‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 34 sur 78 · Ml · texte numérisé non relu

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Les plumes du dessus de Ja tête sont comme dans les chevêches ; le disque est par conséquent très-incomplet ; mais il existe deux bouquets de plumes placés de chaque côté , et susceptibles d’être redressés. Les ouvertures auriculaires sont assez grandes, sans l’être à beaucoup prés autant que dans les genres de la seconde section. Le bec est courbé dès sa base.

Les Scops de Savigny , dont le type est le petit-duc , peuvent tout au plus former une section parmi les ducs. Les chouettes à aigrettes sont des ducs un peu plus rapprochés que les autres des chevèches. Enfin, les Ketupa de M. Lesson forment aussi une section simple caractérisée par des tarses nus et réticulés.

3°. Les Paonizes ( Phodilus , Nob.).

Je donnerai tout à l’heure avec quelque détail les caractères de ce genre, que son bec, droit dans une grande partie de sa longueur , distingue au premier aspect des chevèches et des ducs.

La seconde section comprend les espèces dont le disque est complet où presque complet, et toujours bien marqué. Îl se compose de deux cercles, l’un interne, composé de plumes eflilées, à barbules très-écartées ; l’autre externe, et circonscrivant le premier, qui est composé de plumes rudes, aplaties, en forme d’écailles : entre les deux cercles se trouve l’ouverture auriculaire , qui est Loujours considérable.

Cetie section comprend , comme la première , trois genres.

1°. Les Caars-Huans (Syrnium , Sav.).

Ils fout le passage de la première section à la seconde, par leur disque incomplet, mais très-distinct. Leur

oreille est ouverte plus largement que dans les genres précédens , moins que dans ceux qui suivent. [ls n’ont point d’aigrettes. Le bec est courbé dès sa base.

2°. Les CHougrres ( Ulula).

On a établi, parmi les espèces à disque complet et à conque auriculaire étendue depuis le bec jusque vers le sommet de la tête, les deux genres Otus, Cuv., et

chouette ( Ulula, Cuv.), suivant qu'il existe ou non des

aigrettes. Ces deux groupes doivent être conservés, mais.

comme de simples sections , entre lesquelles la chouette forme un passage insensible , et établit des rapports intimes.

3°. Les Errrayes (Strix , Sav.).

Plusieurs caractères , parmi lesquels il suffit de citer leur bec droit dans une grande partie de sa longueur, les distinguent des autres espèces à disque complet (1).

C’est parmi les eflrayes qu'a été classée jusqu'à ce jour, sous le nom de Chouette cu Effraie calong, Strix badia, l'espèce dont je propose aujourd’hui de faire le type d’un genre nouveau , sous le nom de Promire, Phodilus (2).

L'état très-imparfait du disque, chez le calong , est le

caractère d'après lequel r’ai reconnu d’abord la nécessité | quei ]

de le séparer des effrayes. L'examen des pattes , du bec,

{1} Les ornithologistes n’ont généralement admis qu’une seule espèce d’Effraye , en exceptant le Calong , qui ne doit pas entrer dans le même genre. Le fait est qu'il est extrémement difficile de caractériser plusieurs espèces dans le genre Effraye, mais qu'il existe entre les Effrayes

de diverses contrées quelques différences spécifiques : les ailes, les

pattes, et surtout le bec , sans parler de la coloration, sont en effet loin d’être les mêmes, par exemple, chez l’effraye d'Europe et celle du Brésil, chez celle de la Nouvelle-Hollande et celle de PAmérique du nord.

(2) De oc, lumière , et dernos , craintif.

des ailes surtout, m'a bientôt confirmé dans cette opinion , et démontré la nécessité d'établir, pour le Strix

badia, un genre nouveau.

Les caractères du genre Phodile peuvent être établis de la manière suivante.

Tout le tour de l’œil est garni de plumes à barbules décomposées , et le disque existe à la partie inférieure de Ja tête ; mais, en dessus, toutes les plumes sont dirigées en arrière, et de mème nature que celles du reste du corps. Les oreilles sont moins largement ouvertes , et la conque auditive est moins grande que chez l’effraye ; disposition qui est en rapport avec le degré très-imparfait du développement du disque.

Le bec est droit dans sa première portion, comme chez les effrayes ; maïs les mandibules, principalement la supérieure , ont plus de hauteur. Les ouvertures des

narines sont petites et à peu près rondes.

Les doigis sont plus gros que chez les eflrayes , et les ongles plus forts ; les doigts sont réticulés en haut, écussonnés en bas, et les tarses couverts de très-petites plumes, ou plutôt de duvet, comme chez les effrayes.

