LACAZE-DUTHIERS. — MÉMOIRE SUR LE BUCÉPHALE HAIME
bizarre , auquel il donna le nom de Bucéphale (1). Jacobson (2) l'observa de nouveau, et en donna une nouvelle figure moins détaillée que celle de Baer. Garner (3), Siebold (4) et Dujardin (5) en ont aussi successivement parlé, et ont reproduit ce qui avait été dit avant eux. Toutefois Siebold, en ayant fait une étude plus suivie, a été conduit (6) à penser que le Bucephalus devait être la larve d’un Gasterosiomum. Dans un ouvrage moderne, où sont recueillis avec grand som tous les documents connus sur la science, Diesing (7) a conservé le Bucéphale au nombre des genres. On voit, d’après cela, que les auteurs ne sont pas d'accord, et qu’il est encore permis d'employer le nom imposé par Baer, en attendant que la lumière soit plus complète sur les transformations de cet être.
En faisant des recherches anatomiques sur quelques points de l'organisation des Acéphales lamellibranches, j'ai eu l’occasion d'observer aux îles Baléares, à Mahon et à Cette, un parasite de l’Huître (8) et de la Bucarde (9), qui paraît se rapprocher beaucoup du Bucéphale de Baer. D’après l’ensemble des caractères, on peut le faire rentrer dans ce genre; mais des différences qui paraissent spécifiques m’engagent, avec cette circonstance qu'il n'avait pas été signalé dans les Acéphales de mer, à en donner la description comme espèce nouvelle,
Les glandes renfermées dans l’abdomen des Huitres et de la Bucarde étaient complétement envahies par ce parasite, dont la forme singulière, la taille, varient beaucoup. Enlevé des organes, il se déroulait en longs filaments blancs, d’une très grande fragilité ; aussi était-il très difficile, je dirai presque impossible , de l'obtenir entier, et de pouvoir examiner ses extrémités. Sa longueur
(4) Bucephalus polymorphus.
(2) Jacobson, in Kongel Dauske vidensk. selskab, nat. og maihem. afhandi., vol. IT, p. 301, tab. vur (1-3).
(3) Garner, Isis, 1838, p. 830,
(4) Siebold, Wiegmann's Arch., 1839, t. II. p, 465,
(5) Dujardin, Hist, nat. des Helminthes, p. 478, Suites à Buffon, édit. Roret.
(6) Siebold, Anat. comp. , t. I, note 6, p. 130.
(7) Diesing (Carolo-Mauritio), Systema Helminthum. Vindebonæ, 1850,
(8) Ostrea edulis. | :
(9) Cardium rusticum, Brug., Encycl. méth., t. 1 (Vers mollusques), p. 222, n°45.
était considérable, et jai pu en obtenir qui égalaient plusieurs centimétres. Ces longs filaments (1), primitivement cylindriques, sont tubuleux ; ils deviennent plus ou moins moniliformes, en chapelets, par les contractions dont ils sont animés. Dans tous, on rencontre des individus jeunes en nombre très considérable et à des états très différents.
Ces tubes ont été nommés par Siebold (2) larves cylindriformes ; mais ils avaient déjà reçu le nom de tubes germinatifs ou sporocystes de Baer (3), et de nourrices (Anemen) de Steentrup (4).
L'animal le plus parfait, le plus développé , observé dans ces Sporocystes, se présente (5), quand il est médiocrement caractérisé, sous la forme d’un cône aplati; on voit à son sommet la bouche (6) entourée d’une ventouse cupuliforme, et à sa base des replis et des filaments de longueur variables (7).
Le corps paraît finement strié perpendiculairement à son axe. En faisant varier convenablement le foyer du microscope , toutes les stries paraissent circulaires-au corps de l’animal, et correspondent à des annelures ; de loin en loin des lignes plus accusées indiquent des divisions plus considérables.
La masse parait plus transparente vers le milieu ; on y remarque une cavité générale, que l’on peut considérer comme une cavité digestive simple non ramifiée, terminée en cul-de-sac du côté de la base, et communiquant avec la bouche du côté du sommet. Je n’ai jamais rien observé dans son intérieur.
La bouche est simple, et n’est entourée d’aucun crochet. Audessous d’elle, un conduit, rétréci comme un æsophage, la fait communiquer avec la cavité centrale ; en avant elle est entourée par un disque épanoui, quand l’animal est allongé, et par une cupule (8), quand les contractions ne sont pas très fortes. Cette
(4) PL V, fig. 5.
(2) Anat. comp. t. I, p. 458.
(3) Nov. Act. nat. cur., t. XIE, p. 2.
