‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 179 sur 228 · OR · texte numérisé non relu

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secondaire ; mais il est nécessaire de bien établir que l'œuf est régulier , plus ou moins sphérique , quand il est hors de la glande.

Dans l'ovaire, il paraît tout autre; 1l est pyriforme, et se termine par une sorte de queue plus ou moins allongée , dont tous les auteurs, ayant donné des figures des œufs des Lamellibranches, ont indiqué l'existence. D’après M. de Quatrefages (1), la queue est excessivement marquée dans le Taret, où, suivant ce savant académicien , les œufs ressemblent à des larmes bataviques. Pour M. Deshayes, cette forme est tellement absolue qu'elle le conduit à une théorie sur le développement. Dans un grand nombre de cas, elle parait être le résultat d'un effet d’endosmose ; car lorsqu'on peut détacher les acini (2) sans les rompre, et les examiner entiers sous le microscope en les comprimant graduellement, on voit que les œufs qu’ils renferment sont polyédriques ou ronds (3), mais qu'ils n’ont pas une forme aussi pyriforme ; sur les Lavignons, les Bucardes (4), les Mulettes (5), le fait que j'indique est parfaitement appréciable; mais il est un exemple où les eflets de l’endosmose sont des plus remarquables, e’est dans la Gastrochæna tarentina. Les œufs, pris dans l'ovaire et mis dans l’eau, affectent, sous les veux même de l'observateur, les formes les plus bizarres (6) ; ils poussent des prolongements au nombre de trois, quatre et même davantage, et deviennent souvent triangulaires. Si l’on ne suivait cette transformation de la forme première presque. sphérique ou ovale (7), on pourrait être embarrassé ; mais il n’y à pas de doute possible. Nous verrons, du reste, qu'une autre cause peut être assignée à ce prolongement pyriforme, mais toujours il est augmenté, où causé en partie par l’eau.

Le volume des germes est très variable, et les différences qu’ils

(1) Loc. cit., Ann. des sc. nat., Développement du Taret.

4) Cardium rusticum , C. tuberculatum, pl. 7, fig. 3. ) Unio pictorum, pl. 7, fig. 14.

présententne sont nullement en rapport avec la taille des espèces. Les œufs les plus volumineux que j'ai observés sont ceux de l'Unio hittoralis (1) et ceux du Pectunculus pilosus (2). Dans la Gastro- :chœæna tarentina (3), ils sont aussi gros que dans le Spondylus gæderopus (4), etceux de la Lima squamosa (5) sont presque aussi considérables que ceux de la Pinna nobilis (6). Il ne faut pas attacher à ces différences plus de valeur qu’elles n'en méritent; mais on ne peut s'empêcher d’être étonné de la disproportion excessive qui existe entre les germes des Mulettes des Pétoncles d’une part, et ceux des Jambonneaux d’une autre, dont la taille est infiniment plus considérable.

Il va sans dire que le volume varie avec le plus ou moins grand développement ; et qu'il n’est ici question que de l'œuf mûr.

La composition de l’œuf des Lamellibranches est la même que dans les autres animaux ; on y trouve une enveloppe vitelline, un vitellus, une vésicule Au enle et une ou plusieurs faches germinatives.

Enveloppe vitelline. Avec les espèces , et aussi avec le point où l’œuf a été recueilli, son enveloppe parait différente ; ainsi, tandis que , dans les Huîtres vermeilles , l'œuf ne parait pas entouré par une membrane (7) quand il vient d’être pondu, chez les Unio, au contraire, dans les mêmes circonstances , on le croirait enveloppé par une capsule épaisse, qui rappelle absolument la zone transparente de l'œuf des animaux supérieurs. Cette apparence particulière , et qui a été cause de certaine confusion, se présente aussi dans les œufs qu'on prend dans l'ovaire (8) des Cardium rusticum , des Trigonella piperata, des Corbula striata, des Arca Noe, etc., à un moindre degré pour ces dernières. On verra plus tard quelle est

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(8) Voyez les planches et les figures des œufs de ces espèces.

l'origine de cette zone transparente; disons pour le moment qu’elle ne fait pas partie intégrante de l'œuf proprement dit,

L’enveloppe vitelline se remarque difficilement à cause de son peu d'épaisseur ; toutefois on ne peut nier son existence , car, dans quelques cas où l’œuf est rompu , on voit les granulations du vitellus être retenues en partie par la vésicule germinative, qui vint, entraînée par le courant , boucher l’orifice de la rupture (1). Je ne puis done partager, en ce qui touche les Acéphales au moins, une opinion émise par M. Vogt (2) pour l’Actéon, et qui consiste à considérer le vitellus comme une masse plastique analogue à une boulette de suif, sans membrane enveloppante propre; il arrive souvent de rencontrer l’enveloppe externe plissée autour de l’œuf, qui conserve sa forme parfaitement régulière (3).

