ZOOLOGIE
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a étudié les caractères des singes d'Amérique, et il a cherché à démontrer que plusieurs de ceux par lesquels on distingue les quadrumanes du nouveau monde , et qui ont été pris de la forme et de la structure des narines , du nombre des dents molaires et de la forme des ongles, n’ont pas toute
la généralité qu’on leur attribue (1).
On sait que jusqu’à ces derniers temps une seule espèce de Tapir avait été connue des naturalistes, et même qu'on la connaissait si mal, que le véritable nombre de ses denis, ainsi que leur arrangement, n’a été indiqué pour la première fois que par M. Geoffroy Saint-Hilaire. Une seconde espèce découverte à Suma-
(3) Voy. Ann, des Sc. nat, , t. XVE, p. 215.
(104) tra, et dans la presqu’ile de Malacca , fut décrite, il a quelques années , par MM. Duvaucel et Diard. Enfin M. le docteur Roulin à envoyé à l’Académie l'histoire d’une troisième , qu'il a découverte drns les hautes régions de la Cordilière des Andes.
L'Académie a recu deux Mémoires sur un cétacé échoué sur les côtes du département des Pyrénées-Orientales, le 27 novembre 1898 ; l’un de MM. Farine et Carcassonne , l’autre de M. Campagno. L'animal était mort depuis long-temps. L'état avancé de putréfaction de son cadavre n’a pas permis d’en faire une description complète et satisfaisante ; et cependant M. de Blainville, d’après les figures des ossemens qui accompagnaient ces Mémoires, est porté à croire que le cétacé qui en fait le sujet doit se rapporter à la Balénoptère jubarte ( Balæna Boops de Linnæus).
La conformation des organes sexuels de l’Ornithorhynque , semblables à plus d’un égard à ceux des o1seaux , et le doute où l’on est encore sur l’existence de ses mamelles , quoique M. Meckel ait cru les observer, ont fait penser à M. Geoffroy Saint-Hilaire le père que cet animal doit être ovipare (1).
Le midi de l’Europe nourrit un oiseau de la taille et à peu près de la forme d'une perdrix , maïs à queue pointue, et à jambes emplumées , que les anciens connaissaient sous le nom d’Attagen, et que quelques modernes ont appelé Ganga , ou Gelinote des Pyrénées. On
(1) Voy. Ann. des So. nat. , t. XVI, p. 157.
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le range dans la famille des Tétras , et auprès de la Gelinotte ordinaire , dont il a plusieurs caractères ; maïs ses habitudes sont différentes , ses ailes plus longues, son vol très-élevé. M. de Blainville en a présenté une description faite d'après nature , et accompagnée d’observations anatomiques nouvelles , où il fait remarquer surtout que le sternum de cet oïseau est fort différent de ceux des autres Tétras, et même de tous les Gallinacés. Dans ceux-ci , entre autres caractères , cet os a de chaque côté , à son bord postérieur, deux profondes échancrures qui l’entament jusqu'auprès de son bord antérieur. Dans le Ganga , au contraire , il n’y a qu'une échancrure latérale qui n’occupe que la moitié de sa longueur, et un trou ovale vers le bord postérieur ; disposition très-semblable à celle que l’on observe dans les pigeons , et qui paraît à M. de Blainville devoir faire assigner au Ganga, dans la méthode , une place plus rapprochée des pigeons que celle qui lui a été accordée jusqu'à présent, et surtout le faire éloigner de la Gelinote , à laquelle on
l’associait.
MM. Audouin et Milne Edwards, dont l’Académie a encouragé et récompensé les travaux, en couronnant leur Mémoire sur la circulation des Crustacés, ont pensé que , n'ayant plus à vaincre des diflicultés aussi grandes dans la simple classification des animaux sans vertèbres recueillis dans leurs voyages, ils pouvaient mettre fin à leur communauté de travaux. M. Milne Edwards a commencé par l’ordre des Amphipodes la série des monogra-
phies qu’il se propose de publier (1).
(x) Voy. Ann. des Sc, nat., t. XX, p. 355.
( 266 ) Dans un autre Mémoire, M. Milne Edwards à fait connaitre , dans la division des Malacostracés podoph-
talmes , quatre espèces qui lui ont paru inédites , et constituer autant de genres (1).
M. Edwards a encore fait connaître d’une manière plus approfondie un genre fort extraordinaire, celui du
Phyllosome de Leach (2).
