SECONDE DIVISION
Acéphales monoïques à glandes confondues.
Dans cette division des monoïques, on trouve une espèce de Bucarde et les Huïtres.
Le Cardium hermaphrodite qu s’est offert à l’observation est assez commun sur les côtes de la Manche et de la Bretagne. I se trouve au niveau des plus basses marées, au milieu des herbages ou prairies marines formées par les Zostères. J’ai trouvé moi-même ceux que j'ai étudiés au milieu du groupe des Hébiens, près d’une ile que Îles habitants de la côte appellent la Colombière ; les pêcheurs de Soles et de Turbots en rapportent aussi du fond après avoir trainé leur chalut sur les herbages. Il y a eu quelques confusions sur lESpÈUES ; Je les signalerai afin que l’on se trouve averti. J'espère qu'il n’y aura pas de doutes avec les indications de la localité où je l’ai observée.
Deux espèces ressemblent beaucoup, d’après les bre he et les descriptions, à la coquille dont 1l s’agit : ce sont le Cardium serratum (1) etle Cardium lœvigatum (2). D'après Bruguière (Encyclopédie méthodique), la première espèce se trouve sur les côtes de l'océan d'Angleterre ; la seconde appartient aux mers des Antilles. Ce serait à tort, dit cet auteur," que l’on penserait avec le baron de Born que la dernière vient aussi sur les côtes d'Angleterre. Ce qui aurait causé l'erreur de Born, c’est que Pennant a appelé C. lœvigatum le C. serratum. D'après Forbes et Hanley (3), ce serait le €. norvegicum qui vivrait sur les côtes d'Angleterre, et
(1) Brug., Encycl. méth., t. I, p. 229, n° 27, fig. 2, pl. 299. — Lamk, t..VI,up. 401, n° 29,
(2) d., p. 231, n° 30, fig. 2, pl. 300. — Lamk, t. VI, p. 403, n° 25.
(3) Histoiré äes Mollusques d'Angleterre, t. IE, p. 35 et 38. — Leur €. norvegicum (Sprengles) est celui que Pennant a nommé C. iævigatum , que Lamk désigne sous le nom de C. serratum. Il est commun. Leur C. serralum, placé à a fin du genre comme spurious, est une West-Indian shell,
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 2145 cela doit faire supposer que c’est le même qui vit sur les plages de Bretagne.
Quoi qu'il en soit, ces deux espèces sont très voisines, et j'ai trouvé dans la collection de la Sorbonne plusieurs échantillons des coquilles dont 11 s’agit, ayant servi à M. de Blainville pour faire son Manuel de malacologie, et annotées de sa main, tantôt sous le nom de lœvigatum , tantôt sous celui de serratum , toujours comme étant fort communs sur les côtes de la Manche.
J'ai insisté sur cette distinction spécifique, parce qu'il me paraît important et nécessaire, après les doutes nombreux, les diseussions qu se sont élevées sur le sexe des Acéphales , de bien déterminer de quel animal il était question. On a vu que pour les Peignes, les auteurs, quoique dans le vrai, semblaient cependant en désaccord, Justement parce qu’une espèce sortait de la règle générale à laquelle était soumis le genre.
La glande génitale des Bucardes dont il est ici question est disposée comme dans les autres espèces du même genre. Elle remonte sur les côtés du foie , et s'étend dans la cavité viscérale qui occupe la base du pied. Ses ramifications s’engagent au milieu des brides fibreuses et musculaires , où on les reconnaît facilement à une teinte un peu grisâtre, et aux arborisations qui rappellent un peu, soit le testicule des Pandores , soit la glande mêle des Vénus.
Toutes ces dispositions ns sont semblables à celles qui ont été déjà indiquées, et il est inutile d’y revenir.
La texture de cette glande génitale est bien importante, car elle aide à arriver à une conclusion sur la sexualité des Huïtres, si difficile à bien établir.
Quand on enlève un lambeau de la sdébié en üirant sur un canal excréteur, et qu’on le soumet au microseope, on voit avec la dernière évidence des culs-de-sac des cœcums latéraux plus ou moins ramifiés, plus ou moins courts , plus ou moins éloignés , insérés tout le long d’un tube sécréteur. Ainsi pas de différence pour la disposition des acini : mais en portant son attention sur le contenu des cœcums , on ne tarde pas à remarquer que les uns sont
“remplis d'œufs, les autres de sperme, et que quelques-uns renferment à la fois les deux.
En poussant les investigations plus loin , on ne tarde pas à reconnaitre que le parenchyme de ces culs-de-sac est cellulaire , et que les œufs et les spermatozoïdes se développent dans le Cardium serratum exactement conme dans les autres Acéphales ; mais seulement nous trouvons cette différence capitale et du plus haut intérêt pour la philosophie anatomique, que lé mêmé cul-de-sac peut être en partie mâle, en partie femelle, ou bien que deux cæcums de sexe différent peuvent être insérés à côté l’un de l’autre sur un même conduit excréteur.
On retrouve donc ici dans un Mollusque acéphale quelque chose de complétement analogue à ce qui s’observe dans les Gastéro podes, Aplisie, Limace, Hélix, ete.
Je reviendrai plus loin sur cette disposition curieuse, qui nous montre, au milieu d'un groupe bien caractérisé par la distinction des sexes, une espèce faisant exception.
Les observations ont porté sur cinq individus pris dans les conditions les plus naturelles ; que s'il arrivait, ee qui me paraît peu probable , que par la suite un examen plus étendu fit reconnaître Vunisexualité, il resterait au moins acquis ce fait : que les Acéphales dioïques peuvent accidentellement se présenter à l’état herimaphrodite. Je crois que cet élat est vraiment l’état habituel de l'espèce qui nous occupe.
On sait à quelles nombreuses discussions le sexe des Huitres a donné lieu ; les opinions les plus opposées se sont tour à tour trouvées en face, et c'était pour avoir une idée plus nette de la question que j'avais entrepris des recherches. Mais pendant mon voyage aux Îles Baléares et en Espagne, M. Davaine (1) me devançait par une publication étendue sur le même sujet. J'ignorais complétement les résultats obtenus par lui, quand j’arrivais exaetement aux mêmes conclusions seulement en ce qui touche l’état de la glande génitale de l’Huitre, qui parait tantôt mâle, tantôt femelle, tantôt hermaphrodite ; quant à l'interprétation de ces états, elle est différente, à mes yeux, de celle qui a été donnée dans le travail que je rappelle. Toujours est-il que cette concordance entre les résultats obtenus par deux observateurs employant un long temps à
(14) Mémoires de la S ociété de biologie, 1853.
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 247 l'étude du même fait, sans avoir connaissance de leurs travaux, permettra aux naturalistes de considérer désormais la question du sexe de l’Huitre comme résolue ; la priorité, si priorité il v a, à déclarer les Huitres hermaphrodites après que tant d'auteurs ont soutenu cette opinion, en revient à M. Davaine.
Je borneraï là les appréciations histori iques ; l'analyse des travaux de Martin Lister (L), de sir Everard Home (2), de Quatrefages (3), de Forbes et Hanley (4), etc., ne présenteraient que des opinions opposées tantôt pour la réunion des sexes, tantôt pour leur séparation.
Mes observations ont porté sur les Huitres de la Méditerranée et de l'Océan. J’aiexaminé, en passant à la Rochelle, quelques Huitres de Marennes ; à Paris, celles qui sont apportées sur les marchés des côtes de la Manche ; mais les études suivies ont principalement été faites sur la grosse Huître pied-de-cheval, sur l'Huitre comestible ordinaire de Mahon et de Cette, sur celle de Saint-Jacut-la-Mer qui se développe autour des Hébiens, et surtout sur la petite Huitre dentelée ou stentine (5) qui abonde dans le port de Mahon.
La glande génitale de l’Huitre est placée dans les parties latérales et dorsales du corps, tout le tour du foie. Si elle est plus développée dans la partie antérieure que dans les autres Acéphales, c’est que l'abdomen est rudimentaire en avant et en dessous du muscle des valves Les rapports, du reste, sont les mêmes que dans les exemples précédents, et je n’ai rien à ajouter à cet égard.
La glande est sans couleur ; cependant il arrive assez souvent que, lorsqu'elle est gonflée par les produits de la sécrétion, elle est un peu jaunâtre.
La structure est très difficile à observer, comme, du reste, tous les autres points d'anatomie de l'Huitre, et l’on n'arrive à s'en faire une idée exacte que par des recherches comparatives. Geci
(4) M. Lister, 1678, Londres, Historiæ animalium Angliæ tres tractus.
(2) Sir E. Home, Recherches sur la manière dont se fait la propagation dans l'Huître commune (Transact. phil. de Londres, 1827).
(3) De Quatrefages, Comptes rendus , t. XX VIII.
(4) Forbes and Hanley, Histoire des East des côtes de l'Angleterre.
(5) Ostrea stentina, Lamk, 2° édit., t. VIT, p, 336, n° 50.
nous explique comment les auteurs qui n’ont pas cherché de point de départ comparatif ont fait des erreurs grossières, même d'anatomie descriptive. Quand on coupe le corps de l'animal, on est frappé de la densité de la glande génitale, dont la couleur pâle blane jaunâtre se distingue nettement des lobules du foie qu’elle entoure ; on y voit, à l’aide de la loupe, de petits amas qui rappellent les lobules primitifs et les acini des Peignes variés, des Huitres vermeilles, ete. Et il n’y a pas le moindre doute à avoir ; les acini, malgré la confusion des éléments, sont bien la terminaison en eulde-sac des canaux excréteurs. J'ai trouvé un exemple dans un état analogue à celui que j'ai indiqué pour le Pecten varius ; le parenchyme de la glande était réduit à de petites masses placées aux extrémités des dernières ramifications des canaux, dont la disposition rappelait beaucoup celle des espèces précédentes , avec cette différence toutefois , en rapport avec l'avortement de l’abdomen, qu'il n’y avait qu'un seul canal excréteur principal et antérieur.
Mis sur la voie par cet heureux exemple, j'ai pu reconnaître l’orifice de la génération (4) et la marche des vaisseaux qui y aboutissent. On ne trouve qu'un orifice de chaque côté du corps ; il est placé en bas et un peu en avant du muscle des valves ; on ne le découvre qu'avec beaucoup de difficulté, parce qu’il est entre les deux cordons nerveux, qui vont : l’un, interne (2), du ganglion branchial au ganglion buccal; l'autre , externe (3), du ganglion branchial à la branchie. Ce rapport de l’orifice génital avec le nerf connectif fournit un point de repaire précieux ; car, en suivant le cordon nerveux, on arrive, comme pour les autres Acéphales, à l’orifice de la génération. Cette analogie montre la réalité de la position. On pourrait peut-être éprouver quelques difficultés, si, après avoir coupé les branchies, on ne faisait attention que le nerf branchial, plus apparent, très voisin du connectif, doit être en dehors. Mais jamais on ne manquera d'arriver dans le canal, si l’on fait glisser , d’arriére en avant, entre les deux nerfs, une épingle fine en pré-
sentant [a tête la première. Le tronc principal du canal se dirige (1) PL 8, fig. 5 (b).
