DE L'INFLUENCE DU NERF GRAND SYMPATHIQUE SUR LA CALORIFICATION
« Depuis longtemps j'avais été frappé du grand nombre de faits contradictoires qui existent dans la science relativement à l'influence des lésions nerveuses sur la colorification des parties paralysées. On a observé, en effet, dans ces circonstances , tantôt la diminution, tantôt l'augmentation de caloricité. Il y avait donc à rechercher la raison de ces dissidences dans une spécialité dés diverses espèces de nerfs ; car, quand en physiologie un phénomène s’offre avec des apparences contradictoires, on peut être assuré que ses éléments sont encore complexes et que ses conditions d'existence n'ont pas été suffisamment analysées. Il fallait ainsi examinér successivement l’influence sur la calorification des nerfs de mouvement, des nerfs de sentiment et de ceux du grand sympathique. Je commençai par ces derniers, et je dois dire qu’étant sous l'influence de l’idée très ancienne que le grand sympathique qui accompagne spécialement les vaisseaux sanguins artériels doit être le nerf qui préside aux phénomènes des mutations organiques s’accomplissant dans les tissus vivants, j’eus la pensée que sa section , en amenant une atonie des vaisseaux et un ralentissement ou une abolition dans les phénomènes cireulatoires et nutritifs, serait probablement en rapport avec le refroidissement des parties. Je fis done l’expérience, et je choisis le Lapin, parce que chez cet animal le filet cervical sympathique , qui monte à la tête en allant d’un ganglion à l’autre , se trouve facile à atteindre et très nettement distinet du nerf pneumo-
gastrique. Le résultat fut loin d’être d'accord avec ma prévision, et, au lieu du refroidissement que j'attendais , je constatai une grande élévation de température dans tout le côté correspondant de la tête. Mon hypothèse s’évanouit aussitôt devant la réalité ; mais elle m'avait mis sur la trace d’un fait nouveau qui devait rester acquis à la science : il s'agissait de l’étudier, de l’isoler et de lui donner une signification parmi les phénomènes qui se rapportent à l’histoire du système nerveux sympathique. »
$ Ir, — Le nerf grand sympathique est-il le seul dont la section produise de la calorification ?
«Comme c’était sur le nerf sympathique de la face que j'avais d’abord expérimenté, je pensai qu'il valait mieux agir sur les nerfs de sentiment et de mouvement de cette même partie du corps, afin d’avoir des phénomènes plus facilement comparables. »
1° Expériences sur le nerf de la cinquième paire. — Le 21 décembre 1851, M, Bernard fit la section de ce nerf dans le crâne du côté gauche sur un Lapin. Avant l'opération on n’apercevait aucune différence de température entre la température du pavillon auriculaire des deux côtés. Environ une demi-heure après , celui du côté opéré était notablement plus froid. Le lendemain le thermomètre y marquait 34 degrés à droite et seulement 31 degrés à gauche.
A cette période de l’expérience, les symptômes inflammatoires de l'œil , décrits par M. Magendie comme une conséquence de la section de ces nerfs, se manifestèrent, mais sans élévation de la température. L'auteur fit alors la résection du filet sympathique du même côté, et, quelques instants après , il vit la température de l'oreille de ce côté non seulement se rétablir comme du côté opposé , mais s’y élever à 37 degrés ; tandis que du côté laissé dans l’état normal, le thermomètre ne marquait que 81 degrés. Cette différence persista les jours suivants.
L'auteur ajoute qu'il a souvent répété la section du nerf de la cinquième paire, et qu'il a toujours vu cette opération être suivie d’un abaissement de température dans la partie correspondante de Ja tête. Mais si alors on fait la section du sympathique, les phéno-
mènes de calorification surviennent de même , et indépendamment des lésions que produit la paralysie de la cinquième paire; et généralement on peut même dire que chacun de ces phénomènes atteint son maximum d'intensité dans des conditions vitales opposées , c’est-à-dire que les altérations dues à la section de la cinquième paire se manifestent avec d'autant plus de rapidité et d'intensité que les animaux sont plus faibles et languissants ; au contraire, le phénomène de calorification se produit avec d'autant plus de force et d’instantanéité, que les animaux sont plus vigoureux et mieux portants.
