E.-H. DESPORTES. -— OBSERVATIONS
fermant complétement à lui et à tout compétiteur les loges qu’il avait habitées. |
Les souvenirs qui lui restaient de ses anciennes affections se mêlaient à ses rapports avec ses semblables le plus souvent, et témoignaient ainsi de leur ténacité. Mais, hors ces cas, l’Oiseau faisait usage avec eux d’un certain degré de modération, de jugement, de prudence réelle ; sans exprimer nulle crainte , nulle peur plus grandes que le danger, il avait toujours le soin de se retirer des lieux qui lui étaient plus ou moins indifférents , dès qu’il pouvait apercevoir que pour cette place naîtrait bientôt pour lui l’occasion d’une querelle , d’un combat. En devenant vieux, il se bat de plus en plus rarement, et cherche évidemment à terminer toute lutte par une retraite plus ou moins empressée. Il paraît se comporter ainsi moins par peur que pour éviter une défaite, une douleur; et sachant que ses forces désormais le trahissent, il tâche de se retirer de toute rixe le mieux et le plus promptement qu’il peut. Néanmoins 1l maintient assez bien son droit, acquis par lPhabitude de chaque jour, de se tenir dans un lieu, à la vérité un peu obscur et un peu écarté, mais tout voisin de quelques autres points occupés par des familles qui s'étaient à leur tour accoutumées à sa présence près d'elles. |
Une fois décidément vieux, il n’est plus querelleur, et paraît dominer la passion de la colère. Quand il se bat, ce n’est plus guère de lui que vient la provocation : on dirait qu'il se bat presque sans passion, comme par une froide nécessité, qui ne convient plus à ses forces. Il n’a que le soin de se défendre. Si son adversaire est plus vigoureux que lui, il pare les coups, gagne du temps, et se retire vers quelque lieu où son adversaire ne le suivra pas; au contraire, son adversaire, trop jeune, est-il plus faible que lui, il ralentit bientôt ses coups , et, sans poursuivre son avantage , il le laisse s'éloigner. |
Dans ses rapports avec l’homme, il n’a pas semblé , dans sa vieillesse , doué de plus ou moins d'intelligence et d'affection que dans les âges antérieurs. Îl était apprivoisé, mais seulement jusqu’à ce degré de ne pas perdre tout soin de se laisser prendre, excepté parfois lorsqu'il s’oubliait pour satisfaire son goût pour le chènevis , ou surtout le désir de suivre une femelle.
Sa vieillesse , en effet, est remarquable par l'influence qu’exercent encore l’appareil de la génération et les passions qui en naissent.
L’Oiseau ayant perdu sa première femelle au bout de sept ans, et devant être considéré déjà comme vieux , on le laissa entièrement libre d’en choisir une nouvelle. Il ne fut pas très longtemps sans y réussir, ce qu'il dut peutètre à ses manières de séduction plus douces que celles des mâles parmi