JULES HAINE
libres, ce renflement, qui n’a pas tout à fait 0,005 de millimètre, est un peu is légèrement aplati et subcordiforme. Le mo caudal est très grêle , six ou sept fois plus long que la tête , et il S’agite très peu ; les mouvements sont saccadés, courts, mais les spermatozoïdes conservent longtemps la propriété de les produire.
La fécondation s'opère certainement dans les lames génitales elles-mêmes , et très probablement par la rupture de la faible cloison qui sépare une capsule spermatogène d’une capsule ovigène. C'est par une semblable rupture que l’œuf fécondé doit tomber dans la cavité générale ; il sort ensuite de cette cavité pour aller se développer au dehors soit par le pore qui termine inférieurement le corps du Cérianthe , soit par le pore latéral de l’un des tentacules marginaux, SOI enfin par la bouche , et ce dernier cas est le plus habituel.
On connaît déjà, dans des animaux appartenant à une autre type de l’embranchement des Zoophytes , une disposition analogue à à celle que je viens de décrire. Je veux parler des Synaptes, dont M. de Quatrefages a si bien fait connaître l’organisation (1). Ces Échinodermes ont également l'ovaire et le testicule réunis sous une enveloppe commune ; mais ces deux organes ne s’entremélent pas comme on l’observe ici; les capsules ovigènes ne s’y trouvent pas entourées nement par les capsules spermatogènes. Ces dernières forment des lobes distincts qui, à la vêrie, recouvrent l'ovaire, mais ne se confondent point avec lui. Les Cérianthes offrent donc encore un degré de moins que les Synaptes dans la localisation des organes de l’appareil ARTE
$ 8. Gouttière interlamellaire impaire.
Les lames mésentéroïdes que je viens d'étudier s'arrêtent toutes à une assez faible distance de l’orifice pyloroïde du tube digestif, et ne sont jamais géminées , mais bien alternativement inégales en longueur et en saillie. Deux d’entre elles cependant qui sont juxta-
(1) Mémoire sur la Synapte de Duvernoy (Annales des sciences naturelles, 2e série, t. XVII, p.19, 4842).
SUR LE CÉRIANTHE. 379
posées l'une à l’autre et égales entre elles se continuent jusqu’: à l'extrémité basilaire du corps, et viennent se terminer au petit bourrelet qui entoure le pore inférieur. L'espace qu’elles laissent entre elles forme une profonde gouttière longitudinale, ou demicanal , qui se trouve sur le prolongement de la fossette gastrique, et établit un chemin direct de cette fossette à l’onverture postérieure. Il semble naturel de penser que ce trajet peut être parcouru par une partie au moins des matières exerémentitielles qui trouveraient une issue au pore terminal , et que celui-e1 remplirait ainsi les fonctions d’un anus ; maïs jai dé dit que les substances qui ne sont pas digérées sont en général rejetées par la bouche. Les deux lames longitudinales qui forment cette longue gouttière impaire ne se distinguent pas seulement de leurs homologues par leur grande étendue et leur inégalité : elles ont aussi une structure différente , en ce sens que les modifications que j'ai signalées dans les deux régions inférieures des autres lames apparaissent ici dans un ordre inverse. Ainsi les capsules spermatogènes et ovigènes s’y montrent depuis le point où finit leur insertion , au bas de l'estomac , jusque vers Ja moitié de leur longueur , et at leur partie inférieure est formée d’un simple mésentère , portant à son bord interne le cordon pelotonné.