2 Expériences sur le nerf facial. — La section de ce nerf du côté gauche, près du crâne, chez un Lapin , fut suivie des phénomênes ordinaires de paralysie, et bientôt après d’une augmentation notable de la température de l'oreille du côté opéré. Le lendemain le thermomètre marquait du côté sain 30 degrés, et du côté paralysé 33 degrés. M. Bernard fit alors la section du sympathique du même côlé, et vit la température s’y élever à 36 degrés, tandis que dans l’oreille du côté sain elle ne marquait que 31°,5.
Dans une autre expérience , la section du nerf facial a été suivie d'une augmentation de température de? degrés ; le lendemain l'oreille paralysée faisait encore monter le thermomètre à 32°,5, tandis que , dans l'oreille du côté sain, cet instrument ne marquait que 31°,5; enfin la différence diminua les jours suivants, et le sixième jour la température était de 31 degrés à gauche comme à droite.
Lorsque, dans d’autres expériences de M. Bernard, ce nerf a été lésé dans l’intérieur du crâne, l'oreille paralysée n’est jamais devenue plus chaude que l’autre, et souvent même le thermomètre y marquait À degré où 1°,5 au-dessous de la température du côté sain.
«Ilse manifeste donc , ajoute l’auteur, des effets calorifiques différents, suivant que le nerf facial est coupé dans son trajet extraoriginel , ou suivant que ses fibres originaires sont coupées dans la substance même de la moelle allongée. Dans ce dernier cas, la paralysie du facial amène, au point de vue de la calorification, des effets qui ne différent pas notablement de ceux que produit la seetion de la cinquième paire; et si, pour ce dernier nerf, l’abaisse-
SUR LE GRAND SYMPATHIQUE. 185 ment de température est ordinairement plus considérable, on pourrat l’attribuer aux lésions de nutrition qui surviennent après la section du trijumeau, lésions qui ne se manifestent pas après la section du facral.
» Quand, au contraire, on coupe le facial après qu'il s’est engagé dans le canal spiroïde du temporal, et surtout après qu'il en est sorti, les effets de sa section se rapprochent beaucoup de ceux que produit le sympathique , en ee sens qu'il y a toujours une élévation marquée de température.
» Cette opposition entre les expériences précédemment citées me fit penser qu'en agissant sur la moelle allongée on paralysait uniquement les origines spéciales ou motrices musculaires du facial , car on avait une paralysie complète des muscles de la face sans augmentation de température; qu'en coupant, au contraire, le facial dans le canal spiroïde , on agissait non seulement sur les origines motrices musculaires, mais encore sur les fibres sympathiques qui s’y trouvaient adjointes, puisqu'on observait l'augmentation de température. J'étais , du reste, porté à cette interprétation des phénomènes par d’autres expériences. En effet , s’il est mcontestable , en s'appuyant sur l’anatomie comparée et la physiologie , que le sympathique, en prenant naissance dans les centres nerveux cérébro-spinaux , a des rapports de contact avec les nerfs moteurs , il faut néanmoins admettre une origine spéciale dans la substance nerveuse pour les nerfs sympathiques à raison d’une spécialité très nette de leurs propriétés. J'ai vu en particulier que le curare , qui agit d’une manière si remarquable sur le système nerveux, éteint distinctement les propriétés nerveuses , d’abord celles des nerfs de sentiment, puis celles des nerfs de mouvement , et celles des nerfs sympathiques, dont l’extinction se manifeste la dernière. J'aurai, du reste, occasion de développer ailleurs ces faits intéressants ; je veux seulement msister ici sur ce fait que l’influence sur la ealorification appartient spécialement au nerf sympathique, quand on agit sur lui isolément. Les nerfs de sentiment, comme la cinquième paire, ne peuvent être, sous ce rapport, confondus avec lui, puisqu'ils produisent un refroidissement ; et si maintenant on trouve que le facial, coupé dans son trajet extra-crânien, donne lieu à des
effets complexes, il est beaucoup plus naturel et plus logique de conclure que ce nerf, qui contracte, comme on sait, tant d’anastomoses dans le canal spiroïde , est déjà compliqué dans sa composition. Pour obtenir une solution directe de la question, et pour savoir siles nerfs moteurs purs agissent sur la calorification, je pensai qu’il était plus convenable d’agir sur les racines rachidiennes qu’on peut attemdre avant qu'elles aient subi aucun mélange. »
& Expériences sur les nerfs rachidiens, — M. Bernard ayant mis à nu sur un Chien les racines de nerfs rachidiens des membres postérieurs, et ayant constaté que dans les cuisses des deux côtés, ainsi que dans le rectum, la température était de 35°,5, il fit, du côté droit, la section des racines antérieures des quatre derniers nerfs lombaires et des deux sacrés. Deux heures après , le thermomètre, plongé sous la peau, marquait 36 degrés du côté sain et 34 degrés du côté paralysé.