La queue est un peu plus courte et moins carrée que chez les effrayes.

Mais c’est surtout par les ailes que le Phodile diffère du genre avec lequel on l’avait confondu. Chez les effrayes, les ailes très-longues, et dépassant même l’extrémité de la queue, présentent dans les proportions de leurs rémiges, des caractères très-importans , et qui les placent au nombre des meilleurs voiliers. La première

rémige est presque aussi longue que la seconde , qui est

(Wa 0") la plus lonsue de toutes; la troisième est encore trèslongue , et les suivantes vont en décroissant.

Les ailes du Phodile sont construites sur un tout autre plan ; on peut dire sur un plan inverse : les rémiges vont en s’accroissant , de la première , qui est trèscourte, à la cinquième, qui est la plus longue. C’est, comme on le voit, sauf quelques légères modifications, le système que l’on trouve, parmi les oiseaux de proie diurnes, chez les aigles et la plupart des autres genres dits igrobles , tandis que les aïles de l’efiraye sont construites sur le même plan que les ailes des oiseaux de proie dits nobles, c’est-à-dire, les faucons et les gerfauts.

Le genre Phodile rejose donc sur des caractères véritablement importans. Les organes des sens, dont les ve. jations coïncident toujours avec des variations dans la composition du crâne ; les organes du vol, qui ne sont jamais modifiés sans que le sternum et l'épaule éprouvent une modification correspondante , sont établis dans Île genre Phodile tout autrement que dans le genre Effraye. En outre , le premier est facile à distinguer, au premier coup-d’œil, de tous les groupes voisins. En eflet, par son bec droït dans sa première portion , il diffère de ious les genres de la même famille, excepté le genre Effraye, à l’égard duquel la conformation 1irès défectueuse des ailes, et l’état très-incomplet du disque, offrent pour lui des caractères très-tranchés.

La Chouette calong, Tem. , PI. col., 318 , l’Effraye calong , Less. . Traité d’Ornithol., Liv. 1, Strix badius de M. Horsfieid, qui l’a le premier décrite, est la seule espèce, jusqu à ce jour connue , qui doive être pla-

cée dans le genre que je viens de proposer: Elle devra prendre fe nom de Phodilus badius , pour conserver l'épithète spécifique que lui a donnée M. Horsfield , et qui indique très-bien sa couleur.

Le Phodilus badius habite la presqu'ile Malaise, d'où il a été rapporté par M. Dussumier, et l’île de Java, où il a été trouvé, par M. Horsfield, en plusieurs lieux, notamment dans les districts de Puger et de Suranarta. Il vit loin des villages, dans les forêts les plus touffues. Ses habitudes , de même que son organisation , sont, comme on le voit, différentes de celies des effrayes.

Quant aux caractères spécifiques du Phodilus badius, il me suflira de renvoyer aux descriptions de MM. Horsfield, Temminck et Lesson , qui ne laissent rien à désirer, et surtout à la figure que M. Temminck a donnée du

calong dans ses Planches coloriées.

Nomce sur le Voyage de M. ve Humsoznr en Sibérie, et Recherches de M. Eurenrerc sur l’organisation et la distribution géographique des Infusoires dans l’ Asie septentrionale (1).

Le voyage que nous avons fait l’année passée, MM. Ehrenberg , Gustave Rose et moi, sous les auspices de l’empereur de Russie, aux mines de l’Oural et de l’Al-

(1) Cette Notice a été lue par M. de Hiumboldt, dans la séance de Vinstitut du 11 octobre 1830.

tai, aux frontières de la Dzongarie chinoise, et à la mer Caspienne , a eu pour objet une variété d'observations assez considérable pour en offrif les résultats dans des Mémoires et des ouvrages particuliers. Nous possédons des collections géologiques recueillies par nous-mêmes, et plus complètes que celles qu’on a pu porter jusqu'ici de cette partie de l’Asie en Europe. Rangées par M. Rose, elles se trouvent placées, dans le Musée de Berlin, à côté des suites géognostiques du Mexique, de Quito, du Brésil méridional, des îles Canaries, et de diverses ré-

gions de l’Europe. Je m'occupe à concentrer les princi-

paux résultats de nos iravaux dans un tableau physique:

