II
Organes males ( testicules ).
Entre le testicule et l'ovaire d’un Acéphale , la différence se réduit presque aux produits de Ia sécrétion ; aussi n’aurons-nous que peu de détails à donner sur la position , la forme et les autres ca ractères généraux de la glande mâle : ce qui a été dit pour les femeélles pourrait être, en grande partie, reproduit ici.
Le testicule occupe l’abdomen et les côtés du foie; il contracte les mêmes rapports que l'ovaire : cela est si vrai que les auteurs qui admettent l'hermaphrodisme les ont constamment pris l’un pour l’autre. |
Un seul caractère est très différent, c'est la couleur. On a pu remarquer que dans l'ovaire des teintes rouges , souvent des plus belles et des plus riches, s’offraient à l'observateur ; jamais le testicule ne s’est présenté dans de semblables conditions. Je ne prétends cependant pas que l'organe mâle ne puisse avoir une teinte plus ou moins rougeàtre; mais la couleur la plus habituelle a été ou le blanc nat parfois nacré, ou le blanc jaunâtre quelquefois lavé de bistre. La première teinte se remarque surtout dans les Clovisses (4), les Prères (2), les Gastrochènes , la Donace (3), etc. ; et la seconde dans les Bucardes, surtout dans les Huitres vermeilles (4). Dans les Arches , les Dattiles (5), le jaune est un peu ferrugineux. Cette différence de la couleur entre le mâle et la femelle, quand on s’est éclairé d’abord de recherches microscopiques, devient précieuse par la reconnaissance des sexes : elle ne trompe presque jamais.
Structure.
Ici encore les détails vont être abrégés par les développements consacrés à l'étude de l’ovaire; la structure de l’or-
(1) Venus decussata.
(2) Corbuba striata.
(3) Donax anatinum.
(4) Spondylus gæderopus.
(5) Modiola lihophaga.
sane male ressemble beaucoup à celle de l'organe femelle, à ce point que dans le Peigne bigarré, l’Huître vermeille, la couleur laissée de côté, l'œil ne peut discerner aucune différence, et l’intervention du microscope est tout à fait nécessaire. Ceci explique les erreurs des naturalistes qui, partant d’une idée préconçue, n’ont pas employé cet instrument, ou l'ont employé sans prendre de précautions suffisantes. |
Toutefois , après de nombreuses recherches , il m’a paru qu'on pouvait apprécier dans quelques espèces des RU légères ; que les acini de l'ovaire n'étaient jamais aussi allongés que ceux du testicule ; que lorsque les dernières granulations de ce dernier se réunissaient, elles formaient des grappes plus serrées. Mais , je le répète, si l’on peut, après une étude spéciale de ces organes, arriver à reconnaitre leur différence , il est des cas intermédiaires où la distinction devient impossible.
Ainsi nous admettons dans le testicule, comnie dans l'ovaire, des acini, où dernières ramifications appréciables de la glande , des lobules primitifs, secondaires, des lobes, en n’attachant à ces mots qu’une importance tout à fait secondaire.
La forme et le mode de groupement des acini permettent de rapporter à deux types principaux toutes les différences.
Dans le premier, on voit les culs-de-sac, très nombreux , fortement renflés, suspendus à un rameau des tubes excréteurs par un pédoncule, une sorte d'étranglement. Il en résulte une apparence de grappe parfaite (1), que les Bucardes, surtout le Rustique, présentent d’une manière remarquable ; il est facile, quand on s’est livré longtemps à ces sortes de recherches , d'enlever avec le tube excréteur toute la grappe, qui se compose peut-être d’une vingtaine d’acini; on peut observer cela sans préparation, mais avec moins de netteté dans le Peigne varié , sur les lobes hépatiques , ou bien dans l’Huitre vermeille sur l’anse intestinale qui , placée dans l’abdomen à l'extrémité de la partie en bosse de polichinelle (2), se rapproche de la surface , et qui, dilatée par des liquides transparents ,
(4) PL9, pis | (2) PI. 9, fig.