(2) PL..8,1fig.5 (x).
(3) PI. 8, fig. Sn}.
vers le dos en décrivant une courbe en avant et en bas de l’excavation du péricarde. Vers son bord inférieur , et puis sur les deux côtés, se rendent les canaux secondaires venant de toutes les parties de la glande. Ce canal devient évident quand on v pousse une injection; mais le point difficile est de trouver Porifice, et c'est à cette difficulté qu'il faut rapporter les erreurs commises par les auteurs.
Ainsi, sir Everard Home (1) décrit un oviducte, unique pour les deux glandes, placé sur la ligne médiane , remontant vers la bouche, non loin de laquelle il s'ouvre. Une telle erreur est difficile à comprendre ; car le dessin qui accompagne le texte montre un orifice et un oviducte , pour le moins aussi grand que l'intestin.
Quant à M. Davaine, il est plus généreux que E. Home; il indique pour le côté droit, par des lignes ponctuées, trois pertuis (2) ; comme l'on doit penser qu'il admet le même nombre de chaque côté du corps , cela fait six orifices génitaux, qui ne sont visibles, dit-il (3), qu'au moment de la ponte. Ceci prouve , sans aucun doute, que les deux seuls et véritables orifices ont été méconnus ; car, dans l’hiver, sur les Huitres à peu près infécondes que l’on apporte à Paris, on peut reconnaitre, sans qu'il puisse rester de doute , la fente génitale en forme de boutonnière. M. Davaine ne dit pas, il est vrai, qu'il existe six orifices ; mais ce nombre est une conséquence forcée de son travail : car ou bien il rejette la symétrie (il faudrait en donner les raisons), et l’on n’a que trois orifices à droite, ou bien il l’admet , et l’on est conduit à considérer le côté gauche comme semblable au côté droit, qu'il a dessiné planche 4, figure 1. Ce dilemme conduit des deux côtés à des conclusions fausses.
Il est fâcheux de rencontrer une telle erreur d'anatomie descriptive sur un fait relativement facile au début d’un travail où les questions les plus ardues d'anatomie, de structure et d'embrvogénie, doivent être abordées.
En résumé, les orifices indiqués par sir E. Home et par M. Da-
(14) Cronian lectures for 4826, dans Philosophical Transactions of the royul Sociely of Loudon, 1827, p. 42. |
(2) Mémoires de la Société de biologie, t. IV, 1853, pl. I, fig. 2 (x).
vaine doivent être considérés comme des déchirures, et la position exacte que nous indiquons est un fait nouveau resté inaperçu jusqu'ici. | Lt Quant à la texture intime de la glande génitale, on l’observe avec d'autant moins de difficulté que l’un des deux sexes prédomine davantage. Le caractère des Huitres, et de la division des Acéphales où nous les plaçons, est précisément le mélange, la confusion la plus complète des deux glandes sexuelles ; aussi, quand on prend une portion du parenchyme abdommal , trouve-t-on presque toujours dans le champ du microscope des spermatozoïdes et des œufs. "
Ceux-c1 se distinguent facilement par leurs contours nets, l'opacité du vitellus et l’éclaircie qui, versle milieu, correspond à la vésicule transparente. On rencontre autour de l'œuf une enveloppe mince, largement ouverte, qui est évidemment la capsule (4); quand il n’est pas bien développé, on trouve des vésieules transparentes en assez grand nombre pour ne point faire de doute sur l’état femelle.
Les spermatozoïdes (2) sont de ceux dont la tête est globuleuse, légèrement conique en avant. Leur taille n’est pas considérable ; ils sont un peu aplatis et convexes sur leurs faces. Quand ils sont complétement libres, ils ont une vivacité qui les rend difficiles à SuIVre; MAIS, comme on les trouve le plus souvent réunis en paquets (à), on peut les étudier, surtout quand ils cherchent à s’isoler. Les têtes forment des masses assez régulièrement ovoïdes entourées d’un espace clair; celui-ci est dû à l'éloignement des granulations par les mouvements ondulatoires des queues qui hérissent de toutes parts cette agglomération. La disposition que nous indiquons ici est très caractéristique et toute particulière à l’Huitre.
Voilà les produits de la sécrétion ; où et comment sont-ils formés ? Je disais que plus un sexe l'emporte sur l’autre, plus la dislinction des éléments est facile à faire : dans un eas où l’Huitre était presque complétement mâle , j'ai trouvé des culs-de-sac , de véri-
(1) PL 8, fig. 6.
(2) PL 8, fig. 9.
(3) 'PI,58,Mfig."8,
tables acini (1), qui ressemblaient tout à fait à ceux des Lamellibranches dioïques. Dans leur intérieur , on remarquait des lignes indiquent vaguement les paquets de spermatozoïdes. Les cellules, analogues à celles où l'on a vu se développer les filaments, se retrouvent iei avee une identité absolue de caractères; mais elles sont réunies en masses (2), tout à fait semblables à celles des filaments, même avant que ceux-ci soient développés. Jamais je n’ai vu ces amas entourés d’une membrane pouvant indiquer une cellule mère, bien que la disposition donne à supposer son existence. Tou- Jours est-1l qu'icion voit, avec la dernière évidence, la relation qui existe entre la partie productrice et la partie produite. IE est donc évident que, dans les aeini mâles, la production des spermatozoïdes a lieu comme dans les autres Acéphales ; mais seulement que le parenchyme se trouve divisé en petites masses, correspondant par avance aux paquets des filaments.
Pour l'œuf, il doit en être aussi de même. La capsule enveloppante nous conduit à admettre que c’est dans la parot du tube sécréteur qu'il se développe, pour faire ensuite saillie dans l’intérieur, et pour y tomber quand, peu à peu, celle-ci s’est détruite. L'œuf, devenu libre lorsqu'il est pondu , n’est jamais entouré d'une zone transparente. “bi
Voilà pour la glande où l’on trouve des açini mâles et des acini femelles assez distincts ; mais quand il y a une fusion telle, que l'on a toujours, quelques précautions que l’on prenne, mélangé enemble des œufs et des spermatozoïdes , quels sont les rapports de ces éléments ? Je dois avouer que, malgré des recherches les plus attentives, je n'ai pu voir si le même eul-de-sac, les mêmes acini, produisaient à la fois des spermatozoïdes et des œufs; ou si toujours les acini mâles étaient séparés des acini femelles. Rien ne s’opposerait à la première opinion, car dans les Limaces, par exemple, il en est ainsi. On verra, dans la comparaison générale de l'ovaire et du testicule, que cette manière de voir peut être soutenue avec quelque raison.
(1) PL 8, fig. 7. L'indication des masses est trop maigre, les lignes sont trop fortes.
(2) PI. 8, fig. 8 (a).
Mas la meilleure preuve est ce qui s’observe dans le Cardium hermaphrodite dont il vient d’être queshon. Là, en effet, il n’y a el ne peut y avoir de doute ; un même eul-de-sac sécrète à Ja fois les deux éléments sexuels, et tout porte à croire que si la démonstration n’est pas absolue pour l’Huître, elle doit cependant lui être applicable. Comme tous les points d'organisation présentent une certaine difficulté à être bien constatés dans cette dernière espèces on comprend que pour un fait d’une telle délicatesse on soit un peu embarrassé à arriver à une détermination exacte sans le secours des faits comparatifs.
Je ne sais si le moyen employé par M. Dav aine pour étudier la texture intime peut l'avoir bien servi ; les dessiecations auxquelles il à eu recours ne me semblent pas faites pour lever les difficultés. Comment, dans des tissus aussi mous et aussi abreuvés de liquide, peut-on arriver à oblenir un corps solide conservant assez sa forme, pour qu'en observant ensuite des tranches minces, on ait une idée exacte des parties ? Les aréoles, les loges tantôt vides, tantôt remplies de spermatozoïdes et d'œufs, qu'il décrit, paraissent être les lacunes de l'abdomen formées par l’entrecroisement des faisceaux fibreux et musculaires, dans lesquelles viennent se loger les acini, ou extrémités des tubes sécréteurs, qui ont FR RUE à son observation.
D'apres les recherches de cet auteur, « les ZOOSDETES forment » la couche interne, et les ovules la pr externe ou envelop- » pante (4). » On aurait done deux parties emboitées l’une dans l’autre; la partie femelle entourerait la partie mâle. Je crois qu'il y a là une erreur due au mode d'observation. Les spermatozoïdes tombent après leur sécrétion dans l’intérieur du canal, mais à ce moment ils ne font déjà plus partie du testicule ; aussi, dans cette description de la texture de la glande, l’auteur paraît avoir pris le produit de la sécrétion pour le.parenchyme sécréteur. Du reste, la dessiccation ayant fait disparaître les parois du eœæcum sécréteur, on comprend qu'il était difficile d'arriver à un résul{at conforme aux faits que l'étude comparative d'animaux non desséchés a pu nous fournir. On comprend aussi comment les œufs, que l’on a vus, dans
(or it. p:215.
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 223 d'autres exemples , fixés aux parois du tube sécréteur , sont plus externes que les spermatozoïdes ; mais cela n'indique pas le moins du monde les rapports des éléments sécréteurs de la glande.
Comment expliquer les différentes opimons des auteurs au sujet des sexes de l’Huitre ? Je crois inutile de les rapporter toutes , car elles se résument dans une affirmative pour ou contre l’hermaphrodisme ; affirmative qui à eu le plus souvent pour cause la manière dont l’auteur envisageait le sexe des Acéphales en général; et je crois avoir donné assez d'étendue à cette partie historique pour n'avoir point à y revenir lei.
La cause de ces divergences tient à ce que tantôt l'Huitre a Fapparence hermaphrodite , tantôt l’apparence unisexuée. Mais faut-il croire avec M. Davaine (1) que ces états sont la conséquence des changements successifs qui se passent dans la glande ? Suivant lui, le sperme se développe le premier (apparence mâle) ; viennent ensuite les œufs (apparence hermaphrodite ) ; enfin la fécondation s'opère , les spermatozoïdes disparaissent, les œufs restent seuls (apparence femelle) (2). Les preuves à l'appui de cette opinion sont tirées de ce fait physiologique que, lorsque la fécondation est accomplie, les spermatozoïdes devenus inutiles disparaissent, et de ce que aussi la glande, en se développant de nouveau, commence son évolution par la glande male, qui marche parallèlement au développement des embryons.
