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dus. Sous eux, et par conséquent formés avant eux, sout Îles terrains dits de transition, et plus inférieurs, plus anciens encore les terrains primordiaux qui ont précédé l'apparition de la vie.
Tous ces terrains sont stratifiés , et c'est par leur stratification même que l’on prouve qu’ils ont été formés successivement ; mais il en est dont la masse , non divisée en couches , semble tenir encore plus intimement au noyau de la terre, et en être pour ainsi dire sortie par soulèvement, et d’autres qui en ont été vomis à l'état liquide , et se sont répandus à diverses époques à la surface des couches : ils n’appartiennent ni à l’époque de Jupiter, ni à celle de Saturne ; les uns les ont précédées toutes les deux, les autres se sont montrés irrégulièrement pendant leur durée ; et M. Brongniartles met sous linvocation de Typhon, et les partage entre Pluton et Vulcain , selon qu'ils forment des grandes masses contre lesquelles les autres s'appuient , ou des déjections extravasées et épanchées sur ces autres terrains.
Indépendamment de ces principes méthodiques et de cetie nomenclature, on trouve d’ailleurs dans cet ouvrage beaucoup d'observations nouvelles et propres à l’auteur ; telles que des considérations sur les terrains qui peuvent se former actuellement, sur les graviers coquilliers d’une multitude de lieux, sur les dépôts de fer en grains, sur la véritable position des lignites de la Suisse. Il donne une théorie des terrains , qui, d’après les coquilles qu’ils renferment, ont dû être formés dans des lacs d’eau douce, et qui, étant recouverts par des couches marines, semblent prouver plusieurs retours
assez rapprochés de la mer dans certaines contrées. 11
(sain; )
répond aux objections qui ont été faites contre ces retours, et fait voir que les hypothèses que l’on a cherché à substituer à celle-là présentent des difficultés bien plus grandes. Presque tous les exemples qu’il rapporte reposent sur les observations faites dans ses voyages , et il prouve que depuis la Scandinavie jusqu'aux Pyrénées, aux Alpes et aux Apennins , il a étudié avec l'attention la plus suivie tous les poinis où l'écorce du globe s’est mise à découvert lors de ses déchiremens ; mais combien peu en voyons-nous : à peine sa surface est-elle effleurée. Si l’on compare, dit M. Brongniart, la profondeur à laquelle nous sommes parvenus avec la longueur du rayon de la terre, on trouvera qu’une rayure d’épingle sur le vernis qui enduit les globes artificiels de dimensions ordinaires, est plus profonde que les couches les plus basses que nous avons atteintes. Ajoutons que les plus hautes montagnes ont à peine en élévation la trois-millième partie du diamètre de la terre; qu'en supposant qu’elles aient été couvertes par les eaux, l’affaissement égal des fonds des mers a sufli pour les mettre à sec, aussi-bien que toutes les collines et les plaines inférieures , et que l’on juge de la liberté où l’on est d'imaginer des agens suflisans pour produire les changemens qu’a éprouvés cette légère pellicule. Cette pellicule cependant, c’est encore M. Brongniart qui parle, a fourni à l’observateur des multitudes de faits variés , pleins d’inrêt, propres à exciter aux plus hautes conceptions , et son étude a procuré aux hommes les matériaux les plus importans aux arts utiles , aux sciences et à tous les agré-
mens de la vie.
(R'arSr)
Depuis long-temps la plupart des géologistes regardent, avec de Saussure et Deluc , les couches inclinées qui forment une grande partie des montagnes , comme produites par une rupture et un mouvement de bascule ; car il est diflicile de concevoir que des couches qui contienneni divers corps très-mobiles, des coquillages , des cailloux roulés , etc., n’aient pas été nécessairement d’abord dans une situation horizontale. Cette rupture peut avoir eu lieu ou parce que des couches, qui n'étaient pas suffisamment soutenues dans toute leur étendue , se sont affaissées du côté où il se trouvait des vides audessous d’elles , ou bien parce qu'une partie des terrains inférieurs s’est soulevée et les a brisées dans les endroits où elle s’est fait jour ; mais, quelque opinion que l’on se fasse à cet égard, il est hors de doute que des couches horizontales qui s'appuient contre des montagnes à couches inclinées , ont été déposées après la rupture, car autrement elles auraient dû y participer. Jusqu'à présent, le plus grand nombre des géologistes ont adopté l'hypothèse de la rupture par affaissement ; maïs il y à aussi des raisons assez fortes de donner la préférence à l'hypothèse contraire , surtout depuis que M. de Buch a cru voir des marques de production ignée et de soulèvement dans plusieurs montagnes porphyriques, qui avaient été long-temps considérées comme d’origine aqueuse. ‘
M. Elie de Beaumont, admettant cette production des montagnes par soulèvement , et examinant avec soin, dans chaque système de montagne, la nature des couches qui y sont inclinées , et de celles qui y sont demeurées horizontales, a conçu l’idée hardie de fixer l’an-
cienneté relative des diverses montagnes , et est arrivé à ce résultat inattendu , que ce ne sont pas les plus élevées qui ont été soulevées les premières, et même que ce ne sont pas toujours celles dont le noyau se compose des plus anciens terrains (x).