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 197 nest quelquefois séparée de l’enveloppe extérieure que par une couche mince de lobules primitifs.
Le second type se remarque , avec la plus grande facilité , dans les Clovisses (2), qui abondent, on peut le dire, dans tous nos ports de mer ; les acini ne sont plus globuleux , ils sont cylindroïdes , et s'insérent de distance en distance sur le tube excréteur ; en sorte que le lobule a la forme et l'apparence de ces arborisations , de ces dendroïdes que l’on rencontre sur les lames de certaines roches.
Entre cette forme et la première il y a une différence très grande, qui, cependant, n’a au fond qu’une importance peu marquée , et qui üent à un allongement de la partie du tube excréteur dans le point où s’insèrent les culs-de-sac producteurs du fluide séminal. Cette circonstance les éloigne et les isole ; ici le lobule primitif est loin d’être aussi distinct ét caractérisé que dans le premier eas , ce qui-montre bien que l’importance attachée à ces expressions ne doit avoir rien d’absolu.
Entre ces dispositions extrêmes on trouve des intermédiaires , et, dans beaucoup de cas, le rapprochement des éléments, les nombreuses brides musculaires empêchent, comme pour l'ovaire, d’arriver aussi facilement à se rendre un compte très exact de ce qui existe. Mas ceci tient à une difficulté anatomique, et ne peut infirmer en rien les résultats.
Dans les Corbules, les Mactres, les Myes, les Lutraires, les lobules paraissent bien plus rapprochés, par la forme, de ceux des Bucardes que de ceux des Clovisses ; cependant , dans le premier exemple , on voit un passage de l’un à l’autre. On distingue bien les lobules prünitifs dans la Pholade (2) sur le dos, où la couleur, d'un blanc laiteux, les rend très évidents sur le fond brun-vert du foie.
Quant aux conduits excréteurs nés de culs-de-sac glandulaires , ils se réunissent en se rapprochant de orifice , et forment des ca-
(1) Venus decussata, pl. 9, fig. 4.
(2) Pholas dactylis de la Rochelle. Il faut toutefois remarquer que si l'on observe au moment de la plus grande activité des glandes le corps tout entier paraît blanc, et les canalicules du testicule se dessinent avec moins de neftete.
naux de plus en plus volumineux , qui, de même que dans l’ovaire , se terminent en un seul tronc, et s'ouvrent dans un point du corps tout semblable. La position de l’ouverture des deux glandes est donc identique dans les deux sexes d’une même espèce ; aussi ce qui s'applique à l’un peut s'appliquer à l’autre.
Quant aux lobes principaux, on peut, comme pour l'ovaire , les distinguer en sus-hépatiques et abdominaux; en général ,. deux branches principales des conduits excréteurs se rendent à chacun d’eux, souvent une branche moyenne vient de la partie située entre les deux lobes principaux, et s’unit au canal abdominal , dans le point où celui-ci se joint à celui qui vient du lobe sus-hépatique. Cela s’observe également dans l'ovaire.
En résumé l’appareil mâle se compose de deux moitiés symétriques, le testicule gauche est distinct du testicule droit, mais il se mêle avec lui sur la ligne médiane ; et pas plus que l'ovaire, je ne puis nier ou affirmer qu'il y a ou qu'il n’y a pas de communication entre les deux glandes.
En terminant, je ferai observer que pour les mâles comme pour les femelles, dans l’Anomie et la Moule , la position du testicule est différente, que la glande est placée dans l'épaisseur du manteau.
Texture.
D'après ce qui précède , on peut voir que lhistoire du testicule ne commence à proprement parler qu'ici. Nous suivrons la même marche que dans la description de l'ovaire. Nous étudierons d’abord le produit sécrété et le Spermatozoïde, puis l'acini, en cherchant à voir quels sont les rapports des premiers avec les seconds; en d’autres termes comment se développent les filaments spermatiques , comment sont composés les canaux eéxcréteurs ; telles sont les questions que nous allons aborder.
Spermalozoïde.
