‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 141 sur 228 · PI · texte numérisé non relu

PI

SUR L'ORGANISATION DE L'ANOMIE. al même que celui qui paraîtle plus en arrière du côté gauche (L). Sans beaucoup de difficulté et d'attention, on peut le détacher nettement, et l’on voit ses fibres réunies formant un eylindre ne pas se mêler à celles des autres faisceaux.

Ceux-ci ‘2) se dirigent vers l’opercule , et s’insèrent sur son extrémité supérieure, très inégale, couverte d’aspérités. Poli (3) a très bien vu les différents faisceaux ; il les a décrits avec grand soin, ef a donné sur eux beaucoup de détails ; mais il paraît tomber dans l'opinion commune : car il croit qu'on doit les considérer comme produisant un seul musele, qu'il nomme muscle à quatre têtes « Musculus hic quadricipitis denominationem recte meretur.» La distinction s’établira nécessairement , quand l’organisation de l’Anomie sera rapportée à celle des autres Acéphales ; et elle sera mieux comprise qu'elle ne le serait maintenant. Pour le moment, on peut établir que les deux masses antérieures , qui se voient sur la face du lobe gauche du manteau, sont les muscles rétracteurs de l'ossicule, tout à fait différents du muscle des valves, et que l’une est un peu antérieure à l'autre.

Quant au petit faisceau (4), qui a été remarqué tout près de la marge antérieure du manteau, il appartient au pied.

Le manteau de l’Anomie, loin d’être séparé du corps de l’ani- mal comme dans les autres Mollusques, lui adhère par sa face interne du côté droit ; aussi sa description ne peut-elle être complétée ici, elle le sera quand nous étudierons les organes génitaux et le tube digestif.

Organe de la digestion. — I y a dans l’ensemble de l’appareil qui sert à l'alimentation une anomalie bien grande, qui, au premier abord, est très embarrassante ; on éprouve même de la difficulté à en suivre les dispositions.

La bouche(5) est placée du côté droit, entre deux voiles labiaux , un peu en avant et en haut de l’opercule; celui-ci, quandil est en-

(1) PL I, fig. 1 (y).

(@) PL, fee, æ.

(3) si utr, Siciliæ, 2° partie, p. 1841 à 185.

(4) PL I, fig. 4 (v).

(5) PI. 4, fig. 4 (b), fig. 6 (b).

core en place, paraît entouré par un cercle complet , que forment , en arrière et en bas, les branchies , en avant et en haut les lèvres. Dans ce cercle est compris aussi un petit appendice (1) musculaire, qui rappelle par sa forme le pied de la Moule ou des Peignes : c’est le pied que l’on trouve, en général, caché sous l’ossicule.

Les lèvres sont des replis à peine saillants, très rapprochés, se terminant aux extrémités antérieures des branchies , et se dilatant un peu au niveau de la bouche. Leurs extrémités voisines des or- ganes de la respiration sont disposées de telle sorte, que la lèvre postérieure semble se continuer avec les lames internes, tandis que la lèvre antérieure s’unit aux lames externes (2). Comme la branchie gauche est beaucoup plus longue que la droite, un rapport inverse existe dans les proportions des moitiés gauches et droites des lèvres ; c’est ce qui les fait paraître presque entièrement sur le côté droit de l’animal. Remarquons que si, dans les Mollusques acéphales , les parties latérales des voiles labiaux sont celles qui se développent le plus, ici, au contraire, c'est la partie moyenne : la bouche, infundibuliforme, assez grande , et regardant à droite, est cachée par la dilatation des lèvres. Sa position la met en rapport avec le bord contourné du manteau (3), qui entoure l’osselet en se roulant en spirale.

L’æsophage est tellement court, que c’est à peine s’il mérite ce nom.

L'esiomac fait, pour ainsi dire, suite immédiatement à la bouche ; il est creusé dans l’intérieur de la masse du foie. Par une coupe (4) de la partie du corps qui reste entre les deux lobes du manteau, on met à découvert une multitude de cavités irrégulières, inégales, rappelant grossièrement la disposition des glandes en grappe, creusées dans la substance hépatique, et y formant autant de loges où tombe la bile et où viennent se placer les substances alimentaires. Du côté du dos, ces loges sont plus nombreuses. La cavité générale de l’estomac , résultant de tous ces enfoncements ,

(1) PI Let pl. I (p, p).

(2) PL I, fig. 4.

(8) PL AE , fe. 2.