D'après lui, lorsque la ponte a eu lieu , «ou lorsque les œufs » pondus n’ont encore subi que les premières phases du fraction- »nement, On ne rencontre dans la glande ovospermagène ni » Z00spermes ni ovules en voie de formation. En général , des cel- » lules spermatogènes se montrent dans eette glande , lorsque les » Ovules contenus dans le manteau commencent à ètre pourvus de » Cils vibratiles..….» «Lorsque les embryons contenus dans la cavité » incubatrice ont un appareil de natation distinct, la glande ovo- » Spermogène contient toujours des cellules spermatogènes et des » inasses de zoospermes bien caractérisées. Enfin à l’époque où les » embryons sont rejetés du manteau de l'Huitre mère , les masses
(1) Loc. cit., p. 309.
(2) Loc. cit., p. 316.
22/ H. LACAZE-DUTHIERS. — ORGANE GÉNITAUX » de zoospermes sont nombreuses, bien développées, et ont acquis » es mouvements très vifs. » Ceci semble indiquer que lorsque la ponte à eu lieu , Pactivité des glandes recommence, |
Ces raisons Sn loin d’être convaincantes; quand où HO des Huiîtres presque complétement mâles, dont tout le corps est gonflé de sperme, on se demande où prendront place les œufs qui se développeront eux aussi en quantité énorme. Certains. exemples m'ont paru être rendus aussi turgides par les éléments femelles que les autres l’étaient par le sperme ; rien ne prouve que la fécondation entraine la cessation de la sécrétion spermatique, et la disparition de tout le fluide mâle est pour le moins hypothétique. Quand elle serait démontrée, elle n'aurait lieu qu'au moment où les œufs sont mürs, et aptes à être fécondés ; avant cette époque, ceux-ci ont déjà une taille si grande , et sont en nombre si considérable, que je ne comprends pas la possibilité de les voir se placer dans une glande déjà remplie, dans quelques cas, jusqu'aux dernières limites, par le produit de sa sécrétion.
Quant à démontrer la succession du développement des glandes par l’état plus ou moins avancé du développement des jeunes restant dans le manteau de leur mêre, cela me parait absolument impossible. Car, d'une part, 1l y a des variations dans le développement des glandes , tenant à la température, à la localité et à l'individu : cela est si vrai, que l’on trouve des Huitres en gestation pendant près de deux mois. De l’autre, les phases d'évolution des embryons sont trop peu fixes pour servir à résoudre la question ; il est des moments où elles marchent avec une rapidité extrême , tandis que dans d’autres elles deviennent presque stationnaires. J’avais eu , en 1851 (août), l’occasion de chercher à Cette quelques faits sur le développement de l’Aplysie ; l’une des périodes passait avec une telle rapidité, queles œufs recueillis à la sortie de l’oviducte, dans le port, avaient déjà franchi cette période quand j'étais rentré pour les examiner. En 1853 (fin de septembre), au contraire, mais dans un autre moment, je ne rencontrais que cet état devenu presque stationnaire. 11 me paraît done difficile de prendre pour mesure du développement de la glande l'échelle d'évolution de l'œuf.
Je suis loin de vouloir dire que la sécrétion du sperme et de l'œuf
DES ACÉPMALES LAMELLIBRANCHES, 225 marche absolument en même temps, je crois même que le sperme doit arriver plutôt que les œufs au terme de son développement ; mais entre celte opinion et celle qui consiste à montrer la glande produisant d'abord du sperme, ensuite des œufs, il y a une immense différence. D'une part, tandis que les exemples du Pecten, du Cardium hermaphrodite sont 1 pour appuyer ma manière de voir, de l'autre les faits ne sont nullement en rapport aveë l'explication des états successifs de la glande hermaphrodite. Cette explication , Si l'on en tirait les conséquences naturelles , ne tendrait à rien Moins qu'à montrer la même glande jouant successivement le rôle de mâle et de femelle. Pour admettre une telle chose, il faut des preuves contre lesquelles nulle objection ne puisse s'élever.
Mais il est un fait qui frappe dans cette étude, c’est le nombre relativement très considérable de males. Les femelles, au contraire , semblent très rares, de l'aveu même de M. Davaine qui n’en a rencontré que deux sur trois cents Huitres dans une première série de recherches , et dans une seconde la proportion n'a pas été plus forte (page 310, alinéa f, loc. cit.). Si les différents aspects de la glande étaient dus aux changements successifs indiqués, on ne voit pas pourquoi l’état complétement femelle ne serait pas plus fréquent. Comment expliquer cette multiplicité des mâles ? Dans presque tous les cas les animaux pondant, ou ayant des larves dans leur manteau , sont remarquablement caractérisés comme mâles. Il faut attribuer del à la sortie des œufs, qui a laissé le testieule plus apparent ; car, dans la plupart des exemples, la glande est flétrie après la ponte, et cependant elle renferme des spermatozoïdes très bien développés et très vifs. J’ai fait encore la
même observation à Saint-Jacut-la-Mer en Bretagne, les spermato-
zoïdes que je rencontrais dans tous les points de la glande étaient trop développés pour être dus à une nouvelle sécrétion, ayant eu lieu pendant l’incubation des œufs. L'aspect particulier dela glande ne pouvait laisser de doute ; il n’indiquait pas du tout une nouvelle activité, une nouvelle Lions La
Dans l opinion de M. Davaine, il faut admettre, pour expliquer ce fait, que, dès que la ponte a eu lieu, la glande mâle reprend ses
fonctions avec une promptitude extrême , et séerète de nouveau Île 4° série. Zoor.. T. IT. (Cahier n° 4.) 5 « 148
226 MH. LACAZE-DUTHIERS. — ORGANES GÉNITAUX sperme ; en-preuve le développement simultané de l'embryon et du testicule. Le plus souvent, je ne crois pas qu'il en soit ainsi, et que la reproduction ou l’évolution des glandes se fasse d'avance ; en général, elle ne commence qu’au printemps. “à
Si le testicule recommence son évolution, pendant que l'embryon se développe , on est conduit à se demander ce que devient le produit de la sécrétion dans l'intervalle de deux pontes. La sortie des œufs n’a lieu, comme on lé sait, que pendant l'été, et il faut admettre dans l'opinion que je critique, ou bien que le sperme séerêlé à la fin d’un été est conservé dans la glande pour servir à la fécondation des œufs dans la saison prochaine , ou bien qu'il est rejeté. Cette dernière supposition n’est guère admissible ; on ne comprend pas, en effet, qu’une glande sécrète inutilement un produit sans usage. Reste donc la première, dont la conséquence forcée est la présence du sperme bien caractérisé dans l’intervalle de deux périodes de reproduction. M. Davaine est muet à cet égard ; il n'indique pas du tout dans quel état il a trouvé les Huñtres pendant l'hiver, pendant l’époque où la plupart des Acéphales ont leurs glandes génitales à l’étai de repos ; et où les tissus des glandes, bien que renfermant quelquefois des éléments déjà caractéristiques, ne présentent presque jamais des produits neltement caractérisés , comme la description des spermatozoïdes, au moment où l’embryon de l’Huitre va quitter le manteau de sa mère, l'indiquerait.
Après bien des recherches, j'ai fini par retrouver, dans les animaux qui semblaient seulement femelles, toujours des zoospermes qui étaient dans la partie rudimentaire, représentant la masse abdominale au-dessous du musele des valves. Ce point, très restreint, où semble être relégué le peu de testicule qui existe dans ces cas, n’aurait-il pas échappé à M. Davaine ; et quand il aurait eru avoir un exemple où le sperme avait disparu en fécondant les œufs, n y avait-il pas encore des zoospermes qu'il n'avait pas trouvés ? A-t-il recherché le sperme dans le point que j'indique sur le millier d’Huitres qu'il a observées ?
Pour nous, il parait démontré que les glandes se développentdans des proportions variables ; que tel individu est plus femelle que male, que tel autre est plus mâle que femelle; enfin que, dans d’autres
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. | 227 cas, il y à égalité. Les faits comparatifs viennent à l'appui de cette manière de voir : ainsi, dans le Pecten glaber de l'étang de Thau, près de Celte, j'ai rencontré, ainsi que l’a vu M. Humbert (1), des individus ayant des îlots de glande femelle placés au milieu de la glande mâle, ou inversement. N'est-il pas évident que, dans ces cas, la tendance de la nature était le mélange des éléments, et que la proportion d’une glande relativement à l’autre devenait plus grande ?
Ce qui cause l'opinion de M. Davaine, c’est qu'il ne peut croire que, dans quelques cas, l’Huitresoit sinon complétement unisexuée, du moins presque entièrement unisexuée ; et cela parce qu'il serait conduit à admettre «une condition encore inconnue. » Or il est une observation de M. Humbert qui peut lever ce doute; elle est, par elle-même, très curieuse et très intéressante (2). Le Pecten glaber, dont l’hermaphrodisme est incontestable et incontesté , le même que je citais il n’y a qu'un instant, s’est présenté deux fois complétement unisexué. Un individu était entièrement mâle, et l’autre était tout à fait femelle, sauf un lobule blanc testiculare. N’y a-t-1l pas dans ce fait très remarquable un enseignement qui nous démontre, dans une espèce hermaphrodite , la proportion relative des glandes tellement variable, que la séparation des sexes peut en être la conséquence , et ne pouvons-nous, rapprochant cette observation de celle du Cardium serratum, en faire une application à l’Huitre (3)?
Il faut avoir l’attention éveillée sur tous ces faits pour n'être pas entrainé vers des opinions en partie vraies, mais qui, trop absolues, deviennent fausses. Ainsi quand , dans un individu plus femelle que mâle, les œufs masquent et cachent le testicule, 1l faut avoir du courage et ne pas abandonner trop vite les recherches pour trouver des spermatozoïdes ; quelquefois ce n’était qu'après une journée entière employée à examiner tous les points de la glande que j'arrivais à trouver des filaments , et que je considérais l'individu non plus comme femelle, mais comme hermaphrodite.
Le nombre des individus que j'aiexaminés s'élève tout au plus à (4) Ann. des sc. nat., 3° série, 1853, t. XX.
(2) Loc. cit.,p. 307.
(3) Ann. des sc. nat., 3° série, ft: XX, p. 337.
deux cents ; je n'ai pas été à un millier comme M. Davaine : car, pour rechercher convenablement dans tous les pontsde la glande, et décider si telle ou telle vésicule est ou n’est pas un œuf, il faut beaucoup de temps, et il ne suffit pas de piquer au hasard où d'examiner rapidement une large tranche de la glande. Mes observations , quoique moins étendues , ont établi ma conviction ; car toujours elles ont porté sur des Huitres qui venaient d’être pêchées le plus souvent par moi, quelquefois par les plongeurs de Mahon , dont le port se prête si admirablement à ces sortes de recherches, par la lonpidité et la tranquillité vraiment merveilleuses de ses eaux.
On comprendra maintenant pourquoi les auteurs, tombant sur tels ou tels mdividus, ont nié l’hermaphrodisme ou l'unisexualité.
