‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 76 sur 228 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

Aperçu historique.

« Je n’ai pas l'intention de rapporter ici toutes les hypothèses qu’on a pu faire sur les fonctions du grand sympathique ; je désire seulement rappeler dans leur ordre chronologique les principales expériences qu’on a tentées sur ce nerf à diverses époques. Cette indication historique montrera, mieux que toute autre discussion , la part et la succession des efforts de chacun dans l'étude expérimentale, si difficile, de cette partie du système nerveux.

» La première expérience sur la portion cervicale du nerf grand sympathique appartient à Pourfour du Petit. Dans un Mémoire très remarquable publié dans les Mémoires de l’Académie des sciences, pour 4727 (1), cet auteur soutient déjà que la portion cervicale du grand sympathique ne naît pas dans la tête (de la cinquième et sixième paire) pour descendre vers le thorax comme l’avaient cru Vieussens et Willis, mais qu’elle monte au contraire de la partie postérieure du corps (chez les animaux) vers la tête, pour se terminer dans les veux, avec les deux nerfs précités. La preuve que Petit en donne, c’est que, quand on coupe le nerf sympathique dans le cou ,

(1) Mémoire dans lequel il est démontré que les nerfs intercostaux fournissent des rameaux qui porlent des esprits dans les yeux, p. 1.

| Ps FL y , DL €. BERNARD. — RECHERCHES EXPÉRIMENTALES , ETC. À77

chez les animaux (Chiens) (2), les effets de sa paralysie se manifestent au-dessus de la section vers les yeux , qui offrent alors un rétrécissement de la pupille, un affaissement de la cornée , une rougeur et une injection de la conjonctive ; de plus , la troisième paupière est saillante et s’avance au-devant de l'œil. Petit ajoute que le sympathique influence les glandes et les vaisseaux de l'œil, qui, après la section du nerf, perdent leur ressort et s’emplissent de sang ; il explique très bien aussi le rétrécissement de la pupille par la paralysie des fibres du sympathique, qui, après s'être unies aux filets ciliaires, doivent aller dilater la pupille. Enfin il signale encore un rapetissement du globe oculaire quand les animaux vivent un certan temps.

» Tous les phénomènes signalés précédemment se produisent lorsqu’au lieu de couper le filet sympathique au cou, on extirpe le ganglion cervical supérieur ou l’inférieur. |

» Dupuy en 1816 (2), Bracheten 1837(3), John Reid en 1838 (4), n’ajoutèrent rien de bien essentiel à l'expérience de Pourfour du Petit. Ils signalèrent tous comme conséquence de la section du filet sympathique au cou, ou comme résultat de l’extirpation des ganolions cervieaux de ce nerf, le rétrécissement de la pupille, la rouœeur de la conjonctive, l’enfoncement du globe oculaire dans l’orbite et la projection du cartilage de la troisième paupière au-devant de l'œil. |

» Quoi qu'il en soit, c'est ce phénomène du rétrécissement de la pupille qui avait attiré plus spécialement l'attention des expérimentateurs , dans ces derniers temps ; c’est à ce fait surtout que se sont adressées toutes les explications proposées et toutes les expériences nouvelles qui firent faire quelque progrès à cette question.

(1) Chez les Chiens , le cordon sympathique au cou est uni . le: vague, qu'il est impossible par conséquent de ménager. Petit, qui n'ignore pas celte disposition , distingue très bien dans cette section complexe les effets qui dépendent de la section du pneumogastrique de ceux qui appartiennent au sympathique.

(2) Mémoire sur l'ectirpation des ganglions guliuraux chez le cheval (Journal de médecine de Leroux , t. XXX VII ).

(3) Système ganglionnaire. Paris, in-8, p. 414,

(4) Physiological, pathological and anatomical researches, p. 96.

A° série, Zoor. T. I. (Cahier n° 3.) 4 12

#, à, | .# : R + ; k \ Ps 178 C. BERNARD. — RECHERCHES EXPÉRIMENTALES

» En 1846, M. Biffi (de Milan) (A) observa cet autre fait nouveau que, lorsque la pupille est rétrécie par suite de la section du nerf sympathique , on peut lui rendre son élargissement en galvanisant le bout céphalique du nerf sympathique coupé.

» À peu près à la même époque , le docteur Ruete (de Vienne) (2) ayant remarqué que dans la paralysie de la troisième paire de nerfs, la pupille dilatée etimmobile peut encore s’agrandir sous l’influence de la belladone, en conelut que l'iris reçoit deux espèces de nerfs moteurs correspondant à ses deux ordres de fibres musculaires , et que le grand sympathique, en animant les fibres musculaires radiées, produit le mouvement de dilatation, tandis que le nerf moteur oculaire commun, en animant les fibres circulaires, détermine au contraire le mouvement de contraction de l'iris.

