E.-H. DESPORTES, — OBSERVATIONS
n’est plus lisse, uni, lustré comme dans les âges antérieurs ; 1l est un peu terne, et sans reflet métallique sur le noir du dos en particulier, ce qui dépend en partie, probablement, d’une modification dans une sécrétion. Aussi parait-il mal entretenu, quoique sans détérioration du tissu des plumes.
Le plumage s’est renouvelé depuis plusieurs années par une mue régulière , mais seulement un peu tardive , vers la fin de septembre et dans le courant d'octobre.
Les fonctions des principaux appareils organiques s’exéeutent d’une manière normale. La respiration fait entendre son murmure naturel et vif, et parait se faire bien. Il n’y à ni toux ni catarrhe nasal. Les pulsations du cœur et de l’artère fémorale sont régulières et d’une fréquence convenable. La digestion s’accomplit bien, et d’ailleurs la quantité d'aliments , prise chaque jour, est modérée comme elle l’a toujours été, l’Oiseau n’ayant jamais montré de penchant à se gorger d'aliments, ce que font, au contraire, la plupart de ses pareils, lorsqu'ils vivent, ainsi que lui, dans un lieu fermé. Le corps, au reste, a été pesant, bien nourri , et pourvu de graisse sous la peau, surtout au dos, Jusque vers la dernière année de la vie, où il a paru moins pesant notablement. Peut-être, dans cette annéé dernière , l’Oiseau a-t-1l pris moins de nourriture ; toujours est-il qu’alors il ne remplissait son jabot que de quelques graines.
Vers ce temps on a remarqué à la région anale, en avant, que les os du bassin étaient plus écartés sensiblement qu’ils ne l'avaient été jusque-là.
Un notable changement s’est opéré avec l’âge, graduellement , dans l'exercice des diverses locomotions. L’Oiseau, avant d’arriver à la vieillesse, volait aussi bien qu'aucun autre individu de son espèce, et avait recours au vol très fréquemment pour se rendre d’un point à un autre point . fort rapproché. Il n’en est plus de même quand il se fait vieux, 1l vole désormais de plus en plus rarement, et il finit par ne plus employer ce genre de motion que lorsqu'il veut se rendre à la case qu’il a adoptée. Mais, dans les dernières années de sa vie, il a renoncé tout à fait à ce mode de translation. Îl ne peut plus s’élever dans l'air, et si on le prend pour le faire voler, il retombe plus ou moins lourdement sur le sol , étendant cependant, mais inutilement, ses ailes, dont les battements à peine marqués se bornaient tout au plus à retarder la chute.
Voilà donc maintenant l’Oiseau réduit à marcher, quand il veut changer de place, ce qu’il fait rarement. Sa démarche, depuis plusieurs années, a quelque chose de particulier qui ne dépend pas, selon toute probabilité, de l’âge uniquement. Il marche en ne posant guère sur le sol que les deux dernières phalanges des orteils, sans que la plante métatarsienne touche à terre. En outre, lorsqu'il marche, il rapproche par une grande flexion tout le pied
SUR LA LONGÉVITÉ D'UN. PIGEON: 251 et le tarse de la jambe, ce qui-donne à son allure quelque chose de singulier, et qui rappelle l’éparvin chez le cheval.
Sans doute lOiseau à dû en partie la diminution et à la fin la perte totale de la faculté de voler à son confinement, pendant tout le cours de sa vie, dans un espace limité, comme un grenier assez grand, d’une étendue très suffisante. Mais cette cause n’a pas pu avoir linfluence nécessaire pour produire un effet aussi complet, car alors elle eût dû agir en sens contraire sur la marche ;.or la faculté de marcher s’est affaibhe et s’est trouvée presque épuisée par les progrès de l’âge. Dans la dernière année de sa vie FPOiseau se tenait presque constamment accroupi sur le sol, la pointe du bec posant sur le sol également, afin sans doute de soutenir ainsi le poids de la iête , et alors l’action de marcher était devenue pour lui difficile et une occasion de prompte fatigue, ce qui l’obligeait presque aussitôt à s'arrêter.
Les appareils organiques des sens ont paru conserver leur aptitude naturelle à agir, plus peut-être que cela n’était, en effet, en réalité. Ainsi il est arrivé plus d’une fois que lOiseau ne semblait pas voir bien ou entendre; et si alors on tentait de s’assurer de l’état de ces deux sens, l'examen a eu pour résultat que la vue et que l’ouïe subsistaient, mais à l’état de vue et d’ouïe affaiblies.
L'appareil organique cérébro-spinal, dans ses actes relatifs à l’intelligence et aux affections, a offert des différences très marquées à l'égard de ce qu’il était susceptible de faire dans l’âge adulte -et la jeunesse. La vieillesse, ce semble, se peint là avec tous ses traits.
L’Oiseau n’a plus ni vivacité pour comprendre ce qui se passe autour de Jui, ni désirs pressants, m1 volonté prompte, et égale en cela pour les nécessités qui peuvent surgir pour lui. Il est souvent surpris , comme le témoigne encore sa lenteur à se mettre en mouvement; toutes ses impressions ne paraissent plus produire sur lui leffet dont elles sembleraient cependant capables ; au moins toutes ses manifestations , toutes ses expressions se développent lentement, très rarement sans ordre, et presque toujours avec une sorte de hâte de cesser.
Il a la mémoire des lieux et des circonstances où il a pu éprouver de la frayeur, de la douleur ou une jouissance , devenues plus ou moins une habitude par la fréquence de la répétition. Ainsi il a conservé le souvenir des endroits où il avait eu un nid, des enfants, et il a montré ce souvenir persistant toujours, quoique depuis longtemps il eût été forcé de renoncer aux lieux dont il avait eu la possession, ayant dû les céder depuis plusieurs années aux attaques d’autres Pigeons plus jeunes et plus robustes que lui. Il à fallu même plusieurs fois mettre fin non à ses souvenirs et à ses regrels, mais à ses combats à ce sujet, souvent et vainement renouvelés , en