TE
Considéralions générales.
Les nombreux détails qui précèdent ont mis hors de doute ce fait, que l'appareil de la génération est d'une grande simplicité dans tout le groupe des Acéphales lamellibranches ; on le voit, pour ainsi dire, réduit à la partie productrice des éléments sexuels qui, dans quelques cas, tombent dans les mêmes conduits excréteurs devenus communs aux deux sexes. Aussi la comparaison entre les organes mâles et les organes femelles peut-elle être établie avec facilité et évidence dans tout le groupe.
Il serait intéressant de rechercher les analogies qui existent entre les organes des sexes chez les mollusques en général : mais les observations manquent souvent, et bien qu'il existe des monographies anatomiques détaillées, on ne doit cependant établir la comparaison qu'avec beaucoup de réserve. Il m'a paru que dans les Aplisies, les Limaces, les Oscabrions, les Patelles, les Fissurelles, l’Haliotide et quelques autres Gastéropodes de différents groupes, les œufs et les spermatozoïdes avaient une origine et un développement qui pouvaient se rapprocher, à beaucoup d’égards, de ceux qui ont été indiqués ici; mais aussique sur beaucoup d’autres points de la question , des recherches devraient être entreprises dans un but spécial, et qu'alors seulement une étude comparative
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 229 pourrait être faite avec quelque intérêt, et conduire à des résultats utiles.
Depuis que les progrès de lhistologie et de l'anatomie microscopique, appuyés sur les notions de physiologie générale, sont venus montrer, dans toutes les sécrétions de l’économie, une analogie très grande , puisque toujours, quel qu’en soit le but, la nature du produit diffère seule où a établi des comparaisons fréquemment entre les organes mâles et femelles, et souvent on a été conduit à des résultats philosophiques heureux. Pour le groupe qui vient de nous occuper, aucun rapprochement de ce genre n’ayant été fait, je saisirai l’occasion pour établir un parallèle qui semble facile, et dont l’ensemble résumera les faits qui ont été consignés précédemment.
D'abord, pour rencontrer une différence appréciable, il faut remonter jusqu'aux parties profondes de l'appareil; tout l’ensemble des vaisseaux excréteurs offre une analogie telle, dans le mâle et la femelle, que son étude seule ne pourrait faire reconnaitre les sexes. Que l'attention se porte sur l'orifice, sur le mode de ramilicalion des canaux, sur leur structure, partout on voit des caractères qui s'appliquent, sans aucune réserve, aussi bien au mâle qu’à la femelle. La glande dont nous avons signalé les rapports avec l’orifice génital, qu'on la considère ou non comme une annexe, ne présente pas la plus légère différence dans les deux sexes.
Ainsi, pour trouver des différences appréciables, 1l faut, abandonnant toute la partie accessoire de l'appareil génital, remonter jusqu'à celle qui sécrète, jusqu’à celle qui seule caractérise l'organe, et dans laquelle nous voyons se former d’une part un œuf, de l’autre un spermatozoïde. Nous n'avons donc à nous occuper que de rechercher si les acini mâles sont semblables aux acini femelles, si les éléments qui dans l’un sécrètent le filament spermatique sont les analogues de ceux qui dans l’autre produisent l’œuf. On le voit, la question du parallèle se réduit presque à celle-ci : les sécrétions du sperme et de l’œuf proviennent-elles l’une et l’autre d’un même tissu, et la théorie de la sécrétion qui nous montre cette fonction comme une chute et une reproduction incessante de cellules, se trouve-t-elle applicable ici? En restreignant de plus en
plus les limites du parallèle, on arrive à se demander quelle est la cellule des acint mâles qui correspond à la cellule des acint femelles.
Quand on à examiné, à un grossissement suffisant, les deux extrémités arrondies des culs-de-sac sécréteurs, mâles et femelles, avant qu'ils soient gorgés d’une trop grande quantité de leurs produits, avant, en un mot, qu'ils soient complétement arrivés à leur maturité, on voit que leur substance placée en dedans de la membrane d’enveloppe est, dans l’un et l’autre cas, purement cellulaire. La seule différence appréciable entre les cellules paraît être dans le volume; de plus, la multiplication des premières semble être endogène, ce qui n’a pas été observé pour les femelles.
Dans chacune des cellules on a vu se développer, là un œuf, ici un filament spermatique. Les différences deviennent alors très appréciables, et ces deux éléments constituent les produits définiüifs de la sécrétion. Il ne paraît pas possible de pousser plus loin la comparaison; chaque glande a sa spécialité, et son produit jouit et doit jouir du même privilége. L’œuf etle spermatozoïde ont leur but chacun bien marqué, de là ces différences que l’on observe dans la composition des parties qui les produisent. Ceci établi, on comprend où s’arrêle, à nos yeux, le parallèle : il doit finir KR où des produits nouveaux ont des destinations distinctes ; aussi ne suivrons-nous pas les auteurs dans les spéculations plus où moins ingénieuses qui les ont poussés à reconnaitre des analogies entre des choses qui nous paraissent par trop différentes pour pouvoir être comparées. Pour nous le parallèle peut être établi dans l’ensemble de la composition de la glande jusqu’à son produit, devant lequel il faut s'arrêter. Alors les acini mâles paraissent composés, de même que les acini femelles, d’une couche de cellules ou de corpuscules, comme on voudra les appeler, destinés à secréter les produits. Les éléments de cette couche qui tapissent le cul-de-sac sécréteur sont beaucoup moins volumineux dans les mâles que dans les femelles, paree que dans les uns le produit sera infiniment plus petit que dans les autres. Il est naturel de voir dans la différence du produit la cause de la différence des éléments qui le fournissent : aussi nous paraît-il v avoir une analogie complète entre un eul-
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANUHES. 231 de-sac sécréteur du sperme , et un cul-de-sac sécréteur des œufs ; et cela est si vrai, qu'avant la gestation, c’est-à-dire bien avant que les éléments se dessinent, que l’œuf et le spermatozoïde soient formés, on éprouve une grande difficulté à pouvoir reconnaitre le sexe des Acéphales : c’est que la glande est purement cellulaire, et que les cellules qui la composent n’ont pas encore pris le développement qui les caractérisera plus tard.
Du reste on retrouve, dans les deux cas, une explication de la sécrétion complétement en rapport avec la théorie générale. Lorsque la cellule qui a produit un germe ou un filament est arrivée à maturité, elle se rompt ou tombe dans la cavité du cul-de-sac ; alors elle est emportée par les courants, elle est rejetée et excrétéé. Aussi nous paraît-il que dans la production du spérme et des œufs, on ne doit voir qu'une succession de chutes et de reproduc- “tons de cellules, comme dans les autres glandes.
Si l’on s'arrête dans la comparaison, au point qui nous a semblé devoir être celui où toutes les analogies, les ressemblances et les caractères comparables cessent d'exister, on aura peine à comprendre l'opinion de M. Van Beneden, qui a eru pouvoir démontrer l’analogie du spermatozoïde avec la cellule vitelline. Dans une gangue quelconque, dit cet auteur (1), 1l se forme des œufs, de même que dans une partie organique toute semblable il se formera des spermatozoïdes. «Il y à un œuf, pour la forme au moins, dans » les deux cas. Au milieu de cet œuf, cellule ou vésicule, on voit » apparaitre ensuite un grand nombre de petites cellules qui, par » leur réunion, forment le vitellus pour le produit femelle, et qui, > dans le produit mâle, se répandent au dehors séparément, en dé- » chirant la vésicule qui les contenait. C’est un spermatocyste dans » ce dernier cas, un vtfello ou embryocyste dans le premier. » Suivent ensuite des explications qui indiquent que c’est par l’allongement de ces cellules vitellines que le zoosperme se constitue et prend sa forme distincte. |
Pour pouvoir admettre cette opinion , il faudrait d’abord avoir reconnu dans l’œuf cette formation de cellules ; et ensuite avoir
Le
(1) Van Beneden, Bull. de l'Acad. des sc, de Bruxelles, €. XI, 1844: Hermaphrodisme de l'Anodonte, p. 382-383,
‘232 M, LACAZE-DUTHIERS, — ORGANES GÉNITAUX rencontré d’une manière constante la cellule mère de l'élément qui produira le filament spermatique. D'ailleurs, en admettant ces idées, que deviennent la vésieule germinative et fa tache ? On doit aussi en tenir compte. M. Van Beneden parait s'être occupé de rechercher, dans le spermatocyste, les vésicules de Purkinje etde Wagner; mais il n’a pu découvrir rien d'assez net pour avoir une certitudé (4).
Du reste, il ne faut pas oublier que ce parallèle de l'organe mâle et de l'organe femelle est fait sur l'Anodonte, animal considéré comme hermaphrodite par M. Van Beneden, tandis que Leuwenhoeck (2) et Siebold (3) le déclarent à sexes séparés ; que si ces derniers auteurs sont dans le vrai, on peut s'expliquer toutes les analogies trouvées par le savant belge.
Si l’on considère le nombre des espèces qui ont été étudiées, on remarque que les cas d’hermaphrodisme sont, on peut le dire, bien peu multipliés. Trois genres seulement ont présenté les deux glandes portées par le même individu, et encore, dans l’un d'eux, une espèce rentre dans la catégorie la plus nombreuse, dans celle où les sexes sont séparés ; le quatrième exemple est une exception dans un genre à sexe séparé. N'est-on pas conduit, même en tenant compte des exemples signalés par Siebold, ete., à croire que l'hermaphrodisme est lexception, tandis que la séparation des sexes esf la condition habituelle. Cette opinion se trouve encore confirmée par les observations qui montrent dans l’Huitre que plus l'un des sexes prédomine, plus la régularité semble renaître. On croirait là, que plus la tendance à l’état normal reparaît, plus la disposition tend à devenir simple et semblable à celle qui s’observe dans les cas où la condition exceptionnelle n'existe pas. Etje ne puis m'empêcher de dire ici quelle impression faisait sur moi une espèce nouvelle que j'allais étudier. Souvent, à l’aspect de la glande (après avoir acquis une certaine habitude), j'ai pu reconnaitre si J'avais affaire à une espèce à sexes séparés, et, redoutant des idées à priori, j'ai multiplié mes recherches dans la crainte de faire des erreurs ; il ne m'est arrivé d’avoir à modilier mon opinion que
(1) LocMcit.} p.383:
(2) Leuwenhoeck, Arcana naturæ detecta, lettre 59. (3) Siebold, Anat. comp., 1. I, p. 286,
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 2900 pour la Pandora rostrata et le Cardium serratum. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, combien de Venus ai-je examinées à Mahon, à Barcelone, à Marseille, à Martigues, à Cette, à Rochefort, à la Rochelle, en Bretagne ; jamais un exemple, même douteux, ne s’est présenté. Mais, dans cette espèce, quelle régularité surtout dans le testicule que l’on reconnait, à l'œil nu ou avec la loupe, à la forme toute particulière de ses culs-de-sac sécréteurs. Dans un autre exemple, dans la Donax anatinum, je n'ai rencontré qu'un seul individu en gestation, c'était un mâle. J'ai la conviction que, dans cette espèce, les sexes sont séparés ; il sera curieux de voir si plus tard cet à priori sera confirmé ou reconnu faux.