La section des racines postérieures des mêmes nerfs du côté opposé fut alors pratiquée sur cet animal; une demi-heure après, on trouva que la température de la cuisse était de 34 degrés du côté paralysé du sentiment, et de 35 degrés du côté paralysé du mouvement; une heure après elle était descendue à 34 degrés du côté gauche, et à 32 degrés du côté droit.
« En résumé, dit l’auteur, il me semble résulter clairement des expériences contenues dans ce paragraphe les propositions qui suivent :
» 1° La section des nerfs du sentiment, outre l’abolition du sentiment, produit la diminution de température des parties ;
» 2° Celle des nerfs de mouvement, outre l'abolition du mouvement, a donné lieu également à un refroidissement des parties paralysées ;
» 3° La destruction du nerf sympathique, qui ne produit ni lanmobilité des muscles ni la perte de sensibilité, amène une augmentation de température constante et très considérable ;
» ° Maintenant, si l’on coupe un trone nerveux mixte qui renferme à la fois des nerfs de sentiment , de mouvement, et des filets sympathiques, on ales trois effets réunis, savoir : paralysie de mouvement, paralysie de sentiment et exaltation de caloricité, C'est ce
que l’on peut obtenir par la section du nerf sciatique, par exemple : toutefois, on comprendra que la calorification doive être , dans ce dernier cas, un peu moins prononcée, parce qu'elle estalors contrebalancée par l’abaissement que détermine simultanément la paralysie des nerfs de mouvement et de sentiment ;
» 5° D’après cela, je crois done avoir établi avec raison que cette augmentation de caloricité appartient spécialement au nerf sympathique : c'est cet effet isolé qu'il s'agira d'étudier dans les paragraphes suivants, »
S IT, — Description des phénomènes de calorification qui accompagnent la section de la partie cervicale du grand sympathique.
«J'ai observé que, lorsque sur un animal mammifère, sur un Chien,
sur un Chat, sur un Cheval, sur un Lapin ou sur un Cochon d'Inde, par exemple, on coupe ou on lie, dans la région moyenne du cou , Je filet de communication (L) qui existe entre le ganglion cervical inférieur et le ganglion cervical supérieur, on constate aussitôt que la caloricité augmente dans tout le côté correspondant de la tête de l’animal. Cette élévation de température débute d’une manière instantanée, et elle se développe si vite qu’en quelques minutes, dans certaines circonstances, on trouve entre les deux côtés de la tête une différence de température qui peut s'élever quelquefois jusqu’à 4 ou 5 degrés centigrades. Cette différence de chaleur s’apprécie parfaitement à l’aide de la main ; mais on la détermine plus convenablement en introduisant comparativement, et avec les précautions convenables, un petitthermomètre dans la narine ou dans le conduit auditif de l'animal. | |
» J'ai souvent extirpéles ganglions cervicaux supérieurs du grand sympathique chez le Chien et chez le Lapin ; chez ce dernier animal, je les ai trouvés insensibles à la pression d’une pince, ainsi que
(1) Chez le Lapin, le Cochon d'Inde, le Cheval, ce filet est isolé du pneumogastrique, et se trouve placé entre ce nerf et l'artère carotide. Chez le Chien, le Chat, le filet sympathique est confondu avec le vague , et il devient impossible de couper isolément ces deux nerfs. Le ganglion cervical moyen manque généralement chez ces animaux, excepté chez le Cochon d'Inde, où je l'ai à peu près toujours rencontré.