(4) PL I, fig. 3 (j).

de toutes ces anfractuosités, n’a done pas de forme appréciable ; elle est tapissée par une muqueuse , dont l’épithélium vibratile est remarquable de vivacité. Sur aucun autre exemple, je n’ai vu, avec autant de netteté et d’évidence , l'apparence d’une série de perles roulant avec une régularité extrême.

En arrière, vers le muscle des valves, la cavité communique avec deux orifices , ou plutôt deux orifices distincts s'abouchent à côté l’un de l’autre dans une même anfractuosité : l’un est supérieur , l’autre est inférieur. Le premier conduit dans l'intestin , le second dans le cæœcum.

L’intestin (1), très court, presque droit, marche directement d'avant en arrière , et se courbe un peu en passant au-dessus du muscle des valves, puis se termme à l’anus en formant un tube libre assez long. Dans son trajet, il ne décrit aucune circonvolution ; il traverse la partie postérieure de la masse abdominale , formée en arrière du foie par les organes génitaux. Sa largeur égale tout au plus L centimètre ; il mérite bien le nom de rectum, d'après ses caractères, mais il représente tout l'intestin. Nous verrons, en parlant du cœur, qu'il passe sous lui, et non dans son intérieur.

Le cœcum (2) occupe une position , et acquiert un développe-

ment bien remarquable. Les auteurs semblent ne pas s’en être | occupés. [Il naît immédiatement au-dessous de l'intestin, se porte d’abord en arrière, se dirige ensuite en bas et à droite en décrivant une courbe à concavité antéro-supérieure , et gagne le manteau , dans le lobe droit duquel il se loge complétement. Dans ce trajet (à), il passe entre l'os et le muscle des valves, croise la branchie droite, et marche un moment à côté de l’organe de Bojanus. Dans le manteau (4), il est en rapport avec les organes de la génération, au milieu desquels il est placé ; on le voit remonter très haut en avant. et sa longueur étonne quand on la compare à celle de l'intestin. I semble qu'il y a compensation de la brièveté de l’un par l’allongement de l’autre. Dans son intérieur , on trouve un stylet hyalin .

) ) PL I, fig. 3 (q).

Ah LACAZE-DUTHIERS, —: MÉMOIRE

analogue à celui que l’on rencontre chez la plupart des Acéphales lamellibranches qui le remplit complétement, et dont la natüre , ainsi que les fonctions, est encore inconnue.

Le foie (A) représente à peu près à lui seul toute la masse abdominale ; il entoure de toutes parts l’estomac ; sa teinte et sa consistance, de même que sa structure, rappellent beaucoup ce que l’on observe dans l'Huitre : de telle sorte que, sur une coupe , il paraît compacte et dense. À gauche et en arrière, il est recouvert par une petite porüon des glandes sexuelles ; celles-ci, d’une teinte jaunâtre ou rouge assez vif, s’en distinguent facilement, à cause du fond brun foncé qu'il forme.

La texture de la glande hépatique ressemble beaucoup à celle qu'on observe dans les autres Acéphales. On y remarque des acint en forme de eul-de-sac , remplis par de la matière jaune caractéristique ; celle-ci est formée de cellules gorgées de granulations. L'intérieur de chacun des acini est ereux et rempli de liquide, dans lequel flottent les cellules du parenchyme sécréteur. Les parois sont tapissées par un épithélium vibratile des plus évidents; qui se continue avec celui de la muqueuse stomacale.

Organes de la respiration. — Les branchies s’observent entre les deux voiles du manteau avec des courbures et des formes diverses, suivant qu’on les examine à droite ou à gauche. La branche droite (2) est plus courte que la gauche; elle est aussi beaucoup plus courbée, et décrit presque les trois quarts d’une eirconférencé autour du muscle postérieur des valves , dont elle est séparée en avant par l'insertion du manteau. Son extrémité antérieure est éloignée de la bouche par toute la longueur de l'ossicule, et son extrémité postérieure est libre, recourbée vers l’anus. Celle du côte sœauche (8)monte beaucoup plus haut, et vient se terminer en avant de l’opereule, non loin de la bouche; son extrémité postérieure, égale à celle de la branchie droite, est libre ; aussi peut-on dire qu'elle est plus longue et moins courhée.

(1) Voyez dans les différentes figures (f).

RP el ie ; pl. II, fie. 4.

CMP ST 06 pl. AT, fie, à.