Ainsi, l'opinion ancienne de Pol, reproduite dans presque tous les ouvrages, celle plus moderne de MM. Garner et Deshayes, sur un hermaphrodisme général, doit être complétement rejetée et n'être plus considérée que comme applicable à quelques cas relativement assez rares. Ce résultat, indiqué comme absolu par R. Owen, sans être basé sur des faits nombreux et trop généralisés, reconnu par von Siebold dans plusieurs espèces, conduit naturellement à se demander comment s'effectue la fécondation ?
. [est un fait qui frappe quand on s'occupe des sexes, eu égard aux espèces en général. On a vu deux genres, l’un hermaphrodite (Pecten), l’autre unisexué (Cardium), présenter chacun une espèce où les conditions sexuelles dérogent à la règle générale. A la premiére vue , sans faire même une étude approfondie des caractères, on voit quelque chose de cette anomalie des sexes se traduire dans l’apparence des animaux. Ainsi on ne saurait nier que le Peigne bigarré n’ait un aspect générique un peu différent des autres Peignes hermaphrodites. De même dans tout l’ensemble du Cardium serratum , on découvre quelque chose de spécial qui indique des différences plus grandes entre l'espèce hermaphrodite et les espèces à sexes séparés, que celles qui distinguent ces dernières entre elles.
Les études au point de vue de la classification n’ont pas été assez complètes pour qu’il soit permis de penser que des genres nouveaux seront utilement établis d’après ces différences. Mais enfin cette observation laisse une impression dont il est difficile de se
défendre , et qui pourrait peut-être plus tard conduire à une application.
ne faut pas se dissimuler toutefois que l'observation de M. Humbert sur le Peigne glabre de Cette fait perdre un peu dé sa valeur aux caractères tirés de l’hermaphrodisme et de la séparation des sexes. Il est évident , en effet, que si une espèce peut se présenter à l’état hermaphrodite ou à l’état unisexué , la réunion et la séparation des sexes à, par cela même, une importance bien moindre. bibl.
C’est pour n'avoir pas connu des faits de ce genre que M. Davaine a été conduit pour les Huîtres à adniettre une opinion que nous avons eu l’occasion de critiquer déjà. Cet auteur se demande , après avoir reconnu les diverses apparences sous lesquelles se présente l’Huître, sila séparation des sexes est la loi, et l’hermaphrodisme l'exception , ou réciproquement. « Admettre que les Huîtres » sont indifféremment hermaphrodites ou à sexes séparés, c'était » admettre une condition encore inconnue dans le règne animal. » Ces considérations nous portèrent à penser que les diverses appa- » rences qu'avait offertes à notre examen l'organe reproducteur » des Huitres n'étaient ui des phases de l’état le plus CORPS de à » l’héermaphrodisme (4)...
On voit comment la has des faits comparatifs faisant défaut, Pauteur arrive, pour ne pas admettre une condition inconnue dans le règne animal ; et qui existe cependant , à reconnaitre des phases dont il cherche à démontrer la succession. Cette condition, qui, pour nous, n’est plus inconnue, vient à lappui de l'opinion opposée à celle de M. Davaine.
La succession des périodes d'activité des deux glandes ne s’accorde pas avec ce que l’on observe dans les autres espèces hermaphrodites , où jamais le testicule n’a paru plus précocement développé que l'ovaire. Dans les Pandores, les Peignes, les Bucardes hermaphrodites, les deux glandes marchent parallèlement dans leur évolution. L'opinion qui consiste à admettre que les différentes apparences sexuelles de l'Huitre sont dues à un développement plus où moins considérable de l’une des glandes, se trouve appuyée sur
(1) Loc. cit, p. 307, alinéa a,
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 289 des faits comparatifs qui nous montrent la même espèce pouvant passer par des états intermédiaires de l'hermaphrodisme à l’unisexualité. Elle est d’ailleurs en rapport avec l'importance moindre qu'il semble falloir accorder à la réunion ou à la séparation des sexes. Et c'est évidemment la valeur absolue que M. Davaine attache à cette séparation, qui l'a conduit à chercher et à trouver l'explication motivant son opinion.
La rencontre de l’œuf et du sperme peut avoir lieu en deux points : dans l'animal et hors de lui. |
Dans le premier cas, qui se rapporte à l’hermaphrodisme, lopiunion de Cuvier est applicable, quandil dit (4) que « ces animaux se suflisentet se fécondent eux-mêmes. » Mais il y a une distinction à établir en raison des deux espèces d’hermaphrodisme que l’on a vues exister. Dans les Huïtres, en effet, la question de savoir si les acini sécrétaient à la fois l'œuf et le spermatozoïde n’a pu être résolue, mais il est resté démontré que les acini mâles et les acini femelles étaient au moins côte à côte et insérés aux extrémités des mêmes conduits. Dans le Cardium serratum, le doute qui existe à l’égard de l’Huitre a complétement disparu. De là un contact
* immédiat des éléments presque au moment de leur sécrétion , et de
leur départ des acini sécréteurs. Aussi l’œufdel’Huître est-il presque toujours fécondé, et les premières phases de son développement sont-elles difficiles à observer. Nous voyons done cheminer, dans les cas d’hermaphrodisme avec mélange des glandes , le fluide fecondant du mâle à côté de l’ovule de la femelle, depuis le point où ils ont été l’un et l’autre produits. ER à
Dans le second cas, pour l’un des genres, pour les Peignes, les éléments peuvent et doivent même se rencontrer dans le tube excréteur, mais beaucoup moins vite que dans l'Huitre; on doit même comprendre que, lorsque la ponte s'effectue avec rapidité, il peut se faire que des œufs sortent sans avoir été ‘nfluencés par la liqueur mâle : si cela arrive, on voit, d’un autre côté, que la fécondation se fait au moins dans la cavité de la glande de Bojanus, où tombent souvent des produits de la génération.
Mais comment se rendre compte de la fécondation dans la ma-
(4) Règne animal.
236 H, LACAZE-DUTMIERS, — ORGANES GÉNITAUX Jeure partie des cas, c’est-à-dire quand. les sexes sont séparés ? Faut-il, avec Méry, croire àune sorte d’accouplement? Il suffit de voir comment vivent les Lithodomes, les Pholades, ete., pour rejeter tout de suite une pareille ir qui pourrait tout au plus s'appliquer à quelques espèces vivant libres de toute adhérence , Mais qui ne pourrait plus nous expliquer la fécondation des Anomies, des Cames, des Spondyles, ete. |
Voudrait-on voir un rapprochement des tubes formés par le manteau entre des individus voisins , Comme le sont dans une même pierre les Pétricoles, les Gast His dans un même fond sablonneux les Bueardes , les Clovisses, les Solens ? Mais alors-on devrait considérer que les individus éloignés les uns des autres resleraient inféconds. Ce serait là une supposition qu’aueune observation ne démontrerait.
Il faut donc avoir recours à une autre explication. On sait de quelle agilité, de quelle mobilité, et surtout de quelle résistance vitale jouissent les spermatozoïdes. M. de Quatrefages a vu ceux du Jaret vivre très longlemps Ci + Pour la plupart des espèees dont il estici question, j'ai répété la même observation. N’est-il pas évident que ces propriétés sont en rapport avec les conditions physiques de leur action. Dans les animaux supérieurs, un peu d’eau, un léger refroidissement, font cesser immédiatement tous les mouvements. Sorti des vésicules séminales du mâle ou du vagin de la femelle, le sperme perd ses propriétés fécondantes.
Tandis qu'ici l'eau, celle du moins des milieux dans lesquels vit l'animal, parait animer les filaments pris dans Ta glande ; c'est que laction doit s’opérer à distance, et que le spermatozoïde est obligé d'aller à la rencontre de l'œuf. Aussi peut-on comparer la fécondation des Acéphales lamellibranches dioïques au phénomène si bien étudié par Linné dans les plantes qu'il avait désignées par ce Nom.
Le mâle lance sa semence, elle va féconder les œufs pondus flottant dans l’eau, ou se trouvant dans le manteau entre les branchies de la femelle, comme cela se voit pour un grand nombre d'espèces ; l’eau entraîne le sperme que les courants et les mouvements ciliaires de la surface interne du manteau font pénétrer
DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES. 237 jusqu'aux œufs. Que l'on se figure une pierre criblée par les trous des Gastrochènes , des Lithodomes, ete., n'est-il pas évident que les produits rejetés par le tube postérieur des uns sera absorbé par le tube antérieur des autres. Les courants nécessaires aux besoins. de l’alimentation et de la respiration sont très forts ; on les observe avec la plus grande facilité. Les Pholades, les Lutraires, lorsque la couche de liquide qui couvre l'extrémité de leurs siphons est peu épaisse, lancent un jet qui dépasse un peu le niveau de l’eau. Ces courants n'ont rien qui se lie à la génération ; ilsont pour but d’autres fonctions, mais néanmoins ils doivent concourir à l’accomplissement de la fécondation. Ainsi, le sperme lancé par une Gastrochène, entrainé par le courant le plus voisin, tombe dans le manteau d'un individu soit mâle, soit femelle. Ce que je dis des Gastrochènes, je le dirais des Lithodomes enfermés dans la pierre, des Bucardes, des Lucines, des Lavignons, des Solens, enfouis dans le sable, ete. Les mouvements de l’eau facilitent ou éloignent les chances de la fécondation ; aussi faut-il reconnaitre que cette première période de la fonction de reproduction est complétement abandonnée au hasard. La ressemblance avec ce qui se passe dans les plantes dioïques est frappante. La plante mâle laisse tomber son pollen, c’est le vent qui se charge de le porter à la rencontre d’un pied femelle. Dans un cas c'est l’eau qui sert au transport, dans l’autre c'est l'air ; l’un a ses courants, l’autre ses vents ; que si les mouvements de ces milieux sont contraires, l’infécondité en est la conséquence. La comparaison peut être soutenue , mais cependant sans que pour les Acéphales la fécondation puisse avoir lieu à des distances comparables à celles que l’on a citées dans quelques cas pour les végétaux.