Les mêmes moyens qui ont servi à se procurer l'œuf peuvent servir aussi à avoir les spermatozoïdes ; les piqüres, les déchirures suffisent pour faire écouler de l'abdomen un liquide blane d’apparence nacrée, dans tous les cas visqueux, filant et peu ‘miscible
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 199 d'abord à l’eau : c’est le sperme dans lequel fourmillent les filaments spermatiques.
Que l’on prenne du sperme dans le fond de la glande , ou que, par une éjaculation forcée , on l’obtienne à la sortie des orifices , les caractères des filaments sont à peu près les mêmes, à moins qu'ils ne soient pris dans des glandes peu développées.
Toutes les formes se réduisent à deux types différents , bien distincts. Tantôt la tête est allongée ; tantôt, au contraire, elle est globuleuse : la queue, ne variant que pour la longueur, n’imprime pas de caractère spécial.
La Lime (1), le Gastrochène, l’Anomie, laChame, le Lithodome, le Peigne bigarré (2), le Spondyle, et l’un des Bucardes (3), la Moule (4), l'Unio (5), les Myes, les Lutraires, les Pétricoles (6), les Pholades, les Arches, les Solens, les Donaces (7), etc., présentent la forme plus ou moins globuleuse ; tandis que les Bucardes (8), les Cardites (9), les Lucines, les Corbules (10), les Vénus (11), les Pétoncles, les Lavignons (12) présentent la forme allongée. |
Il ne faut pas attacher à ces formes trop d'importance, puisque dans un même genre des espèces offrent les deux types ; cependant, à part cette exception, il faut remarquer aw’elles sont en rapport avec les relations naturelles des genres.
Nous devons signaler de légères variétés, que nous verrons, dans quelques cas, faire Le passage entre les formes les plus extrêmes.
Quand la tête est allongée, tantôt elle est droite , comme dans le
Ÿ Pl: tie M ) PI. 9, fig. 7 et 8.
(2) (5) (6) (7) (8) PL 9, Hg.5.
(9) (10 (11 (12) PL 7, fig. 45.
Pectunculus pilosus, la Venus decussata, les Cardiums , la Trigonella piperata ; tantôt courbée en forme de faucille , comme dans la Corbula striata; tantôt enfin, sans être courbe, elle est tordue sur elle-même et ressemble à un Spirillum, ainsi que cela s’observe dans le Cardium rusticum (4). Voilà dans un même genre une nouvelle différence qui montre encore le peu d’importance qu'il faut attacher à la forme. Quant à la disposition que l’on rencontre dans la Corbula , on pourrait peut - être la rapporter au développement; je dois dire cependant qu’elle m’a paru constante , quoique peu marquée. |
Le plus souvent la tête ou le corps se termine en pointe en avant, mais elle est effilée en arrière dans les Lavignons (2) ; dans les Cardium, surtout le rusticum, elle est très obtuse.
Les variétés de forme du type où la tête est globuleuse sont plus nombreuses et moins marquées encore. Elles portent surtout sur la terminaison antérieure et moins sur la postérieure. Aïnsi , dans la Petricola striata (3), V Anomia ephippium, la Chama griphoïdes , la Modiola lithophaga , la tête est conique , et son sommet fournit linsertion à la queue. Dans le Mytilus edulis(h), la Donax anatinum , au contraire , c’est l'extrémité opposée à l'insertion caudale qui est allongée et pointue ; dans la Moule la pointe est excessivement aiguë et marquée, ce qui donne au Spermatozoïde l'apparence piriforme. En général, quand le filament réfracte peu la lumière . et qu'il échappe facilement aux recherches , on est tenté de prendre son extrémité effilée pour le commencement de la queue ; mais ce n’est pas toujours à cette partie que celle-ci s’insère. Dans une Arca Noe , j'ai une fois rencontré des filaments dont la queue s’attachait, tantôt sur l'extrémité renflée, tantôt sur l'extrémité effilée du corps, ce qui prouve une fois de plus que la forme est bien secondaire. J'ai répété cette observation, dans mon dernier voyage sur les côtes de Bretagne, pour d’autres espèces.
