‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 172 sur 228 · GÉNÉRATION ALTERNANTE DES SYLLIS · texte numérisé non relu

GÉNÉRATION ALTERNANTE DES SYLLIS

L'individu souche avait ses proportions normales , et les anneaux postérieurs , en particulier, diminuaient de grandeur comme si l'animal allait se terminer de la manière ordinaire. Le dernier seulement était sensiblement allongé dans sa moitié postérieure (4).

L'individu adventif, la nourrice, pour employer le langage de Steenstrup , était d’un diamètre bien plus considérable et presque exactement cylindrique (2). Les derniers anneaux seulement diminuaient brusquement en arrière (3), et la tête était à peine distincte. J'ai compté les anneaux chez plusieurs, et j'en ai toujours trouvé quarante-quatre, non compris la tête.

La couleur des Syllis monilaires vivantes est v erdâtre, tirant sur le jaune en avant. Plusieurs ont les trois ou quatre premiers anneaux d’une couleur légèrement orangée. Les nourrices varient de couleur seulement selon le sexe. Les femelles sont verdâtres ,-les mâles d’un orangé rougeàtre (4). Cette différence de teinte est due en parte à la couleur des produits, œufs ou zoospermes qu’elles renferment.

En comparant la figure ei -jointe (5), qui représente en dessus la tête d'une nourrice tenant encore à l'individu souche avec la figure donnée par MM. Audouin et Edwards (6), on constate de grandes différences :

1° La féte est beaucoup moins distincte ;

2° L'antenne médiane manque complétement, ainsi que les cirrhes tentaculaires ;

3° Les antennes latérales (7) sont sensiblement plus grêles et plus courtes ;

h° Les lobes placés sur les côtés de la béuehe et que Blainville regardait comme représentant les antennes Re , sont plus grèles et plus allongés (8):

(1) PL. 4, fig. 4.

(2) PL 4, fig.

(3) PL. 4, fig.

(4) PI. #4, fig.

(5) PI. 4, fig.

Loir ÉL. loc. cit., fe. à (7)

Æ O9 Or co

PI. 4, fig. 4 dd.

PI. 4, fig. 4e.

£° série. Zoor. T. IL. (Cahier n° 3.) 2 À 10

5° Les yeux (1), au lieu d'être placés sur une ligné courbe transversale, sont placés par paire derrière les antennes ;

6e La séparation des anneaux est peu marquée (2):

7° Les pieds(3), au lieu d'être franchement uniramés, montrent un rudiment de rame supérieure ;

8& Indépendamment du laisceau unique et normal que l’on retrouve à la rame inférieure (4) formé de soies composées à tête en forme de serpe dentelée, la rame rudimentaire en porte un second composé de soies simples (5).

Voilà pour les caractères extérieurs, et l’on voit que les différences sont assez grandes pour qu'il y eût lieu à établir deux genres avec ces animaux dont l’un fait encore partie de l’autre.

Nous trouvons à l’intérieur, dans les organes digestifs, une différence non moins frappante. La trompe si développée dans toutes les espèces de Syllis, et, dans tous les genres voisins, manque entièrement chez les nourrices. L’intestin, au lieu de présenter les dilatations larges et régulières qu'on trouve dans les Syllis adultes (6) ; est étroit et à peine renflé irrégulièrement (7). On ne voit reparaître Ja disposition ordinaire que dans les deux ou trois avant-derniers anneaux (8).

Dans les nourrices encore peu avancées, la communication entre l'intestin de l'adulte et celui du nouvel individu est largement établie. Le canal servant à cette communication se rétrécit progressivement, mais il existe jusqu’au moment de la séparation complète (9).

Les caractères différenciels que je viens de signaler ne se prononcent, je le répète, que progressivement , et leur développement

PL mes PL. 4, fig. 4, dans l'individu souche a a.

PI. 4, Mg. 4.

GÉNÉRATION ALTERNANTE DES SYLLIS. 147 coïncide avee l’individualisation de plus en plus complète de la nourrice. Ainsi, dans les premiers temps, à l’époque où l'étranglement est peu considérable, où les yeux sont encore peu marqués, où les muscles sont très irréguliers, cette dernière ne donne presque aucun signe de spontanéité. Elle est trainée par la mère comme un corps inerte. Les pieds n’ont presque pas de mouvements, etles cirrhes dorsaux restent à peu près immobiles. A mesure que le nouvel organisme se perfectionne, la nourrice présente des signes évidents d’une volonté propre. Ses pieds et ses cirrhes s’agitent : souvent on la voit vouloir suivre une direction autre que celle qui lui est imprimée par la mère. Enfin , dans les temps qui précèdent de peu la séparation , j'ai vu souvent la mère rester immobile, tandis que la nourrice s’agitait avec beaucoup de vivacité comme si elle cherchait à rompre les derniers liens qui l’attachaient encore à l'individu souche.

Il est à remarquer que, pas plus à cette époque que plus tard, je n'ai pu voir le système nerveux des nourrices, sans doute à cause des obstacles que mettait à l'observation la présence des œufs ou des spermatozoïdes. J'ai, à diverses reprises, très bien vu celui des mères, et je l’ai décrit ailleurs (1). |

La séparation une fois effectuée, les nourrices jouissent d’une vie indépendante, et cette période de leur existence doit se prolonger pendant assez longtemps , car il se passe en elle de nouveaux mouvements organiques qui ont pour résultat de rendre de plus en plus profondes quelques-unes des différences qui les distinguent des individus souches, et d’en affaiblir certaines autres.

Voici quelques faits qui doivent entrer dans la prenüère de ces deux catégories :

Les antennes latérales se portent entièrement sur les côtés (2).

Les yeux prennent un plus grand volume, et deviennent également tout à fait latéraux (3). F

(1) Nouveau Mémoire sur le système nerveux des Annélides (Ann. des sc. nat., 3° série).

(2) PL. 4, fig. 6 et 7.

(3) PL 5, fig. 6 et 7.

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