RE
( 297 ) le nom de Cricetus laniger. Les pieds, lorsqu’ona pu les examiner plus tard, ont présenté un nombre de doigts trés-différent de celui qui caractérise les Hamsters, et dès-lors il devint évident que le Chinchilla devait nonseulement être séparé du Hamster, mais même être retranché du grand genre Mus de Linné ; genre devenu aujourd’hui une grande famille. L’examen que nous venons de faire, non-seulement des pieds, mais mème du système dentaire et du crâne de la Viscache, espèce évidemment congénère du Chinchilla, outre qu'elle a confirmé ces résultais , nous permet maïntenant de donner au Chinchilla, aussi-bien qu’à la Viscache , la place que leur assignent leurs rapports naturels. Cette place, c’est évidemment dans cette grande famille tout américaine qui correspond au genre Cayia de Linné, et, plus spécialement, à côté des Agoutis et du Cochon-d’Inde. Les Callomys ont aussi des rapports assez multipliés avec le genre Lièvre , par leurs formes générales , par leurs oreilles amples et membraneuses , et par plusieurs autres caractères. Il conviendra donc de placer le genre Callomys à la tête des Cavia, immédiatement à la suite des Lepus de Linné ; et ainsi se trouveront liées d’une manière intime deux familles entre
lesquelles on pouvait déjà signaler denombreux rapports.
MÉmoine sur le tubercule de la Rave et du Radis, considéré comme le développement du mérithalle primordial du système ascendant ou de la tige de ces plantes , et sur la cause qui produit les deux oreillettes rubanées situées au sommet renflé de ces deux espèces de tiges tuberculées;
Par P. J. EF, Turp1i\x.
Voir venir les choses est le meilleur
moyen de les expliquer.
Depuis quelques années , on a observé que le système terrestre où descendant des végétaux monocotylédons offrait deux caractères de végétation très-remarquables. Le premier et le plus constant consiste en ce que le pivot principal de la racine n’a qu'une très-courte durée, qu'il se flétrit, se dessèche, se décompose, et est de suite, mème avant son entière destruction, remplacé par une foule de radicelles latérales et supplémentaires qui tiennent lieu du système terrestre, et forment une ample racine fasciculée, comme cela se voit dans les Palmiers , l’Asperge, l'Ognon ou tout autre végétal monocotylédon , sans exception.
Le second de ces caractères résulte de ce que les mamelons radiculaires , soit celui du pivot, soit ceux latéraux , au lieu de continuer à s’allonger avec leur écorce, celle-ci, en perdant promptement sa faculté de croître , s'arrête, se déchire par son extrémité pour laisser sortir la radicule qui continue de grandir en abandonnant
(299 ) à sa base les débris tubulaires de l'écorce originelle. C’est à cette première écorce que l’on a donné le nom de Coléorhize ou étui de la racine.
On ne connaît aucun végétal monocotylédon dont la racine ne soit pas fasciculée par la privation du pivot central qui avorte constamment peu de temps après la germination.
Il n’en est pas de mème de l'existence de la Coléorhize ; cette espèce d’étui manque dans quelques monocotylédons, tandis que plusieurs radicelles de végétaux dicotylédons en sont pourvues ; exemples : la Capucine (1: , le Gui (2), le Loranthus parviflorus (3), le Pekea ternata (4), etc. , etc.
Le 18 juillet 1818, M. Henri Cassini lut à la Société philomatique un Mémoire qui avait pour titre :
Observations sur la germination des graines de Raphanus et autres crucifères.
Le but de ce Mémoire ou de ces Observations était 1° d'expliquer la nature, la formation et l’analogie de ces deux oreiïllettes rubanées, que tout le monde connait, qui se trouvent placées sous l'insertion des deux protophylles persistans (cotylédons) et adnées dans presque toute leur longueur des deux côtés de la partie supérieure des Raves et des Radis, PL. 5, fig. 12,13, eee. 2° De produire en même temps une exception de plus à la nouvelle division primaire des végétaux, en Endorhizes et en Exhorizes, de Louis-Claude Richard;
(1) Tropœolum majus , Linn.
(2) J’iscum album , Linn.
(3) Loranthus uniflorus , Linu.
(4) Saouari glabra, Aubl. Caryocar glabrum, Pers. DC.
( 300 ) division qui répond du resté éxactement à celle plus ancienne de monocotylédons et de dicotylédons. 3° De prouver que ces oreillettes , quoique appartenant à des végétaux dicotylédons, étaient le résultat ou les débris d’une Coléorhize déchirée.