Entre ces formes globuleuses, tronquées, on effilées en avant,
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES,. 201 et ces formes allongées cylindroïques, également obtuses ou pointues, viennent se placer celles que l'on observe dans la Mulette d'eau douce (4) déjà indiquée depuis 1895 par Prévost de Genève. Les spermatozoïdes de ces animaux ressemblent un peu à un biscuit à la cuiller. Is ont leur corps renflé aux deux extrémités, ce qui les fait paraitre comme étranglés vers le milieu.
La grandeur des filaments spermatiques des Lamellibranches n’est pas moins variable que leur forme ; ici comme pour l'œuf on ne rencontre aucun rapport entre la taille de l'animal et celle du spermalozoïde. Ainsi dans la Rupicola striata , la tête est plus considérable que dans le Pecten varius. Cependant ces individus ont des proportions bien différentes. Il en est de même du Spondylus gæderopus, dont le filament tout entier est plus petit que dans le Pecten varius. De tous les spermatozoïdes à forme globuleuse , ceux des Mytilus edulis et des Unio pictorum et U. httoralis sont les plus grands.
Considérés en général, les filaments à corps allongé sont ceux qui offrent la plus grande taille ; entre eux ils varient aussi, et leurs proportions ne sont pas plus en rapport avec la taille des espèces auxquelles ils appartiennent que les autres. Ainsi à part les Lavienons, dont la taille moyenne se rapproche de celle des Corbules et des Bucardes, ete., et dont les animalcules sont véritablement les géants de la classe (2), la Gastrochæna tarentina à présenté les filaments les plus gros, bien que sa taille soit la plus petite de toutes les espèces étudiées.
La longueur de la queue est plus ou moms grande, et sa transparence, dans quelques cas, la ferait souvent échapper à l'observation si l'on n’employait des moyens d'éclairage propres à la faire découvrir.
Les spermatozoïdes ont les mouvements d'autant plus marqués et plus vifs qu’on les observe plus loin du parenchyme glandulaire et mélangés à de l’eau ; quand on les prend dans la partie profonde de la glande, ils sont rapprochés et souvent unis, ce qui les rend
(1) Unio littoralis, U. striata, U. pictorum, pl. 7, fig. 14.
(2) Cette taille considérable des spermatozoïdes de la Trigonclla piperata en facilite beaucoup l'étude, et M. Deshayes doit avoir employé des grossissements bien insuffisants pour ne les avoir pas reconnus.
presque immobiles. C’est tout au plus alors si leurs queues ondulent légèrement.
L'eau parait avoir sur eux une influence heureuse bien différente en cela de celle qu’elle a sur ceux des animaux. supérieurs ; mais l’eau douce détruit la vitalité desfilaments des acéphales marins, de même que l’eau salée fait disparaitre celle des filamentsdes Unio. Les conditions normales de la fécondation expliquent ces faits.
Les mouvements sont de deux sortes. Les uns appartiennent à la queue : ils sont ondulatoires comme dans les animaux supérieurs ; les autres se passent dans le point d'union du corps et de l’appendice caudiforme. Ceux-ci ressemblent à des flexions brusques de la première partie sur la seconde. En s’ajoutant, ces deux mouvements font progresser le filament avec une telle rapidité qu'il n’est pas rare d’en voir quelques-uns traverser le champ du microscope comme un trait, on a même peine à les suivre.
On trouve, dans les auteurs, peu de chose sur les filaments spermatiques des Acéphales lamellibranches. Siebold (4), dans un long article sur les spermatozoïdes en général, n’a donné de figures que pour trois espèces ; quant à MM. Wagner et Leuckardt (2), ils se sont contentés de dire que les filaments étaient cylindriques dans les Unio, Cyclas, Clavagella, ou bien piriformes dans les Mytilus et Pholas. J'ai cité la figure exacte qu’a donnée Prévost (3). Enfin M. de Quatrefages (4) a, dans son travail sur le Taret, donné un dessin qui se rapproche beaucoup de ce qui existe dans la Moule. Mais aucun auteur n'ayant fait un travail d'ensemble sur le sujet n’a insisté d’une manière générale et comparative sur les variétés de forme et de grandeur.