Ce mode d'influence du mâle sur la femelle avait été admis, dès 1895, par Prévost, dont j'ai rapporté les expériences si bien conduites : il avait vu les Unio mâles féconder les femelles sans qu'il y eût rapprochement. Cette manière de comprendre le premier phénomène de la reproduction est certainement l'expression de la vérité, car on voit les espèces où la fécondation est la mieux assurée se reproduire avec le plus de facilité. Ainsi quelle n’est pas l'étonnante fécondité de l’Huître ? Elle forme des bancs que les pêcheurs sont sans cesse occupés à détruire, ef qui cependant se
235 H, LACAZE-DUTRIERS. — ORGANES GÉNITAUX reforment toujours ; mais pour cette espèce la chance du hasard de la fécondation n'existe pas. Les Moules se reproduisent aussi avec une facilité remarquable , bien qu’elles aient les sexes séparés. Cela tient à ce qu'elles se réunissent, se groupent, ce qui, diminuant les chances d’inaction du sperme, augmente le nombre des œufs fécondés. Plus les espèces sont rapprochées, plus nous les voyons se multiplier.
Quand je cherchais dans le port de Mahon des Chama gryphoides qui vivent fixés aux rochers, j'avais fait la remarque suivante : si, après quelques recherches , je ne trouvais qu'un individu isolé, je ne devais pas m'attendre à en rencontrer beaucoup , je devais changer de place; si, au contraire, trois, quatre mdividus se présentaient assez rapprochés, habituellement ma pêche était bonne. N’y a-t-il pas dans ce fait quelque chose qui montre que le sperme , porté au hasard , est souvent perdu quand les femelles sont trop éloignées , et que celles-ci placées à une grande distance, isolées et fixées à des rocs, pondent des œufs qui restent inféconds, jusqu’à ce que les flots apportent quelque larve mâle dans leur voisinage, dont le développement ultérieur répondra aux besoins de la fécondation:
On sait que tous les observateurs ne sont pas d'accord sur la question de savoir lequel du liquide où du filament est la partie active du sperme. Les spermatozoïdes ne servent-ils par leurs mouvements qu'à transporter la liqueur sur l’œuf, ou bien sont-ils réellement l’élément modificateur? C’est ce qu'il est bien diflieile-de pouvoir dire. Toutefois l'observation montre que les mouvements des spermatozoïdes. et leur présence sont deux conditions absolument nécessaires pour que le sperme puisse agir sur les œufs. Si l’on rapproche ce fait des conditions dans lesquelles on vient de voir s’accomplir là fécondation des Acéphales dioïques , on doit convenir que l'importance des spermatozoïdes augmente encore ; car, après avoir traversé des couches d’eau assez étendues pour arriver jusqu'à l’œuf, les filaments doivent être débarrassés de la plus grande partie du liquide spermatique qui les baignait, et l’on ne peul guère se refuser à admettre que seuls ils soient les véritables agents fécondants.
Une dernière considération est celle qui touche à l’époque de l'année pendant laquelle les Lamellibranches se reproduisent, En général, durant l'hiver, les glandes génitales restent inactives. ou du moins elles ne font que se préparer à entrer en activité, et alors leur structure n'indique point le sexe de l'individu. La chaleur fait développer, comme, du reste, pour la plupart des animaux , les organes de la génération ; aussi c’est pendant l'été que les recherches sur la reproduction des Mollusques qui nous occupent sont les plus fructueuses. On voit, du reste, que la gestation des Acéphales varie avec les époques et avec les localités. Poli a donné, à cet égard, des indications très justes dans son magnifique ouvrage que nous avons eu si souvent l’occasion de citer : « [importe de savoir, dit-il, que tous ces animaux ne pon- » dent pas à la même époque de l’année : Quædam vere ineunte, » quædam æstate, quædam dum autumno atque hyeme (1). » D’après lui, les Myes, les Solens, fraient au commencement du printemps ; la Pholade , la Came , la Vénus, la Donace, l’Anomie, la Telline, la Mactre, dans l'été; et la Moule, au mois d'octobre jusqu’en décembre. En ce dernier point, Poli n’est pas d'accord avec Baster (2), qui a vu la même espèce, en Hollande , frayer au mois de mars et d'avril. L'auteur italien rapporte que les pêcheurs de Tarente n'ont jamais observé le frai de la Moule dans ces mois. On comprend que la différence de la température entre les deux pays où observaient les deux auteurs est assez grande pour expliquer la divergence de leurs opinions. Ce qu'il y a de certain, c’est que, sur les £ôtes de l'Océan en France, Boulogne, Calais, la Rochelle et la Tremblade, les organes génitaux des Moules sont en état de gestation aux mois d’avril et de mai; on croit même que dans cette période la Moule comestible devient un aliment nuisible, peut-être dangereux (3). Les individus rares que j’ai pu avoir à Mahon étaient au mois de juillet complétement privés d'œuf où de sperme. J'ai
(ER. et ET D. be
(2) Loc. cit. |
(3) La question des empoisonnements par les Moules est encore mal connue, et des recherches à la fois médicales et scientifiques doivent être entreprises par des hommes spéciaux.
observé la même chose aux Martigues, dans l'étang de Berre, près de Marseille, pendant le mois de septembre. I est peu probable que, dans cette dernière localité, le développement des œufs püt commencer, alors que la température baissait déjà beaucoup; mais ce qui est vrai pour une localité doit éprouver des changements pour une autre.
Depuis le commencement de mai jusqu’à la fin de septembre, à Barcelone, à Palma, à Mahon, à Marseille, aux Martigues, à Celte, j'ai trouvé des Vénus et des Peignes bigarrés et glabres dans un état parfait de gestation : les œufs et les spermatozoïdes abondaient ; mais dans la série des mois qui viennent d’être indiqués, et qui correspond à l’ordre suivant lequel les localités ont été explorées, le nombre des individus ayant des glandes turgides et très sonflées par les germes ou le sperme allait en diminuant. Les Vénus se trouvaient, à Cette, dans le même état que celui où je les ai trouvées à la Rochelle en avril 1854. Ce qu'on peut expliquer par un arrêt de la ponte, causé par l’arrivée des froids.
J'ai trouvé, à Cette, dans les derniers jours de septembre, des huîtres encore en lait; mais les pêcheurs indiquent le mois de juillet comme le moment où cet état est le plus fréquent , et cela est vrai : il faut compter que le frai commence le À5 juin et finit le 45 août. Les observations que j'ai pu faire encore cette année à Saint-Jacut, sur les côtes de Bretagne, sont complétement d'accord avec ce qu'indiquent les hommes incessamment occupés à manier les Huitres qu'ilshvrent au commerce.
J'ai étudié fréquemment , à Barcelone à la fin d'août, et à Cette en septembre, la Donace (Donax anatinum), et je n’ai trouvé qu'un seul individu en état de gestation. La Mactre (Mactra stultorum), dans la première localité et à la même époque, nr'a paru aussi avoir pondu. Vers le courant de septembre, la Telline (1) et la Psammobie (2) avaient pondu ; leurs glandes étaient flétries. Dans l'été, en Bretagne, j'ai rencontré la Mactre sans œuf; et je crois qu'après ces deux observations faites sur des points aussi éloignés,
1) Tellina solidula.
(2) Psammobia vespertina.
on peut conelure que la reproduction de cet Acéphale a lieu au commencement de lété ou dans le printemps.
A mon arrivée sur les côtes de la Bretagne, le 26 juillet 1854, je trouvai des Pholades d’une très grande taille dans un état parfait pour l'étude des organes dela génération. Les glandes, extrêmement développées, occupaient, pour ainsi dire, tout le corps ; elles étaient gorgées d'œufs ou de spermatozoïdes, suivant le sexe. Cet état dura jusqu'au commencement de septembre, où je les examinai de nouveau, ayant pu, pendant la grande marée de la pleine lune du 8, me procurer de nouveaux individus. Mais, à la grande mer suivante, je trouvai les Pholades presque toutes sans œufs ; il n’était pas douteux qu'elles n’eussent pondu pendant la morte mer, c’est-à-dire dans une époque voisine du 15 et du 16.
Les Pandores, à cette époque, étaient exactement dans les mêmes conditions, et leur ponte eut lieu aussi pendant la morte-eau du 16.
Voilà deux espèces, si l’on en juge par cette observation, qui sont bien plus tardives à se reproduire que les autres.
Dans la même localité, pendant une période de temps comprise entre les fins de juillet et de septembre, j'ai pu étudier fréquemment les Coques (Cardium rusticum) et les Clovisses (Venus decussata), qui abondent dans les plages des Hébiens, et j'ai remarqué que leurs glandes génitales n'étaient point développées. Cependant à la même saison, à Mahon et à Cette, toujours j'avais rencontré les organes génitaux en parfait état sur ces mêmes espèces.
De tous ces faits, il résulte évidemment que le moment de la reproduction varie pour la même espèce avec la localité. Cela seul suffit, je crois, pour montrer comment Baster, qui observait dans les Pays-Bas , et Poli, qui faisait ses études en Sicile, ont pu être en désaccord, bien que cependant lun et l’autre fussent probablement dans la vérité. |
On peut, en résumé, admettre, je crois , avec le vieux proverbe qui nous dit que les huîtres sont moins bonnes pendant les mois sans r (c’est-à-dire quand elles fraient), que les Acéphaies lamellibranches pondent et se reproduisent en général de la fin du printemps au commencement de l’automne; que l’époque
ne peut être fixée absolument pour aucune espèce ; que les con- £° série. Zooz. T. II. (Cahier n° 4.) 4 16
2h92 H. LACAZE-DUFHIERS, —— ORGANES GÉNITAUX
ditions de température, tenant au climat, font varier ‘beaucoup ce moment; que, de plus, il y a des différences individuelles qui expliquent comment une espèce présente des individus au terme de leur gestation un ou deux mois après l’époque la plus habituelle.
Tous les auteurs qui ont étudié la reproduction des Acéphales ont été frappés de la prodigieuse fécondité de ces animaux. Il neme semble guère possible de donner, comme ils Pont fait, des chiffres qui espriment d’une manière satisfaisante le nombre des œufs pondus par un $eulindividu. Je dirai seulement, pour donner une idée de Ja quantité d'œufs qu’une Huître de grande taille peut pondre, que j'ai recueilli sur le Pied-de-cheval de Mahon des larves qui ont formé une colonne de près de 3 centimètres 4/2 de hauteur dans un tube de verre de 8 millimètres de diamètre. Les jeunes larves avaient environ 4/10° de millimétredans leur grand diamètre. Le nombre de petits produits par une Huitre est donc immense.
Si l’on rapproche ce fait de l'époque où a lieu la gestation, on verra quel préjudice considérable la pêche pendant l'été porte à la reproduction des bancs : car en enlevant une seule Huître remplie de larves on détruit un, nombre immense de jeunes individus ; tandis que si l’on attend que les larves deviennent indépendantes, qu'elles aient abandonné le manteau de leur mère, on détruit bien encore beaucoup de jeunes Huitres, mais un grand nombre échappent encore aux dragues et aux filets.
Je crois utile de donner la liste des espèces qui ont servi à mes observations ; jy joindrai l’indication des localités où je les ai rencontrées, et quelquefois les noms qu’elles y reçoivent.
