‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 66 sur 78 · P PT · texte numérisé non relu

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Hauteur du corps en avant , la peau étant pliée en deux, depuis le milieu du corps jusqu’aux orteils. 20 0 Hauteur du corps en arrière. MOI 1 CPSAS) Longueur des plus grandes moustaches, D APRONEMA — des plus grands orteils de devant. DU Eu — des plus grands orteils de derrière. DE AUO — des oreilles. DAMON 0 5) Largeur des oreilles. D) TN — dunez. D'AENES Distance des oreilles au bout du nez. D LS — des yeux aux oreilles, PTE NC — des yeux entre eux , en avant. DA NEO — des oreilles entre elles. DEN, LUE

Les données communiquées en 1814 par M. Fischer à Moscou se rapportent à la variété blanchâtre de la Panthère proprement dite , et ne concernent pas notre espèce.

Il nous reste à dire ce que nous avons recueilli sur la patrie de la Panthère à longs poils. D’après la déclaration

du négociant de Semipalatna, qui possédait la peau,

cet animal se tient au mont Wala Tau , près de Semisec jusqu'à Kaschkar. Suivant Pallas , il vit dans les contrées montagneuses et boisées de la Sibérie orientale, sur les bords des rivières de Jenisei et Kountschouk, et sur ceux de l’Outh et de l'Amour. Les Jakoutes doivent le redouter beaucoup , et, d’après les journaux de Gmelin, on en a tué un à deux cents werstes de l'embouchure de V’Olenk , et un autre vers le milieu du trajet que parcourt la Lena , près de Balagansk. L’individu qui est monté au Muséum de Pétersbourg a été tué près de Tounkinsk, au voisinage du lac Baïkal. Pallas raconte que ceite Panthère monte sur les arbres comme un Lynx; fait qui reste à vérifier. À cela se rattachent les données qui ont été publiées par les auteurs anglais sur l'existence de cet animal en Perse.

En terminant, nous faisons le vœu d’avoir réussi , par nos efforts, à déterminer la patrie et à éclaircir l’histoire naturelle d’un grand animal carnassier, qui est d'autant plus digne de remarque , qu’il se distingue davantage de toutes les espèces voisines par la longueur de ses poils et par la latitude septentrionale sous laquelle on le rencontre. Peut-être même les faits que nous venons de faire connaître nous conduiront-ils peu à peu à la solution de la question de savoir comment il a été possible que les animaux des pays méridionaux aient pu être trouvés à l’état fossile dans le Nord. En effet , le parallèle établi entre la Panthère à longs poils et l'Éléphant à longs poils, dont l’analogie est si frappante, ne contribuera sans doute pas peu à faire penser que les animaux fossiles ont vécu jadis sur les lieux mêmes où nous les trouvons de

nos jours.

Sur la Direction de l’âge relatif des montagnes serpentineuses de la Ligurie. Réponse à une

Note de M. Laurent PareTo;

Par M. L. Ezcre De BrAUMonT.

( Lu à la Société géologique de France , le 20 décembre 1830. )

Dans mes Recherches sur quelques-unes des Révolutions de la surface du Globe ( insérées dans les 4nnales des Sciences naturelles , 1. XVII et XIX }, j'ai essayé de prouver que la révolution qui a établi une ligne de démarcation entre la craie et les terrains tertiaires, a été marquée par le redressement des couches d’un système de montagnes qui comprend à la fois les Pyrénées et les principaux chaînons des Apennins, dirigés de l’O.-N.-0O. à l'E.-S.-E.

L'ensemble de montagnes que comprend la dénomination d’Apennins est loin d’être une chaîne d’un seul jet comme les Pyrénées ; on ÿ remarque plusieurs changemens de direction qui, dans mes idées , devaient correspondre à des différences dans les dates des soulèvemens. D’après cela, j'ai du avoir soin d’indiquer que je faisais, dans les montagnes appelées Apennins, des distinctions et des exceptions, et j'ai dit, par exemple, dans une note (page 299 du t. XVIII), que: « d’après les observations de plusieurs géologues et particulièrement de M. de La Béche, il paraît que, dans les parties qui avoisinent la Spezzia et la Marche d'Ancône, l'apparition des serpentines est venue déranger les couches

( 414) depuis le dépôt des terrains tertiaires ; maïs que ces faits isolés sont des exceptions à l’état normal des choses dans les Apennins. »