Texture des acini ou tube sécréteur et développement des spermatozoïdes.
Il ya, dans la texture du canal sécréteur des Acéphales lamellibranches dioïques une telle similitude pour toutes les
(4) Voyez Siebold, Arch. de Müller, 1837.
(2) Wagner et Leuckardt, article Semen, dans le Cyclopedia of anatomy and physiology de Tood.
(3) Ann. des sc. nat., 17° série, VII, p. 449.
(4) Ann. des sc. nat., 3° série, 4849,
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 203 espèces, que ce qui sera dit pour une s’appliquera, d’une manière presque absolue, aux autres. Nous reprendrons donc les deux exemples qui nous ont servi de type pour en indiquer la disposition générale, le Cardium rusticum et la Venus decussata.
Dans l’un et l’autre cas, en soumettant à un faible grossissement (60 diamètres), l’un des culs-de-sac terminaux des conduits excréteurs, on voit que les bords sont transparents, tandis que le centre est obscur ; si l’on augmente le pouvoir grossissant(180 diamètres à 230 diamètres), on ne tarde pas à s’apercevoir que la partie transparente correspond au parenchyme cellulaire des acini, tandis que Ja partie obscure est due à l’accumulation dans le centre du conduit des parties sécrétées, aux spermatozoïdes soit réunis en paquets , soit déjà libres.
Dans le parenchyme des acini, avec un grossissement considérable (500 à 700 diamètres), on trouve, sans distinction d’espêce , seulement avec des différences de volume, des éléments toujours semblables. Ce sont de petits corpuscules réfractant assez vivement la lumière, et offrant un aspect constant qui les fait reconnaître et les rend caractéristiques. Ces corpuseules forment une couche assez épaisse tout le tour du cul-de-sac, ce qui explique l'apparence indiquée plus haut.
Leur contenu est finement granuleux, et, dans quelques cas, on y trouve un noyau ordinairement peu considérable et per distinct.
Les différences que l’on remarque dans les espèces se rapportent exclusivement au volume, elles coïncident toujours avec les variations de taille des spermatozoïdes. Ainsi dans la Gastrochæna tarentina , filament spermatique très grand, cellule du parenchyme relativement considérable, de même dans lUnio pictorum, surtout dans le littoralis, la Trigonella piperata, etc., la différence de grandeur peut aller plus loin que du simple au double (1).
La forme est polyédrique par suite de la compression réciproque.
La couche représente à elle seule toute la partie productrice du sperme, elle est enfermée et entourée extérieurement par la membrane mince qui enveloppe les acini. Leur multiplication
(1) Voyez fig. 14 et 15, pl. 7,
20! I. LACAZE-DUTMIERS. —— ORGANES GÉNITAUX semble se faire dans l'intérieur d’autres corpuseules plus grands : cependant il faut dire que rarement on rencontre ces exemples montrant le développement endogène. La Gastrochæna tarentina, l'Unio litioralis, V Anomia ephippium , sont les exemples qui ont le mieux favorisé l'observation. On pourrait peut-être s'expliquer cette difficulté à observer ce mode de développement en admettant que la cellule mère se détruit promptement et avec beaucoup de facilité. Toutefois, d'après les auteurs qui ont écrit à ce sujet, il serait loin d'en être ainsi (4). Ce qu'il m'a toujours été impossible de bien éclaircir, e’est de savoir si les corpuseules ou cellules secondaires inclus se sont développés séparément et ont grandi peu à peu Jusqu'à ce qu'ils aient rempli la cavité de la cellule mère ; ou bien si celle-ci s’est partagée en un plus ou moins grand nombre de vésicules secondaires , par la production de cloisons adventices, comme cela à été décrit. Je croirais plus volontiers à cette dernière Opinion, car dans quelques cas, les cellules internes étaient à peine appréciables, et cependant la cellule mère ressemblait, qu'on me passe la comparaison, à un œuf qui commence à se fraeüonner ; des lignes à peine sensibles indiquaient que plus tard il y aurait des cellules bien développées, mais qu'elles n'avaient encore que leurs limites de masquées. D'un autre côté, jamais je n'ai même cru voir de petites cellules en voie de développement dans la grande cavité ; Je dois encore ajouter que les noyaux regardés comme centre de développement des cellules étaient loin d’être évidents dans tous ces cas. | |
Quoi qu'il en soit, il parait hors de doute que les éléments cellulaires du parenchyme des acini, se multiplient sur place dans la paroi du tube sécréteur par la voie endogène (2). |
Où et comment sont produits les filaments spermatiques ?