l'avait déjà constaté M. Flourens ; seulement leur arrachement semble toujours accompagné d’une douleur plus ou moins vive. Chez le Chien , cette sensibilité paraît un peu plus grande. L’ablation du ganglion cervical supérieur est suivie des mêmes effets calorifiques que la section du filet cervical ; seulement ces effets sont toujours plus rapides, plus intenses et plus durables. Il est inutile de citer toutes les expériences excessivement nombreuses que j'ai pratiquées ; je dirai seulement qu'après la section du filet sympathique chez les Lapins, les phénomènes de l'excès de calorification et de sensibilité ne sont guère évidents au delà de quinze à dix-huit jours, tandis que chez les Chiens cela peut durer six semaines à deux mois. Après l’ablation des ganglions chez£es animaux, la persistance de la lésion peut être considérée comme indéfinie; car, sur un Chien à qui j'avais fait l'extirpation du ganglion cervical supérieur à gauche, tous les phénomènes d’excès de caloricité et de sensibilité dus à cette extirpation étaient encore très intenses un an et demi après l’extirpation du ganglion , lorsque l'animal fut sacrifié pour d’autres expériences.
» Cette différence de 4 à5 degrés est remarquable comme différence de calorification relative entre les deux côtés de la face. Mais si l’on compare la chaleur de l’oreille et de la narine (ainsi échauffée par suite de la section du nerf) à la chaleur du rectum ou des parties centrales du corps, le thorax ou l'abdomen, on voit qu’elle est à peu près la même. Toutefois, j'ai constaté assez souvent que l’extirpation du nerf sympathique élevait dans l'oreille correspondante la chaleur jusqu’à 40 degrés, tandis que la température normale dans le rectum , chez cet animal , ne dépasse pas généralement 38 à 29 degrés centigrades.
» Toute la partie de la tête qui s’échauffe après la section du nerf devient le siége d’une cireulation sanguine plus active. Cela se voit très distinctement sur les vaisseaux de l'oreille chez le Lapin. Mais les jours suivants , et quelquefois même dès le lendemain, cette turgescence vasculaire à considérablement diminué ou même disparu, bien que la chaleur de la face, de ce côté, continue à être très développée. |
» On peut constater, en faisant pénétrer le thermomètre à l’aide
d'incisions préalables, que cette élévation de température qu’on apprécie superficiellement s'étend également aux parties profondes, et même dans la cavité crànienne et dans la substance cérébrale. Cela se remarque mieux après l’extirpation des ganglions sympathiques. Le sang lui-même , qui revient des parties ainsi échauffées, possède une température plus élevée, ainsi que je l'ai constaté plusieurs fois sur des Chiens, en introduisant un petit thermomètre dans la veine jugulaire à la région moyenne du cou. Il est bien entendu que la cuvette du thermomètre doit être dirigée en haut, de manière à être baignée par le sang veineux qui descend de la tête.
» J'ai voulu rechercher comment le côté de la tête, échauffé par la section du nerfsympathique, se comporterait comparativement avec les autres parties du corps, si l’on venait soumettre les animaux à de grandes variations de température ambiante. Je plaçai donc un animal (un Lapin auquel j'avais pratiqué la section du nerf) dans une étuve , dans un milieu dont la température était au-dessus de celle de son corps. Le côté de la tête qui était déjà chaud ne le devint pas sensiblement davantage, tandis que la moitié opposée de la face s’échaufla ; et bientôt il ne fut plus possible de distinguer le côté de la tête où le nerf sympathique avait été coupé, parce que toutes les parties du corps, en acquérant leur sammum de caloricité, s'étaient mises en harmonie de température.
» Les choses se passent tout autrement quand on refroidit l'animal en le plaçant dans un milieu ambiant dont la température est beaucoup au-dessous de celle de son corps. On voit alors que la partie de la tête correspondant au nerf sympathique coupé résiste beaucoup plus au froid que celle du côté opposé; c’est-à-dire que le côté normal de la tête se refroidit et perd son calorique beaucoup plus vite que celui du côté opposé. De telle sorte qu’alors la désharmonie de température entre les deux moitiés de la tête devient de plus en plus évidente, et c’est dans cette circonstance que l’on constate une différence de température qui peut s'élever quelquefois, ainsi que je l'ai dit, jusqu’à 6 ou 7 degrés centigrades.
» J'avais eu l'idée de faire la section du nerf sympathique sur des animaux hibernants, pour savoir si cela les rendrait moins sensibles
à l’action engourdissante que le froid leur fait éprouver. Je n'ai pas encore eu l'occasion de réaliser cette expérience.