Osrrea epuuis et Hippopus, Huilre comestible et Pied-de-cheval, Lamk, 2° édit, t. VII, p. 217, n® 4 et 2; Desh , Encycl. méth., Vers (Moll.), t. II, p. 288, n° À et 2. — Méditerranée, Océan.
OsrREA sTENTINA, Huitre slentine, Payr., Cut. des Moll. de Corse, p. 81, n°154, puis. fig.,.3; Lamk:,2° édit. tr: VIlp. 236, nt 50:— Mahon:
Anowia Erniprium, Anomie pelure d'oignon, Pélau à Saint-Jacut, Lamk, 5° édit, t. VU, p. 273, n°1: Brug, Encycl. meth., À. LP. 72; pl, dExx, MEME n° 5, — Mahon, Cette, la Rochelle, Bretagne.
DES ACÉPIALES LAMELLIPRANCIHES. 2h
Pecten Jaconzts, Coquille de Saint-Jacques, Lamk, 2 édit., t. VIT, p. 130, n° 3; Poli, Test, IT, tab. xxvu, fig. 4, 2. — Mahon, Cette, la Rochelle.
PecTEN Maximus, Peigne à côtes rondes, Ricardiau en Bretagne, Lamk, t. VIT, 2édit., n° 1; Desh., Encycl. méth., t. I, p. 270. — La Rochelle, Saint- Jacut-la-Mer.
PEcTEN varius, Peigne bigarré, Lamk, ib., p. 147, n° 47; Desh., #b., p. 275, pl. 213, fig. 5; Forbes et Hanley, t. II, p. 273. — Mahon, Cette, la Rochelle, Rochefort.
PectEeN GéLaper, Peigne glabre, Lamk, ib., p. 137, n° 20 ; Desh., Encycl. méth., t. I, p. 270. — Mahon, Cette.
SPoxDyLus GænEropus, Pied-d'âne, Huitre vermeille, Ostia vermella (en mahonais), Lamk, t. VII, 2° édit,, p. 184, n°1: Desh., Encycl. méth., Vers, t. III, p. 978, n° 1. — Mahon,
Lima squamosa, Lime commune, Lamk, t. VIE, 2° édit., p. 145, n° 2: Desh., Encycl. méth., Vers, t. II, p. 345, n° 3. — Mahon.
Pixxa xogiis, Jambonneau, Pinne hérissé, Nacre, Lamk, t. VII, 2 édit. p. 62, n° 5; Desh., Encycl. méth., t. III, p. 768, n°2. — Mahon , Palma (aux Isletas).
Arca Nor, Arche de Noë, Pied-de-chevreau, Pe de cabril (en mahonais), Lamk, t. VI, 29 édit., p. 461, n° 3, Encycl. méth.; Brug., t. I, p. 97, n° 2: Poli, Test., IT, tab. xxiv, fig. 1 et2, p.138, t. IL. — Mahon, Palma (las Isletas).
Pecruxcucus piLosus, Péloncle flammulé, Coquilles anglaises, Scupiñas inglesias (en mahonais), Lamk, 2° édit., t. VI, p. 488, n° 2; Desh., Encycl. mélh., t. IX, p. 741, n° 2; Poli, Test., t. IT, tab. xxv, fig. 47,48. Mahon, Barcelone.
ANODONTA GYGNÆA, Anodonle des cygnes, Lamk, t. VI, 2° édit., p. 564, n°4. — Versailles, les étangs de Trappes. | Uxio urrorauis, Mulelte littorale, Lamk, t. VI, 2° édit., p. 538, n° 25. — [L.
Garonne (à Langon).
Uxio ricroruw, Mulelte des peintres, Lamk, 1b., p. 541, n° 32; Desh., Encycl. méth., p. 586, n° 20, fig. 4, pl. 248.—La Seine, près de Paris, à Bougival.
Myneus spuus, Moule comestible, Lamk, t. VIT, 2° édit., p. 47, n° 29.— Mahon, Palma, Marseille, les Martigues, Cette, la Rochelle, les côtes de la Manche, en Normandie, en Bretagne.
Montora ciruop#aGA, le Lithodome, la Dutte, la Dattile (en mahonais) , Lamk, 2° édit., t. VII, p. 26, n° 22; Desh., Encycl. méth., Vers, L: IL, p 5714, n° 41; Genre Lithodomus de Cuvier, Règne animal, 11, p. 471; Lithodomus lithophagus, Payr., Cat., p. 68, n° 132. — Mahon. |
Cuama cryPHoipes, Came gryphoïide, Lamk, t. VI, 2° édit., p. 58 1, n°3 : Encycl. méth., pl. 197, fig. 2 a, b, ce; Poli, Test., IL, tab. xx, fig. 3. — Mahon.
Carpiux Eve, Bucarde Sourdon, Lamk, 2° édit., t. VE, p. 406, n° 31: Encycl. méth., Brug., n° 43, t. L, Vers (Woll). — Rochefort, la Manche.
CarDium RuSTICUM , Bucarde rustique, Lamk, ib., p. #05, n° 30; Brug., Encycl. méth., t. 1, p. 222, n° 45. — Mahon, Cette, Rochefort, les Hébiens.
CarDivu TuBERCULATUM, À. tuberculée, Lamk, 4b., p. 397, n°16 ; Brug., Encycl. méth., p. 229, n° 42. — Cette. |
Carpivu ciiaRE, B. frangée, de Bruguière, Encycl. méth., p. 218,n° 411. Lamarck en fait son espèce echinatum différente de celle qu'il désigne par le nom de ciliare, Lamk, ib., p. 396, n° 12. — Cette.
CarDiuu serrATUM, B. dentelée, Brug., Encycl. méth., t. I, p. 329, n° 37 ; Lamarck, t. VI, p. 401, n° 35; Pennant, C. lœvigatum; Forbes et Hanley, C. norvegicum, t. IE, p. 35, pl. xxxt, fig. 1 et 2. — Océan européen, d’après Lamarck et Bruguière ; les Hébiens. |
Carpium Lævicarum, B. lisse, Brug., Encycl. méth., t. I, p. 231, n° 30; Lamk, t. VI, p. 403, n° 26. — Des Antilles, d'après Bruguière. |
Carpira suLcarA, Cardile cannelée, Lamk, t. VE, p. 425, n°1; Brug., Encycl. mélh., Vers, t. [, p. 405, n° 3. — Mahon.
Lucina LacTEA, Lucine lactée, Lamk, t. VI, p. 228, n° 12; Encycl. méth, t. F, p. 374, n° 9: Reeve,t VI, 1849 à 1851, sp. 41, pl. vu, fig. #1. — Cette, étang de Thau.
Doxax anarnum, Donace des canards , Lamk, 2° édit., t. VI, p. 249, n° 26; Desh., Encycl. méth., Vers, t. II, p. 99, n° 17. — Barcelone, Cette.
Tezuixa soubura, Telline, Desh., Encycl. méth., t. II, p. 1919, n° 98. — Saint-Jacut-la-Mer (les Hébiens).
Psammosta vesrerTINA, Psammobie, Desh., Encycl. méth., t. IIT, p. 851, n° 1; Lamk., 2° édit., t. VI, p. 173, n° 3. — Saint-Jacut-la-Mer (les Hébiens).
TriGonELLA piperaTA , Desh., Expl. de l'Algérie, Mozz., p. 509; Lavignon, de Cuvier ; Lutraria piperata et compressa, de Lamk, t. VI, 2° édit., p. 91 et 992, n® 4et 5; T. plana, de Dacosta, Brit. conch., p. 200, pl. x, fig. 4.— La Rochelle, Rochefort, les Hébiens.
Venus pecussarA, Vénus croisée, la Clovisse des ports de la Méditerranée, Scupiñas lisas (des Mahonais), Lamk, t. VI, p. 356, n° 46.—- La Méditerranée, dans toutes les localités. |
Corsuza srriatTA, Preres et scupiñas gravadas (en mahonais), Desh., Eæpl. de l'Algérie, p. 231, n° 1; Fleming, Brit. an., 2° édit., p.425. — Mahon, Marseille, les Hébiens.
Macrra sruzrorum, Mactre des sots, Lamk, p. 99, t. VI, 2° édit.; de Poli, Linné, etc. — Barcelone ; les Hébiens, à la Colombière.
Mya arexariA, Mye des sables, Lamk, 2° édit., t. VI, p. 74, n° 2; Desh, Encycl. méth., Vers, t. IN, p. 592. — À Rochefort.
LurrartA socenoipes, Lutraire soleniforme, Desh., Encycl. méth., t. II, p. 387, n° À; Lamarck, t. VI, p. 90, n° 4.— A Saint-Jacut-la-Mer, spécialement sur la plage de la Colombière et des Piettes (les Hébiens).
PANDORA ROSTRATA, Pandore rostrée, Desh., Encyel. méth., t. TT, p. 697, n° 1;
Lamarck., t. VI, p. 445, n° 4..— A Saint-Jacut-la-Mer, spécialement sur la plage de la Colombière {les Hébiens).
SOLEN VAGINA, Solen gaîne, Lamk, 2° édit., t. VI, p. 53, n° 4; Chenu, Jllustralions conchyliologiques ; Poli, Test., t. 1, pl. zxxi, fig. 1%; Desh., Encycl. mélh., t. TT, p. 959, n° 3. — La Rochelle.
Pozas pacryuis, Pholade , Lamk, 2° édit., t. VI, p. 43, n° 1. — La Rochelle.
GasrrocHæna pusia, Desh., Expl. de l'Algérie, p. 34, n° 1, ou Tarentina. Le même auteur l'avait indiquée dans l'Encycl. méth., sous le nom de Fistulana hyans, t. IT, p. 141, n° 3; Sowerby, Genera of shells, Gastrochæna modiolina, n° 11; Lamk, 2° édit., t. VI, p. 49 ; G. modiolina, n° 3. — Mahon.
PerricoLa Ruperezra, Pétricole rupérelle, Lamk, 2° édit., t. VI, De 199: Desh., Encycl. méth., p.747, n° 3. C'est la Ruperella striata de Fleuriau de Bellevue. — Mahon.
EXPLICATION DES FIGURES
Nota. — Tous les dessins ont été pris à la chambre claire, et offrent des grossissements comparables ; en ce sens que les mêmes éléments ont été dessinés avec le même jeu de lentilles et à une même distance.
Les œufs ont été étudiés avec la lentille n° 3 et l'oculaire n° 1 de M. Nachet; les spermatozoïdes avec le jeu n° 7 et l'oculaire n° 1.
Les grossissements que j'indique ici sont plus faibles peut-être que ceux considérés comme appartenant aux combinaisons que je viens de citer. Je ferai observer que j'avais, pour la commodité des observations, raccourci beaucoup le tube du microscope, ce qui avait rapproché mon dessin, qui n'était guère éloigné de la chambre claire que de 18 centimètres.