M. Cuvier a montré que la surface du globe a éprouvé des révolutions subites, accompagnées de changemens dans les races vivantes qui la peuplaient; M. Adolphe Brongniart a aperçu des changemens correspondans dans la nature de la végétation ; M. de Buch a fait connaître des différences nettes et tranchées entre les divers sysièmes de montagne qui parcourent la surface de l'Europe. M. de Beaumont a cherché à mettre en rapport ces divers ordres d’idées ; il a montré par des exemples que la dislocation de certaines portions de la croûte extérieure du globe a formé une partie essentielle de chacun de ces changemens. À la vérité, toute la série de ses idées repose sur l'hypothèse du soulèvement des noyaux des chaînes : peut-être ne serait-il pas impossible de l'adapter aussi à hypothèse des affaissemens; mais on n’y trouverait pas alors l'avantage de se passer d’une élévation de l'Océan, qui a fait jusqu’à ce jour une des grandes difficultés de la géologie.
Au reste, comme M. de Beaumont n'arrive à ces résultats que par la combinaison d’une foule d'observations et d’un détail infini de faits bien constatés, et qui seront toujours précieux à la science , indépendamment des conclusions que l’auteur en tire; ces conclasions , quelque jugement que l’on en porte, ne seront point con-
(1) Voyez ce Mémoire important, inséré en entier dans les Ænnales des Sciences naturelles ,t. XVIIE, p. 5 et 254; ett. XIX, p. 5 et 177.
fondues avec ces conceptions fantastiques excitées par quelques aperçus isolés, qui ont trop long-temps donné à ja géologie une apparence romanesque. Un des faits les plus remarquables, et sur lequel M. de Beaumont appuie avec raison, comme ajoutant à toutes les probabilités de son système , c’est que les chaînes qui, d’après le nombre des couches obliques qu’elles supportent, doivent être à peu près du même âge, suivent aussi en général des directions parallèles , à quelque distance
qu'elles se trouvent d’ailleurs l’une de l’autre.
M. de Buch, qui à tant enrichi la géologie positive, vient de la gratifier encore d’une carte des terrains qui entourént le lac majeur, depuis le lac d'Orta jusqu'à celui de Lugano, et qui ont un grand intérêt pour ce célèbre géologiste, parce qu'il y voit des preuves du soulèvement de ces masses de porphyre pyroxénique ou mélaphyre de M. Brongniart, qui, selon lui, a produit la plupart des grandes chaînes (1).
MM. Cuvier et Brongniart, dans leur Description géologique des environs de Paris, ont fait connaître un terrain très-compliqué, où des couches calcaïres ou sableuses de diverses sortes, mais conténant seulement des coquilles de mer , alternent avec des couches gypseuses et des couches calcaires ou siliceuses , qui ne contiennent que des coquilles d’eau douce ; ils ÿ ont distingué cn conséquence un terrain marin inférieur aux terrainS
d'eau douce, et un supérieur, mais qui appartiennent
(1) Voyezles Annales des Sciences naturelles, 1. XVILE , p. 258.
l'un et l’autre , ainsi que le terrain d’eau douce interposé entre eux, aux terrains tertiaires. Un calcaire supérieur que M. Marcel de Serres avait observé dans le midi de la France, et dont il croyait pouvoir faire une formation particulière sous le nom de calcaire moellon , avait été reconnu comme correspondant aux terrains marius supérieurs des environs de Paris. Aujourd’hui M. Reboul, correspondant de l’Académie à Béziers, publie un écrit intitulé: Détermination géognostique du terrain marin tertiaire, où il cherche à établir que les terrains marins supérieurs et inférieurs, y compris même le calcaire moellon de M. Marcel de Serres , n’en font réellement qu’un , qui dans le midi se montre dans toute sa simplicité, tandis que, dans les environs de Paris, des couches accidentelles et locales s’y sont intercalées ; il s'appuie principalement sur la comparaison des fossiles des couches supérieures et inférieures , tels que les font connaître les travaux de M. Defrance sur les environs de Paris, et ceux de M. Marcel de Serres sur les départemens méridionaux. M. Reboul rapporte à la craie cette portion des terrains inférieurs qui s’en rapproche le plus par sa position, et qui abonde en Nummulites ; et la craie elle-même, malgré son immense étendue, est aussi à ses yeux une formation accidentelle du terrain tertiaire, car il considère comme appartenant à ce terrain certains calcaires des environs de Caen, qui
pnt été jugés inférieurs à la craie.
M. Robert a/ découvert un gite d’ossemens , sur lequel M. Cordier a fait unirapport à l’Académie , et qui renferme des os analogues à ceux dont fourmillent nos
(em )
couches gypseuses, dans un terrain un peu inférieur , dans le calcaire grossier près de Nanterre. Il s’y est trouvé des os de Lophiodon et d’un petit Anoplothérium. Ce fait, remarquable par sa rareté, puisqu'il n'avait point encore été observé aux environs de Paris, prouve que les quadrupèdes de cet ancien temps existaient déjà dans nos cantons à l’époque où la mer en couvrait encore une partie , et y déposait encore du calcaire coquillier ; mais il n’en reste pas moins établi que les terrains gypseux, où les restes de ces animaux abondent bien davantage, et où , sur uu espace immense, il ne se mêle avec eux que des coquilles terrestres ou d’eau douce, ont dû être
déposés dans des eaux différentes de celles de la mer.
MM. Brongniart et de Bonnard ont présenté à l’Académie une dent d'Hippopotame , trouvée dans les grottes d’Arcis.