Les feuillets (L) sont au nombre de quatre de chaque côté : deux pour chaque branchie, un moyen et un réfléchi. La lame interne , réfléchie du côté droit, se soude, par son bord libre ou Supérieur, avec celle du côté opposé. La soudure a lieu dans toute la longueur ; aussi, pour arriver à voir les organes profonds, faut-il détruireles adhérences.

En général, dans les Lamellibranchés , quand les deux feuillets réfléchis des deux branchies internes s'unissent sur la ligne médiane, ce n'est jamais dans toute leur étendue ; presque toujours, les moitiés antérieures se trouvent séparées par l’abdomen de l'animal. Parmi les exemples fort nombreux, je ne cterai que les Uno, Anodonta, Cardium, Solen, etc., etc. Dans l’Anomie, il n’en est pas de même ; la jonction s'effectue sur toute la longueur du bord des lames internes, et cela avec une particularité qui peut embarrasser au premier abord. Le pli interne du côté droit se porte un peu à gauche, de telle sorte qu'il semblerait, en n’y regardant pas de très près, que la branchie droite n’a que trois feuillets, tandis que la gauche en aurait cinq ; il suffit d’être averti pour ne pas faire d'erreur. |

On observe en dehors de la lame externe ou réfléchie de la bran- chie externe unelamelle très petite, qui forme réellément une einquième lame (2). Cette circonstance n’est pas commune parmi les Acéphales ; elle mérite done d’être signalée. Le bord inférieur en est libre, et ne descend pas jusqu'au bord inférieur des autres feuillets ; il ne porte pas de lame réfléchie, et reste simple.

Les branchies, en arrière du corps et de la inasse abdominale, sont portées par des replis falciformes (3), dont le tissu brunâtre ressemble par sa struëture à un corps spongieux. Le manteau (/) adhère en quelques points avec cette partie, base d'insertion de l'organe de la respiration, et dont nous étudierons la texture en nous occupant de la circulation.

La structure des branchies de lAnomie ressemble, à certains

UM) PL I, fig. 4.

() PI. I, fig. 4 (h).

(3) PI. IL, fig. 4 et 2.

(4) PL L, fig. 4 (u): pl. I, fig. 4 (u).

égards , à celle que l’on observe dans la Moule, et surtout le Peigne (4). Les filaments, les rayons qui en forment les lames, sont à peine unis entre eux, et il n’est guère possible d'y toucher sans les diviser en une foule de débris qui flottent dans l’eau, comme une multitude de dents de peigne.

Organes de la circulation. — Nous n’étudierons ici que la disposition des centres et des ramifications principales ; car c’est surtout sur ces parties que portent les anomalies. La circulation des Mollusques a été l’objet de recherches si importantes, que l'utilité des détails serait au moins contestable ici. Je renverrai done aux magnifiques travaux de M. le professeur Edwards (2).

Le cœur (3) présente des anomalies bien curieuses et bien rares, si même elles existent dans d’autres Mollusques ou dans le règne animal. Il est placé, comme toujours, en arrière de la masse hépatique , au-dessus du muscle des valves et un peu en avant de lui ; mais tandis que, dans les autres Acéphales, il est enfermé dans un péricarde , elos de toutes parts sans communications directes avec l'extérieur, ici, au contraire, il est. libre, et paraît comme une petite sphère, dans la dépression que l’on remarque tout près du rectum, en avant de l’extrémité postérieure des branchies. C’est là un fait singulier dans l’histoire des organismes, que de voir la partie. centrale de l'appareil de la eirculation placée en dehors du corps, auquel il semble suspendu par un court pédoneule. Poli (4) avait reconnu cette disposition ; elle excita même son admiration : « Nunguam me hercule mirari desinimus, » S’écrie-t-il après avoir fait contracter le ventricule par de légers attouchements, etil ajoute : « Cor adeo nuda atque detecta reliquisse ut et iteratis arenæ ictibus » et jugi aquarum collisiont obnoæia sin. »

Est-ce à dire que le péricarde n'existe pas? Ce serait peut-être s’avancer un peu trop que de l’aflirmer. Il est probable que le cœur

était recouvert par une enveloppe qui s’est moulée sur lui, et qui 1) Mytilus edulis, Pecten Jacobœus.

2) Recherches sur la circulation des Mollusques. — Voyage en Sicile, 1843. SOL dieu et 2:11).

4) Testacearum utriusque Siciliæ, 2° partie, p. 184.