Le passage de M. de La Bèche sur lequel je m’appuyais, était des plus explicites. En parlant des roches serpentineuses de la Ligurie et des dislocations qu’elles produisent dans les couches secondaires, M. de La Bèche ajoute en note ( Ænn. des Sc. nat. ,1. XVII, p. 442.) : « Les « couches tertiaires, perpendiculaires, accompagnées de « Jignite , à Caniparola, qui semblent marquer l’époque « où les montagnes de Massa-Carara se sont élevées, peu- « vent aussi correspondre avec l'apparition des serpen- « tines et des euphotides. »

En lisant ce passage et en écrivant celui que j'ai rappelé en premier lieu , je pensais que les roches serpentineuses de la Ligurie , ayant cela de commun avec celles des Alpes occidentales, que leurs dernières convulsions ont disloqué fes couches tertiaires, devraient leur être exactement contemporaines comme leur voisinage seul aurait pu porter à le croire. Conformément à l'esprit dans lequel l’ensemble de mon Mémoire est rédigé, j'imaginais, d’après cela, que, s’éloignant sous le rapport des phénomènes de direction comme sous celui de leur date , de ce que j’appelais l’état normal des choses dans les Apennins, les masses serpentineuses de la Ligurie s’alignaient à peu près du N.-N.-E. au S.-S.-O., comme j'ai indiqué que cela arrive pour Îles masses serpentines des Alpes occidentales. (Ann. des Sc.-nat., 1. XNIIT, p. 400. )

Ce dernier point de vue vient de m'être confirmé d'une

manière aussi heureuse qu'inattendue par l’extrait d'une

lettre de M. Laurent Pareto de Gênes, à M. Boué, qui est inséré dans le quatrième cahier du Journal de Géologie, p. 378, avec une carte et une coupe géologiques.

Il résulte en effet des observations de M. Pareto qu’en général, surtout d’Alassio à la rivière du Ponent jusque plus à l'E. de Gênes , on trouve que la direction de la stratification va du S.-S.-O. au N.-N.-E., et qu’elleesten conséquence presque perpendiculaire à la direction de la chaîne des Apennins , et à celle d’une partie des collines subapennines. Il paraît probable, ajoute cet habile géalogue , que les dépôts fracturés l’ont été dans le sens du S.-S.-0. au N.-N.-E. et que ce n’est qu’une réunion ou une suite de soulèvemens partiels qui a concouru à former la chaîne de l’Apennin qui se trouve dans le pays de Gênes. L’inclinaison des couches secondaires est souvent très-considérable , et le terrain à fucoïdes surtout présente les contournemens les plus bizarres. Au nombre des dépôts inc'inés se trouvent quelques lambeaux d'un nagelflue ou poudingue (tertiaire ). M. Pareto ajoute encore que la plus grande partie des terrains tertiaires est en couches horizontales, ce qui confirme que ceite horizontalité n’est pas sans exceptions.

La serpentne, qui est la roche massive à l'apparition de laquelle on peut principalement attribuer la dislocation des couches, est disposée en énormes amas ( surtout à l'O. de Gènes) qui s'étendant dans le sens du S.-S.-0. à Vl'E.-N.-E., coupent presque à angle droit la ligne générale du partage des eaux, et constituent parfois dans les diverses sinuosités que fait cette ligne une partie de cette

mème chaîne centrale.

Cette directionS.-S.-0. N.-N.-E. diffère à peine,d’une manière appréciable , de la direcuüon S. 26° ©. N. o6°E. que j'ai indiquée comme étant celle de l’alignement général des masses serpentineuses qu’on observe dans les montagnes dent les eaux coulent vers les hautes vallées du Pô de la Doire de Suze et de la Doire baltée, par exemple, autour du Mont-Viso, au Mont-Genèvre, aux environs de Suze, de Cogne, du Mont-Cervin. (Ænn.des Sc. nat., t. XVIIT, p. 400.)

La comparaison de la carte de M. Pareto avec la petite esquisse que J'ai jointe au Mémoire que je viens de citer , rendra l’analogie encore plus frappante. Il me semble difhicile de se refuser à voir dans la sortie de toutes ces masses si semblables et si semblablement disposées , un seul et même phénomène.

Relativement à l’époque de la dernière convulsion des montagnes de la Ligurie, M. Pareto ajoute au fait déjà connu et cité plus haut, de la verticalité des couches tertiaires de Caniparola , celui de l'inclinaison des couches tertiaires de Portofino et de la vallée de la Scrivia.

