‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 191 sur 228 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE ET LES AGENTS DU TRAVAIL DIGESTIF.

Les recherches qui précèdent, jointes au mémoire que j'ai récemment publié sur la digestion des matières amylacées , ont eu pour but d'établir que le pancréas ne remplit aucune fonction essentielle dans la digestion , et de restituer, en même temps, à l’estomac l'exercice plein et entier de son action sur toutes les matières alimentaires indistinctement; mettant ainsi la théorie d'accord avec l'expérience de tous les jours , et avec ce sentiment, en quelque sorte, instinctif, sous l’inspiration duquel savants et ignorants ont, de tout temps, attribué, d’une manière exclusive, aux vicissitudes de l'estomac, les troubles survenus dans le travail digestif.

Ces recherches viennent, en outre, apporter la dernière pierre, et, pour ainsi dire, la clef de voûte à mon système sur la digestion, en donnant aux principes généraux établis dans mon Traité analytique une pleme et entière confirmation.

Qu'il me soit done permis de saisir l’occasion solennelle qui m'est offerte aujourd'hui, pour mettre en évidence les pointsles plus saillants de ce système , et pour appeler sur eux l’épreuve de la discussion.

Il y a un siècle et demi environ , Boerhaave définissait la digestion, d’une manière aussi juste que concise, pas ces quelques mots : Liquor diluens , vis conterens , vas coercens. Or, selon moi, c'est encore à cette théorie si simple, qu'après bien des détours, il faut revenir aujourd’hui ; ainsi que je vais essayer de le démontrer, en commentant successivement les trois points que cette définition comporte.

Liquor diluens. — Contrairement à l'opinion généralement admise, j'ai établi en principe que, de tous les fluides qui se déversent dans le tube gastro-intestinal, un seul (liquor) mérite, en effet, la dénomination de fluide digestif proprement dit, c’est le suc gastrique ; car lui seul exerce une action véritablement chimique sur les aliments ; tandis que les autres , savoir la salive, la bile, le suc pancréatique, en un mot, les fluides muqueux de toute espèce, ne sont autre chose que des produits excrémentitiels, qui, avant d’être expulsés définitivement de l’économie, lui rendent encore un dernier service, si je puis m’exprimer ainsi, soit en facilitant le glissement des matières ingérées, soit en protégeant les surfaces qu’elles lubrifient , soit même, comme nous venons de le voir, en contribuant par leur viscosité à l’émulsionnement des matières adipeuses.

Il résulte de là qu’en définitive le rôle qui est départi à ces fluides est exclusivement mécanique et, du reste, tellement secondaire, qu'on peut le supprimer, sans que la digestion cesse de s’accomplir assez régulièrement pour l'entretien de la vie, pendant de longues années; ainsi que je l'ai fait voir, notamment pour la bile, c’est-à-dire pour celui de ces fluides auquel les physiologistes avaient jusqu'ici attribué le plus d'importance.

Le tube gastro-intestinal n’est donc pas seulement destiné à l’élaboration et à l'absorption des matériaux propres à réparer les pertes que l’économie a subies ; c’est aussi le réceptacle d'un grand nombre de produits excrémentitiels, véritable égout qui reçoit, de distance en distance, les immondices de l’économie, pour les transmettre au dehors ; en un mot, c’est le rendez-vous commun des matières, en

314 BLONDLOT.

quelque sorte usées que l'organisme rejette , et des matières nouvelles qui viennent prendre leur place; ce qui explique ces motsde l'oracle de Cos : Venter omnibus dat et ab omnibus accipit.

Le suc gastrique étant le seul et unique agent chimique de la digestion, comment opère-t-il, et comment se fait-il qu’étant toujours identique, il puisse étendre son action aux substances à la fois si nombreuses et si variées qui constituent l’alimentation des différentes espèces zoologiques ? Telle est la double question qu’il s’agit de résoudre.