Chaque jour l’on apprend que des os de ce genre, dont on avait autrefois nié l’existence parmi les fossiles, y Sont au contraire très-communs. Sans parler de tous ceux que l’on a troyvés dans différentes couches meubles, et dans les cavernes qui servaient de repaires à des tigres et à des hyènes , il vient encore de s’en découvrir une multitude dans les cavernes des environs de Palerme, qui ont été adressés au Cabinet du Roi par M. le comte
de Ratti-Menton, gérant du consulat de France en Sicile.
Nous avons parlé , dans notre analyse de l’année dernière, des deux ouvrages que MM. Lecoq et Bouillet d'une part, MM. Jobert et Croiset de l’autre, publient
sur les os fossiles de la montagne de Perrier et de Boulade , près d'issoire. Les uns et les autres ont donné des coupes du terrain qui contient ces os, et de ceux qui le supportent et le surmontent; mais MM. Lecoq et Bouillet ont soumis à l'Académie un travail plus général, et qui embrasse les principales formations du département du Puy-de-Dôme, ainsi que les roches qui les composent. Des échantillons des roches elles-mêmes, au nombre de deux cents, et choisis sur soixante-quinze points différens , accompagneront quelques exemplaires de ce livre, où le gisement des assises qui les ont fournis sera indiqué sur des coupes coloriées, en sorte que rien ne manquera au lecteur pour se faire une idée précise de ce pays si célèbre parmi les géologues , surtout à cause des bouleversemens volcaniques de diverses époques, dont il offre des preuves plus démonstratives qu'aucune autre contrée.
MM. Jobert et Croiset, parmi les nombreux ossemens de leur montagne, dont ils font incessamment la recherche , ont découvert récemment uñe mâchoire d’un juadrupède du genre nommé par M. Cuvier antracotherium , mais d’une espèce particulière. La description qu'ils en ont présentée à l’Académie offre le caractère singulier d’une apophyse au bord latéral , avec laquelle le seul hippopoitame montre quelque rapport éloigné.
On a prouvé dans ces derniers temps, par un grand nombre d'exemples, que les ossemens incrustés dans lés couches anciennes des terrains tertiaires , et dans celles des terrains secondaires , diffèrent assez de ceux
des animaux qui vivent aujourd’hui pour que, d’après les
règles de la zoologie actuelle, on puisse les regarder comme appartenant à des espèces et mème souvent à des genres inconnus. Ainsi les Anoplotheriums ne paraissent ressembler, même de loin, à aucun de nos quadrupèdes, les Ichtyosaurus , les Plesiosaurus ; à aucun de nos reptiles, bién que les uns aïent appartenu, sans aucun doute, à la première de ces classes, et les autres à la seconde.
M. Geoffroy Saint-Hilaire pense toutefois qu'il y aurait quelque témérité à affirmer que ces animaux des anciennes époques ne fussent point liés, à titre d'ancétres ( ce sont ses termes), à ceux qui vivent présentement , et cette idée lui semble même répugner aux lumières de la raison naturelle autant qu'aux spéculations plus réfiéchies des sciences physiques. [l engage les naturalistes à être plus confians én eux-mêmes, et leur rappelle que le droit du génie est de tenir comme existant véritablement ce qu’il a jugé devoir étre.
Or, partant de ce point, M. Geoffroy aperçoit une réelle parenté entre les espèces perdues et les animaux actuels , puisque ces derniers sont entrés sans difliculté dans les cadres des nouvelles classifications , et qu'ils ne semblent que des modifications d’un même être, de cet être abstrait qu'il est toujours possible de désigner par un même nom , et que présentement on appelle amimal vertebre. Du reste, à considérer les différences d’un point de vue élevé, on n’a point à en ètre surpris, puisqu'il n’est toujours question que d’organés analogues et susceptibles d’un même ordre de modifications , et que ces modifications né sont pas aussi considérables que
celles que nous fait voir la monstruosité. Pensant donc
que les temps d’un savoir véritablement sausfaisant en géologie ne sont point encore venus, il annonce qu'avec un sentiment plus profond et plus vrai des rapports z00logiques, on pourra essayer une sorte de chronologie, dont il ändique la série progressive.
C’est au profit de cette géologie antédiluvienne, et pour vérifier les vues de feu M. de Lamarck sur les changemens graduels des espèces , que M. Geoffroy avait entrepris des expériences sur des œufs, où il cherchait, comme il dit, à entraîner l’organisation dans des voies insolites, et dont il a donné une idée dans son écrit intitulé : Déviations organiques provoquées et observées dans un établissement d'incubations artificielles. N assure qu'y opérant sur des masses , il a toujours obtenu le produit cherché, qu’il y a fait des monstres à volonté, et de la qualité qu’il voulait et qu’il prévoyait.
À ce sujet, M. Geoffroy est conduit naturellement à s'occuper de la fameuse question de la préexistence des germes. [l ne la résout point encore ; mais il croit le moment venu où la conciliation est possible entre les deux systèmes opposés ; il suffira pour cela, selon lui, de revoir sous une face nouvelle, et d’une manière plus satisfaisante , les premiers développemens de l'être. Il se propose de courir la chance de cette entreprise.
Certainement les géologistes et les physiologistes doivent également désirer de connaître les résultats qu'il obtiendra de ses recherches ; la théorie de la génération, la théorie de la terre , y ont un égal intérêt : la géologie en particulier, s’il parvient seulement à modifier une espèce , sera elle-même fortement modifiée dans une de ses bases principales.