Il annonce en même temps, il est vrai, que des fragmens de serpentine se trouvent dans les couches même les plus anciennes des dépôts tertiaires , et il en conclut que la serpentine était formée et se montrait à la surface de la terre avant que les terrains tertiaires fussent déposés ; toutefois il n’affirme pas que, depuis cette époque , les serpentines de la Ligurie n'aient produit dans e sol de cette contrée aucune nouvelle convulsion. Pourquoi en effet n’en aurait-il pas été des roches serpenti-

neuses comme des roches granitiques, trappéennes et

volcaniques , qui souvent dans un même lieu ont éprouvé des convulsions, et fait éruption à la surface à diverses époques successives , très-éloignées les unes des autres ?

Les galets serpentineux, trouvés dans les couches tertiaires, ne détruisent donc pas les raisons directes qu’on pourrait avoir pour croire que la principale et la dernière convulsion des masses serpentines de la Ligurie, est postérieure aux dépôts des lignites de Caniparola et de Cadibona ; et à celui des couches tertiaires de Portofino et de la vallée de la Scrivia. Or, ces raisons ne se réduisent pas aux dislocations que présentent ces couches et qui seraient déjà un fait assez embarrassant dans l'hypothèse de l'antériorité absolue des serpentines. Je suis d’abord conduit à supposer une date plus récente aux dernières convulsions des serpentines de ses contrées par la seule considération de la direction suivant laquelle les masses serpentineuses s’alignent entre elles, et cette présomption devient pour moi très-forte, lorsque je remarque sur les cartes de Raimond, que depuis la Supergue, près Turin, où les couches tertiaires sont redressées dans une direction voisine de celle des serpentines, jusqu’à la rivière du Ponent, la surface fortement accidentée du terrain tertiaire, présente une série de grandes ondulations dirigées duS.-S.-0. au N.-N.-E., et c'est-à-dire, dans un sens parallèle aux accidens de stratification, qui , sur le littoral, caractérisent le voisinage immédiat des masses de serpentine, et auxquels participent les petits lambeaux tertiaires qui subsistent encore dans ce voisinage. Cette direction générale des crètes tertiaires de l’Astesan, est d'autant plus remarquable qu’elle est exactement perpendiculaire à celle

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qu'ont tendu à produire les eaux qui sont descendues de la chaîne du Ponent pour couler vers le Pé.

La grande hauteur qu'atteignent les dépôts teruaires sur le flanc N.-O. des montagnes de la rivière du Ponent, tandis qu'ils manquent presque complètement sur le flanc opposé qui est baigné par les caux du golfe de Gênes , est aussi un fait très-remarquable. Si l’enfoncement demi-circulaire du golfe de Gênes avait existé à l'époque du dépôt des terrains tertiaires, il en aurait été rempli, et il présenterait aujourd'hui des plateaux tertiaires de niveau avec ceux de l’Astesan. Il devrait tout au moins offrir comme le golfe de Lyon et comme la mer Adriatique, une ceinture de dépôts tertiaires faiblement tourmentés et bien différens des très-petits lambeaux argilo-sableux qui remplissent quelques dépressions très-peu élevées au-dessus de la mer , à Gênes, à Sestri-di-Ponente, à Arenzano , à Savone , à Finale , à Albenga. Cette répartition si différente et cette inégalité des hauteurs des dépôts tertiaires sur les deux flancs de la chaîne du Ponent, me semble prouver à elle seule que, depuis le dépôt de ces mêmes terrains , le rehief de ces contrées a subi d'énormes changemens.

On pourrait encore mentionner ici la circonstance que Jes eaux minérales d’Acqui, comme celles d'Aix en Provence, sortent du terrain tertiaire , ce qui semble indiquer qu'à Acqui, comme à Aïx, le terrain tertiaire a été accidenté postérieurement à son dépôt.

D'après cet ensemble de considérations , il me semble difficile de ne pas admetire que le terrain tertiaire de FAstesan existait au moment où le système des Alpes occidentales , dans lequel les serpentines jouent un rôle

si important, a pris son relief actuel , et que c’est alors que ce dépôt a reçu en grande partie l'élévation inégale et souvent très-grande qu'il présente au-dessus des mers de la période actuelle. Les derniers mouvemens des masses serpentineuses des Alpes et de la Ligurie, entre lesquelles les ondulations du sol tertiaire de l’Astesan établissent une sorte de lien, auraient ainsi été postérieurs au dépôt de la mollasse coquillière de la Provence et de la Suisse, mais antérieurs, cependant, au dépôt de:transport ancien des départemens de l'Isère et des Basses-Alpes , auxquels correspondent probablement certains dépôts marins très-récens de la Sicile , et même de quelques parties des collines subapennines.

