‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 126 sur 228 · OBSERVATIONS ZOOLOGIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS ZOOLOGIQUES

Tous les animaux qui composent la section des Zoanthaires malacodermés (4) sont, à l’exception des Mynias, essentiellement côtiers ; mais, tandis que le plus grand nombre d’entre eux, comme les Actinies , S’attachent aux corps sous-marins ou aux rochers au moyen d’un disque charnu, d’autres, les Edwardsies, par exemple, vivent librement dans le sable ou dans la vase. Les conditions d’existence du Cérianthe sont différentes, à certains égards , de celles des deux derniers genres que je viens de citer, bien qu'elles les rappellent l’un et l’autre. Il ressemble, en effet, aux Edwardsies, en ce que son corps, cylindrique dans presque toute sa longueur, est subconique et libre postérieurement ; mais il habite toujours à la même place dans un tube feutré qu’il sécrête, et qui adhère par sa base aux pierres situées sous la vase. Il en résulte que, malgré l’absence de disque pédieux et la liberté de toute la surface de son corps, ce Coralliaire vit en réalité fixé, et même d’une manière plus complète que les Actinies ordinaires, lesquelles, du moins, sont susceptibles de mouvements lents dans le sens horizontal. Pourtant, comme il n'existe aucune connexion de tissu entre l'appareil cutané et le tube qui l'entoure, il est possible que, dans certains cas , le Cérianthe abandonne complétement son étroite prison pour se laisser porter par les flots sur quelque autre point du rivage, ce que, du reste, je n'ai jamais observé.

Jusqu'à présent, on n’a signalé la présence de ce genre que dans la Méditerranée, et seulement dans les lieux oùrègne habituellement

(1) Voyez, pour les caractères et les subdivisions de ce groupe, le Tableau général de la classification des Polypes, placé en tête de la Monographie des Polypiers fossiles des terrains paléozoïques , par MM. Milne Edwards et Jules Haime (Archives du Muséum, t. V), p. 7. 1851.

316 __ JÜLES HAINE.

le plus grand calme. Spallanzani l’a rencontré dans le golfe dé la Spezzia, célèbre par la tranquillité de ses eaux ; Rapp, dans üné des petites anses de la côte du Languedoc ; Delle Chiaje, dans le golfe de Naples et la baie de Misène ; et M. Forbes, sur les rives méridionales de l'Asie Mineure. Quant à moi, je l’ai étudié à Mahon, c’est-à-dire un des ports les plus sûrs et les mieux abrités; et encore c’estuniquement dañs les anifractuosités de ce port, qui sont surmontées de collines, et où le mouvement de la vague est à peine sensible, que les Cérianthes trouvent les conditions favorables à leur détaoppemeAL et à leur multiplication.

Ces fleurs de mer, ou Marguerites de mer, comme les appellent les matelots de Minorque , émaillent de leurs vives couleurs les bords peu profonds des nombreuses petites criques situées vis-àvis de lacapitale de cette île. Leur zone d'habitation est extrêmement limitée ; elles s’épanouissent à quelques pouces au-dessous de la surface de l’eau, et l’on en voit très peu à plus d’un mètre de profondeur ; mais contrairement à la plupart des Actinies , qui se placent | de manière à passer successivement du séin des eaux dans un milieu simplement humide, le Cérianthe descend tout juste assez avant dans la mer pour que , lors des mouvements de marée basse, qui, comme on le sait, sont presque inappréciables dans la Méditerranée, il ne puisse jamais rester complétement à découvert. Je me suis assuré qu'il meurt prompiement hors de l’eau.

La nature du sol immergé dans lequel il habite ES à Mahon, des particularités qui méritent d’être notées. Ce sol est formé de pierres solidement unies ensemble, et dans les interstices desquelles se dépose un sable vaseux très fin et noirâtre ; or, c’est dans ces étroits espaces que s'engagent et se fixent les Cérianthes. Des circonstances semblables ne paraissent pas se représenter dans les autres localités où on les a également rencontrés : Rapp dit seulément qu'ils se tiennent dans les fonds vaseux, et Delle Chiaje, qu’ils vivent au milieu des éponges. Les individus du golfe de la Spezzia attacheraient leur bourse membraneuse , suivant Spallanzani, aux racines des plantes marines. Si celte obsérvation est exacte, on doit croire qu'ils sont alors soutenus dans la position verticale par ces plantes elles-mêmes, leur tube étant de sa nature trop flexible pour

SUR LÉ CÉRIANTHE. 347 se maintenir droit au milieu de l’eau , s’il n’est étayé par quelque corps étranger. Enfin M. Forbes a trouvé les exemplaires qu'il à décrits enfoncés dans le sable, et il nes NET pas sur la maniere dont leur gaine est fixée.

Quoi qu'il en soit, les bords dés petites eriques de Mahon offrant aux Cérianthes des conditions doublement favorables , en ce que le sable vaseux fournit à leur tube un milieu convenablement dense, et que les pierres entre lesquelles ils s’enclavent les protégent contre leurs ennemis.

La gaïîne feutrée qui entoure et soutient le corps de ces polypes est entièrement enterrée dans la vase, ou bien son bord supérieur ne fait à la surface qu'une légère saillie ; elle se prolonge beaucoup, et souvent même se recourbe inférieurement. La surface de l’animal est lisse et lubrifiée d’une mucosité qui lui permet dé glisser aisément dans la cavité du tube. Grâce à l'introduction où au rejet de l’eau dont il gonfle ou vide son corps à volonté, et au moyen surtout des contractions de ses diverses parties et de l’action de ses tentacules, il lui est facile de s'élever et de descendre rapidement dans cette gaine, où il peut même se retirer très profondément lorsqu'un danger le menace.

L'état habituel du Cérianthe est l’extension. Il à alors (pl 7, fig. 1)les deux cinquièmes du corps hors de son tube ; son disque est élargi ; ses tentacules marginaux sont étalés, et ses appendices labiaux dressés ou faiblement penchés les uns sur les autres. Lorsqu’un petit Crustacé ou toute autre proie vient à toucher un point quelconque de la couronne appendiculaire externe, les tentacules voisins de celui qui a reçu l'impression se recourbent en dedans pour conduire le petit corps à la couronne centrale, et à leur tour les tentacules labiaux s’infléchissent pour l'introduire dans la bouche. Le plus souvent, la préhension s'opère ainsi sans que l’animal effectue de mouvements généraux , et sans qu'il cesse même un instant d’avoir ses armes prêtes à ressaisir un nouveau butin. Mais si sa proie est considérable , si on le soumet au contact d’un corps dur ou à la pression de la main , si des secousses violentes se font sentir autour de lui, il commence par descendre légèrement dans son. tube, relève les bords de son disque, et rapproche ses ten-

Page 1