Le vitellus ne présente rien de particulier ; il est composé d’une multitude de granulations , auxquelles l'œuf doit sa couleur ; aussi je ne puis m'empêcher de remarquer combien ici le nom de jaune qui lui est quelquefois donné est impropre, de même que la plupart des noms tirés des propriétés physiques ; car la coloration quidomine, quand il en existe une franche et bien caractérisée, est le rouge.

Le mélange des œufs à l’eau en détermine fréquemment par endosmose la rupture ; il permet d'apprécier l’état plastique du vitellus, qu’on voit, en effet, s’écouler comme une masse visqueuse, sans que les granulations s’écartent, et c’est à cette plasticité , je crois , qu'est due le plus souvent l’apparence piriforme. Comment pourrait-on expliquer les formes bizarres que prennent les œufs des Gastrochænes, si l’on n’admettait pas une membrane vitelline, et s'il n'existait pas une certaine viscosité qui tient rapprochées les oranulations ?

La vésicule germinative où transparente est toujours évidente dans les œufs mürs, et tombés de l'ovaire ; mais on ne la reconnait que par la compression ou à une sorte d’éclaircie blanchâtre (4), qui

(2) Sur l’embryogénie des Mollusques gastéropodes, t. VI (Ann. des sc. nal., 3° série), p. 11, du tirage à part.

(3) PL. 6, fig. 4.

(#) PI. 7, fig. 2, 4; pl. 6, fig. 8, 4, à.

tranche en se perdant peu à peu sur la masse opaque granuleuse du vitellus. Dans l'œuf ovarique, au contraire, elle apparaît avee la plus grande netteté (A). Ses contours bien accusés frappent tout d’abord; aussi n’a-t-elle jamais échappé aux observateurs. Elle parait évidemment formée d’une membrane très mince et transparente, d’un contenu également transparent, dont les granulations sont excessivement légères et peu accusées, si même.elles existent.

Quand les œufs sont rompus, la vésicule de Purkinje est presque toujours placée au commencement de la partie allongée. Emportée dans ce point par le courant, elle n’a pas pu franchir l’orifice , elle le bouche.

Quand on soumet une parcelle de l'ovaire à l'examen du microscope, on remarque un grand nombre de vésicules germinatives flottant au milieu des granulations vitellines devenues libres , et animées d’un mouvement brownien très vif quelquefois. Cette apparence a souvent été figurée surtout par M. Deshayes (2); mais elle ne donne aucune idée de la structure de l’ovaire. Je lai moi-même indiquée (à) pour permettre de faire la comparaison avec les figures, qui expliquent réellement la composition de la glande.

La vésicule germinative a, comme les œufs, un volumé variable ; ainsi, dans le Pectunculus, l’'Unio, on la trouve beaucoup plus considérable que dans les autres espèces ; il y a aussi des variations tenant à l’état du développement. La forme est toujours parfaitement sphérique.

La tache germinative n’est pas toujours unique, comme c’est le cas le plus fréquent dans les animaux supérieurs ; souvent on en voit deux. Dans tous les Acéphales lamellibranches , elle est d’une évidence remarquable ; rarement elle oceupe le centre de la vésieule de Purkinje ; le plus souvent, elle est rejetée sur un des eûtés. Je ne puis eiter d'espèces où il se présente quelques doutes sur son existence ; mais dans les Gastrochènes (4), les Lavignens (5),

(1) PL 7, fig. 44, pl. 6, fig. 7.

(2) Loc. cit.

(D) PME. "7.

(5) Trigonella piperala, pl 6, fig. 7.

Gastrochæna terentina, pl. 5, fig. 5, 6.

les Mulettes (4), elle paraît plus caractérisée encore que dans les autres.