Je ne puis terminer ces remarques sans m'’excuser en quelque sorte de m'avancer avec tant de chances défavorables sur un terrain dont M. Pareto s'occupe depuis long-temps avec autant de succès que de zèle ; mais cet habile géologue ayant fait, pour la combattre ensuite, une application locale de mes idées contre laquelle j'avais protesté d'avance dans la note que j'ai transcrite en commençant, je me suis trouvé heureux de rencontrer dans les intéressantes observations qu’il vient de publier, la plupart des matériaux nécessaires pour

cette explication. :

Recuercues sur la Structure et sur les Fonctions des feuilles ;

Par M. Anozpte BroNeNIART.

Premier Mémoire.

Sur la Structure des feuilles et sur ses Rapports avec la respiration des végétaux dans l'air et dans l’eau.

( Lu à l’Académie royale des Sciences, séance du 1°” février 1830.)

Ayantété conduit, par mes recherches sur les végétaux fossiles, à penser. que les plantes avaient eu par leur respiration une influence très-marquée sur la composition de notre atmosphère, et que la nature primitive de l'air , en s’opposant pendant long-temps à l'existence de certaines classes d'animaux , pouvait avoir été une des causes de la manière dont ils s'étaient successivement montrés à la surface du globe, je me turouvai en- gagé depuis plusieurs années à étudier tout ce qui avait été publié sur la respiration des végétaux, et je vis bientôt que , malgré les travaux de plusieurs des savans les plus distingués , il restait encore bien des points de cette partie de la physiologie végétale à éclaircir.

Je fus frappé surtout de voir combien les recherches sur les fonctions des feuilles avaient été isolées de celles sur leur structure, et je sentis la nécessité de lier les observations anatomiques aux expériences physiques et

chimiques , pour arriver à pouvoir se former des idées

( 421) Justes sur la manière dont les diverses fonctions des feuilles s'exécutent.

Les feuilles et les autres parties vertes des végétaux, qui les remplacent quelquefois, jouent deux rôles essentiellement distincts dans la vie du véectal.

Ce sont , d’une part, des organes destinés à absorber “ou à exhaler de l’eau ou d’autres substances , soit à l’état liquide , soit à l’état de vapeur ; et, d’une autre part, des organes respiratoires faisant subir à l’air ambiant des modifications par suite desquelles sa composition et celle du végétal se trouvent changées. Les recherches si connues de Bonnet ont mis hors de doute le rôle que jouent les feuilles sous le premier rapport ; celles d’Ingenhous , de Senebier, et surtout les expériences nombreuses de M. Théodore de Saussure, ont déjà jeté une vive lumière sur leurs fonctions respiratoires.

Mais pour bien concevoir la manière dont ces deux ordres de phénomènes s’accomplissent, et pour pouvoir diriger de nouvelles expériences vers un but mieux déterminé , il m'a paru d’abord nécessaire d’avoir une connaissance plus exacte de la structure intime des feuilles, ou des organes qui les remplacent dans quelques cas , et d'étudier les principales différences qu'elles présentent dans leur organisation , suivant les circonstances sous l'influence desquelles elles doivent exécuter leurs fonctions.

C'est cette première partie des recherches que J'ai entreprises sur les fonctions des feuilles qui fait l’objet du Mémoire que je soumets au jugement de l’Académie.

On sait que les feuilles sont des appendices , se rapprochant généralement de la forme d’une lame, ordinai-

rement tres-mince , quelquefois plus où moins épaisse et charnue, et perdant tout-à-fait, dans quelques cas, la disposition laminaire. Leur forme varie à l'infini ; mais elle paraît peu importante sous le rapport physiologique. Quant à leur organisation, on y reconnaît généralement :

1°. L'épiderme, qui les enveloppe extérieurément ;

2°. Le parenchyme, qui constitue la plus grande partie de leur étendue ;

3°. Les nervures ou les faisceaux de fibres ligneuses et de vaisseaux , qui établissent les relations de ce parenchyme avec la tige qui supporte la feuille.

De ces ‘trois parties, l’épiderme est celle qui a été l’objet des recherches du plus grand nombre d’observaieurs , et cependant il existe encore une grande divergence dans les opinions des savans qui se sont occupés de ce sujet dans ces derniers temps.

Le parenchyme, qui sous le point de vue physiolo-

gique est la partie la plus importante de la feuille, ainsi qu'on le verra par la suite de ces recherches, ne me paraît pas avoir été étudié avec le soin qui était nécessaire pour bien apprécier sa structure et les rapports de cette structure avec ses fonctions.