Je fais ici cette observation, parce que les appréciations des pouvoirs amplifiants varient si souvent, même à l'insu @e l'observateur qui hausse un peu plus, un peu moins, le papier sur lequel il dessine, que je crois quil serait uule que les micrographes s'entendissent enfin sur la longueur du tube du microscope, et la distance à laquelle on dessine et l’on mesure, afin d’avoir des résultats, je ne dis pas absolus, mais au moins comparables.
Fig. 1. Pinna nobilis (Nacre), demi-grandeur, vue de face, en dessous, pour montrer l'ovaire (o) et ses rapports avec le foie (/). Le sac de Bojanus (r) et ses orifices (c), qui sont aussi ceux des organes de la génération.
Fig. 2. Une portion du même vue par la face dorsale. L'ovaire (o), le foie (f), le sac de Bojanus (r), les muscles du byssus (m), la goultière intestinale formée par l'ovaire (i).
Fig. 3. OŒEufs du même à différents degrés de développement. Une vésicule
216 LACAZE-DUTHIERS., —— ORGANES GÉNITAUX germinative isolée et entourée encore de granules vitellins. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 4. Coupe de l'ovaire du même, pour montrer les conduits excréteurs.
Fig. 5. OŒEufs non murs déformés par l’endosmose, de la Gastrochæna tarentina. Grossissement, 470 diamètres.
Fig. 6. OEuf mûr du même, non déformé. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 7. OEufs de la Corbula striuta entourés de granulations. Cette figure, analogue à celle que donnent les auteurs, ne peut rien démontrer pour la structure de l'ovaire. |
Fig. 1, Portion de glande femelle et de foie du Pecten varius, grossie, montrant très nettement les acini groupés en lobules primitifs. On voit dans le milieu du tube excréteur une teinte brunâtre due au produit de la sécrétion.
Fig. 2. Face droite; extérieur du manteau de la Mytilus edulis, montrant les canaux excréteurs se rendant aux lobules secondaires et primitifs en partant du point b, où le conduit est unique.
Fig. 2°. Spermatozoïdes de la même. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 3. Portion des acini de l’Arca Noe, pour montrer les capsules des œufs continues avec la substance même du tube sécréteur. Grossissement, 170 diamètres,
Fig. 4. OEuf du même: la capsule rompue, vide et plissée. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 5. OEuf du Peclunculus pilosus. Grossissement, 170 diamètres. Les capsules, en se rapprochant, semblent faire des aréoles qui logent chaque œuf.
Fig. 6. Trois culs-de-sac sécréteurs du Lavignon (Trigonella piperata). Les œufs, pressés les uns contre les autres, paraissent polyédriques. Cette apparence est la plus fréquente dans tous les ovaires mûrs.
Fig. 7. OEuf du même enfermé dans la coque ou capsule ; il semble entouré d’une zone transparente. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 4. Lima squamosa, vu de face, pour montrer que l'ovaire (0,0,0), d'un beau rouge, a envahi tous les organes qu'il masque et fait disparaitre. Les arganes de Bojanus (r), dans lesquels s'ouvrent les ovaires, paraissent remplis d'œufs qui s'échappent par leurs orifices (c).
Fig. 2. OEufs de la même, Grossissement, 170 diamètres.
Fig 3 Portion des acini ou culs-de-sac sécréteurs de l'ovaire du Cardium rusticum Grossissement, 400 diamètres. La capsule de l'œufet son point d'attache sont remarquablement évidents.
Fig. 4. OEufs du Spondylus Gæderopus pris à leur sortie de l'ovaire à la suite d'une ponte que j'avais déterminée; Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 5. Parenchyme cellulaire du cul-de-sac sécréteur de l'ovaire de l'Unio piclorum. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 6. /Zd. des œufs se développant dans les cellules. Grossissement, 170 diamètres. ’
Fig. 7. OEufs sans capsule apparente. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 8-9. OEufs avec une capsule qui n'est évidente que vers le point d'insertion. La membrane vitelline fait dans cet endroit un peu hernie. Grossissement, 470 diamètres.
Fig. 10. La capsule devient évidente à l'opposé du hile d'insertion. Grossissement, 170 diamètres,
Fig. 44. OŒuf mûr rompu à dessein pour montrer que, entre la capsule et l'œuf, il y à bien un liquide, puisque les granulations vitellines s’y sont répandues. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 12. Epithélium vibratile des conduits de l'ovaire de l'Unio piciorum. Grossissement, 400 diamètres.
Fig. 43. Coupe théorique des acini de l'ovaire du même, pour montrer l'origine des œufs dans les parois et leur saillie dans la cavité.
Fig. 14. Spermatozoïdes de l'Unio littoralis , leur cellule productrice (e), les‘cellules mères des cellules productrices (a, b, ce, d). Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 15. Spermatozoïdes de la Trigonella piperata. Grossissement, 500 diamètres.
Fig 41. Exemple de Pecten varius dans lequel la glande était presque réduite aux canaux excréteurs ; (a’) rameau de lobe sus-hépatique ; (a) rameau du lobe abdominal ; (b) orifice dans le sac de Bojanus ; (c) orifice de ce dernier. Double de grandeur naturelle.
Fig. 2. Spermatozoïdes du Pecten varius. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 3. Id. du P. glaber. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 4. Pecten glaber. (a) conduits excréteurs du testicule et de l'ovaire ; (d) petits îlots de glande femelle isolés au milieu de la glande mâle : (b) orifice commun aux organes des deux sexes, et placé dans l'organe de Bojanus qui s'ouvre en (c) ; (o) ovaire ; (t) testicule.
Fig. 5. Huitre comestibie. (b) orifice génital qui termine le conduit excréteur ; (g) ganglion branchial ; (x) connectif branchio-buccal ; (n)nerf branchial. Entre les deux cordons nerveux se trouve l'orifice de la génération. — Ce dessin a été avec intention forcé pour rendre plus net cet orifice, méconnu par tous les auteurs. Si, dans la nature, il ne paraissait pas aussi distinctement, je renvoie aux indications du texte pour le découvrir. |
Fig. 6. Un œuf enveloppé dans sa capsule. Grossissement, 170 diamètres.
Fig. 7. Acini, culs-de-sacs sécréteurs d'un individu presque entièrement mâle.
Fig. 8. Paquets spermatiques au milieu des granulations qui s’échappent de
la glande. (a) les paquets de cellules qui correspondent aux paquets des filaments.
Fig. 9. Spermatozoïides de l'Huître, au moment où ils deviennent libres. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 1. Une grappe ou lobule du testicule d’un Cardium rusticum. Grossissement, 55 diamètres.
Fig. 2. Coupe de quélques acini du même, pour montrer les produits de la sécrétion tombés au centre des conduits en cul-de-sac , dont la paroi est tapissée par le parenchyme cellulaire.
Fig. 3. Spermatozoïdes du même. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 4. Aspect des dernières ramifications des testicules (a) au-dessus du Aoie (b ) us la Venus decussata.
Fig. 5. Un lobule du testicule du même, pour montrer les culs-de-sac remplis de MERE et les parois tapissées par le parenchyme cellulaire.
Fig. 6. Partie du même. Grossissement, 240 fois. On distingue plus nettement que dans la figure précédente la couche cellulaire externe et les paquets spermatiques en dedans.
Fig. 7. Un paquet spermatique du même. Grossissement, 500 diamètres,
Fig. 8. Les filaments isolés du même. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 9. Cellules productrices des filaments du même. Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 10. Filaments spermatiques et cellules du testicule de la Gastrochæna dubia Tarentina. Grossissement, 500 diamètres,
Fig. 11. Filaments et cellules de la Corbula striata. On voit des cellules mères.
Fig. 12. Partie d'un cul-de-sac sécréteur de la Cardita sulcata. Les spermatozoïdes en (d) semblent encore enfermés dans la cellule qui les a produits et en être en partie ou complétement dégagés en (c). Grossissement, 500 diamètres.
Fig. 13. Extrémité de l'abdomen du Spondilus Gæderopus, grossi deux fois pour montrer : aspect de la glande mâle.
Fig. 14. (a) Masse spermatique dont se dégagent les filaments ; (b) filaments isolés de la Lima squamosa.
Fig. 15. Cellules mères, cellules productrices des filaments, et filaments spermatiques de la Petricola Ruperella. Grossissement, 500 diamètres.
OBSER VATION
DE LONGÉVITÉ D'UN PIGEON, Par M. E.-H. BESPORTES,
Un naturaliste a écrit qu’il existait dans la science une lacune au sujet de la durée de la vie des Oiseaux, et probablement aussi au sujet des phénomènes qui se montrent et se succèdent par le fait des progrès de l’âge, de la vieillesse (Flourens, Journal des savants, janvier 1853).
Mais jusqu’à quel point cette lacune pourra-t-elle être diminuée par l'observation qui suit? Quæque ipse... vidi.
L'intention ici n’est pas de parler de la longévité en général des Oiseaux, ni de la durée de la vie de tout un genre d’Oiseaux , mais uniquement d’un seul individu, d’un Pigeon. Toutefois il ne sera pas tout à fait inutile de rappeler, en guise d'introduction au récit du fait particulier, que divers auteurs , et entre autres l’auteur de l’ouvrage intitulé : les Oiseaux de chambre, évaluent d’une manière générale, en moyenne, la durée de la vie des Pigeons , bisets et domestiques , à sept ans. Peut-être, en se fondant sur une expérience de trente ans, serait-il permis d'avancer qu’il serait plus exact d'étendre ce terme à environ dix ans?
Quoi qu’il en soit , vers le commencement de l’année 1827, a dû naître un Pigeon mâle, et de la variété connue sous le nom de Pie; car vers la fin de la même année , à l'automne , ce Pigeon avait tous les signes de la jeunesse, était marié et fécond. Il avait donc au moins vingt-six ans en février 1854.
Son plumage blanc et noir offre ces deux couleurs fort tranchées : la noire est d’un noir très intense, la blanche est d’un blanc pur; elles sont régulièrement distribuées et nettement séparées. L'âge vieux n’a rien changé ni rien altéré dans ce signe distinctif de la race Pie. Nulle plume, parmi les noires, n’a blanchi ; nulle , parmi les blanches , n’a perdu de sa pure et vive blancheur.
Le bec, de blanc net et quasi laiteux qu'il était, a pris une teinte grisâtre, jaunâtre, cornée. Sauf qu’il est un peu plus gros que dans les âges précédents, il n’est ni allongé, ni usé ou déformé. Les éminences des narines ont acquis un peu de grosseur et de largeur. La membrane qui entoure les yeux et couvre les paupières a échangé sa couleur blanche contre une teinte jaune-paille.
Le plumage, quant à son état matériel, a subi quelques changements; 1l