SUR L ORGANISATION DE L'ANOMIE. 17 s'est soudée avec ses parois ; que l’un et l’autre sont protégés par la couche générale épithéliale du corps ; mais la fusion des trois parties est telle, que quelque soin que l’on apporte à les séparer, on ne peut y réussir. Jamais je n'ai pu parvenir à voir une cavité quelconque qui püt déceler la présence du péricarde.

Le ventricule a un volume variable; on le rencontre sur des individus les plus grands avec un diamètre de 5 millimètres ; mais le plus souvent les proportions sont de beaucoup inférieures , et, sans aucun doute, elles doivent changer avec les mouvements de systole et de dyastole.

Quant à l’observation de ces contractions, j'ai été bien moins heureux que Poli (L); je n’ai jamais pu les apercevoir. On sait avec quelle facilité, dans la plupart des Acéphales, on peut les observer, soit qu'elles se produisent naturellement, soit qu'elles naissent par des excitations. Malgré toute mon attention , je n’ai jamais pu les faire naître. Les animaux que j'observais étaient parfaitement vivants ; le cœur n'avait pas été blessé. On comprendrait, d’après les explications de Poli, que le ventricule doit être, en effet, peu sensible aux attouchements, puisqu'il est en contact imcessant avec l’eau, le sable et les corps étrangers. Peut-être les animaux que j'ai eus entre les mains n’étaient-ils pas dans des conditions convenables ; toujours est-il qu’à Mahon, pas plus qu’à Cette (2), je n'ai pu voir de contractions analogues à celles que l’on voit si facilement dans tous les Acéphales ; je suis loin d’en conclure qu’elles n'existent pas, mas je crois qu’elles se font d’une manière plus insensible et plus lente. | . Une autre particularité se présente non moins importante que les précédentes : on sait que, dans les Acéphales lamellibranches , le cœur est traversé par le reetum ; cela s’observe dans une foule

(1) Poli, passage cité précédemment.

(2) Depuis la rédaction de ce mémoire, j'ai dans d’autres localités, à Granville, à Saint-Malo, à Saint-Jacut-la-Mer en Bretagne, observé très distinctement ces contractions ; elles sont lentes, mais elles peuvent être déterminées par les attouchements. Je dois avouer ne pas comprendre comment, sur les Anomies de la Méditerranée, je n'ai pu voir une chose qui se produit si nettement sur la même espèce de la Manche et de l'Océan.

L° série, Zooz. T. II. (Cahier n° 4.) 2 2

d'espèces, comme l'a démontré M. le professeur Edwards dans ses belles recherches sur la circulation , et comme l'avaient vu Poli et autres. L’Anomie fait exception à cette règle; l'intestin passe au-dessous du cœur, qui forme avec les oreillettes comme un pont véritable au-dessus de lui. Cette différence exceptionnelle doit certainement se rattacher à la première anomalie, qui a détaché pour ainsi dire le cœur de tous les organes. Ici nos observations ne sont pas d'accord avec celles de Poli, qui admet le passage du rectum au travers de l'organe central de la circulation : « Rectum...… » exæ abdomine emersum cordis cavitatem pertransire visum est. »

Les oreillettes (1), placées latéralement de chaque côté du cœur, varient beaucoup de position, de direction, de forme et de volume, à droite et à gauche.

L’oreillette droite (2) est, comme le ventricule, placée extérieurement ; on la voit dès que l’on a enlevé le manteau ; elle devient très évidente sur la face à droite. Si l’on pousse un liquide coloré dans le cordon cylindrique qui, du ventrieule , se rend aux branchies en décrivant une courbe concentrique à leur bord d'insertion, les injections dilatent l’oreillette, et la mettent bien en évidence. Quand on injecte le ventricule , les liquides ne pénètrent pas dans celle-ci, ce qui indique la présence de valvules auriculo-ventriculaires, semblables à celles qu’on observe dans les autres Mollusques.

L’oreillette gauche est moins distincte; on ne l’aperçoit que lorsqu'on a écarté les parties qui l’entourent. Il est nécessaire de la gonfler par une injection ; elle (3) est placée dans l’enfoncement qui existe entre les deux masses musculaires de l’ossicule en avant et le muscle des valves en arrière; elle a la forme d’un ovoïde allongé, dont le grand diamètre est dirigé d’avant en arrière, c'est-à-dire dans un sens absolument opposé à celui de l'oreillette droite qui se dirige de haut en bas. Ces différences sont en rapport, on le comprend, avec les variations de formes des branchies et des autres parties du corps.