Enfin , les nervures , par le rôle qu’elles jouent , sont plutôt une dépendance de la tige, puisqu'elles sont destinées comme elle à transporter les fluides d’un point du végétal dans un autre ; et leur structure , comme on pouvait le présumer, présente une très-grande analogie avec celle des faisceaux fibro-vasculaires de la tige dont elles ne sont réellement qu'un épanouissement.

Chacune de ces parties jouant un rôle plus ou moins

important dans les phénomènes que les feuilles exécutent , je vais les étudier d’abord séparément, et j'indiquerai ensuite les modifications qu’elles présentent lorsque ces organes sont destinés à accomplir leurs fonctions sous l'influence de circonstances très-différentes.

De l'Epiderme.

Je commencerai par faire connaître la structure de cette enveloppe générale de la plupart des feuilles , parce que le parenchyme et même les nervures ont avec ele des relations qu’on ne peut bien apprécier que lorsqu'on la connaît exactement.

Je ne remonterai pas à toutes les opinions qu’on à avancées sur la nature de cette membrane ; j'indiquerai seulement celles qui sont encore soutenues à l’époque actuelle par des observateurs exercés , et qui prouveront que de nouvelles recherches sur ce sujet étaient nécessaires pour décider cette question, l’une des plus importantes pour la physiologie végétale. |

Il me paraît en effet aussi utile pour l'avancement des sciences de fournir les moyens de décider entre plusieurs opinions également incertaines que de découvrir uw fait entièrement nouveau.

L'’épiderme , lorsqu'on le détache de la surface d'une feuille bien portante , et qu’on l’examirie au microscope, se présente sous l’aspect d’une membrane incolore, parfaitement transparente, marquée de lignes diversement réuculées, et sur laquelle on obsérve très-souvent un nombre plus ou moins considérable de taches ovales, verdâtres , offrant dans leur milieu l’apparence d’une

ouverture en forme de boutonnière. Des opinions trèsdifférentes sont encore soutenues sur la nature de ces diverses parties. Suivant les uns, l’épiderme est une membrane parfaitement simple sans aucune structure appréciable, et le réseau qu'on y aperçoit est produit par des vaisseaux réticulés ou par des fibres solides qui sont appliqués sous cette membrane ; suivant quelques autres observateurs , cette membrane est formée par des cellules juxtaposées entre lesquelles rampent des vaisseaux anastomosés. Enfin , d’autres anatomistes , et particulièrement MM. Krocher, Mirbel, Treviranus et ÂAmici, pensent que ces prétendus vaisseaux ou fibres ne sont que les épaisseurs des parois des cellules vues obliquement ; mais M. Mirbel admet que Îles cellules qui concourent à former l’épidérme ne diffèrent pas des cellules sous -jacentes , et que la paroi extérieure seule de ces cellules constitue l'épiderme, tandis que les autres auteurs que je viens de citer considèrent l’épiderme comme une couche de cellules distinctes de celles du parenchyme et n’y adhérant que faiblement. M. Decandolle paraît se ranger à cette dernière opinion.

La même divergence existe quant aux corps ovoides que l’on remarque souvent sur l’épiderme ; ces organes, désignés sous les noms de glandes miliaires, de glandes corticales , de spiracula, de pores corticaux ou enfin de stomates, nom qui a prévalu assez généralement , sont considérés par les uns comme de véritables ouvertures traversant l’épiderme , et par d’autres comme des glandes ou du moins comme des parties dépourvues de toute ouverture.

L'examen de l’épiderme, tel qu'on peut l'obtenir en

l’arrachant à la surface des feuilles, ne me parait pas pouvoir résoudre cette question d’une manière décisive. Elle peut persuader un observateur et laisser du doute dans l'esprit d’un autre; et, après avoir examiné l’épiderme de beaucoup de plantes par ce moyen, quoique convaincu que cette membrane était formée d’une ou de plusieurs couches de cellules juxtaposées, j'ai senti que je ne pourrais pas faire partager ma conviction par d’autres.

Les coupes transversales des feuilles faites avec des instrumens très-tranchans et très-délicats de manière à obtenir des tranches très-minces, m'ont paru le seul moyen propre à décider cette question ; c'était le moyen déja employé par M. Christ. Tréviranus, mais avec des grossissemens trop faibles pour pouvoir bien apprécier tous les détails de la structure des feuilles (1).