Dans tous les cas, elle ne m’a pas paru mériter le nom de fache ; elle ressemble à un corpuscule , ou une petite vessie parfaitement sphérique , dont les contours, nettement accusés, indiqueraient presque lexistence d’une enveloppe. Son contenu réfracte la lumière autrement que la vésicule germinative ; aussi parait-elle plus opaque , et comme remplie de matière un peu huileuse. Dans quelques cas, sur des Mulettes des Peintres, je l'ai trouvée comme finement ondulée, sans arriver cependant jusqu’à un état chagriné.

Il à paru quelquefois dans son intérieur comme une tache plus petite, également sphérique. Dans la Mulette (2) de la See, j'ai toujours trouvé plus d’une tache germinative ; le plus ordinairement deux rapprochées l’une de l’autre, l’une est toujours plus petite ; dans les œufs peu avancés, quelques granulations les accompagnent. Il ne semble pas qu'il faille, avec de Siebold (3), les regarder comme deux nucléoles accolés l’un à l’autre.

On a dit que l’eau était la cause de l'apparition de la tache germinative ; cette opinion n’est pas soutenable devant les faits qu’on observe dans les Mollusques acéphales ; car la constance et les progrès du développement ne permettent pas de douter de Son existence. D'ailleurs, en examinant des œufs sans eau, elle paraît toujours, seulement elle paraît un peu mieux, quand les œufs sont mélangés à ce liquide.

Aïnsi en résumé, l’œuf des Lamellibranches se compose des mêmes parties que dans les autres animaux.

Texture des acini el développement des œufs.

La texture des acini de l'ovaire a besoin , pour être bien vue, d’être étudiée sur les exemples dont l'anatomie est la plus facile. Les Bucardes, les Lavignons, les Vénus, les Lutraires, les Pholades, nous offrent ces exemples; mais parmi les Naïdes la Mulette me

(1) Unio pictorum et Unio littoralis, pl. 7, fig. 14. (2) Unio pictorum, pl. 7, fig. 41.

(3) Anatomie comparée, Manuel Roret, t. I, p. 282, 1850.

parait encore plus commode, et c’est d’elle qu’il sera d’abord question. Quelques mots sufliront ensuite pour caractériser les différences ou les ressemblances qui se présentent.

… Quand on soumet à l’examen microscopique des acini de l’ovaire de l’'Unio pictorum, on remarque qu’extérieurement ils sont limités par une membrane fine, lisse, qui représente un véritable cul-de-sac terminant l’une des dernières ramifications des canaux excréteurs ; qu'intérieurement ilsrenferment des œufs de grandeur différente évidemment sécrétés et produits dans cet endroit, et que pour cette raison on doit les nommer tubes sécréteurs. En multipliant les recherches on ne tarde pas à rencontrer des acini, dont les parois présentent (1) une couche externe de cellules polyédriques remplies de granulations brunâtres fines, ayant presque toujours un noyau où un petit corpuscule jaune rougeûtre assez apparent. Ces cellules, dont les parois transparentes en dessinentles contours, forment la couche placée immédiatement sous l’enveloppe des acinr.

D'un autre côté, en étudiant attentivement les œufs contenus dans l'intérieur , et en les comparant surtout à ceux qui viennent d’être pondus , on remarque une zone transparente très manifeste tout autour d'eux; mais tandis que dans ces derniers la masse vitelline eststout à fait centrale, dans les seconds elle s'approche un peu des bords de la zone {2), qui dans ce point parait prolongée en un petit pédicule. Ce pédicule s’efface dans l’œuf pondu , ou du moins devient beaucoup plus difficile à reconnaitre.

Si l’on‘prend des œufs beaucoup plus petits, ayant un diamètre sept à huit fois moindre que les œufs pondus (3), on voit qu'il n'existe plus de zone transparente, que le pédicule est relativement et absolument parlant plus grand que dans les œufs mürs. On rencontre souvent des exemples (4) où les bords de ce pédicule rejetés au dehors indiquent une déchirure et un orifice ; iln’est même pas rare de voir la substance interne faire au travers une petite hernie. À ce moment des granulations légères et peu nombreuses

PI, 7, fig. 40.

s'étendent jusqu’au bord de la membrane externe, et entourent une vésicule germinative très distincte relativement très grande , ayant deux taches très nettes quoique petites. Enfin l’on rencontre des états intermédiaires, soit dans la cavité, soit dans la couche des cellules de l’acini.

La zone transparente se développe (D vers le pôle opposé à celui où est le pédoncule , en formant d’abord un segment qui augmente et se rapproche du point d'insertion du pédicule ; ceci explique comment dans l'œuf, avant la maturité complète et sa séparation de

l’ovare, le vitellus semble rapproché dans un point de Ia circonférence.