Ïl n’est pas encore bien éloigné de nous le temps où la plupart des physiologistes attribuaient à l'intervention du fluide gastrique une prétendue transsubstantiation des principes les plus hétérogènes les uns dans les autres ; il est même à remarquer que les idées émises récemment sur la décomposition des graisses et des fécules dans le travail digestif peuvent être considérées comme le dernier vestige de cette ancienne doctrine ; circonstance qui, peutêtre, n'a pas été étrangère au succès qu’elles ont obtenu; tan nous avons d'attrait pour les légendes qui ont bercé notre enfance !

Or, j'ai fait voir que ces décompositions chimiques n’ont jamais lieu ; de sorte que, selon moi, la transmutation des aliments dans le tube digestif ne doit plus figurer désormais que dans les archives ‘le la science, à côté de la transmutation des métaux dans le laboratoire des alchimistes (4).

D'autre part, j'ai démontré aussi, contrairement à l'opinion émise par quelques auteurs modernes , que l’action spécifique exercée par le suc gastrique sur les aliments ne consiste pas davantage dans une dissolution, en prenant ce mot dans son acception technologique. La vérité est, à mon avis, entre ces deux opinions extrèmes ; car l’action déployée par le fluide chymificateur n’est pas, à beaucoup près, aussi compliquée que l’avaient imaginé les premiers, ni pourtant aussi simple que se l’étaient figuré les seconds.

(1) Sans doute, par celà même que ie suc gastrique produit le ramollissement des substances albuminoïdes , il exerce sur elles une action chimique ; mais cette action se borne à une simple modification, qui ne va pas jusqu'à un changement de nature. On dirait qu'alors l'affinité de cohésion est diminuée, tandis que l’affinité de composition semble, au contraire, être devenue plus énergique : aussi,

les matières chymifiées résistent-elles à la putréfaction beaucoup plus longtemps qu'auparavant.

C'est une action sut generis, en vertu de laquelle certaines substances, tout en conservant intégralement leur composition chimique, perdent une partie de leur cohésion, ou, autrement dit, se ramollissent (Liquor diluens), de manière à pouvoir se réduire en molécules plus où moins ténues, sous l’influence des agents mécaniques les moins énergiques. Du reste, l'intervention du sue gastrique, qui doit être rapportée à la catégorie des catalyses, tient, comme je l’ai fait voir, à une sorte de ferment éminemment altérable, qui ne déploie sa vertu qu'en présence d’unacide (4).

Le suc gastrique n’agit directement que sur certaines substances azotées d'origine organique, qui, tant par leurs propriétés générales que par leur composition élémentaire, semblent appartenir à une même famille chimique, ayant la protéine pour radical. Toutelois, le même agent étend aussi son action, mais indirectement, sur les deux autres classes de matiéres alimentaires, c’est-à-dire sur les matières amylacées et sur les matières grasses.

Les premières, en effet, se présentent, comme on sait, à l’état de grains plus ou moins volumineux, formés de membranes concentriques, qui elles-mêmes sont constituées par des granules élémentaires d’une extrême ténuité. Or, comme ces granules adhèrent les uns aux autres par l’interposition d’un enduit azoté presque imperceptible, il s'ensuit qu'en ramollissant cet enduit, le sue gastrique leur permet de se séparer avec facilité (2).

Quant aux substances grasses, nous avons vu dans le présent mémoire, quel rôle important les matières albuminoïdes et amylacées, réduites en pulpe chymeuse, sont appelées à jouer dans l’émulsionnement ; de sorte que, en définitive, la même cause qui dispose les premières à se scinder en molécules, permet aux secondes de se désagréger en granules, et favorise indirectement, chez les troisièmes, la disposition à prendre l’état de globules.

N'est-ce pas ici le lieu de faire remarquer avec quelle puissante simplicité de moyens la nature sait atteindre son but, à travers des complications qui, au premier aperçu, sembleraient inextricables ?

(1) J'ai démontré que le principe acide qui domine dans le suc gastrique n'est point un acide absolument libre, mais bien du biphosphate calcaire. — Voir mon Mémoire sur la nature et l’origine de ce principe.

(2) Voir mon Mémoire sur la Digestion des matières amylucees.