Les coupes que j'ai répétées sur un grand nombre d'espèces de feuilles différentes , dont plusieurs sont figurées sur les dessius ci-joints, m'ont semblé établir d’une manière indubitable que l'épiderme n'était pas une membrane simple, mais une couche de cellules fortement adhérentes les unes aux autres, n'adhérant au contraire que légèrement aux utricules qui composent le parenchyme des feuilles , et différant totalement de ces utricules par leur forme et leur nature : par leur forme, car ces cellules sontaplaties dans le sens de l'épaisseur de l’épiderme; et leurs contours très-variés qui produisent les réseaux tantôt réguliers, tantôt irréguliers, qu’en aperçoit à la surface de l’épiderme, n’ont aucun rapportavec la forme

(x) Noyez son Mémoire sur l’épiderme des plantes: Uber die Ober-

haut der igewachse (Venmischte schrifien anatomischen und Physologischen inhalts , t. V, p. 3. 1821 }.

des utricules du parenchyme que cet épiderme recouvre; par leur nature, car ces cellules sont parfaïtement transparentes, incolores, probablement remplies d’eau, la manière dont la lumière les traverse paraissant indiquer qu’elles ne sont pas pleines d’air ; tandis que les cellules du parenchyme sous - jacent sont, au contraire, remplies de la matière verte qui détermine la coloration des feuïlies.

L'épiderme n'est pas toujours composé d’une seule couche de ces cellules particulières ; quelquefois ïl est formé de deux ou trois couches de cellules fortement unies entre elles, se distinguant facilement de celles du parenchyme par l'épaisseur de leurs parois, par leur adhérence et surtout par l’absence de la matière verte. Tantôt les cellules de ces diverses couches sont semblables entre elles par leurs formes et leur grandeur ; dans d’autres cas, elles diffèrent très-sensiblement par ces caractères. Les observations précédentes me paraïissent ainsi confirmer complètement l’opinion bien développée en premier par M. Tréviranus, dans le Mémoire cité ci-dessus , et appuyée depuis par plusieurs observations de M. Amici (r).

Dans aucun cas et de quelque manière qu'on coupe les feuilles des plantes les plus différentes, on n'apercoit aucune trace d’orifices de vaisseaux dans ou sous l’épiderme , et il est évident que ces prétendus vaisseaux ne sont que les parois assez épaisses de ces cellules.

Il reste cependant encore quelques doutes dans mon

(x) Voyez ses Observations microscopiques sur diverses plantes. Ati della Socieia italiana , t. XIX, et Ann. des Sc. nat.,t. IL, p. 217, 1824. suis

esprit sur un point de la structure de cette membrane que quelques observations encore incomplètes ne m'ont pas permis de résoudre. Ayant fait macérer dans de l’eau, pendant plusieurs mois, des feuilles de Chou, j'ai fini par isoler de la surface de l’épiderme une membrane continue, sans réseau celluleux, parfaitement simple et transparente , percée d'ouvertures en forme de boutonnières, correspondant à la ligne médiane des stomates, et portant les poils simples etpeu nombreux qui existent sur l’épiderme de cette plante ( PI. 18, fig. 3). Cette membrane simple m'a paru devoir être appliquée sur l’épiderme celluleux de la plante, et ne s’isoler de cette membrane composée que par l'effet d’une longue macération. Le même mode de préparation appliqué à plusieurs autres feuilles ne m'a pas fourni le même résultat, ce qu’on doit peut-être attribuer à la nature glauque de l’épiderme du chou qui rend probablement cette membrane superficielle susceptible de résister plus long-temps que les parties sous-jacentes à l'action de l’eau. Cette membrane existe-t-elle dans toutes les feuilles , et se séparet-elle seulement avec plus ou moins de facilité, suivant la nature de ces feuilles , ou bien n’existe-t-elle que sur certaines feuilles ? c’est ce que de nouvelles observations pourront seules constater; je me borne pour le moment à signaler ce fait qui me paraît surtout important comme concourant avec ceux que nous allons rapporter pour prouver qu'il existe une véritable ouverture au centre des stomates.

La question relative à la structure de l’épiderme me paraissant résolue dans ses points les plus essentiels par les différentes observations que J'avais faites , il restait à

déterminer quelle est la véritable organisation des stomates, et particulièrement si ce sont ou si ce ne sont pas de véritables ouvertures : question d’une grande importance pour la physiologie végétale, et sur laquelle les opinions sont encore partagées. Je voyais, d'un côté, Hedwig, Jurine, Kieser, Tréviranus, Decandolle, Amici se déclarer pour l’affirmative; de l'autre, plusieurs auteurs anciens et des naturalistes modernes , habitués aux observations microscopiques , tels que MM. Raspail et Turpin , nier l'existence de l’ouverture des siomates. M. Mirbel même paraissait , dans ses derniers ouvrages, conserver beaucoup de doutes sur la structure de ces petits corps, et disposé à les considérer comme des poils très-courts , et par conséquent comme privés d'ouverture.