Il a été question à plusieurs reprises d’ossemens humains trouvés dans des cavernes et dans certaines couches meubles, et, à ce que pensent quelques-uns de ceux qui les ont observés, avec des ossemens d’espèces aujourd'hui perdues et tellement rapprochés , ou même mêlés , qu'on les a jugés de la même époque et déposés en même temps. Une commission a été chargée d’examiner cet ordre de faits, et elle n'attend, pour en rendre compte à l’Académie, que le moment où quelques-uns des naturalistes qui lui en ont fait part, auront adressé
les pièces sur lesquelles ils les appuient.
M. Héricart de Thury a publié un ouvrage intéressant sur un sujet qui touche de près à la géologie, sur les puits connus sous le nom de forés et d’artésiens, dans lesquels l’eau ne se montre qu'après que l’on a percé certaines couches plus ou moins profondes qui la retenaient, mais où, lorsque ces couches sont percées, elle monte souvent avec une rapidité surprenante, et de manière non-seulement à arriver jusqu'auprès de la surface du sol, mais à jaillir quelquefois assez haut audessus. Il faut souvent pénétrer à plusieurs centaines de pieds avant d’arriver à des eaux disposées à s'élever ainsi ; et, lorsque l’on réussit, on se procure des ressources d’une utilité infinie. Tout fait croire que ce sont des nappes d’eau descendues de collines ou de montagnes plus ou moins éloignées , et sur lesquelles pèsent des colonnes de la hauteur nécessaire pour les élever au niveau où elles parviennent, mais que des couches de glaise ou de pierre empèchent d'arriver à ce niveau. On a depuis long-temps l’usage de se procurer ainsi de l’eau
dans quelques provinces de France, d'Angleterre, d’Italie et d'Allemagne , et l’on ne peut trop désirer que cette pratique se répande de plus en plus. Les essais heureux que l’on a faits depuis quelque temps aux environs de Paris, et, plus que tout, l'ouvrage de M. de Thury, y contribueront sans doute. Ce savant écrivain y fait connaître toutes les règles à suivre dans cette opération , les indices d’après lesquels on peut se guider, les instrumens dont on doit se servir ; il recommande surtout la persévérance à ceux qui font de ces sortes d'entreprises, car ce n’est bien souvent qu'après être parvenu à des profondeurs extraordinaires , et lorsque l’on désespérait du succès , que l’on a vu l’eau jaillir subitement, et même en telle abondance que lon en a été embarrassé. D’après les nombreux essais que son livre a occasionés, l’auteur se croît autorisé à penser que l'on réussira dans touie espèce de terrain secondaire qui ne sera pas trop poreux. Le sol primordial seul se refuse à ce genre de procédés, et l'on en a fait dernièrement à
Lyon une fâcheuse expérience. PHYSIQUE VÉGÉTALE ET BOTANIQUE.
M. Dupetit-Thouars, demeurant toujours attaché à la théorie de la végétation dont il a posé les bases en 1805, se trouve depuis cette époque engagé dans des discussions polémiques pour la soutenir. Il a dü la défendre contre des attaques nominatives et directes ; mais il a eu plus souvent occasion de réclamer contre le dédain avec lequel le plus grand nombre des auteurs qui ont écrit depuis son apparition l'ont iraïtée, en Îa passant
sous s'lence. Cependant il croit qu'il eùt été plus avan-
iageux pour la science qu’on l’eût soumise à une discussion franche , en la réduisant d’abord à ces deux propositions : 1° le bourgeon est une nouvelle plante; 2° ses racines composent les nouvelles fibres ligneuses et corticales. Voici un extrait donné par lui-même de son travail.
Sa première proposition ne pouvait donner lieu qu’à une dispute de mots, car elle dépend du sens attaché à ce mot bourgeon. Rai le premier, sous le nom de Gemma , le regarda comme une nouvelle plante. C’était une grande vérité; mais il gâta cette belle idée en plaçant l’essence du bourgeon dans les écailles qui le recouvrent ordinairement. Ses successeurs , laissant de côté la vérité, n’adopiérent que l’erreur, en sorte qu’elle a régné seule jusque dans ces derniers temps; mais, dans nn ouvrage publié en 1827, on ne « considère le bourgeon « que comme un organe accessoire : on donne ce nom à « l’ensemble des écailles ou tuniques qui entourent la « jeune pousse. Ainsi cette jeune pousse est nue ou sans « bourgeon, quand elle n’a aucun tégument. » Lei, selon M. Dupetit-Thouars , la vérité est positivement rejetée, et l’erreur maintenue; maïs l’une et l’autre sont pour ainsi dire masquées dans cette autre définition qui se irouve dans le même ouvrage : « Toute feuille porte un « bourgeon, et tont bourgeon est le rudiment d’une « nouvelle branche. »
Notre auteur croit qu’il démontrait la vérité de sa deuxième proposition en faisant voir la parfaite continuité que les fibres ont depuis la base des bourgeons jusqu’à l'extrémité inférieure , quoiqu'il n’eùt pas encore reconnu ces fibres pour de véritables racines. C’est
‘donc plus tard qu’il les a déclarées telles , et c’est par la
série de ses observations qu'il a été conduit à ce résuitat. Il y serait, dit-il, arrivé plus tôt s’il eût fait attention à deux phrases d’un Mémoire de Lahire, inséré dans ceux de l’Académie de 1508, où ce savant dit qu'il considère les nouvelles branches comme de nouvelles plantes, et où, comparant le bourgeon à un œuf, il ajoute que la branche qui en sort pousse en dehors, mais que la racine se confond avec l'ancienne branche , en passant entre son bois et son écorce.