Dans les cellules de la parot, on trouve de petites vésicules d'autant plus développées qu’elles sont plus près de la cavité centrale . Ces vésicules en se formant font perdre à la cellule qui les renferme son aspect granuleux ; elles finissent rie égaler en volume et par la remplir totalement (2.

Enfin si prenant des aeini, et les déchirant avec le plus de soin possible, on arrive à une préparation convenable, on voit avec toute évidence que le pédoneule est fixé à la paroi interne , et que l'œuf est comme suspendu dans Ia cavité.

Voilà les faits, cherchons à les expliquer.

La couche externe de cellules granulenses (3) compose le parenchyme des acini ; dans son intérieur se développent les œufs (4) qui se trouvent repoussés en dedans à mesure qu'une nouvelle couche parenchymateuse externe se forme. L'œuf, en faisant saillie dans la cavité des acini, reste enveloppé par une membrane qui , en adhérant à la paroi du tube sécréteur, cause le pédicule (5).

En résumé , l’œuf, développé dans une cellule de la circonférence, tombe comme produit de la sécrétion dans la cavité de l’organe ; ce mécanisme de la production des germes dans l'Unio se

(1) PI. 7, fig. 40.

(2) PL. 7, fig. 6.

(3) PL 7, fig. 5

(4) PI. 7, fig. 6.

(5) La figure 43 de la planche 7 exprime théoriquement la marche de la sécrétion et la composition des acini.

rapporte done d’une manière remarquable à la théorie des séerétions , théorie qui tend à se généraliser de plus en plus opus qu'elle a été mise en lumière par Goodsir.

L'œuf est évidemment enfermé dans une enveloppe qui ne fait pas partie de ses éléments; car il faut considérer la zone transparente qui l’entoure comme une coque ; aussi nous parait-il que les auteurs ont fait erreur en disant que, dans certains cas, le jaune se fractionne en dedans de son enveloppe, et tourne dans la membrane vitelline ; ils ont pris à tort la capsule détachée de l'ovaire restée autour de l'œuf, pour une partie de celui-e1.

Quant à l’origine de cette capsule , elle est plus difficile à reconnaître. L’œuf en grandissant a-t-il été suivi par la cellule qui l’a produit, celle-ci venant faire saillie dans la cavité des acini, et ne restant attachée au parenchyme que par un pédieule ? ou bien l’œuf, après avoir rompu, par son accroissement, la cellule ou il s’est formé, est-il chassé dans la cavité en poussant devant lui, et en s’en coiffant, une membrane qui tapisse les parois ? C'est véritablement ce que je n’oserais décider. Mais quelle que soit l'explication que l’on admette, toujours est-il que les œufs passent des parois des acini dans la cavité avec une très grande rapidité, car on ne trouve pas d’intermédiaire entre ceux déjà très évidents dans les parois et ceux ayant un pédieule, bien que leur taille soit presque la même.

Ainsi entouré d’une. capsule, l'œuf, en grandissant peu à peu, est séparé par un liquide qui vient s’interposer entre lui et son enveloppe. Ceci ne peut faire un doute, car, dans quelques exemples, le vitellus s’épanche dans la zone transparente entre la membrane vitelline et la coque (1), et s'échappe un peu par le pédoncule; en sorte que l'apparence de la zone ne serait pas due à l'épaisseur de la membrane, mais bien à un liquide probablement albumineux et assez épais. |

Qu'est-ce qui apparaît d’abord, de la tache, de la vésicule ou du vitellus ? M. de Quatrefages pense que dans le Taret (2) e’est la vésicule germinative. Je dois avouer qu'il reste quelques dotés à eet égard dans mon esprit; car dans des œufs très petits, n'étant pas

(1) PL 7, fig. 44

(2) Loc. cit., p. 202-203.

DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 191 encore enveloppés de leur capsule , la tache paraissait, la vésicule germinative se dessinait vaguement, et les trois éléments sémblaient s’accroitre en même temps. Quoi qu'il en soit, les germes apparaissent sous la forme d’une vésicule dans l’intérieur des cellules du parenchyme, et il n’est pas rare d’en voir deux ou trois naître dans la même ; quand leur développement commence, les granulations pälissent, elles semblent disparaitre, ce qui serait loin d'indiquer que les granulations des cellules mères forment plus tard le vitellus comme on pourrait le croire au premier abord, et comme on l’a cru. Du reste, dans les œufs très peu avancés, où l’on distingue à la fois la tache , la vésicule et le vitellus, on voit les granulations de ce dernier extrêmement pâles et diffuses prendre peu à peu une teinte plus foncée, et cela surtout autour de la vésicule transparente. À ce moment la membrane vitelline existe, et les granulations ne peuvent être considérées comme venant du parenchyme de l'ovaire, mais comme se développant sur place dans la cavité même de l’œuf. |

La texture des acini est-elle la même dans les autres Acéphales quedans les Naïades ? C’est ce qu'il nous reste à examiner. Dans les Bucardes, les Cardites , les Lucines, les Arches, les Trigonelles ou Lavignons, les Peignes bigarrés, les Cames gryphoïdes, les Lutraires, les Pholades, etc., ete., on trouve toujours, quand on est assez heureux et surtout assez habile pour enlever des lambeaux de glande sanstrop de déchirures, des culs-de-sac parfaitement limités par une enveloppe renfermant en grande quantité des œufs qui paraissent plus ou moins polyédriques, suivant qu'ilsse compriment davantage. Si l’on déchire avec beaucoup de soin ces petits cæcums, on voit que les œufs restent suspendus aux débris par des pédoncules continus avec leurs capsules. Il parait bien difficile de ne pas voir là une analogie complète avec ce qui s'observe pour la Mulette. Dans le Cardium rusticum (1), la résistance qu'offrent les pédoncules facilite surtout l'examen. On éprouve plus de difficulté à voir les choses dans l’Arca INoe (2), mais cependant, avec du soin, on arrive à préparer quelquefois de véritables grappes d'œufs sus-

ET) PL T7, He:

(2) PL. 6, fig. 3.

pendus à un lambeau de substance des acini. Dans la Nacre } la facilité avec laquelle la glande se détruit aux moindres attouchements est extrême , et cependant, dans cet exemple encore, j'ai eu de petits paquets de trois, quatre œufs, réunis par le sommet de leur allongement ; aussi n’y a-t-il pas de doute possible quand on considère que toujours les parois des acini sont tapissées par une couche cellulaire (1). Les œufs sécrétés dans la paroi du eulde-sac viennent ensuite faire saillie dans sa cavité, jusqu’à ce qu'ils tombent, et deviennent libres par la rupture du pédicule qui les fixait.

1 parait vraisemblable que, dans un grand nombre de cas, les œufs sont entourés par une capsule, et que celle -e1 persiste pendant les premières périodes du développement de l'embryon ; aussi ne serait-il pas étonnant que n'ayant pas remonté à la structure de l'ovaire, quelques auteurs aient pris la capsule pour l'enveloppe vitelline elle-même; car, dans quelques cas, la Nacre par exemple, la coque est peu épaisse ; et lorsqu'on n’a pas fait de recherches comparatives, on a de la difficulté, au premier abord , à trouver dans l'œuf de cet Acéphale la même composition que dans celui de la Came gryphoïde par exemple. |

Les auteurs se sont peu occupés de la structure de l'ovaire. M. de Quatrefages a fait connaître celle de la glande du Taret. M. Deshayes à donné un grand nombre de dessins à appui de ses idées sur le mode de développement des germes. Il n’est guère possible de se faire une idée bien nette ‘de l'opinion de ce dernier auteur, car elle est revêtue d'expressions qu'on est peu habitué à voir réunies. Sa théorie d’une attraction particulière des eranulations autour d’une vésicule n’est pas conforme à la vérité ; car lorsque l'œuf est déjà formé, le vitellus est encore transparent, et c’est dans l’intérieur de sa membrane que se développent suecessivement les granulations vitellines. D'ailleurs quels sont les exemples dans lesquels l’œuf est ouvert? Je citerai les passages les plus saillants qui paraissent résumer les opinions de M. Deshayes, laissant le lecteur juge ; on + remarquera que la disposition du

(4) PL 6, fig. 6, Trigonella piperata.

pédencul aé 6 aperçue, mais que l'interprétation est difficile

à admettre , car elle semble étrange et en dehors de tout ce qui est connu.