des contrées que nous avons parcourues , ouvrage qui va paraître sous le titre d'Observations géognostiques, magnétiques et astronomiques. M. Ehrenberg , auquel ses courses aniérieures en Nubie, à Dongola et en Abyssinie, avaient offert des moyens de comparaison très-fertiles en aperçus nouveaux , traitera, dans un volume séparé, des rapports géographiques des végétaux entre le Volga, l’Iriyche et l'Obi , entre le nord de l’Oural et la steppe des Kirguises. Il y réunira les descriptions zoologiques, surtout celles des coquilles d’eau douce, des insectes et des poissons, dont abondent les grandes rivières et la Mer Caspienne. J'aurai l'honneur de communiquer à l’Académie, dans une autre séance , l'extrait d’un Mémoire qui n’est point encore imprimé, et dans lequel M. Ehrenberg, après avoir caractérisé la variété du grand Tigre royal de l'Inde, qui se montre au nord de la grande Cordillère des Monts Célestes (Thianchan }, même au nord du Tarbagatai et de la région des dioptases, expose les différences du Felis pardus de Cuvier, du Felis chalybeata. de

Mi Li

Hermann, qui est le F. pardus de Temmink, et du Pelis Irbis (la Panthère à longs poils}, que Pallas a confondu avec le F,. pardus d'Afrique, et dont nous avons acquis une belle peau à Semipolatinsk , sur les bords de VIrryche. M. Rose a été assez heureux pour découvrir létain sulfuré dans l'Oural méridional ou Bachkyre, et une ‘combinaison d'argent et de tellurium dans un minerai de Sawodinski, auprès de l’Aliaï. L'existence de l’étain et du tellure était avant notre voyage , avant l’année 1829, aussi inconnue dans la Russie asiatique , que l’existence des diamans dans la Russie européenne.

M. Gustave Rose, dont les chimistes de France apprécient l’exactitude dans les analyses chimiques, est occupé dans ce moment d’un travail très-étendu sur Por de lavage et l’or retiré des filons qui ne sont point encore détruits, comme sur les proportions dans lesquelles l’argent est mêlé à l’or de Sibérie, dont le produit annuel excède en ce moment 6,000 kilogrammes. C’est dans un ouvrage particulier que ce savant va publier les résultats de ces laborieuses recherches oryctognostiques et chimiques sur les substances recueillies pendant le cours de notre voyage, en y joignant tous les détails de gisemens géognostiques. Il existe à peine une contrée du globe dans laquelle Îes roches et les filons présentent une plus étonnante variété de. minerais, également remarquables par leur beauté et par leur composition chimique. J’ai cru que l'annonce rapide de ces travaux, que mon dernier voyage (de plus de 4,500 lieues ) à travers l’ancien continent a fait naître, et dont les plus importans appartiennent exclusivement à mes amis, pourraient rappeler à l’Académie que , depuis mon départ de Paris,

je n'ai négligé aucune occasion pour rendre ma wie utile aux progrès des sciences physiques, et, qu'éloigné de vous, je suis resté fidèle à une carrière qui offre les jouissances les plus pures et les plus durables. Comme l’état actuel des sciences exige une grande rapidité de communication , nous sommes convenus , MM. Rose, Ehrenberg et moi, de publier, à mesure que nous avançons dans la rédaction de nos observations, les résultats principaux dans des Mémoires particuliers.

C’est cette même considération qui me détermine anjourd’hui à exposer à l’Académie quelques-unes des idées que renferme un petit ouvrage que M. Ehrenberg vient de publier en allemand, sous ce titre : Organisation, Classification et Distribution géographique des Infusoires en Afrique, et dans le nord de l Asie. Le nombre des espèces observées pendant le cours de notre voyage entire la Mer Caspienne , l'Oural et l’Altaï, a été de 113, parmi lesquelles 8 constituent des genres nouveaux. M. Ehrenberg est parvenu , en nourrissant d’indigo et de carmin ces êtres translucides et gélatineux, à découvrir l'extrême complication de leurs organes, à colorer leur bouche , leurs estomacs , l’exirémité de leur canal alimentaire, à les peindre pour ainsi dire intérieurement en bleu et en rouge. En jetant les yeux sur les huit planches dessinées par M. Ehrenberg, on voit

d'un coup d'œil l’étonnante complication de ces êtres,

dont plusieurs cependant n’ont que de ligne de long.

