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lement travaillé sur le poulet, parce que, pouvant faire couver des œufs nombreux, connaître positivement la date de lincubation , et les prendre à chacune de ses époques , il leur était infiniment plus facile d’en suivre le développement que s'ils avaient voulu s’atiacher à des fœtus de vivipares. La plupart de ces anstomistes ont considéré le développement comme se faisant du centre à la circonférence, fondés sur ce que le cercle vasculaire qui entoure le fœtus va sans cesse se dilatant, et que, d’abord d’un diamètre de quelques lignes , il finit par embrasser le jaune presque entier ; sur ce que l’allantoïde croît de la même manière, et à vue d'œil ; sur ce que l’axe de la colonne vertébrale est la première partie du corps qui se montre ; sur ce que les aïles et les pieds, invisibles les premiers jours , semblent sortir du corps, et pousser, en quelque sorte, comme des bourgeons sorient et produisent des rameaux.
C’est cette espèce de germination qui a fait adopter par quelques physiologistes modernes le terme d’eflorescence , pour désigner cette apparition successive des organes , sortant en quelque sorte ainsi les uns des autres.
Les observations faites dans ces derniers temps par MM. Pander, Rathke, de Baër et Burdach , modifient à quelques égards cette manière de voir. Le jaune de l'œuf montre, sur un point de sa surface , une légère duplicature dont la lame extérieure doit prendre les formes :: le rôle des organes de la vie animale, qui se montrent
\ccessivement autour de l’axe de l’épine , tandis que la me opposée , se laissant envelopper par degrés par ces
organes extérieurs, se repliant elle-même à mesure qu'ils :
croissent et se replient pour l’embrasser dans leur çavité, y devenant ainsi un canal, s’y transforme dans le système digestif, dont le jaune n'est qu'un appendice. Le système sanguin paraît d’abord tout entier au dehors dans le cercle vasculaire , cette figure veineuse si remarquable et si anciennement connue; mais, petit à petit, sa partie intérieure se manifeste aussi, et même le cœur, quoique encore très-simple, se fait distinguer à ses battemens avant qu'aucun des autres organes ait pris encore une forme reconnaissable. À mesure que la partie du système de la vie animale qui doit devenir le squelette prend figure , des noyaux osseux s’y montrent, dont les uns se rapprochent et se soudent pour former les os qui doivent définitivement subsister; tandis que, pour d’autres , la séparation se prononce au contraire dayantage, et produit les articulations.
M. Serres, qui , dans un ouvrage dont nous avons'eu précédemment occasion de faire l’analyse, a montré que les os se forment en général par des noyaux latéraux qui se soudent ensuite , a pensé que ce mode de développement pouvait aussi s'appliquer à d’autres parties , et les phénomènes de l’incubation, envisagés sous d’autres points de vue , lui ont aussi fourni des argumens (1).
Un Mémoire de M. Warren , professeur de médecine à, Boston , a donné la première notice exacte des deux frères siamois , réunis parle sternum, qui depuis sout arrivés à Londres , et y sont devenus les objets de la curiosité publique. Un ligament, de la largeur de quel-
(x) Voy. Ann. des So. nai. i. XVE, p. 225.
ques doigts , va d'un cartilage xiphoïde à l’autre; mais, d’ailleurs , chacun d’eux est au complet dans son organi-: sation : leur intelligence est parfaite, leurs volontés sont distinctes ; mais depuis long-temps la nécessité leur a appris à si bien concerter leurs mouvemens , qu’ils marchent, courent, sautent, selon que l’occasion le requiert, et sans délibérer, comme s'ils ne formaient qu’un seul individu.
Un phénomène plus extraordinaire a été celui de deux filles nées en Sardaigne, qui ont vécu plusieurs mois malgré une soudure intime de leurs parties inférieures ; les têies , les bras et les épines du dos étaient distincts, mais les deux sternuims étaient réunis, en sorte qu'il n’y avait qu'une cavité pectorale et un diaphragme , Mai composé de la réunion de deux. La partie des bassins par laquelle les squelettes se touchaïent était réduite à un seul os , de façon que ce corps , double presque jusqu’au nombril , était porté seulement sur deux jambes, dont chacune appartenait à la tête et à l’épine de son côté. À l’intérieur, les trachées, les poumons et les cœurs étaient doubles, mais les cœurs étaient renfermés dans un seul péricarde. Il y avait aussi deux œsophages, deux estomacs , et le canal intestinal était double jusqu'aux gros intestins ; mais il n’y avait qu'un seul cœcum , et l’unité se conservait jusqu’à l'anus : ainsi les excrémens s’expulsaient à la fois. Un seul rein existait de chaque côté , et les uretères aboutissaient à une seule vessie, tandis qu'il y avait quatre capsules surrénales et deux utérus avec toutes leurs appendices.