Cette question est d’une si grande importance pour la physiologie des feuilles, que je mis tous mes soins à éclaircir par des observations diverses.

L'examen microscopique de l’épiderme, tel qu’on le fait habituellement, c'est-à-dire, en soumettant une portion de cette membrane détachée de la surface de la feuille sous le microscope, et l’examinant par transparence , ne me parut Jamais pouvoir décider la question d’une manière certaine.

En effet , dans ce cas , on voit seulement que les stomates sont formés de deux utricules allongés , obtus , placés parallèlement à côté l’un de l’autre, réunis par leurs extrémités et laissant entre eux vers le milieu un espace lancéolé qui paraît une ouverture, mais qu'on

pouvait supposer fermé par une membrane fine et

transparente ; c’est, en eflet, ce que pensent les naturalistes que je viens de citer.

Les deux vésicules allongées qui bordent cette ouverture apparente sont remplies de globules verts qui rendent les stomates très-distincts lorsqu'on les observe ainsi par transparence.

Krocher avait donné comme une des preuves les plus claires de l’oûverture des stomates , leur examen dans les très-jeunes feuilles , avant qu’elles eussent été mises en contact avéc l'air et la lumière (1).

J’examinai sous ce rapport des feuilles de lis et de narcisse prises dans l’ognon , et je vis que les stomates encore imparfaits y affectaient une forme très-différente de celle qu'ils présentent dans la feuille complètement développée, et qu’ils se montraïent sous la forme de trous circulaires entourés d’un bourrelet également circulaire ( PI. 6, fig. 1, a, c). L'ouverture, dans ce cas, paraissait bien évidente ; maïs on pouvait encore conserver quelques douies, lorsque des tentatives réitérées me firent obtenir une parcelle de cet épiderme, dans laquelle quelques stomates correspondaïent au bord déchiré de l’épiderme et sur laquelle on voyait parfaitement que l'ouverture circulaire n'était fermée par aucune membrane (PI. 6, fig. 1, d, fig. 3, c); dans d’autres fragmens de cet épiderme, j'observai, dans l’ouverture mème des stomates , une bulle d’air qui y était engagée (PL. 6, fig. r, b), ce qui ne me laissait pas de doute sur la perforation dé cet organe.

Cependant, pour avoir des notions plus exactes sur

(1) Krocher, De Plantarum epidermide. Halæ , 1800 , p. 11.

€ 430 ) la structure de ces petites ouvertures dans les feuilles parfaites , Je crus devoir tenter des coupes perpendiculaires à la surface et dirigées de manière à rencontrer les stomates.

On conçoit combien il doit être difficile de parvenir à obtenir des coupes régulières de parties qu’il est impossible de voir à l’œil nu. J’y parvins cependant sur les feuilles de plusieurs plantes monocotylédones et dicotylédones, et particulièrement sur celles du Lis et de l’Iris. Sur ces feuilles, en effet, les stomates ne sont pas dispersés sans ordre et dirigés dans tous les sens comme sur la plupart des autres feuilles; ils sont au contraire disposés assez régulièrement et toujours de manière que leur axe longitudinal est parallèle aux nervures de la feuille. En coupant ces feuilles transversalement, on arrive donc presque toujours à couper également les stomates en travers; en les coupant longitudinalement , on parvient aussi à obtenir des coupes longitudinales de ces organes; et en répétant ces coupes , il s’en trouve qui correspondent à des parties différentes des stomates , ainsi qu'on peut le voir sur les dessins qui représentent ces diverses coupes de feuilles (PI. 7; PI. 8, fig. 3, c; PI. 9, fig. 2, 6; Pl. ro, fig. 4, c; PI. 12, fig. 3).

On peut s'assurer par ce moyen qu'il existe une véritable ouverture au centre des stomates , ouverture allongée, formée par le défaut d’adhérence, vers leur milieu, des deux utricules qui bordent chaque stomate. Pour rendre cetie ouverture plus sensible, il suflit de faire macérer les siomates ainsi coupés dans de l’acide nitrique, qui contracte les utricules latéraux et augmente l’espace

qui les sépare ( PI. 6, fig. 5, 6, 7, 8).