L'auteur s’est servi d’un microscope de Chevalkier, et généralement d’un grossissement de 800 fois en diamèetre. Il offre les résuliats de dix années d’observations ,

qui sont d'autant plus sûres que lanatomie des Mollus-

( 207 ) ques de la Mer Rouge l'avait accoutumé à l'usage des microscopes et des micromètres. Les Infusoires les plus petits, et qu'on a cru les plus simples, ont tous une bouche et des organes de nutrition, quelquefois trente à quarante estomacs ; ils savent tous saisir leur proie, et se nourrir de substances solides. Dans le Monas termo , qui.n'a que .--— de ligne de long, on distingue quatre estomacs, une bouche, et des cils qui entourent cette bouche. Les Vorticelles , Leucophrys, les Paramæcium, ont une organisation plus compliquée. Le nombre des yeux varie dans les Rotifères, dans les genres Zuglena et Éosphora; mais, ce qui attirera le plus laitention des naturalistes qui s'occupent de l'anatomie microscopique, c’est la complication du système musculaire et nerveux , de la bouche munie de dents cartilagineuses , des organes de nutrition et de génération de l’//ydatina senta ( FVorticella senta de Muller ) , tel que le présente la huitième planche. L'Académie daignera sans doute faire examiner la partie anatomique de ce Mémoire, et la classificauon des Infusoires , d'après leur organisation intérieure , surtout le parallélisme des nudu et loricata (nues st couvertes de boucliers), qui caractérise toute cette classe d'animaux, M. Ehrenberg discute les genres qui avaient été établis d’après d’autres principes, et il tronve que les animaux de la même espèce ont été, dans les différens stades de leur accroissement, selon qu'ils étaient à jeun ou qu'ils avaient mangé, décrits comme des genres distincts. M. Ehrenberg a vu souvent sortir les Infusoires de l’œuf, et aucune observation directe ne l’a conduit à admettre ni une génération spontanée, ni une agglomération d'Infusoires pour former des rudimens végétaux et

animaux. Îl pense que tous les Infusoires se déplacent pendant leur vie, et cherchent isolément leur nourriture. Des 113 espèces observées et décrites pendant le cours de notre voyage, 31 espèces appartiennent à l’Europe, et 82 à l’Asie; mais, de ces espèces recueillies en Asie, deux tiers sont également observés dans l’Europe centrale. Le Kolpoda cucullus paraît l'espèce la plus généralement répandue : M. Ehrenberg l’a trouvée depuis le Mont Sinaï jusqu'à Dongola, près de Berlin , à Saint-Pétersbourg , dans le nord de l’Oural, et au pied de l’Altaï. Dans les mines de Sibérie ( Soimonofskoi et le Schlangenberg), on trouve 3 espèces de Monades, et encore le Kolpoda cucullus, à 56 toises de profondeur, dans des lieux entièrement privés de lumière. Les Infusoires, d’après leur structure , forment deux classes naturelles d'animaux, qui habitent la mer et les continens. On en trouve quelques espèces, qui (comme les Cryptogames) sont identiques, sous les zones les plus diverses ; ils paraissent varier, d’après les climats, plus d'Europe à Dongola que de l’est à l’ouest, de Berlin à l’Altaï. Les eaux salées des steppes asiatiques ne présentent pas des formes très-particulières. La rosée, examinée avec le plus grand soin, au milieu des déserts de l'Afrique, n’a pas offert d'Infusoires, tandis que huit espèces fourmillent dans les puits de l'Oasis de Jupiter Ammon.

Les recherches faites sur les Infusoires, pendant le dernier voyage de M. de Humboldr, s'étendent sur plus de 50° de longitude et 14° de latitude.

Extrait de Ÿ Analyse des travaux de l Académie royale des Sciences pendant l'annee 1829 (1);

Par M. le baron Cuvier,

Secrétaire perpétuel.

GEOLOGIE.

Lorsqu'une science fait des progrès aussi rapides qué le sont aujourd'hui ceux de la géologie, il est bon que de temps en temps on présente une sorte d'état de ses acquisitions , et que l’on marque ainsi le point où elle est parvenue, et il est heureux que cette tâche soit entreprise par les hommes qui eux-mêmes ont le plus contribué à l’avancer. Déjà nous avons eu à parler de piusieurs résumés semblables faits par MM. de Humboldt, Buckland, La Bêche et autres habiles géologistes. Le plus récent et le plus complet est celui que vient de publier M. Brongniart, sous le titre de Tableau des terrains qui composent l’écorce du: globe. Dé il avait traité un sujet intimement lié à celui-ci dans sa Classi- fication et Nomenclature des roches, mais il monire. par de bonnes raisons, que cette classification et cette nomenclature, très - nécessaires pour distinguer par elles-mêmes chaque sorte de roches , ne sout plus appli-

(1) Plusieurs Mémoires dont M. le baron Cuvier donne l’analyse nous ayant été communiqués par les auteurs, et ayant déjà été imprimés, soit en totalité, soit en partie, dans notre journal, nous avons cru, ainsi que nous l’avons fait les anuées précédentes , devoir supprimer au moins en partie leur analyse, en renvoyant aux volumes des Annales qui les contiennent. (R.)

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