M. Dupetit-Thouars ne s’attribue donc d’autre mérite que d’avoir démontré la continuité des fibres ligneuses et corticales , et cela par le procédé le plus simple, en partant de témoins donnés par la nature (les vestiges des feuilles tombées ) pour présenter l'examen synchronique des phénomènes qui composent la végétation , en pénétrant de l'extérieur à l’intérieur. Par ce moyen il arrive au point d'attirer l'attention sur un seul des sillons ou des stries que l’on découvre sur la surface du nouveau bois.
Dans le principe k il se bornaït à faire examiner son extérieur, ce qui lui suffisait pour faire distinguer les gros tubes, des fibres simples , par leur aspect toruleux. Mais au printemps de 1828 , ayant par hasard jeté l’œil, armé d’une simple loupe, sur une jeune pousse de robinier faux-acacia qu'il venait d’écorcer, il reconnut à travers la substance transparente du cambium, que chacun de ces tubes ne paraissait composé que d’une file d’utricules , qui, toujours simple , s’étendait sans interruption et sans mélange avec ses voisines, quoique souvent elle s’entre-croisât avec elles, et que néanmoins on
pouvait la suivre à l’œil d’embranchement en embran-
chement jusque dans un chevelu radical; et, comme cela avait lieu à quelque point d’élévation qu’il prit une jeune branche ou scion , il acquérait ainsi la certitude de pouvoir démontrer matériellement sur le plus grand des arbres de cette espèce , c’est-à-dire, sur une longueur de 4o à 5o pieds, cette continuité de fibres sur laquelle il appuie sa théorie, Mais ne serait-ce qu’une particularité de cet arbre ? On sent que M. Dupetit-Thouars a songé tout de suite à décider cette question. Pour cela, il a passé en revue tous les arbres qui se trouvaient à sa portée, en commençant par ceux qu’il connaissait comme ayant les plus gros tubes, tels que l’orme et le chène ; il est descendu jusqu’à ceux où ils sont le plus minces, comme le tilleul , le pommier, le lilas , et dans tous ila retrouvé la même apparence. Il en a été de mème du plus grand nombre des herbes. Il pouvait donc, par le secours d’une simple loupe , estimer le calibre des tubes de chaque espèce, et en composer un tableau comparatif. En général , c’est dans les Légumineuses qu’ils sont le plus larges ; de plus, on peut les y découvrir facilement pendant tout le temps que leurs scions peuvent s’écorcer, au lieu que, sur beaucoup d’autres plantes, ces tubes ne sont bien manifestes qu’au printemps, et cela parce que les premières fibres qui partent des bourgeons se réunissent en tubes, et que ce sont eux qui forment cette ceinture qui sépare chaque couche annuelle de celle qui ia précède. Cette observation présentant la décortication sous un nouveau point de vue, a donné les moyens à M. Dupetit-Thouars de confirmer plusieurs de ses assertions, notamment celle que ces grands tubes, qui ont tant exercé la sagacité des physiologisies , n’é- XXL. 15
tant qu’une réunion pour ainsi dire fortuite de parenchyme , n’exercent qu'une action secondaire sur la végétation; mais, quels que soient leur nature et leur usage, leur première formation déterminée si facilement est d’un grand secours pour vérifier ce qu'il y a de plus important dans les bases de sa théorie.
M. Dupetit-Thouars fait remarquer que c’est dans l'observation directe du eours naturel de la végétation qu’il a puisé les bases de cette théorie : c'était donc là que, selon lui, il fallait d’abord se porter, soit pour l’admettre , soit pour l’attaquer ; maïs il assure qu'on ne l’a point fait, et que jusqu’à présent ce n’est que dans ce cours contrarié qu'on a pris quelques traits isolés pour la combattre. Il a donc dû de prime abord répondre de même isolément à chacune de ces attaques , que Pon a principalement fondées sur les décortications ; mais il a fini par les réunir méthodiquement dans un Mémoire , en partant de la plus simple pour arriver à la plus composée, d’où résulte une esquisse de sa théorie, présentée sous un nouveau point de vue.
Dans tous ies arbres ( monocotylédons et dicotiylédons), il lui parait évident que l'accroissement en diamètre est le résultat d'un point vital particulier, qui existe à l’aisselle des feuilles , et qui opère cet accroissement parce qu'il parait que d’un côté il à une tendance à se mettre en contact avec l'air ou la lumière, et de l’autre avec l'obscurité ou l'humidité. Pour y parvenir, de ce point comme centre, il se prolonge en haut et en bas des fibres continues, qui, aboutissant en dehors, s'épanouissent en feuilles ordinairement vertes, et, en
dedans , en racines fibreuses ; et ces fibres prennent, en
descendant, la matière de leur accroissement dans une substance visqueuse (le cambium) qui se trouve déposée entre l’ancien boï$f*t l'enveloppe extérieure.
Ces deux couches sont formées de fibres continues, qui s'étendent du sommet de l’arbre jusqu’à l’extrémité des racines : leur simple inspection suffit pour le démontrer ; la facilité avec laquelle elles:se séparent en s’étendant en longueur, en fournit une nouvelle preuve. Aïnsi, quelle que soit l'élévation d'un arbre, qu’il ait plus de 100 pieds de haut, ilest certain que ces deux couches se sont formées dans moins d’une année (M. Dupetit-Thouars croit avoir démontré que c'est, pour le plus grand nombre, dans l’espace de six semaïnes à denx mois ).