» En 1651, MM. Budge et Waller (3) reconnurent que, dans son action sur la pupille, le filet cervical du grand sympathique n’agit que comme un conducteur qui transmet une influence dont le point de départ est dans une région de la moelle épinière que précisèrent ces expérimentateurs, et à laquelle ils donnèrent le nom de région cuho-spinale. Cette région est comprise entre la dernière vertèbre cervicale et la sixième vertèbre pectorale inclusivement.

» Toutefois ces auteurs, en signalant ce résultat, s’attachèrent uniquement à l'explication du rétrécissement de la pupille. Ils admettent aussi qu'après la section du sympathique, les fibres radiées de l'iris (muscle dilatateur) sont paralysées, d’où il suit que l’action des fibres cireulaires (muscle constricteur) prédomine et rétrécit l'ouverture pupillaire. Si, quand on galvanise la région de la moelle à laquelle le sympathique prend naissance, on voit la pupille se dilater, cela vient encore, suivant eux, de ce que, sous l'influence galvanique, le nerf sympathique moteur excite l’action des fibres radiées; leur contraction énergique surpasse alors temporairement l'action des fibres circulaires et détermine la dilatation de la pupille.

» Depuis plusieurs années , en montrant dans mes cours publies

(4) Jntorna all influenza che hanno sull’ occhio à due nervi grande simpatico e vago ; dissert. inaug. del D' Serafino Biffi Milanese. Pavia, 1846.

(2) Ruete, Klinische Beitraege, etc.

(3) Compte rendu de l'Académie des sciences, p. 378.

SUR LE GRAND SYMPATHIQUE. 179 les effets de la section de la portion eéphalique du grand sympathique, j'ai insisté sur ce point qu'au lieu de poursuivre une explication exclusive pour rendre compte des modifications de la pupille, il faudrait en chercher une pour tous les autres phénomènes qui surviennent et disparaissent simultanément de telle façon qu'ils semblent naître sous l’influence d'une cause commune. Tous ces phénomènes simultanés et connexes sont, ainsi que nous l'avons vu :

» 1° Le rétrécissement de la pupille et la rougeur de la con-

Jonctive ;

» 2 La rétraction du globe oculaire dans le fond de l'orbite, ce qui fait saillir le cartilage de la troisième paupière, et le porte à venir se placer au-devant de l'œil ;

» 3° Le resserrement de l'ouverture palpébrale , et en même temps une déformation de cette ouverture qui devient plus elliptique et plus oblongue transversalement ;

» ° L’aplatissement de la cornée et le rapetissement consécutif du globe oculaire, |

» Outre les phénomènes précédents, j'ai encore signalé le rétrécissement plus ou moins marqué de la narine et de la bouche du côté correspondant; mais j'ai surtout indiqué une modification toute spéciale de la circulation, coïncidant avec une erande augmentation de caloricité et même de sensibilité dans les parties,

» J'étudiai ces faits, qui n’avaient été signalés par personne avant moi, comme résultat de la destruction du grand nerf sympathique (4), et le 29 mars 1852, je lus à l’Académie des sciences une

(1) Bien que ce phénomène de calorification et d'augmentation de sensibilité eût dù se manifester entre les mains de tous les expérimentateurs, personne ne l'avait cependant remarqué , et ne lui avait donné sa signification : c'est à peine s'il avait été noté, Dupuy parle dans deux de ses expériences sur des chevaux de chaleur passagère et de sueurs même survenues dans quelques parties de la face ou de la nuque. Mais cet observateur ne pense pas le moins du monde à caractériser le phénomène, qu'il confond, du reste, dans la description des symptômes d'une carie de l'occipital qui existait coïncidemment dans un cas, et d’une carie de l'os maxillaire qui existait dans l’autre. Il le signale, au reste, chez d’autres animaux qui n'avaient pas eu les ganglions extirpés, mais qui présentaient des

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note sur l'influence du nerf grand sympathique sur la chaleur animale.

» Dans cette note à l’Académie des sciences, je me bornai à décrire les phénomènes, et à signaler leur condition de production sans vouloir entrer aucunement dans leur explication. Cependant, au

maladies des fosses nasales ou des os maxillaires (voyez l'ouvrage du même auteur sur l'Affection tuberculeuse, Paris, 4847).