Quand on étudie les spermatozoïdes dans les différentes classes d'animaux, on remarque bientôt qu'ils sont fréquemment réunis en paquets, dont la disposition très variable est quelquelois remar-
(1) Siebold, Müller's Archiv, 1837. — Wagner and Leuckart, Cyclopedia of anatomy and physiology, article Semen. — Küolliker, Développement des Spermatozoïdes dans l'Helix pormatia.
(2) Voyez fig. M4, 15, pl. 7; fig. 9, 11, 49: pl. 9.
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES, 205 quable ; on s'est basé sur cette réunion pour expliquer le développement et l'on a, d’un autre côté, invoqué le développement pour se rendre compte de la formation des paquets ; il y à là un un cercle vicieux. Dans les Acéphales, les filaments sont oroupés d’une manière plus où moins irrégulière ; jamais je n'ai rencontré les paquets enfermés dans une cellule. Cependant mon attention était éveillée à cet égard, et mes observations ont été trop multipliées pour n'avoir pas rencontré quelques exemples. C’est toujours par la tête qu’on trouve les spermatozoïdes rapprochés et unis ; les queues rayonnent dans tous les sens ; quand la tête est allongée, l'aspect change un peu mais sans offrir rien de différent, si cen’esttoutefois dans la ’enus decussata (À), ou les paquets très gros forment de véritables masses cylindriques arrondies à une extrémité. Ces masses sont formées par les têtes des filaments qui ne rayonnent plus autour d’un centre, mais bien tout le long d’un axe. C'est à ces masses qu'est dù l'aspect particulier du centre du tube sécréteur. Ces cylindres sont formés d’une quantité prodigieuse de filaments et acquièrent quelquefois une assez grande longueur.
Quand on détache des lambeaux des acini, on voit souvent (2) d’un côté des cellules de la couche parenchymateuse , et de l’autre des spermatozoïdes dont la tête adhère, tandis que la queue est libre. Cette chose, qu’on observe dans tous les cas, n’a pas échappé à M. de Quatrefages qui en a donné un dessin dans son histoire du Taret. La première idée que fait naître ce fait, c’est que les filaments se développent dans les corpuscules du parenchyme, et cela ne me parait pas douteux ; chaque cellule ou corpuscule, comme on voudra l'appeler, produit un filament ; la paroi, en se détruisant, laisse tomber son produit dans la cavité du tube, mais il n’y devient pas libre tout d’un coup ; sa tête reste adhérente, pendant que sa queue ondule et se débarrasse la première. C’est surtout dans les espèces dont les filaments sont allongés que l’on voit cette origine. Dans la Venus decussata, la Cardita sulcata(3) et le Pectunculus pilosus, j'ai rencontré des filaments dont la tête courbée pré-
( (2) PL. 9, fig: 44 (a) 42.
(3) PL 9, fig. 42 (c).
sentait, dans sa courbure, une apparence de cellüle rappelänt le corpuscule du parenchyme ; dans ces mêmes exemples, j'ai vu des corpuscules tout à fait analogues à ceux de la paroi, rerifermänt, sur un de leurs côtés, un corps allongé qui ressemblait à celui d’un spermatozoïde (1). Dans la Chama griphoïdes , où la tête est différente, je l’ai aperçue très évidemment près de la paroi, et même il s’est présenté des cas où la cellule semblait avoir un prolongemetit caudiforme. |
Mais je dois dire que, malgré tous mes efforts, je n'ai jamais pu distinguer la queue dans le corpuscule. Cela se comprend quand on songe que même sur des spermatozoïdes libres, il est des espèces où on l’observe difficilement.