Observation. — S'il existe un rapport constant entre les cloisons solides et les tentacules des Coralliaires sclérodermés où à polypier, ce rapport est évidemment au moins aussi intime entre ces cloisons et les loges dans lesquelles elles se développent, loges qui sont elles-mêmes la continuation inférieure des cavités tentaculaires. J'ai déjà montré que certaines espèces de la famille des Cyathophyllides offraient dans leur polypier des caractères rappelant la disposition des organes appendiculaires du Cérianthe ; e’est encore avec le même groupe zoologique que le Cérianthe doit être comparé au point de vue de l'agencement des loges interlamellaires, mais non plus cette fois avec les mêmes espèces. En effet, chez le polype qui fait l’objet de ce mémoire , les tentacules et les lames ovariennes présentent une différence marquée dans leur degré de régularité ou de symétrie radiaire; les appendices constituent des couronnes , dont tous les éléments sont sensiblement égaux et semblablement
380 JULES HAIME,
placés ; et nous venons de voir, au contraire, que la plus grande inégalité se montre dans l'étendue des espaces interlamellaires. Si l’on supposait que ce polype s’ossifiàt en partie et format un polypier, quelle serait , sur les relations des cloisons de celui-ci, l’influence de ces deux dispositions presque antagonistes ? Il est sans doute bien difficile de le dire ; mais il nous suffit de savoir en ce moment qu'il existe dans les Coralliaires sclérodermés des exemples séparés et de l’une et de l’autre.
Si le Cérianthe se rapproche surtout de quelques Cyathophylles par la disposition de ses tentacules , c’est de la Hallia insignis (1) qu'il se rapproche le plus par la disposition de ses loges interlamellaires. En effet, cette dernière espèce présente une grande cloison impaire qui correspond bien à la gouttière impaire du Cérianthe, et vis-à-vis d'elle de très petites cloisons correspondant aux courtes loges de celui-ci. |
On ne saurait méconnaiître ici, dans l'agencement général des parties similaires, une tendance à mêler au type radiaire le caractère de la bilatéralité. Le Cérianthe, de même que les genres Hallia , Aulacophyllum, Combophyllum, Zaphrentis, etc., de la famille des Cyathophyllides , forme un des exemples les plus frappants de la combinaison de ces deux types dans la classe des Coralliaires.
$ 9. — Tunique interne, ou muqueuse.
Les parois de la cavité générale du corps sont complétement tapissées par une tunique membraneuse continue qui garnit à la fois l’intérieur des tentacules marginaux et labiaux et des loges soustentaculaires , et se replie comme un mésentère sur les lames verticales , que , dans certaines parties , elle constitue presque à elle seule. Cette membrane se compose d’une couche de petites granulations, qui reposent immédiatement sur la tunique musculaire, et d’un épithélium vibratile ; elle commence , en haut, au bord inférieur de l’intestin, remonte sur sa surface extérieure jusque dans les organes appendiculaires, puis redescend pour s'étendre jusqu’au
(1) Milne Edwards et Jules Haime, Polypiers fossiles des terrains palæozoïques, p. 365, pl. vr, fig. 3, 1851.
SUR LE CÉRIANTHE. 331
pore postérieur où elle se termine. Elle complète en dedans l’enveloppe générale du corps , tout en participant à la constitution des appareils sécréteurs et de la génération. L’épithélium interne, tout mince qu'il est, se détache avec assez de facilité , au moins par lambeaux, non seulement dans la région non lamellée de la cavité générale, mais sur les côtés de l'intestin, et jusque dans l’intérieur des tentacules. Il est formé par l’intime union de cellules irréguliéres , ordinairement polygonales, qui n’ont en moyenne que 0,07 de millimètre (pl. 8, fig. 6). On ne trouve jamais de nématocystes dans la tunique interne.
A l'extrémité postérieure du corps , l'enveloppe générale rentre un peu par l'ouverture terminale, etil se forme en ce point un petit bourrelet de fibres concentriques faisant fonction d’un sphincter. On y trouve des fibres musculaires très fortes et tous les éléments des téguments extérieurs ; en outre, cet orifice est garni de cils vibratiles assez énergiques.
Quoique j'aie déjà montré que le pore postérieur du Cérianthe ne peut être regardé comme l’analogue d’un anus, la présence de cette ouverture n’en est pas moins très remarquable, en ce qu’elle établit une communication de la cavité générale avec le dehors, à l’extrémité inférieure du corps; c’est jusqu’à présent le seul exemple de cette disposition existant dans la classe des Coralliaires. L’orifice postérieur des Myniadides ne saurait être comparé à celui-ci, car il ne s'ouvre pas dans la cavité générale, mais bien dans un espace particulier circonscrit par les bords repliés du disque pédieux.