A présent, si l’on considère chaque fibre comme un 3, il est'évident que comme tel il doit avoir deux bouts : l’un existe manifestement à l’extrémité du chevelu des racines , et l’autre au sommet de l’arbre. Se forme-t-il progressivement ou simultanément sur toute la lonsueur ? Darwin a maintenu à peu près cette dernière opinion , en soutenant , dans sa phytonomie ‘publiée ‘en 1800, que chacune des anciennes (fibres en forme ‘de nouvelles. Cette idée a été reproduite en 1813, en ces termes : « Qu'on est porté à croire que les couches cor- & ticales ét ligneuses sont produites par le cambium, « sübstance organisée qui se moule sans doute ‘sur les . & fibres corticales et ligreuses. » Brifin , en 1825, on lui a donné cette nouvelle forme : « Aïnsi, tandis que & M. Dupetit-Thouars attribue aux bourgeons l’origine « des fibres, je suis d'avis que les feuilles produisent la
« nourriture , et que les fibres sont développées par le « liber et l’aubier. »
On ne peut disconvenir qué cenibres semblent se suivre les unes les autres dans l’Ordre naturel; mais, que celui-ci soit dérangé, on leur verra prendre une autre diréction. Aïnsi , que l’on coupe l'extrémité d’une jeune plante ou scion, c’est-à-dire qu’on le taille, le bourgeon , devenu terminal, s’élancera, et au bout d’un temps assez court on verra , en dépouillant sa base , que la nouvelle couche de bois, qui serait descendue perpendiculairement dans l’ordre naturel, contournera le sommet de la branche, et finira par former un cercle complet. Qu'on enlève un lambeau d’écorce de telle fgure qu'on voudra, carré, par exemple , il se formera un bourrelet à la partie supérieure et sur les deux côtés. Si on dépouille ce bourrelet de son écorce , on verra que les fibres qui arrivaient perpendiculairement se seront détournées à droite et à gauche , et auront repris la perpendiculaire dès qu’elles seront parvenues au bas de la plaie. Qu'on découpe l'écorce en hélice, on verra les fibres suivre la même route. Enfin , qu'on découpe l’écorce en lanières sur une certaine longueur , qu'on détache ces lanières vers leur milieu, et qu’on les tienne détachées du corps ligneux, celui-ci, dans plusieurs arbres, se dessèchera , et périra jusqu’à une profondeur plus ou moirs grande. Alors les fibres entreront dans l’écorce, la parcourront tant qu’elle sera détachée ; mais elles rentreront dans le corps ligneux dès que cela deviendra possible. Il est évident, par ces exemples , que ce ne sont point les anciennes fibres soit ligneuses, soit corticales , qui déterminent la formation des nouvelles ,
( 229 ) etqu’elles ne se forment pas simultanément sur toute la longueur : elles doivent donc venir de l’une des deux extrémités , soit des racines, soit de la cime. 11 semble qu'il se présente un moyen bien simple pour reconnaître à laquelle appartient le point générateur : c’est d'enlever sur le milieu du tronc une ceinture d’écorce; si la cause du grossissement n'appartient qu’à l’un de ces points, il n'y aura de renflement que de son côté. Or, tous ceux qui ont tenté cette expérience, et ils sont nombreux, car elle a été tentée dès 1666, à l’époque de la fondation de Ja Société royale de Londres , sont d’accord sur ses principaux résultais.|Îls ont toujours vu un grossissement évident au-dessus de la plaie, tandis qu'il n’y en avait point au-dessous , et la décortication leur a appris que cela provenait de ce que les deux couches d’écorce et de bois s'étaient formées à l’ordinaire , mais que, parvenues à l'anneau incisé , elles n'avaient pu s’y prolonger. Tout paraissait donc hors de doute ; mais un nouvel expérimentateur annonce que, dans ses essais, il a trouvé le même nombre de couches au-dessus de la section qu’au-dessous ; mais que la couche du haut, mieux nourrie , est plus épaisse, et celle d’en bas plus mince et plus maigre. Il croit pouvoir conclure de là que les couches ligneuses se développent par la formation de fibres qui ne viennent pas des bourgeons ; mais l’auteur avouant que cette expérience n'a pas peut-être été faite avec tout le soin désirable , et comme elle lui paraît décisive, il engage M. Dupetit-Thouars lui-même à la répéter. Celui-ci, pour répondre à cette marque de,confiance, s’est borné à déposer entre les mains de son adversaire Ja moitié d’un tronçon de Thuya, qui avait
( 250 ) survécu dix ans à l’enlèvement complet d’un anneau d’écorce , qui par conséquent présentait Sur sa tranche supérieure dix couches de plus que sur l’inférieure ; mais il n’avait pas besoin de nouveaux matériaux pour répondre à la difficulté qui était présentée : ïl avait été au-devant depuis long-temps. Ainsi, quoiqu'il eût prononcé que par suite de la circoncision il y a augmentation en diamètre au-dessus de la plaie, et point audessous, il disait cependant : S'il s’y trouve un bourgeon, il se développera et déteriminera une augmentation, qui, comme dans la branche taillée , contournera le tronc. Qu’à limitation de Hales et de Duhamel, on enlève plusieurs anneaux l’un au-dessus de l’autre , de manière à laisser d'espace en espace des anneaux d’écorce isolés, ceux de ces derniers anneaux qui n'auront pas de bourgeons ne présenteront aucune augmentation, tandis qu'il y en aura lorsqu'il s’ÿ trouvera des bourgeons. Il faut remarquer ici qu'il y a presque toujours un bourrelet à la partie inférieure, mais pour l'ordinaire peu remarquable (c’est ce qui, selon M. Dupetit-Thouars , aura trompé l'observateur cité plus haut) ; mais sur quelques arbres , tels que l’orme et le marronnier d'Inde, il sort de ce bourrelet des tubercules qui grossissent petit à petit, et qui deviennent de véritables bourgeons , de ces bourgeons que l’on nomme adyentifs : alors il y a de l'augmentation. Il paraît donc évident que ce sont les bourgeons qui déterminent les fibres ; mais que deviennent celles-ci ? Si l’on adapte au-dessous de la circoncision un vase quelconque, dans lequel on mette de la terre ou toute autre substance qu'on maintienne constamment humide, même de l’eau pure, on voit sortir