Ces deux habiles observateurs (MM. Audouin et Milne Edwards) ont continué de présenter des articles de leur travail sur l’histoire naturelle du littoral de la France, et ils ont particulièrement fait connaître un nombre remarquable d’Annélides d'espèces nouvelles, dont plusieurs offrent mème des détails d’organisation assez particuliers pour exiger la formation de nouveaux genres. Nous nous proposons d'en rendre un compte plus détaiilé lorsque le rapport en aura été fait à l’Aca-
démie (3).
M. Audouin , en particulier, a fait connaître par des monographies les animaux de plusieurs coquilles, sur lesquels on n’avait point encore de notions précises. Aïnsi, d’après ses observations , qui avaient été précédées sur quelques points par celles de M. de Blainville , la Siliquaire, que M. de Lamark rangeaït encore dans les Annélides, a dû passer dans l’embranchement des Mol-
lusques , et dans la classe des Gastéropodes, où elle
(1) Ce Mémoire paraîtra incessamment dans les Annales.
(2) Voy. Ann. des Sc. nat. ,t. XIX, p. 333.
(3) Ce rapport n’a été fait qu’au mois de novembre; il paraïtra bientôt dans les Annales.
est rapprochée des Vermets d’Adanson. La fente qui caractérise sa coquille correspond à une fente du manteau , laquelle donne dans la cavité des branchies. Il a confirmé, par l’examen de l’animal, la place qui avait été assignée à la Glycimère près du genre Mya. Enfin, par sa description de la Clavagelle (x), il nous a préparés en quelque sorte au transport que, d’après les observations toutes récentes de M. Ruppel, on a dû faire de l'Arrosoir ( Aspergillum , Lam.) , de la classe des Annélides dans celle des Mollusques acéphales.
M. Strauss, qui, dans son anatomie du Hanneton, avait déjà donné des preuves d’une attention infatigable, et d’un grand talent pour l'observation et la représentation des détails infinis prodigués dans l’organisation du moindre insecte , a présenté cette année un grand travail sur les organes du mouvement de la Mygale aviculaire.
Déjà Réaumur avait fait connaître l’organisation des glandes qui préparent la soie de l’araignée ; De Geer, et surtout Lyonnet, avaient décrit et figuré ses organes reproducteurs et quelques parties accessoires. M. Strauss a entrepris sur ces animaux une monographie anatomique détaillée. S’occupant d’abord de leur classification , il propose de faire des Ærachnides une classe indépendante , qui viendrait se placer entre les Insectes et les Crustacés , et qui se diviserait en trois ordres :
1°. Les Pulmonés, chez lesquels l'air pénètre dans
(1) Voyez lextrait de ces trois Mémoires , qui ne tarderont pas à paraître, dans la Revue des Annales (séances de l’Académie des Sciences ).
( 268 ) des sortes de poches vasculaires, pour agir sur les humeurs contenues dans des vaisseaux ;
2°. Les 7rachéens , qui ont la respiration analogue à celle des insectes ;
3°. Les Branchifères ou Gnathopodes, dont les pieds servent de mâchoires et de branchies destinées à la respiration aquatique.
Pour ce qui concerne l'anatomie, l’auteur n’a encore fait connaître que les systèmes tégumentaire et musculaire ; il a décrit avec détail 149 pièces solides et 390 organes actifs du mouvement, et il a accompagné ses descriptions anatomiques de dessins admirablement exécutés à la mine de plomb.
Depuis long-temps on se demande comment certaines ÂAraignées parviennent à tendre leurs toiles entre des arbres ou d’autres appuis souvent fort éloignés , entre lesquels il y a quelquefois des ruisseaux , ou d’autres obstacles infranchissables pour elles. M. Virey a vu des petits insectes de ce genre s'élever dans l’air sans aucun soutien extérieur, et se porter ainsi rapidement à d'assez grandes hauteurs ; d’où il conclut qu’elles peuvent, en rapprochant leurs pattes, en former des espèces d'ailes, par l'agitation desquelles elles sont en état d'exécuter une sorte de vol.
M. Cuvier a décrit un ver parasite qui habite dans le corps des Mollusques céphalopodes , c’est-à-dire, des
Sèches et des Poulpes (r).