[ reste donc évident que Dupuy n’a pas distingué ni compris le phénomène comme résultat physiologique de l’extirpation des ganglions sympathiques, ainsi que nous le démontrent les conclusions de son mémoire, que je transeris littéralement et complétement (*) :

« Des expériences que nous avons rapportées, il résulte :

» 4° Que la situation profonde des ganglions supérieurs des nerfs grands sym- » pathiques ne s'oppose point à leur excision sur l'animal vivant:

» 2° Que l'opération nécessaire pour enlever ces ganglions est simple, peu dou- » loureüse, et n'est accompagnée ni suivie d'événements fâcheux ;

» 3° Que les phénomènes qui se manifestent, et qui sont indépendants de l'o- » pération, sont le resserrement de la pupille, la rougeur de la conjonctive, l’amai- » grissement général accompagné de l'infiltration des membres, et de l’éruption » d’une espèce de gale qui finit par affecter toute la surface cutanée ;

» 4° Enfin, quon est en droit de conclure que ces nerfs exercent une grande » influence sur les fonctions nutritives. »

En lisant le mémoire de Dupuy avant la publication de mon travail, aucun des nombreux auteurs qui l'ont cité n’a pu y voir et n'y a vu que la calorification des parties fût la conséquence de l’extirpation des ganglions cervicaux; car cela n'y est pas dit. Mais qu'aujourd'hui que j'ai caractérisé le phénomène, on trouve, en lisant rétrospectivement les expériences du professeur d’Alfort, ou même celles d'autres auteurs, qu'il y a dans les descriptions des mots, des phrases, des passages qui doivent se rapporter à ce que j'ai décrit, ce n'est pas la question que j'examine; car il est clair, ainsi que je l'ai déjà dit, que les expériences ont dû donner les mêmes résultats entre les mains de tous les expérimentateurs qui ont dû, par conséquent, avoir tous le phénomène en question sous les yeux. Mais il est si facile d’avoir un phénomène sous les yeux et de ne pas le voir, tant qu'une circonstance quelconque ne vient diriger l'esprit de ce côté! En 1842, j'ai fait un grand nombre de sections du sympathique et d'ablation des ganglions cervicaux de ce nerf sans me douter que cette opération produisit le réchauffement des parties, bien que je connusse cependant les expériences de Dupuy. Si, dix ans après, c'est-à-dire en 4852, j'ai découvert le fait, cela tient à ce que je m'étais placé à un point de vue différent pour observer les résultats de l'expérience.

(*) Mac, cit,

premier abord, il était difficile de ne pas croire que cette augmentation de caloricité et de sensibilité ne füt pas consécutive à une plus grande activité circulatoire. Mais comme j'avais observé des cas dans lesquels l’activité circulatoire semblait être le phenomène secondaire au lieu d’être le fait primitif, je me bornai à mdiquer la possibilité des deux hypothèses, en disant que la caloricité n’était pas toujours en raison directe de la vaseularisation des parties.

» Depuis lors je continuai mes recherches , et je signalaï la même année, dans mon cours, que le galvanisme appliqué sur le bout supérieur du sympathique au cou , faisait disparaître les troubles produits par la section du nerf. Ces résultats furent publiés plus tard dans les Comptes rendus de la Société de biologie (octobre et no vembre 1852).

» Mais pendant que je poursuivais mes expériences en France, M. Budge en Allemagne, M. Waller en Angleterre, et M. Brown- Séquard en Amérique , chacun , de leur côté , étaient à la recherche de l'explication du phénomène que j'avais découvert.

» M. Budge (1) rattacha cette calorification à la région eilio-spinale de la moelle, ce qui pouvait confirmer, sans doute, que la partie cervicale du sympathique nait en ce point, mais ce qui n’ajoutait en réalité rien au phénomène lui-même.

» M. Waller (2) fit pour les artères le même raisonnement que pour la pupille. Il admit que la section du filet cervical du sympathique qui est moteur, amène une paralysie des artères de la face , qui se relichent, se dilatent et se remplissent d’une plus grande quantité de sang. Ainsi s'explique pour lui la calorification des parties. Si l’on galvanise le sympathique, on fait contracter les artères, le sang en est expulsé et Le refroidissement survient.

» À son retour en France, M. Brown-Séquard réelama pour lui la théorie de la stase du sang par la paralysie des artères, et il annonça avoir vu le premier en Amérique que la galvanisation du sympathique amène le refroidissement des parties et la contraction des artères. Je n’entrerai pas dans des discussions de priorité relativement à des faits qui datent tous de la même année , et qui se sont

(1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1853, (2) Idem.

182 C. BERNARD, — RECHERCHES EXPÉRIMENTALES développés immédiatement comme corollaires tout naturels de ma première expérience. Je me félicite seulement de l’empressement que les expérimentateurs cités plus haut ont mis à me suivre dans l'étude de ces phénomènes de calorification. Cela me prouve qu'ils les ont trouvés importants et dignes d'intérêt.

» M. R. Wagner (de Gœttingue) s’est encore livré dans ces derniers temps à des expériences très intéressantes sur lé grand sympathique, mais qui ne se rapportent point directement à la question d'augmentation de caloricité et de sensibilité que nous examinous 101. »

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