M. Henri Cassini, en étendant son observation à plusieurs autres espèces de crucifères , trouva que, dans le Raphanus niger , la décortication du caudex n'avait lieu qu'au point même du renflement; qu'elle ne s’étendait pas comme dans le Radis ordinaire, et que l'écorce , en conservant la faculté de s’étendre , croissait avec le tubercule. Le Raphanus raphanistrum lui offrit une prétendue coléorhize bivalve , mais dort les lanières restaient adhérentes dans toute l’étendue du caudex, et il crut voir quelque chose d’à peu près semblable dans le Sinapis arvensis et le Sinapis alba. Enfin, le Cresson alénois ne présenta rien à M. Henri Cassini qui püt être considéré comme l’analogue des lanières rubanées des Raves et des Radis ; mais il suppose qu’elles y existaient et qu’elles se détruisaient par une décortication insensible. La transcription du résumé du Mémoire de M. Henri Cassini suffira pour bien faire connaître ses idées relativement à la prétendue Coléorhize des Raves et des Radis. « Le résultat de toutes ces observations est 1° que le Raphanus sativus , quoique dicotylédon, est évidemment endorhize, et constamment pourvu d’une coléorhize bivalve ; 2° que cette coléorhize n’est autre chose que l'écorce même du caudex, laquelle ne se continue point sur Îles racines proprement di-
tes (1), mais s'arrête et s'ouvre à la base du caudex , et 2 2
(1) Une coléorhize ou étui de racine , qui ne se ‘continue point sus es racines, ne peut , par le fait même, être une coléorhize.-
( 301 ) se détache ensuite depuis cette base jusqu’au sommet, en se divisant en deux lanières longitudinales trèsrégulières , et qui correspondent constamment aux deux cotylédons (1) ; 3° que plusieurs autres crucifères, plus ou moins voisines de la précédente, sont aussi endorhizes ou coléorhizées, mais d’une manièré moins manifeste , ’ moins constante et moins régulière; 4°.qu’'il y a des
crucifères qui ne sont point endorhizes ,; au moins sensiblement.
« Il faut bien en conclure que les caractères proposés par M. Richard pour la division primaire. des végétaux sexifères sont beaucoup moins importans qu'il ne l’a prétendu (2). »
(1) Il me paraît tout simple que l’écorce, obligée de céder à l’accroissement du tubercule sous-jacent, se déchire longitudinalement justement sur les points qui offrent le moins de résistance , et que par cette cause les oreillettes se trouvent placées sous les cotylédons, par cela seul que là elles ont rencontré un point d’appui.
(2) ) La nature ne reconnaissant point de divisions chez les êtres qu "elle a créés, il est bien certain que toutes celles’ que nous établirons artificiellement pour notre commodité seront plus où moins sujettes à exceptions. Celles basées sur l'absence, la présence et le nombre des appendices cotylédonaires des embryons ou corps propagateurs des végétaux, en offre un très-graud nombre. Maïs ces divisions existent ; elles sont accréditées , et, pour les changer, il faudrait quelque chose qui fût au moins vingt fois meilleur.
Les végétau x m'ont toujours semblé se diviser très-naturellement en deux grandes classes pouvant facilement être distinguées, au premier coup d’œil , par l’absence ou par la présence d’organes appendiculaïres. Les premierside ces végétaux , les Znappendiculés , ne se composent encore que d’une tige unique, nue, sans nœuds vitaux, de formes diverses, simples ou divisées en un plus ou moins grand nombre de furcations. ren
Les seconds, les nmdl ris » recoivent , sur ces mêmes tiges, des feuilles ( quand celles-ci n’avortent pas entièrement sur le bord. du nœud vital ,.comme dans beaucoup d’espèces de Cactées ) à l’aisselle
( 302 ) À l’époque à laquelle M. Henri Cassini lut ce Mé-
moire à la Société philomatique, étant présent à la séance , je lui fis part qu'ayant eu l’occasion de suivre la germination des Raves et des Radis, depuis la graine ou embryon dormant jusqu’à l’entier développement du tubercule que l’on sert sur nos tables, j'avais observé le contraire de ce qu’il venait d'avancer ; que ce qu’il considérait comme une coléorhize ne pouvait en être une , par la raïson bien simple que ce qu’il prenait, avec tout le monde, pour une racine ou un caudex descendant , était au contraire un sysième ascendant , qui dépendait entièrement du système montant ou aérien; que ce caudex était le mérithalle primordial de la tige future de la plante qui, en grossissant , produisait la partie comestible des Raves et des Radis, et qu'en se décortiquant longitudinalement et en partie, c'était aux restes de la vieille écorce qu’étaient dues les deux oreillettes rubanées que l’on remarque au sommet de ces tubercules. J'ajoutai, que, possédant tous les dessinsi. de cette germination progressive ; je les lui communiquerais à Ja séance suivante, aïnsi qu'à M. Achille Richard , qui était présent et que cela intéressait beaucoup sous le rappont des divisions primaires établies par son illustre père sous la dénomination
desquelles, comme organes protecteurs , est’un conceptacle: ou nœud vital destiné à la production d’une nouvelle génération de végétaux; et dont les bourgeons , les bulbilles et les embryons des graines sont l’enfance.'
Cette division primaire des végétaux, que j'ai PRIS en 1820, dans mon Iconographie élémentaire des végétaux , page 30 , me semble exempte d’exceptions , parce que ses, caractères frappent sur des-organes de première importance ; et qu’elle est conforme à la marche de la üature , qui est toujours de procéder du simple au composé.