316 BLONDLOT.

Voyez, en effet, combien les aliments dont se nourrissent les différentes espèces zoologiques présentent de variété sous le rapport de leurs propriétés soit physiques soit chimiques ; à combien de réactifs divers l’art ne devrait-11 pas avoir recours, s’il s'agissait de lès amener tous à l'extrême atténuation nécessaire pour qu'ils puissent pénétrer dans l’organisme, à travers l’enveloppe poreuse qui le limite intérieurement? Eh bien! la nature, fidèle au grand principe d'unité qui caractérise ses œuvres , sait arriver à ses fins, soit directément, soit mdirectement, au moyen d’un seul et même fluide ; encore, ce réactif unique présente-t-il, au premier abord, des propriétés si peu saillantes que, pendant longtemps, non-seulement on a douté de sa vertu, mais qu’on a été jusqu’à méconnaitre son existence.

Vis conterens. — Des considérations qui précèdent, il résulte que le sue gastrique lui-même n’est, à bien prendre, que la cause prédisposante de la chymification ; car enfin, quel que soit le degré de ramollissement auquel cet agent chimique ait amené la matière alimentaire par son action intestine, il faut toujours qu’une foree mécanique vienne terminer le travail dans ce qu’il a d’essentiel, en amenant cette matière à un degré d'atténuation suffisant pour qu'elle puisse être absorbée par les orifices des chylifères. Or, cette intervention d’une force triturante (vis conterens ) est également nécessaire pour les trois classes d’aliments; car, sans elle, les matières protéiques etamylacées, quelque ramollies qu’elles soient, resteraient sans se désagréger, et, de même aussi, les matières grasses manqueraient de l'agent actif sans lequel elles ne peuvent s’émulsionner. C’est donc à bon droit que, dans mon Traité de la digestion, j'ai pu m’exprimer ainsi :

« On le voit, considérée d’une manière générale, la chymificalion n’est, en dernière analyse, qu’une dissolution ou une division de la matière, qui ne subit, dans ce changement d'état, aucune espèce de décomposition. Pris dans un sens large, le système des mécaniciens était donc, de tous les systèmes anciens, celui qui s’approchait le plus de la vérité; car, en définitive, il aboutissait à ce principe, que les matières alimentaires s’introduisent dans l’organisme avec toute leur intégrité de composition, et sans subir aucune de ces métamorphoses chimériques auxquelles les chimistes

d'autrefois avaient recours pour expliquer la digestion. Au surplus, et ce fait est digne de remarque, les découvertes les plus récentes des chimistes modernes viennent iei prêter leur appui au système que leurs devanciers ont combattu avec tant de persévérance, en prouvant, de la manière la plus péremptoire, que l’on rencontre tout formés dans le règne végétal, une partie des principes azotés qui constituent l’organisme animal, et qu'en conséquence, le travail digestif doit se borner à leur faire subir un simple changement d'état ou de forme qui les rende absorbables , sans en altérer la nature. On peut notamment consulter, sur ce point, le brillant Essai de statique chimique des corps organisés, publié par M. Dumas; on y verra que, considérant la digestion sous un point de vue général, ce célèbre chimiste ne lui attribue, en définitive, d’autre effet que de dissoudre ou de diviser les aliments, de façon, dit-il, que les matières solubles passent dans le sang, inaltérées pour la plupart; tandis que les matières insolubles arrivent dans le chyle, étant assez divisées pour être aspirées par les orifices des vaisseaux chylifères (1). » mis

(1) Il est intéressant, à plus d'un titre, de comparer ces lignes, qui datent d'hier, avec le passage suivant, extrait du Traité de la digestion, par Hecquet, qui vivait, comme on sait, il y a plus d’un siècle et demi.— Tome II, page 3 : « La digestion , dit-il, n'est qu'une décomposition qui doit conserver aux substances dissoutes leur caractère et leur qualité naturelle ; de sorte que la nourriture qu’elles opèrent soit une sorte de revivification de sucs déjà formés qui se trouvent en nature, et qui vont s'unir aux parties qu'ils vont nourrir. Il est donc vrai de dire que la digestion est moins une dissolution de principes que @e parties intégrantes, qui, perdant leur forme sans quitter leur nature, restent propres à se corporiser ou à composer des parties semblables à celles dont elles sont comme les débris. »