On voit, en outre, en examinant les stomates de la mème plante, soit sur l’épiderme détaché , soit sur des coupes transversales de cet épiderme , que vers le milieu de chacun des deux utricules qui bordent l'ouverture du stomate , se trouve un amas de globules verts qui ne sont pas fixés à la surface interne de la membrane des utricules comme dans les utricules du parenchyme, mais qui paraissent souvent contenus dans une membrane propre très-ténue , et s'étendre du bord externe de chacun des utricules latéraux jusqu’à son bord interne. Cette disposition est surtout bien évidente sur les stomates du Lis (PL. 8, fig. 3,c).

Ces deux masses de matière verte sont-elles destinées, par leur gonflement ou leur affaissement, à produire l’ouverture ou l’occlusion du stomate ? c’est ce que je ne puis que présumer, mais ce qu'aucune observation directe ne m'a permis jusqu’à présent de décider.

Il résulte donc de ces observations que l’épiderme est formé d’une ou de plusieurs couches de cellules à parois : plus épaisses que celles de la plupart des autres utricules , fortement adhérenies les unes aux autres et formant une membrane continue , celluleuse , plus ou moins épaisse, probablement peu perméable aux liquides ou aux gaz , et dont les cavités celluleuses ne renferment le plus souvent (1) aucunes particules organisées, et ne sont remplies que par un liquide incolore.

Cette membrane est percée d’un nombre plus ou moins considérable d'ouvertures , et ces ouvertures , de formé allongée, sont comprises entre deux utricules

(1) Dans l’épiderme des feuilles du Pin , les cellules renferment des globales bien distincts. { Voyez PI. 18 , fig, r et 2.)

( 452 ) oblongs dont la membrane paraît plus mince que celle des autres cellules de l’épiderme , et qui contiennent dans leur intérieur une masse de matière granuleuse verte.

La forme de ces deux utricules latéraux et leur position par rapport à l’épiderme varient suivant les plantes dans lesquelles on les observe, mais leur structure essentielle est toujours la même.

On sait depuis long-temps que ces organes ne sont pas également répandus sur toutes les parties des feuilles ; que dans certaines plantes, et particulièrement dans la plupart des espèces herbacées, on les trouve en grande quantité sur les deux surfaces de la feuille : que dans les feuilles des arbres elles n’existent le plus souvent que sur la surface inférieure, et que dans les feuilles flottant à la surface de l’eau on ne les trouve que du côté supérieur. Enfin, on a dit qu’elles manquaient sur Îles feuilles des plantes submergées et sur celles des mousses; mais nous verrons , lorsque nous aurons examiné la structure générale des feuilles ordi-

naires , ce qui a lieu dans ces derniers cas. Du Parenchyme.

Le parenchyme des feuilles est la partie celluleuse colorée d’un vert plus ou moins intense qui se trouve ordinairement comprise entre les deux épidermes , et qui donne à la feuille sa couleur verte.

La structure de cette partie de la feuille a été l’objet de peu d’observations suivies. On sait seulement que ce parenchyme est composé de cellules ou d’utricules laissant de petits vides entre eux , et dont l’intérieur est

rempli d’un liquide aqueux, incolore ou d’un jaune verdâtre, et de globules verts qui donnent à ces utricules leur couleur verte.

On sait depuis long-temps que les feuilles éprouvent, par le contact de l'air, des modifications tout-à-fait différentes , suivant qu'elles sont exposées à la lumière ou maintenues dans l'obscurité; ainsi, dans l’obscurité , elles perdent du carbone qui, se combinant à l’oxigène de l'air, formé de l’acide carbonique, tandis que, sous l'influence de la lamitre, elles absorbent de l'acide carbonique, s'assimilent son carbone et dégagent de l’oxigène.

Il y à donc, quant à la composition de la feuille ou des sues qui en font parüe, résultat inverse dans ces deux cas : perte de carbone dans le premier, addition de carbone dans le second. Les changemens appréciables que la plante éprouve par suite de cette modification dans sa composition sont :

1°: Le changement de couleur des feuilles qui, vertes dans les plantes qui ont absorbé le carbone de lair pendant long-temps , deviennent jaunâtres et presque blanches dans celles qui en ont perdu par leur séjour prolongé dans l’obscurité.

2°, Le changement de nature des sucs qui, d’amers et âcres qu'ils étaient dans les plantes vertes, deviennent doux et sucrés dans les plantes étiolées,

Le premier de ces changemens est le seul que l’anatomie puisse nous faire reconnaitre , et comme c’est le premier qui s’opère lorsqu'on change le mode de r'eSpiration des feuilles, on doit nécessairement penser que la partie de la feuille dans laquelle il a lieu est celle dans laquelle l'acte de la respiration s'exécute. Les cel-

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