( 303 ) d'endorhizes et d’exorhizes. Ces dessins, exécutés en 1815, sont ceux dont se compose la planche qui accompagne ce Mémoire. |
Cette communication ne parut pas suflisante à M. Henri Cassini pour l’engager à revenir sur ses premières idées ;, 1l y.persista toujours et livra plusieurs fois son Mémoire à l'impression , d’abord par extrait, dans le Bulletin! des Sciences d’octobre 1818, puis en entier dans le Journal de Physique , même mois d'octobre 1818, tom. 87, pag. 202;
La juste réputation d’observateur exact que s’est acquise , dans-la science dés végétaux, M, Henri Cassini , ne permettait guère de douter de l'exactitude de son observation sur la prétendue coléorhize des prétendues radicules ou caudex descendans des Raves et des Radis, et ce nouveau fait, arrivé dans l’Organographie végétale, devait naturellement s’y éiablir et être reçu, au moins bien long-temps ; sans autre examen,
M. De Candolle, dans les généralités qui done son beau travail sur la famille des Crucifères ;1) , en parlant des racines de ces végétaux, rapporte de confiance l'observation de M. Henri Cassini, et dit pages 169-252 :
« Les racines de plusieurs Crucifères portent, longtemps après leur développement, les traces de la gaîne ou coléorhizé qui les entourait à leur naissance et qu’ "elles ont percée ou rompue pour s accroître.
« Ces traces sont très - visibles dans le Raifort commun. M. Cassini en a donné une description exacte et détaillée. Cette observation, jointe à plusieurs autres
(1) Mém. sur la famille des Crucifères; Mém. du Mus. d’'Hist. pal, t. VII.
(304 ) analogues, tend à prouver que l'existence de Îa' coléorhize, non plus que le mode de développement des racines, ne peut servir à distinguer nettement les exogènes des endogènes ; mais l'observation de cet organe n’en mérite pas moins l’attention des naturalistes. »
En restant toujours dans son erreur sur la véritablé nature des tubercules et sur la prétendue coléorhize des ‘embryons du Raphanus sativus , M. De Candolle achève de donner à cette erreur la consistance d’une vérité, en la popularisant et en la reproduisant de nouveau dans son Organographie végétale (r).
« La distinction des endorhizes et des exorhiïzes, qui semble si tranchée au premier coup-d’œil , devient moins prononcée quand on examine tous les cas intermédiaires ; ainsi les Radis ordinaires présentent au-dessus de leur collet (2) deux espèces de lanières appliquées sur la racine (3), et qui sont des sortes de coléorhizes ; car ces lanières sont les débris d’une espèce de gaîne que la radicule a percée ou déchirée en se prolongeant, de sorte qu'on pourrait dire que le Radis est une plante endorhize qui ne pousse qu’une seule radicule. »
(1) Te IT, p.95.
(2) Le collet, nœud vital'ou ‘point médian des deux systèmes de végétalion opposée, n’est point sous l’insertion des deux protophylles , fig. 8 €, mais bien en a de la même figure. Il résulte de cette observation que les deux oréillettes des Radis, fig. 12, 13, e,e, e; sont situées au sommet d’un mérithalle primordial , épaissi en tubercule, fig. 12,13, b, b, et non au-dessous ducollet.
(3) Il est maintenant inutile de dire que le mot racine ne Peu s Dole quer à Ja tige tuberculée des Raves et des Radis : la racine consiste seulement dans lapartie menue et fibreuse, dans cette queue de rat, fig. 12, 13, f,.f, que l’on ne mange pas.
{ 305 ) M. Achille Richard , dans l’article Coléorhize du Dic-
tionnaire classique d'Histoire naturelle (1), a parfaitement senti que les oreïllettes rubanées des Raves et des Radis ne pouvaient être considérées comme une coléorhizé, etconséquemment comme une nouvelle exception apportée contre la division primaire des végétaux établie par son père.
Voici comment M. Achille Richard’s’exprime dans cet’article pour réfuter l’observation de M. Henri Cassini: © Henri Cassini, dit-il, a prétendu que les deux oreïlléttes qué l’on remarque au collet de la racine (2) dans les Raves, les Radis, étaient les débris de la coléorhize qui enveloppait la radicule. Cette assertion est fausse: Nous avons étudié avec soin tous les degrés de germination des Raphanus | nous avons analysé leurs graines à l’état de repos, et elles ne nous ont offert aucune trace de coléorhize. Les deux oreillettes ne se ferment que long-temps après la germination , et par une sorte de décortication qui sépare la partie corticale de la partie interne (3). Ainsi cette objection est nulle contre la division des végétaux en endorhizes et en exo-
rhizes (4). »
(1) T. IV, p. 312, décembre 1823.
(2) Il y a ici une erreur d’organographie que j'ai déjà signalée dans les notes 2 et 3 de la page 304.
(3) Il n’y a point de coléorhize dans les embryons des Raphanus sativus. Les deux oreillettes dans lesquelles on a cru voir les débris dé
cet organe dépendent entièrement du mérithalle primordial du système
ascendant de ces plantes ; ces débris auriculés peuvent tout au plus être comparés aux plaques d’écorce qui persistent dans la décortication partielle du tronc et des branches des Platanes ( Platanus ).
(4) IL est bien certain que la décortication d’une tige ascendante ne