« Ceci doit faire comprendre que la digestion est une opération très simple , établie uniquement par la nature pour donner de la fluidité aux aliments, et pour les mettre en état de passer en nourriture. C’est donc prêter en ceci de fausses vues à la nature, ou lui attribuer des intentions imaginaires, que de lui imputer celle de changer les aliments en des substances étrangères, essentiellement diffêrentes de celles dont ils sont composés... Cette idée de la digestion étant simple doit la faire reconnaître pour naturelle, avec d'autant plus de fondement qu'elle remplit toutes les vues de la nature même dans cette opération. Mais elle exclut celle de transmutation, qui doit, si l’on en croit le vulgaire, s'introduire dans le chyle par la digestion, comme si les aliments, en changeant de consistance, doivent changer de nature. » — Je crois bon de faire observer ici que je n'adopte les idées de l’auteur que relativement à la digestion proprement dite ; car il est

re —

318 BLONDLOT,

Or, cette théorie si simple, à laquelle l'anteur a été conduit par de hautes considérations philosophiques, est précisément celle à laquelle je suis arrivé moi-même par la voie de Fexpérience; et, je l'avoue, ce n’est pas sans quelque satisfaction que j'ai vu le résultat de mes recherches confirmer ainsi les heureuses inspirations d’un savant aussi distmgué.

En résumé, il reste démontré pour nous que la trituration qui s'effectue dans l’estomac (vis conterens) est, au point de vue philosophique, la partie fondamentale de l'opération, puisque le suc digestif lui-même n’a pour effet que de lui venir en aide , en promur la résistance à la quantité de force dont elle dispose.

& C’est particulièremient dans la région pylorique , avons-nous dit, pe le mouvement dont il s’agit offre le plus d'activité ; aussi estce là que le tissu musculaire est le plus épais , le plus dense. Dans certains antmaux, notamment dans beaucoup de poissons et de reptiles, cette partie du viscère forme ordinairement un boyau étroit et peu dilatable, où l'aliment ne peut pénétrer qu'en petite quantité à la fois. On sait, en effet, que la plupart de ces animaux se repaissent d’une proie volumineuse, qu’ils avalent sans la dépecer ; or, à mesure que des lambeaux ramollis par l’action du sue gastrique viennent à s’en détacher, ils arrivent dans le boyau pylorique, qui les pétrit, en quelque sorte, et ne leur livre passage qu'après qu’ils ont été convertis en une pâte d'apparence homogène. Les fonctions du boyau pylorique sont donc analogues à celles du gésier, chez les Gallinacées. Or, comme, d’un autre côté, entre ce boyau et la portion pylorique de Pestomac des Mammifères, il n’y a que des différences graduées , il faut en conclure que le pylore est une sorte de gésier rudimentaire plus spécidement chargé d'opérer la trituralion des aliments, et de les convertir, par pelites fractions, en cette espèce de pâte molle, mais hétérogène, qu'on appelle Le chÿme, et qui est le but ultime du travail digestif.

Vas coercens. — L'estomac a généralement un triple rôle à remplir dans l'acte digestif : le premier est de sécréter le fluide spécial

évident que, une fois absorbés, certains éléments nutritifs éprouvent des décompositions radicales, par suite desquelles ils s'assimilent aux différents éléments de l'organisme. On peut consulter , à cet égard, mon Æssai sur les fonctions du foie.