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du bourrelet des mamelons qui s’allongent et deviennent de véritables racines : c'est ce qu'on nomme marcotte. On la fait plus simplement, en couchant une branche daus la terre, en y pratiquant la circoncision ; mais elle réussit souvent sans cela. De quelque manière qu'on agisse, au bout d’un certain temps, on aperçoit que la partie qui sort de terre est plus grosse que celle par laquelle elle entre. Le contraire avait lieu lorsqu'on a commencé l'opération. Si on l’arrache , on aperçoit un graud nombre de racines. En décortiquant cette marcotte , on voit que ces racines sont composées de fibres continues , dont on ne trouve l’extrémité supérieure que sous chacun des nouveaux bourgeons. De plus, on sait qu'il est un grand ombre de plantes desquelles on peut prendre une portion de branches, pour en former ce qu’on nomme une bouiure. Au bout d'un certain temps, les bourgeons se développent comme s’ils tenaient à l'arbre, tandis qu’il sort des racines de la partie enfouie, et l’on se trouve ainsi avoir de nouveaux individus. Quelquefois il n'y a pas de bourgeons apparens, soit naturellement , soit parce qu’on les a Ôôtés en les éborgnant ; cependant elles réussissent également : tels sont les saules. M: Dupetit-Thouars a fait voir qu'il y avait des Sourgeons moins apparens, qu'il nommait supplémentaires; il les attribuait d’abord aux stipules , maïs il a reconnu depuis qu'ils appartenaient aux deux seules écailles qui renferment le bourgeon dans ces arbres. Dans des cas plus rares, ce sont les bourgeons qu’il nomme adventifs qui se manifestent.
Ainsi, il est évident que dans tous ces exemples la
formation des courhes est déterminée par la partie supé-
rieure , qu’elle part des bourgeons, et qu’elle va se terminer au chevelu de la racine. Tout l’espace qui se trouve entre ces deux extrémités paraît indifférent à la nature, puisqu'il peut être raccourci par l’homme.
De cette suite de phénomènes et d'expériences , il résulte manifestement que le cambium est aussi-bien que la sève, dont il est une émanation directe, une matière indifférente, qui ne prend de consistance qu’autant qu’elle est employée , et c’est le bourgeon qui seul peut la mettre en œuvre , en déterminant les fibres corticales et ligneuses qui doivent établir sa commuication avec la terre ou le réservair de l’humidité : ce sont donc ses racines.
Il résulte encore des mêmes faits qu'il y a deux substances dans les végétaux ; le ligneux et le parenchymateux,
C’est par cette suite d'observations, rendues ici à peu près dans ses propres termes, que M. Dupetit-Thouars croit répondre à toutes les attaques dirigées contre sa théorie , ou du moins contre l’une de ses deux parties, la reproduction par bourgeons. Il l'a développée dans ses Essais sur la végétation , mais iln’en est pas de même de la reproduction par graine ; jusqu'à présent il a seulement fait pressentir sa manière de l’envisager cosime une suite de la première. La fleur n’est qu’une transformation de la feuille et du bourgeon qui en dépend.
Ce ne sera que dans le Cours complet de Phytologie, dont il a renouvelé l’annonce cette année, qu'il pourra donner le développement de cette proposition.
Dans un Mémoire lu à l'Académie par M. de Mirbel,
en 1828, il avait indiqué plutôt qu'exposé ses découvertes sur l'œuf végétal ; mais il annonçait un supplément à ce premier travail. Son nouveau Mémoire offre, dans un ordre méthodique , l’ensemble de ses observations : c’est l’histoire, telle qu'il la conçoit, de l’organisation et des développemens des ovules (1).
Quand ces petits corps ont atteint le terme de leur croissance, c'est-à-dire, quand ils sont arrivés à l’état de graine, on peut en général les classer, d’après leurs formes, dans l’une des trois divisions suivantes : les orthotropes , les anatropes et les campulitropes.
Les graines orthotropes sont fixées à l'ovaire par leur base; leur forme est parfaitement régulière; leur axe est rectiligne. Les graines campulitropes sont également fixées à l'ovaire par leur base; mais elles sont irrégulières , et leur axe est courbé de telle sorte que ses deux bouts se joignent. Les graines anatropes ont, comme les orthotropes, l’axe rectiligne , mais elles sont renversées sur leur funicule ; elles y adhèrent longitudinalement, et elles tiennent à l'ovaire au moyen de ce cordon , par un point très-voisin de leur sommet. Nous expliquerons tout à l’heure comment ces trois formes se produiseni ; mais, avant d'aller plus loin, il est indispensable, pour la clarté de cetie analyse, de dire quelques mots des diverses parties qui constituent l’ovule.