(1) PL. IE, fig. 1 et 2 (OD), (0G).

(2) PI. I, fig. 4 (OD).

(3) PI. II, fig. 2 (0G).

Circulation branchiale. -— En poussant une injection par l’oreillette droite , et l’on réussit presque toujours facilement, on voit le liquide coloré suivre un vaisseau (1) circulaire, concentrique au bord adhérent des branchies , et arriver jusqu'à leur extrémité postérieure. Il n’est pas douteux que l’on n'ait rempli le conduit qui rapporte le sang de l'organe de la respiration au cœur ; cela est évident, par cette raison que le liquide pénètre de ce vaisseau dans le ventricule, mais que du ventricule il est impossible de le faire aller vers les branchies : ce sont les vaisseaux branchio-cardiaques.

Les différences de forme des deux organes de la respiration entraînent après elles des différences correspondantes dans la marche des organes de la cireulation. Ainsi, à droite (2), après avoir quitté l'oreillette , le vaisseau branchio-cardiaque marche d’abord parallèlement au repli du manteau , aux voiles labiaux , et se dirige de haut en bas vers le bord concave des branchies , qu'il suit dans toute son étendue. A gauche , au contraire (à), il se porte directement en avant entre lamasse hépatique et les muscles de l’ossicule ; il contourne ceux-ci en se portant d'abord directement en avant pour attemdre l'extrémité antérieure de la branchie gauche , que nous avons vue s’avancer beaucoup en avant. Il suit alors le bord

concave de cette portion de l'organe , et arrive jusqu’à son extrémité postérieure.

Ces deux canaux, en suivant la ligne courbe d'insertion des branchies, reçoivent, perpendiculairement à leur direction, les vaisseaux capillaires qui viennent des rayons.

Le sang qui va aux branchies pour respirer et se transformer est distribué dans leur intérieur par un ensemble spécial de canaux, dont la réunion forme un véritable corps spongieux. 1 arrive des différentes parties du corps par un vaisseau unique {4) placé à la base de chacun des replis falciformes portant les branchies. En écartant celles-ci, on le voit près du muscle adducteur des valves ; il ne tarde pas à se diviser en deux branches secondaires, l’une anté-

) PL IL, fig. 4 (BC).

2) PL. IL, fig. 4.

(3) PL IT, fig. 2.

(4) PL IL, fig. 3 (SV).

rieure, l’autre postérieure, qui suivent le bord courbe du repli falciforme près de son insertion au corps, et qui sont séparées par conséquent des branchies par un assez grand intervalle. Le sang s’en échappe par une multitude de conduits secondaires capillaires, se répand dans un réseau dont la richesse est telle, qu’une injection poussée avec le moins de soin colore en masse toute la partie. Un canal à parois vagues, véritable sinus (1), parallèle et voisin du vaisseau branchio - cardiaque, reçoit le sang pour le faire passer dans les branchies par une foule de petites dilatations faisant saillie en dehors , et produisant comme une série de petits sinus lamellaires secondaires, servant d’intermédiaire entre lui et les ares branchiaux. Ces petits sinus sont très apparents sur la face interne d'insertion des branchies, et paraissent comme une série de feuillets en nombre à peu près égal à celui des rayons (2), c’est-à-dire en nombre très considérable, et dont le plan est perpendiculaire au plan des lames branchiales : telle est la disposition des vaisseaux des branchies. |

Circulation artérielle. — On vient de voir le sang arriver aux branchies, se distribuer dans leur intérieur, et revenir au cœur par les vaisseaux qui le conduisent aux deux oreillettes. Voyons maintenant comment, après avoir respiré, il est de nouveau répandu dans tout le corps. Entre les deux oreillettes , le ventricule est uni en avant, à la partie postérieure de la masse viscérale, par un conduit un peu dilaté, d’où naissent les artères principales. Ce vaisseau qui fait suite au cœur, et où prennent leur origine les artères , mérite le nom de bulbe artériel (3). On l’observe facilement, car il est placé en dehors de l’organisation, exactement comme le cœur.

Il fournit trois ordres d’artères, dont la direction et la présence sont loin d’être constantes. Habituellement on trouve une branche qui se porte directement en avant en suivant le bord convexe de la masse viscérale, et en fournissant à droite et à gauche des rameaux aux parties qu’elle rencontre : c’est l'artère principale anté-

(1) PI. IL, fig. & (SV”).