qui ramollit les aliments ; le second est d'agir sur eux mécaniquement, de manière à les mélanger, à les broyer, et finalement à les expulser, lorsqu'ils sont réduits à l’état de molécules suffisamment ténues ; et le troisième enfin est d'offrir une capacité plus ou moins spacieuse, dans laquelle ils se logent, soit pendant la chymification même , ce qui à lieu chez la généralité des animaux, soit avant qu'ils soient soumis au travail digestif proprement dit, dans quelques espèces particulières. Or, il est des cas où chacune de ces trois attributions est répartie entre plusieurs organes plus où moins distincts ; c'est ce qui a lieu, par exemple, chez les Oiseaux granivores, dont les trois ventricules peuvent être considérés comme un estomac décomposé : le premier, ou jabot, étant simplement une capacité ; le second, ou ventrieule succenturié, l’organe sécréteur ; et le troisième, c’est-à-dire le gésier, l’agent triturateur. Dans d’autres espèces, un seul ventricule réunit deux attributions ; c’est ce qu’on remarque notamment dans quelques Échassiers et dans quelques Palmipèdes, où le jabot et le ventricule suecenturié s’entremêlent etse confondent ; tandis qu'au contraire, chez lesCyprins, à un simple anneau glanduleux qui représente l’organe sécréteur, succède un boyau pylorique spacieux et à parois épaisses, qui réunit la capacité à l'agent de trituration. Mais ces cas sont, pour ainsi dire, exceptionnels, et, dans la grande majorité des animaux, les trois fonctions sont remplies simultanément par un même organe. Toutefois, même dans ce cas, on reconnait encore assez souvent que chacune d’elles est distribuée d’une manière corrélative aux différentes parties du viscère; de sorte que la portion cardiaque, qui est souvent séparée du reste par un étranglement plus ou moins marqué, représente la capacité, le corps du viscère ou sa partie moyenne l’organe sécréteur , et la portion pylorique l'agent triturateur.

Considéré sous le rapport de la capacité exclusivement (vas coercens), l'estomac se présente le plus ordinairement sous la forme d'une poche plus où moins dilatable, dont la configuration est telle, dans les différentes espèces zoologiques, qt’on serait d’abord tenté dé croire que la nature s’est fait un jeu de donner à cet organe les formes les plus bizarres et les plus capricieuses ; toutefois, en examinant les choses de plus près, on ne tarde pas à s’aperce-

320 BLONDLOT. —- RECHERCHES , ETC.

voir que ces formes si variées sont partout en harmonie avec le régime alimentaire auquel l’animal est soumis , et qu'ici, comme dans toutes ses œuvres, la nature est toujours admirable.

Il n’est pas de mon sujet d'entrer plus avant dans ces détails de structure, qui concernent spécialement l’anatomie comparée. Je ferai seulement remarquer, en terminant, que, des deux ouvertures qui existent généralement à l’estomae, celle qui le sépare.de l’æœsophage est loin d’être constante dans la série zoologique ; car, dans un grand nombre de cas, le canal œæsophagien se confond avec la parie cardiaque, dont il augmente la capacité, et dont il remplit alors les fonctions, en quelque sorte, passives.

Le rétrécissement pylorique , au contraire, est remarquable par sa constance, dans les estomacs les plus simples, comme dans ceux qui, par leur complication plus apparente que réelle, s’éloignent le plus de la formule générale. C’est que le pylore n’est pas, comme le cardia, une simple ouverture qui, en se resserrant, empêche les aliments de s'échapper pendant le travail digestif; c’est aussi et surtout, avons-nous dit, un organe éminemment actif, qui fait subir au chyme la dernière et la plus importante des modifications qui le constituent.

Il suit de là que le pylore forme la limite plus ou moins tranchée qui sépare la portion du canal alimentaire en deux parties distinctes relativement à leurs fonctions : l’une qui met les matières nutritives insolubles en état d’être absorbées, et l’autre qui effectue cette absorption ; de sorte que, par suite de cette division du travail, au lieu de se faire graduellenient dans les différentes sections de ce conduit, conformément à l'opinion de certains phystiologistes, la digestion proprement dite s'accomplit tout entière, et pour tous les aliments à la fois, dans une seule et même capacité (vas coercens), qui, tantôt simple et tantôt multüiloculaire, n’en reste pas moins tou- Jours essentiellement identique.

Or, l'unité se trouvant ainsi réalisée, dans l'acte digestif, sous le rapport du lieu, comme sous celui du temps et des moyens, il ne nous resie plus, ce me semble, qu'à adopter la définition de Bocrhaave : Liquor diluens, vis conterens, vas coercens, quirésume, en six mots, toute ma théorie.

MONOGRAPHIE DES BALISTIDES,

Par M. HOLLARD.

suite (1).

Page 1