Dans des cellules, l’auteur voit «chaque embryon renfermé dans » une enveloppe ovalaire , terminé par un bec ouvert, plongé dans » le parenchyme de l'ovaire. Les embryons sont composés d’une » Matière jaunâtre , granuleuse, qui, vue par transparence au mi- » Croscope, prend une couleur grisâtre. Une petite vésicule trans- » parente , vésicule de Purkinje, existe vers le centre de tous les » embryons (1).» Voilà pour la structure de l'ovaire. Quant au développement de l'œuf (2), il est ainsi décrit aux conclusions qui terminent Ia monographie des Lavigenons (3): «L'embryon se déve- » loppe dans l'ovaire de la même manière que dans les autres Mollus- » ques de la même classe. Une vésicule vivante, attachée sur les pa- » rOIs internes, attire à elle des globules blanchâtres contenus dansla » masse de l’ovaire ; à mesure que le nombre de ces globules s’ac= » croit, elle se développe sous la forme d’une ampoule, que l’on voit » se modifier successivement jusqu'au moment où elle a acquis » Celle d’une fiole à long col. Ce col , fixé dans la masse ovarienne, » reste ouvert, et c’est par lui que de nouveaux granules s’intro- » duisent et s'ajoutent à ceux qui entourent déjà la vésicule. Lorsque » l'embryon est parvenu au terme de son développement, l’extré- » mité du cou se ferme, se détache, et il devient libre dans la coque » de Pœuf. En même temps la coque s’est développée, s’est remplie » d’un liquide transparent, et l'extrémité de l'embryon reste encore » ouverte à travers les parois de l'œuf jusqu'au moment où celui-ci » est enfin Gétaché des parois de l'ovaire. »

Les conduits excréteurs ont une texture bien simple ; ils sont formés d’une couche externe , peu épaisse , transparente, dans laquelle des trainées et des granulations vagues se distinguent çà et là indiquant comme une disposition un peu fibreuse; peut-être y a-t-il même quelques fibres musculaires ; à l’intérieur on trouve

(1) Mollusques de l'Algérie, p. 226.

(2) On doit supposer que les mots œufs et embryons sont synonymes pour l'auteur.

(3) Loc. cit., p. 506.

£° série. Zooz. T: IT. (Cahier n° 4.) ! 43

une couche de cellules formantun épithélium (L) très remarquable : chaque cellule, excessivement transparente, se dessine faiblement, elle a un noyau bien marqué , et est couverte sur toute sa surface libre par des cils vibratiles d’une grande longueur et d’une vivacité très grande. Cette structure cesse là où commence le parenchyme du cul-de-sac sécréteur. La direction du mouvement de l’épithélium est de dedans en dehors ; elle explique la sortie des œufs, la ponte.

Le rôle physiologique de cet épithélium est beaucoup plus important qu'on ne saurait le croire au premier abord. Certainement les contractions musculaires de la paroi abdominale pourraient expliquer la sortie des œufs par les pressions qu'elles exercent sur tout l'ovaire ; mais dans les Moules, où la glande est placée dans les parties les moins musculaires du manteau, les mouvements vibratiles des conduits excréteurs peuvent à eux seuls expliquer la ponte . J’ai vu dans une Mulette, dont j'avais ouvert sous l’eau l'ovaire et les principaux troncs excréteurs , tous les œufs épars à la surface de la déchirure être attirés par les courants, venir former des traïinées, et marquer ainsi la place des conduits. La ponte continuait à se faire à ciel ouvert, si je puis ainsi dire, et quoique les œufs ne fassent plus soumis à l'influence des pressions intérieures.

J'ai constaté ce fait sur les Moules, les Arches, les Dattiles , les Pinnes marines, les Bucardes, etc., toujours avec une grande facilité ; on peut même sur la Moule, au moment de la ponte, quand on à détaché une des valves de la coquille, voir dans les canaux excréteurs un cylindre central formé par les œufs, tenus éloignés des parois par les mouvements ciliaires ; on le voit même quelquefois se mouvoir. |

En résumé, quand l’œuf se détache de la paroi du tube sécréteur, enveloppé où non par une capsule, il tombe dans la cavité poussé par ceux qui le suivent, il arrive au canal excréteur, où les cils vibratiles S'emparent de lui et le transportent au dehors. On pourrait peutêtre considérer les lamelles dont parle M. de Quatrefages (1), et qui remplissent l'ovaire du Taret après la ponte , comme les débris des capsules des œufs.

HA) P1.7,fig.12, épithélium vibratile des conduits de l'ovaire del’Unio PAtOPRl

(2) Loc. cit., p. 205.

DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCÉHES. 195

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