , au Brésil , une Conferve qu'il a appelée Conferva lichenoides , et qui existe sur l’écorce des arbrisseaux , ainsi que sur leurs feuilles. — Voyez Memoria
deila Societa italiana delle Scienze, t. XIX, p. 48 , et t. XX, p. 45.
cependant son existence dans toutes les vignes qui pleurent rend peu probable que ce soit un végétal de ce genre. J'ai fait des incisions sur diverses vignes, et J'ai recueilli aussitôt la lymphe dans des tubes de verre que J'ai fermés exactement à leur extrémité pour les abriter du contact de l’air ; néanmoins cette organisation n’a pas manqué de se manifester de la même manière. Il faudrait donc supposer que les germes de cette singulière Conferve, si toutefois elle en était une, auraient été portés dans la circulation par les vaisseaux de la vigne elle-même.
Il est vrai, d’un autre côté, que le tissu du bois de la vigne n'offre pas une ressemblance parfaite avec les filamens développés dans le suc qui en est extrait ; mais on peut admettre facilement qu’il doit exister quelque différence entre eux, le milieu dans lequel ils se développent étant si divers. Il me semble qu'on ne peut tirer aucun argument ni de ce fait, ni de ce que je n’ai pu observer aucun phénomène semblable dans le suc de l’orme ou du peuplier soumis à la même expérience , pour renoncer à l’idée que la substance que j'ai décrite soit une organisation propre de la lymphe de la vigne.
De quelque manière qu’on veuille considérer la chose, il m'a semblé intéressant de faire connaître ces observations à l’Académie, à laquelle je me réserve de communiquer des recherches ultérieures sur ce sujet, et au moins les résultats de l'analyse chimique dont notre
savant collègne , le professeur Barani, s'occupe actuellement.