(4) Steentrup, Ueber den Generation wechsel., etc., 1842. (8) PL V, fig. 1.
(6) PI. V, fig. 1 a.
(7) PL V, fig. 4 c, d, e.
(8) PI. V, fig. 3 a.
SUR LE BUCÉPHALE HAIME. 297 dépression représente une véritable ventouse, qui disparait lorsque l'animal est fortement revenu sur lui-même (2).
Les parois du corps de l'extérieur à l’intérieur sont formées de trois couches : la plus externe est lisse et ne paraït pas striée ; la seconde ou moyenne est celle qui, sous les contractions, devient annelée ; enfin la plus interne, celle que l’on peut nommer parenchymateuse, est la plus épaisse. On y distingue çà et là des globules, des granulations en forme de noyaux, et même des vésicules dont il n’a pas été possible de suivre le développement, et sur la nature desquels il faut rester dans le doute. C’est au milieu de cette couche, dans son épaisseur même, que l’on voit creusée la cavité générale.
Vers le milieu de la longueur du corps on distingue une éminence saillante, au sommet de laquelle s'ouvre un autre orifice en forme de boutonnière, et dirigée transversalement (2). Je n’ai jamais pu constater, bien que toute mon attention füt portée vers ce point, si cette fente avait une communication avec la cavité centrale ; je ne puis donc pas dire si l’on doit la considérer comme un anus. Elle existe dans le Bucephalus polymorphus, et, dans presque tous les Trématodes , Siebold la regarde comme l’orifice des organes spéciaux de la sécrétion. Quoi qu’il en soit, dans l’animal qui nous occupe 101, on voit sous le tubercule qui la porte , et dans l'épaisseur du parenchyme qui lui correspond, quelques vésicules et des granulations peu limitées et peu distinctes.
On comprend, du reste, qu'avec les raccoureissements et les allongements qui suivent les mouvements de contraction, des changements doivent se produire dans la forme et la disposition des choses.
L’extrémité du corps qui correspond à la base du cône porte un appendice lamellaire et deux longs filaments. ,
Le premier (3) est formé par une lame assez épaisse dont les bords sont courbes, arrondis ; il présente deux lobes latéraux (4)
(1) PL V, fig. 2.
(2) PL V, fig. 1-3 b.
(3) PL. V, fig. 4, 2, 3 d, c.
(4) PL V, fig. 1,2, 3 d.
et un médian (4) : ce dernier est relevé du côté opposé à celui où s’insérent les filaments, et a la forme d’un mamelon. Le tissu de ces appendices est un peu différent de celui du corps ; il est plus dense, plus épais, moins contractile, Sa teinte est plus foncée, et de nombreuses lignes polygonales, très légères et peu distinctes, sembleraient indiquer une structure cellulaire : lumion de ces parties avec le corps se fait par un étranglement marqué.
Les lilaments (2) naissent sur la face des appendices lamelliformes, à l'opposé du lobule médian et du même côté que l’erifice latéral du corps. Ils sont tantôt d’une longueur extrême, et tantôt fort courts ; ils paraissent finement striés transversalement.
Tel est l'animal le plus développé et le plus complet que j'aie pu trouver. Quand on l’observe assez longtemps , on peut suivre ses contractions et ses dilatations qui ressemblent à des mouvements péristaltiques, et qui changent à chaque instant sa forme. On le voit s’allonger et se raccourcir, fermer, déployer sa ventouse, et développer avec une étonnante rapidité ses filaments terminaux ; ceux-ci ont, en effet, une surprenante contractilité. Après avoir égalé plusieurs fois en longueur le diamètre du champ du microscope, on les voit se raccourcir à ce point qu'ils n’en ont guère plus que la moitié, et même beaucoup moins. Durant ces contractions ils se contournent et se portent dans un sèns, puis dans un autre, en s’enlaçant de leurs nœuds réciproques comme le feraient des serpents. Ils se mêlent, se brouillent, et séparent leurs replis flexueux avec une rapidité qui étonne toujours l'observateur.
Si la forme de cet être est singulière, son développement, qu’on peut suivre pas à pas sur un même Acéphale atteint par le parasite, ne le paraîtra pas moins. Il est rare même que l’un des tubes germinatifs ne soit pas rempli de germes plus ou moins allongés, et à des périodes différentes.
Le premier état (3) est représenté par un globe sphérique parfaitement transparent, et ne présentant à son intérieur aucune trace de vésicule, de tache germinative ou de granulations vitellines. Le
(4) PI. V, fig. 4, 2, 3c.
(2) PLN, Ge. M, 2, 8 6.
(3) PI. V, fig. 6.