(1) Voy. Ann. des Sc. nat. ,t. XVIIL, p. 147
M. Mongez, membre de l’Académie des Belles-Letires, a rassemblé tout ce qui se trouve dans les anciens sur les animaux qui ont paru à Rome dans les jeux publics, et en a présenté à l’Académie un tableau plein d’intérèt, non-seulement à cause de l’idée étonnante qu’il donne du luxe de ce peuple et des dépenses prodigieuses qu'il consacrait à ces sortes de fêtes, mais encore à cause des renseigsnemens que l’on y puise sur les moyens que les anciens naturalistes ont possédés d'observer les animaux étrangers les plus rares.
Dès l’an de Rome {30 , 2793 ans avant J.-C., Curius Dentatus, vainqueur de Pyrrhus, lui prit quatre éléphans, que Pyrrhus lui-même avait pris sur Démétrius Poliorcète ; ils furent les premiers que virent les Romains. En 252 avant J.-C., Métellus en fit transporter à Rome, sur des radeaux , cent quarante-deux qu'il avait pris sur les Carthaginois , et que l’on fit tuer à coups de flèches dans le cirque , parce que l’on ne voulait pas les donner , et que l’on ne savait comment les employer. En 169 , aux jeux de Scipion Nasica et de Publius Lentulus , on montra soïxante-trois panthères et quarante ours. En 93, Sylla, lors de sa préture, fit combattre cent lions mâles. Emilius Scaurus , dans les jeux célèbres qu’il donna lors de son édilité, en 58, fit voir l’hippopotame pour la première fois, accompagné de cinq crocodiles et de cent cinquante panthères. Pompée, pour l'inauguration de son théâtre, montra le lynx, le céphus , ou guenon d’Ethiopie , le caracal , le rhinocéros unicorne. On y vit six cents lions, dont trois cent quinze mâles , et quatre cent dix panthères : vingt éléphans y combattirent contre des hommes armés. César, 46 ans
(270 ) avant J.-C., fit voir une girafe et quatre cents lions à la fois , tous mâles, tous à crinière. Ces profusions ne firent qu’augmenter sous les empereurs. Une inscription d’Ancyre loue Auguste d’avoir fait tuer trois mille cinq cents bêtes sauvages devant le peuple romain. A la dédicace du temple de Marcellus , on fit périr six cents panthères ; un tigre royal y parut; un serpent de cinquante coudées fut montré au peuple dans le forum : ayant fait entrer l’eau dans le cirque de Flaminius , on y introduisit trente-six crocodiles , qui furent mis en pièces. Un rhinocéros et un hippopotame furent tués lors du triomphe d’Auguste sur Cléopâtre. Les animaux étaient exercés à des travaux extraordinaires. Caligula , 36 ans après J.-C., fit disputer le prix de la course par des chameaux attelés à des chars; Galba, étant empereur, fit montrer des éléphans funambules ; sous Néron (en 58 de J.-C.), on en vit un, monté par un chevalier romain, descendre sur la corde, du sommet de la seène jusqu'à l’autre extrémité du théâtre : c’étaient de jeunes éléphans , nés à Rome, que l’on dressait ainsi ; car alors on savait faire produire ces animaux en domesticité. Claude eut à la fois jusqu'à quatre tigres royaux, dont on a retrouvé le monument il y a quelques années. Le sage Titus lui-même , à la dédicace de ses thermes , livra à la mort neuf mille animaux , tant sauvages que domestiques ; et on y vit combattre des femmes. Un livre tout entier des Épigrammes de Martial est destiné à célébrer les animaux que Domitien fit paraître , l’an go de J.-C., et auxquels on fit la chasse aux flambeaux : une femme y combaitit contre un lion ; un tigre royal y mit un auire
lion en pièces ; des aurochs y furent attelés à des chars.