(2) PL I, fig. 3, 4.

(DPL EE 5 (a),

SUR L ORGANISATION DE L'ANOMIE. 21 reure(1); elle porte donc le sang aux parties du côté de la bouche. A gauche de son origine, on voit sur le bulbe aortique naître une artère, que par opposition à la première on peut nommer artère principale postérieure(?) ; elle passe en dedans de l'oreillette gauche qu'elle croise, pour arriver dans l’espace qu’on observe entre le musele de l’ossicule et celui des valves. Arrivée auprès du dernier, elle se divise en deux branches : l’une, inférieure, s’introduit entre les muscles pour aller se diviser dans les parties qui les avoisinent ; tandis que l’autre, en remontant un peu, rencontre le rectum, qu’elle accompagne d'abord en lui fournissant quelques ramuscules , qu'elle abandonne ensuite pour se distribuer dans le manteau. Le muscle des valves (3) est donc enfermé dans un cercle artériel.

La troisième branche est loin d’être constante : on la trouve en haut de l’artère antérieure principale ; elle va se distribuer aux portions postérieures de la masse viscérale.

Une disposition assez fréquente est celle où, du bulbe artériel, naissent deux troncs : l’un, inférieur , se porte sur la masse viscérale , tandis que l’autre remonte en se courbant , et se divise à la hauteur de l'oreillette en deux rameaux secondaires qui correspondent , le postérieur à l’artère postérieure principale , l’antérieur à une seconde artère antérieure. Alors la masse viscérale est parcourue par deux artères principales antérieures.

En résumé, la circulation de l’Anomie se passe à peu près comme dans les autres espèces , seulement avec des particularités dont la déformation -des organes est cause et rend parfaitement compte.

On sait que dans les Mollusques, en général, il y a une partie du sang qui revient du manteau au cœur sans passer par les branchies ; en sorte que ces animaux ne sont pas absolument, comme l’a démontré pour beaucoup d’entre eux M. Edwards , à sang complétement rouge, c'est-à-dire à sang ayant été tout entier respiré. Le vaisseau (4) qui s’observe, surtout au côté gauche, vers l’extré

(4) PL I, fig. 5 (a’).

(2) PI. If, fig. 5 (a”).

(3) PL IL, fig. 5 (y).

(4) PLU, fig. 5 (e).

mité postérieure de l'oreillette de ce côté, et présente, le plus souvent, trois branches placées «entre le muscle des valves et le musele de l’ossicule , rapporte au cœur le sang veineux dont il est iei question.

Système nerveux. — Le système nerveux de l’Anomie présente une disposition tout à fait analogue à celle qu’il offre dans la plupart des Acéphales lamellibranches; les différences que nous allons indiquer sont toutes les conséquences des changements de formes déjà si souvent signalés.

La paire de ganglions labiaux , buccaux ou cérébroïdes (1), est placée sur le côté de la bouche dont elle suit le changement de position. L'un des ganglions, le droit, se trouve reporté bien en arrière sur le milieu de la face de l'animal. Il est très facile à distinzuer, même sans préparation ; on le voit, en écartant les lèvres, en arriére de la bouche, dans le sillon qui lui fait suite. Sa teinte , légèrement orangée, permet de le distinguer très nettement. Il est un peu triangulaire ; sa base est tournée vers la bouche, tandis que son sommet regarde en arrière ; de chacun de ses angles partent deux cordons qui l’unissent aux autres ganglions.

Quant au ganglion buccal ‘gauche, il est très difficile à mettre à découvert. On le trouve en dedans des lèvres, à peu près à la hauteur de l'extrémité de la branchie et en dehors du pied. Il se trouve au milieu des paquets musculaires qui se rendent à celui-ci, et comme il est très petit, on éprouve une très grande peine à le trouver : il faut avoir recours à des préparations fort laborieuses.

Les ganglions pédieux sont, à la base même du pied , extrêmement rapprochés l’un de l’autre; ils semblent confondus en une seule masse à peu près sphérique, dont la teinte sert encore à les faire reconnaitre. Ils sont moins difficiles à découvrir que le ganglion buceal gauche, dont ils sont très voisins.

La paire branchiale (2), beaucoup plus volumineuse que les précédentes, est ici, comme dans tous les Acéphales, très facile à reconnaitre. On la voitsur la face inférieure du muscle des valves ;

(1) PL I, fig. 6 (à, k). — Ib., fig. 5 (à.