En résumé, il me paraît probable qu'ici la théorie générale des sécrétions peut expliquer la formation du sperme. Nous voyons, en eflet, dans un cul-de-sac, une couche cellulaire produite par la multiplication endogène , dont chaque élément renferme un spermatozoïde qui devient hbre par la disparition de la cellule productrice ; cette couche, se développant à la surface, repousse et rejette en dedans du tube sécréteur les produits les plus anciens qui tombent ainsi dans les canaux excréteurs.
Là s'arrête ce que nous avons vu ; quant à dire si le noyau de la cellule à formé le corps du filament, et les granulations la queue, en s’ajoutant à la suite les uns des autres (2), ou bien si la cellule tout entière s’est allongée, c’est ce qu'il ne m'a pas été donné de voir. Aussi ne suivrai-je pas MM. Wagner et Leuckardt (3) d’une part, et M. Kolliker (4), de l’autre dans leurs appréciations sur l’orioine des filaments.
Le désir de faire tout rentrer dans la théorie cellulaire peut expliquer des idées qui, bien que soutenues par les plus habiles micrographes, n’en paraissent pas moins devoir être démontrées avec plus d’évidence.
(1) PI. 9, fig. 42 (d).
(2) Cyclopedia of anatomy and physiology de Tood, article SENEN.
(3) Id., Wagner and Leuckart, p. 499.
(4) Développement des spermatozoïdes de l'Helix pomatia (new Denkschrift de Allgem, VIII, 1846, p. 4, pl. I, fig. 4 à 40).
Faut-il, avec ces auteurs, considérer le groupement des spermatozoïdes comme la conséquence de leur réunion , dans une cellule mère des corpuscules ou cellules secondaires qui les ont produits ? Je ne le crois pas pour les Acéphales, car jamais, comme dans l’Helixæ, je n'ai trouvé de paquet spermatique dans une grande cellule. D'ailleurs, comment admettre que les longs cylindres de la Fenus se soient produits dans une seule cellule mère. Le nombre des corpuscules secondaires qu'ils représentent est considérable et nous conduirait à admettre l'existence de vésicules mères vraiment monsirueuses.
D'ailleurs on n’a pas besoin de supposer leur séjour dans la cellule mère, pour s'expliquer leur réunion. Je dirai même que l’on ne comprend pas comment cette condition ferait nécessairement rassembler, d'un même côté, toutes les têtes qui se fixeraient après avoir été éloignées et séparées, tandis que l’on voit très bien que, dans une masse cellulaire dont chaque cellule est adhérente à la voisine, la destruction progressive des utricules , permettant d’abord aux queues de flotter, tient les corps unis de moins en moins solidement, à mesure que le travail de la sécrétion les rejette plus en dedans. Dans une autre division des Lamellibranches, dans les Huîtres, on verra cela encore plus évidemment.
Conduits excréteurs.
Nous aurons à dire ici peu de chose qui ne se rapporte à ce qui a été indiqué pour les femelles. La même texture s’observe, la couche parenchymateuse, caractéristique des culs-de-sac sécréteurs cesse dans ces canaux, elle est remplacée par un Æpithelium vibratile des plus vifs et des plus caractérisés. Son but est le même, il sert à l’éjaculation qui peut avoir lieu sans que les contractions soient absolument nécessaires.
[ci se termine ce que nous avions à dire sur les Acéphales lamellibranches dioïques. Il reste établi et mis hors de doute que, dans toute cette division, les sexes sont parfaitement distincts et caractérisés, qu’ils sont portés par des individus différents et que le nom général qui leur est donné se trouve par cela même justifié.
208 Hi. LACAZE-DUPMIERS, -—— ORGANES GÉNITAUX