(x) Le premier Mémoire de M. Mirbel a été inséré dans les Annales des Sciences naturelles, t. XVII , p. 302. Quoique l’analyse qui suit expose une partie des faits renfermés dans ce Mémoire, comme elle contient aussi les résultats compris dans le second Mémoire, inséré parmi ‘ceux de l’Institut , nous ayons cru devoir donner entièrement cette analyse. (R.)
La primine (testa de MM. R. Brown et Ad. Brongniart), c'est-à-dire l'enveloppe extérieure, reçoit le funicule. Le point où le faisceau vasculaire de ce cordon traverse la primine pour s'attacher à la seconde enveloppe ou secondine (membrane interne de M. R. Brown, tesmen de M. Ad. Brongniart), est la chalaze , que M. Mirbel considère comme la base organique de lovule. La portion du funicule soudée le long de la primine , dans les anatropes, est le raphé. Les vaisseaux qui partent de la chalaze pour se répandre dans l’épaisseur de la paroi du sac priminien, sont les nourriciers. Une ouverture , l’exostome ( foramen de Grew et de M. R. Brown, micropyle de M. Turpin ), indique le sommet de la primine, et par conséquent de l’ovule.
La. secondine est un sac dont la paroï, dépourvue de vaisseaux , est totalement formée de tissu cellulaire. Elle adhère par sa base à la chalaze , et elle a à son sommet une-ouverture, l’endostome ( foramen de M. R. Brown), qui, correspond à l'ouverture de la primine.
La troisième enveloppe, ou tercine (rucleus de M. KR. Brown, amande de M. Ad. Brongniart), sac quin'a aucune ouverture visible, est fixée au fond de la secondine. Cette troisième enveloppe en renferme une quatrième , la quartine , qui paraît être attachée au sommet de sa cavité , et la quartine contient la quintine (membrane additionnelle de M. R. Brown, sac embryonnaire de M. Ad. Brongniart), dernière euveloppe qui adhère à la fois au sommet et à la base. C’est à la partie supérieure de la quintine que paraît l'embryon : il est soutenu par un fil grêle, qui prend le nom de suspenseur.
Toutes ces parties n’existent pas, ou du moins ne sont pas visibles dans tous les ovules; et, dans ceux même où on peut les observer toutes, elles ne se montrent que successivement. Quand les premières commencent à paraître, on n’aperçoit encore aucun rudiment des dernières, et quand celles-ci se sont développées, les autres sont souvent devenues méconnaissables.
Il résulte des observations de M. de Mirbel, que cette série de développemens offre cinq périodes distinctes. Dans la première, l’œuf végétal est à l’état naïssant : c'est une excroissance pulpeuse, conique , sans ouverture. Dans la seconde, l’exostome et l’endostome s’ouvrent : on les voit se dilater insensiblement jusqu’à ce qu'ils aient atteint le maximum de eur amplitude : l'existence de la primine et de la secondine , dont ces deux ouvertures sont les orifices, est manifeste. Celle de la tercine ne l’est pas moins; mais elle n’est alors qu’une masse celluleuse arrondie ou conique, dont Île sommet fait saillie hors de la secondine } au fond de laquelle sa base est fixée. Dans la troisième période, la primine et la secondine , soudées ensemble, prennent un accroissement considérable, ferment leur double orifice, et cachent par conséquent la tercine , qui souvent devient un sac membraneux. Dans la quatrième période, la quartine naît de toute la surface de la paroi interne de l’ovule ; la quintine s’allonge en un boyau qui tient par son extrémité inférieure au point correspondant à la chalaze , et, par son extrémité supérieure, au point correspondant à l’endostome. C’est dans cette partie de la quintine que se montre, sous la forme d’un globule sus-
pendu par un fil très-délié, la première ébauche de l’em-
bryon. On peut considérer cetie période comme l’époque où l’ovule passe à l'état de graine. Dans la cinquième période , la quintine s’élargit , l'embryon développe ses cotylédons ainsi que sa radicule ,, et atteint sa grandeur naturelle ; la matière du périsperme se forme, soit dans les cellules de la quintine , soit dans celles de la quar-
tine ou de la tercine : alors il n’est plus possible, de
reconnaître les diverses enveloppes de l’ovule. Les soudures , les productions adventives, les altérations qui résultent du desséchement et de la compression, mettent dans la nécessité de donner aux enveloppes de la grainé d’autres noms que ceux qui désignent les enveloppes ovulaires.
Passant aux changemens de forme et de position qu’éprouve l’ovule, depuis sa naissance jusqu’à sa transformation en graine , M. Mirbel nomme statique des developpemens la force de croissance ou d'inertie, ou de rétraction des diverses parties , et il fait voir comment, dans l’ovule, ces causes agissant tantôt de concert, tantôt isolément, altèrent ou conservent la régularité de la forme primitive. Ce n'est, selon lui, que l'application ‘d’une loi générale de l’organisalion à un fait particulier. Toui ovule , en naissant, a une forme régulière, et l’on conçoit qu'un développement égal dans tous ses points devra maintenir sa régularité, mais que si la force de développement est plus énergique d’un côté que d’un autre , il s’ensuivra une irrégularité quelconque. Il y a équilibre de forces dans le développement des ovules qui passent à l’état de graines orthotropes, puisqu'ils naissent et demeurent réguliers. Il n’en est pas de même
de ceux qui deviennent des graines anatropes ou campu-