(2) PL I, fig. 5 (g).

elle ne présente pas de particularités très remarquables, à part des irrégularités, conséquences des déformations générales.

Ces différents ganglions sont unis entre eux par des commissures dont la longueur varie; celle des ganglions branchiaux paraît encore , bien qu’elle soit très courte, tandis que dans la paire pédieuse on ne la distingue pas du tout. Celle qui unit les ganglions cérébraux est très longue ; elle fait le tour de la bouche en restant logée dans la base de la lèvre supérieure : elle fournit le moyen le plus sûr d'arriver au ganglion gauche que l’on trouve difficilement, si on le cherche sans se guider sur la commissure qui le joint à son homologue.

Les connectüfs méritent d'attirer surtout l'attention. Celui qui joint le ganglion buccal droit au ganglion branchial suit à peu près directement l'insertion des voiles labiaux jusqu’à l'extrémité antérieure des branchies , puis il croise le cœæcum pour arriver au-dessous du muscle des valves. Il est facile à distinguer dans cette dernière partie de son trajet. Du côté gauche, le connectif, plus gros et plus courbe passe en dehors du pied, et du muscle de l’ossicule en suivant d’abord l'insertion de la branchie, mais en s’en éloignant ensuite pour se porter en dedans.

Les connectifs unissant les ganglions buccaux aux ganglions pédieux présentent une longueur bien différente. Celui de droite passe en avant de l’opercule pour venir dans la base même du pied ; quoique très grêle, on peut encore-le disséquer et le reconnaître, sa longueur est assez grande; tandis que celui du côté gauche (1), extrèémement court, rapproche beaucoup le ganglion buceal de ce côté du centre nerveux abdominal. Si l’on joint le développement de l’un à la petitesse de l’autre, et surtout à la taille considérable du connectif, on comprendra comment 1l y a vraiment une difficulté extrême à bien reconnaitre le ganglion buecal gauche.

En résumé, on peut retrouver les éléments généraux du système nerveux, et l’on voit la bouche entourée par un cercle de cordons en dehors duquel sont placés le pied et l'ossicule.

Des ganglions branchiaux partent quelques nerfs, dont le déve-

(1} BI. Ecfie. 6:

loppement est en rapport avec les organes auxquels ils vont se distribuer. Tel est, par exemple, celui qui, du côté droit, remonte vers le muscle de l’opercule. I ressemble , par sa taille et sa direction , au connectif bucco - branchial ; on pourrait d’abord prendre l’un pour l’autre , aussi est-il besoin d’être averti pour ne pas les confondre. Le nerf palléal droit est très développé , et ressemble aux cordons destinés aux branchies ; mais en le suivant, le doute n’est pas possible. Ces données suffisent pour arriver au but que nous nous proposons d’attemdre dans ce travail. On comprend, à priori, que bien des différences secondaires doivent se présenter, mais que toutes sont la conséquence des irrégularités plus générales qui précèdent.

Organes génitaux. — L’Anomie est un Acéphale bisseæue , où dinique. Dans un travail général sur le sexe des Acéphales lamellibranches, je crois avoir démontré que l’hermaphrodisme est dans cette classe véritablement peu fréquent, comparativement aux espèces ayant les deux sexes, et qui forment un groupe que, par opposition au premier , on doit nommer monoïques. Il est donc inutile de reprendre ici toutes les preuves à l'appui de cette manière de voir; mais, je crois, d’après un grand nombre d’observaüons qui me sont propres , que l’on doit regarder l’Anomie comme dioïque, c’est-à-dire à sexe séparé. Avec R. Owen (1), Siebold (2), il faut donc rejeter l’hermaphrodisme que Garner (3)et Poli(4) nous ont montré comme la condition habituelle du sexe des Lamellibranches.

L’ovaire, comme le testicule, occupe peu d’étendue sur la partie postérieure de la masse viscérale; ils s'étendent davantage en avant sur le côté gauche que sur le côté droit; mais, par une disposition très rare dans l’organisation des Acéphales, on observe (5) que toute la face interne du lobe droit du manteau est couverte par

) R. Owen, Lectures on the comparative unatomy and physiology, t. 1, p. 287.

(2) Von Siebold, Anat. comp., trad. française, t. I, p. 286.

(3) Garner, Charlesworth's magazine of natural history, t. IX, p. 78.