Ce fut là que l’on vit pour la première fois le rhinocéros à deux cornes, qui est mème représenté sur des médailles de cet empereur. Aux jeux que Trajan donna après avoir vaincu Décébale , roi des Parthes , l’an 105 de J.-C. , on fit mourir, selon Dion, qui était contemporain, jusqu’à onze mille animaux domestiques ou sauvages. Antonin montra des éléphans , des crocodiles , des hippopotames , des tigres, et, pour la première fois, des crocutes ou hyènes, et des strepsiceros. Marc-Aurèle, plus sensible, eut horreur de ces spectacles ; mais ils reprirent avec une nouvelle force sous Domitien , qui, à la mort de son père , donna des jeux pendant quatorze jours, et y tua un tigre, un hippopotame et un éléphant, et y trancha le cou à des autruches. Hérodien remarque même que ces autruches faisaient encore quelques pas ; ce qui ne m'étonne point, car j'en ai vu faire autant à des canards. Une des plus curieuses de ces exhibitions fut celle de Philippe , l'an 1000 de Rome (248 de F.-C.). Les animaux rassemblés pour cette fête par Gordien IIT, qui espérait la célébrer, consistèrent en irente-deux éléphans , dix élans , dix tigres, soixante lions apprivoisés, irente léopards, dix hyènes , un hippopotame, un rhinocéros , dix girafes, vingt onagres , quarante chevaux sauvages , dix argoléons , nom dont la signification est inconnue , et beaucoup d’autres , qui furent tous tués.
Probus , à son triomphe, planta dans le cirque une forêt où se promenèrent mille autruches, mille cerfs, mille sangliers, mille daims, cent lions et autant de lionnes , cent léopards de Libye et autant de Syrie, trois cents ours , des chamoïs, des mouflons , etc. : il semble
même que les sangliers cornus qui parurent aux jeux de
(Comet)
Carus et de Numérius , chantés par le poète Calpurnius, aient été des babiroussas. Constantin prohiba les jeux sanglans et les combats du cirque, et cependant Symmaque , sous Théodose , parie encore de panthères , de léopards , d'ours, d’addax, de pigargues; il rapporte que des crocodiles, qu'il déstinait au cirque, périssaient par une diète de quarante jours. Claudien dit qu'Honorius avait des tigres attelés à des chars , et Marcellin attribue à Justinien d’avoir fait paraître vingt lions et trente panthères. La difficulté de se procurer des animaux que de pareilles destructions avaient dû éloigner des provinces romaines , et la diminution des ressources de l'empire, contribuërent sans doute , autant que l'humanité, à faire cesser ces usages barbares , qui avaient peut-être été introduits dans l’origine pour maintenir dans l'habitude du sang un peuple que l’on destinait à faire sans cesse la guerre.
M. Duméril a donné une quatrième édition de ses Elémens des Sciences naïurelles , ouvrage où non-seulement la zoologie , maïs la botanique et la minéralogie sont analysées de la manière la plus favorable à une première étude, et où les principaux caractères exposés dans le texte sont encore représentés par des figures au
trait, qui en donnent les idées les plus neites.
M. Cuvier a publié une seconde édition de son Règne animal , où il s’est efforcé de présenter les progrès de la zoologie , et les principales acquisitions qu’elle a faites dans les dernières années. Des cinq volumes dont cette
édition se compose, les deux derniers, qui comprennent
les Crustacés , les Annélides et les Insectes , sont entierement l'ouvrage de M. Latreille , qui, de son côté, s’est attaché à choisir parmi cette prodigieuse multitude d’étres appartenant à ces trois classes, ceux qui, par leur conformation et les changemens qui en résultent dans les distributions méthodiques, étaient le plus dignes d’entrer dans un semblable tableau.
Une entreprise qui contribuera à faciliter l'étude de cet ouvrage, c'est l’{conographie du Règne animal de M. Guérin, où, sous une forme commode et peu coùieuse , il sera donné une figure, au moins, de chacun des genres qui y sont indiqués , avec leurs caractères les
plus distinctifs.
M. Cuvier a publié cette année le quatrième et le cinquième volume de l'Histoire des poissons , à laquelle it travaille avec M. Valenciennes. Le quatrième traite des Acanthoptérygiens à joues cuirassées , tels que Trigles , Cottes, Scorpènes et genres analogues ; le cinquième, des Sciénoïdes ou Sciènes de Linnæus , auxquels les auteurs associent divers petits poissons confondus jusqu'ici avec les Chætodons. Ces deux volumes , rédigés par M. Cuvier, contiennent les descriptions de 408 espèces, et sont ornés de 68 planches , parmi lesquelles on peut remarquer celles qui représentent les singulières vessies natatoires de plusieurs Sphénoïdes. Le sixième volume, qui traite des Sparoïdes, et qui est, pour la plus grande partie, de la rédaction de M. Valenciennes, paraîtra sous peu de jours. Le septième, où seront décrits le genre des Chætodons de Linnæus, et les genres analogues, est déjà sous presse. f