Ces deux enfans auraient peut-être vécu encore quel-
(rai)
que temps si on les eüt mieux soignés , quoiqu'un vice de conformation dans les organes circulatoires eût tôt ou tard mis fin à la vie de l’un d’eux ; ce qui aurait aussi entraîné la mort de l’autre ; car le premier ayant succombé à une inflammation du poumon , l’autre , qui se portait trés-bien , a expiré à l’instant même. En général, l'individu qui a été malade avait toujours montré plus de faiblesse et de somnolence ; sa sœur, au contraire, paraissait gaie et vive , et tétait avec plus d’appéuit (1).
MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Serres, qui ont suivi de près ce monstre , et qui ont présidé à sa dissection, se sont chargés d'en publier une histoire détaillée avec des figures , qui doit bientôt paraître.
Pendant que l’attention des physiologisies était dirigée sur cet enfant semi-double , M. Duirochet a fait parvenir à l’Académie des observations sur un phénomène analogue : une vipère à deux têtes , que la soudure latérale de deux fœtus semblait avoir formée. On voyait sur le dos et sur le ventre les sutures qui indiquaient la jonction des deux corps ; les deux têtes donnaient également, lorsque l’animal fut pris, des signes de volonté et de colère. La dissection y montra deux œsophages et deux trachées , aboutissant les uns à un seul estomac, les autres à un seul poumon; il n’y avait aussi qu’un seul cœur et qu'un seul foie. La colonne vertébrale , dans sa partie non bifurquée » Se trouvait formée par la réunion symétrique de la moitié droite d’une colonne, et de la moitié gauche de l’autre.
(1) Voy. Ann, des So, nat.,t. XIX , p, 153.
M. Geoffroy Saint-Hilaire a entretenu l’Académie de plusieurs autres productions monstrueuses ; il a décrit un animal envoyé de Sassenage , que l’on prétendait résulter de l’accouplement d’un chien et d’une brebis, et qui ne s'est trouvé à l'examen qu'un agneau, dont une partie de la tête était atrophiée. M. Geoffroy le classe dans sa méthode en un genre qu’il appelle Synotus, et le nomme Synotus Sassenagü , d’après le lieu de sa naissance. Îl a présenté un enfant dont le cerveau avait disparu et se trouvait remplacé par un tissu spongieux d’une vature particulière. Il a surtout appelé l'attention sur un fait qui lui paraît confirmer sa théorie des causes de la monstruosité : un embryon humain qui s'était régulièrement développé pendant les quatre premiers mois de la grossesse , a été exposé à cette époque à des circonstances que l’auteur développe, et qui en ont fait un monstre sans cerveau et sans boîte cérébrale.
Ün genre particulier de monstre par excès qui s'est rencontré quelquefois , celui où l’un des individus est renfermé dans l’autre, ou la monstruosité par inclusion, a été l’objet d’un Mémoire de M. Lesauvage, professeur de médecine à Caen.
Tel fut un jeune homme de quatorze ans, mort à Verneuil, en 1804 , qui avait dans le ventre une tumeur fibreuse où se trouva ur autre individu très-déformé, très-incomplet, et où il était cependant impossible de ne pas reconnaître un véritable fœtus humain. M. Dupuytren en a publié une description , à laquelle sont joints des dessins faits par M. Cuvier.
Selon M. Lesauvage , lorsque deux fœtus sont enve-
loppés dans le même chorion , ils sont toujours le produit d’un ovule unique dans lequel les deux germes ont été simultanément fécondés : c’est Le seul cas où il se forme des monsiruosités par simple réunion, et où aient lieu les différentes inclusions. Les degrés de la réunion sont fort divers. Ou les cordons ombilicaux ont seulement leurs vaisseaux anastomosés, ou il n’y a qu'un seul . cordon qui ne se divise qu’auprès de l’ombilic, ou bien une inclusion plus ou moins complète a lieu , ou bien enfin il y a hétéradelphie , c’est-à-dire qu'un des enfans entier est joint à un autre incomplet. Il y a presque toujours identité de sexe lorsque deux embryons sont réu-
nis dans le même chorion.