(4) Poli, Testac. utriusque Siciliæ, t. IT, Anomia.

5) PL. I, fig. 3 (s, 5, 5).

5) l’une ou l’autre de ces glandes , qui forment des bourrelets au milieu desquels on a vu le cœcum se loger. Quel que soit le sexe, toujours les bourrelets dont il est iei question sont remplis d’une substance jaunâtre qui ressemble à du tissu adipeux ; toutefois Poli (£) a vu dans quelques exemples l'ovaire d’une belle couleur rouge. Les masses qui composent la partie palléale de la glande communiquent avec celles placées sur le foie en deux points principaux : l’un (2) est dans le voismage du rectum, l’autre (3) un peu au-dessus de la dépression où est logé le cœur. Ce sont deux véritables ponts formés par de la substance glandulaire.

Les œufs se développent dans les cellules qui tapissent les extrémités en cul-de-sac des tubes sécréteurs réunis en grappe. Ils présentent une enveloppe vitelline, un vitellus granuleux , une vésicule transparente ou de Purkinje , une ou plusieurs taches germinafives. Les culs-de-sac sécréteurs , en se réunissant, forment des lobules primitifs en général peu distincts ; mais enfin la structure et la texture de la glande femelle ne paraissent pas différentes de celles que j'ai indiquées dans un travail général sur les sexes des Lamellibranches. |

Les spermatozoïdes (4) sont du nombre de ceux qui ont une tête globuleuse : leur queue est très déliée. Is se meuvent avec beaucoup d’agilité, et se développent dans des cellules spéciales qui tapissent la face interne des culs-de-sac sécréteurs. Il n’y à là rien qui ne se présente dans les Acéphales en général ; aussi l'œuf et les spermatozoïdes doivent-ils être considérés comme le produit de la sécrétion qui à lieu dans des cellules dont se dépouille le tube sécréteur.

Les canaux excréteurs dans l’un et l’autre sexe sont tapissés d’un épithélium vibratile très vif, et viennent s'ouvrir dans la glande de Bojanus.

(1) Testac. utriusque Siciliæ, 2° part., Anomia. — Sur les Anomies de la même espèce que j'ai observées depuis dans l'Océanie, à Saint-Jacut, en Bretagne, la couleur rouge s’est présentée très habituellement; elle n'avait rien de vif, et s'approchait un peu du rouge brique.

(2) PI. I, fig. 3 (w').

(3) PL I, fig. (u).

(4) PI. IL, fig. 7.

Organes de Bojanus.— Dans presque tous les Lamellibranches, on trouve un sac à parois glandulaires, sur les fonctions duquel on n’est pas d'accord, qui, pour Bojanus, était un poumon, pour Neeuyler un testicule, pour les auteurs modernes un rein , et qu'on peut, à certains égards, regarder comme annexé aux organes de la génération. Quoi qu'il en soit de ces opinions, l’organe de Bojanus (1) est très évident dans les Anomies ; on le trouve en dedans de l'insertion des branchies, dans la partie antérieure au muscle des valves ; aussi, tandis qu’il est allongé à gauche et parallèle à l'axe du corps, il devient courbe et perpendiculaire à cette direction du côté droit. Cette différence nous explique comment la forme de l’un est celle d’un boyau allongé, tandis que celle de l’autre représente un croissant; comment, à droite, le connectif venant du ganglion buccal croise sa direction, quand à gauche, au contraire, il la longe. Enfin, en arrière de l'organe droit, on voit un cylindre transparent décrivant une courbe en sens inverse : c’estle cœcum qui se porte vers le manteau. Des deux côtés, l’organe se termine dans l'angle que formentles nerfsbranchiaux etles connectifs branchio-buccaux. C’est dans cet angle qu'il faut chercher son orifice (2); et iei la position se trouve absolument la même que dans les Acéphales en général, où toujours les orifices de la génération et de l'annexe sont placés en dehors des cordons nerveux.

La texture de l’organe de Bojanus est la même que dans tous les Acéphales lamellibranches. Un tissu (3) exclusivement cellulaire, des vésicules lchement unies, remplies de granulations tantôt brunâtres, tantôt jaunâtres, tantôt d’un joli violet, composent la partie sécrétante ; une couche interne de ces cellules couverte de cils vibratiles forme un épithélium dont les mouvements sont très vifs.

(1) PL I et II (r).

(2) PL. I, fig. 5 (c).

(3) PI II, fig. 6.

h. IIT.

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