» Ce phénomène singulier d'une plus grande résistance au froid s'accompagne aussi d'une sorte d’exaltation de la vitalité des partes, qui devient surtout très manifeste quand on fait mourir les animaux d’une manière lente , soit en les empoisonnant d’une certaine façon, soit en leur reséquant les nerfs pneumo-gastriques. A mesure que l'animal approche de l’agonie , la température baisse progressivement dans toutes les partiesextérieures de son corps ; mais on constate toujours que le côté de la tête où le nerf sympathique a été coupé offre une température relativement plus élevée ; et au moment où la mort survient, c’est ce côté de la face qui conserve le dernier les caractères de la vie, Si bien qu’au moment où l'animal cesse de vivre, il peut arriver un instant où le côté normal de la tête présente déjà le froid et l’immobilité de la mort, tandis que l’autre moitié de la face, du côté où le nerf sympathique a été coupé, est sensiblement plus chaude, et offre encore ces espèces de mouvements mvolontaires qui dépendent d’une sensibilité sans conscience , et auxquels on a donné le nom de mouvements réflexes.
» En observant pendant longtemps les animaux auxquels j'avais fait la section de la partie céphalique du grand sympathique , j'ai pu suivre les phénomènes de calorification ainsi que je l'ai dit plus haut. Si les animaux restaient bien portants, je n’ai jamais vu, après cette expérience, survenir dans les parties plus chaudes aueun œædème ni aueun trouble morbide qu’on puisse rattacher à ce qu’on appelle de l'inflammation. J'ai dit : siles animaux étaient bien portants; ear, en effet, lorsqu'ils deviennent malades, soit spontanément, soit à la suite d’autres opérations qu'on leur fait subir, on voit les membranes muqueuses oculaire et nasale, seulement du côté où le nerf sympa thique a été coupé, devenir très rouges, gonflées , e produire du pus en grande abondance. Les paupières restent habituellement collées par du mueus purulent, et la narine en est fréquemment obstruée. Si l'animal guérit, ces phénomènes morbides disparaissent avee le retour à la santé.
» D'après cela , je n’admets pas l'inflammation de la conjonetive signalée par Dupuy, John Reid, ete., comme une conséquence nor=
SUR LE GRAND SYMPATHIQUE. AN male de la lésion du nerfsympathique : je considère ce phénomène comme accidentel et comme ne survenant qu’à la suite d’un état d’affaiblissement consécutif de l'animal. Je signale, du reste, le fait comme je l’ai observé, sans vouloir essayer d'expliquer pour le moment comment 1l se fait que cette augmentation de caloricité et de sensibilité des parties arrive à se changer subitement, sous certaines influences, en ce qu'on appelle une inflammation violente avec formation purulente excessivement intense.
» Les faits de calorification de la tête que j'ai précédemment signalés, après la section, la ligature , la contusion ou la destruction de la partie cervicale du grand sympathique, sont faciles à reproduire et à vérifier. Toutefois , comme toujours en physiologie expérimentale , il est nécessaire de prendre quelques précautions pour obtenir des résultats constants et bien tranchés. Voici les conditions qui me paraissent les meilleures :
» ° Il est préférable de faire l'expérience lorsque la température ambiante est un peu basse, parce qu’alors la différence de chaleur entre les deux côtés de la face est d'autant plus facile à saisir qu’elle est plus considérable.
» 2° Il faut choisir des animaux vigoureux et plutôt en digestion, l'observation m’ayant appris que les phénomènes de calorification se manifestent d'autant plus faiblement et plus tardivement que les animaux sont préalablement affaiblis ou languissants.
» 3° Il faut éviter les grandes douleurs et l'agitation de l'animal pendant l'opération. Il arrive en effet, si celle-ci est laborieuse, que l'émotion et l’excitation générale que l'animal éprouve en se débattant masquent complétement le résultat immédiat. Bien qu’on n’ait coupé le nerf sympathique que d’un seul côté, on pourrait trouver les deux oreilles, par exemple, aussi chaudes l’une que l’autre immédiatement après la section. Mais bientôt, si on laisse l’animal en liberté, les choses reprennent leur équilibre, et le côté correspondant au nerf coupé reste seul avec une température plus élevée.
» 1° Ainsi qu'il a été dit, les phénomènes sont toujours plus marqués et plus durables, quand, au lieu de couper le filet d’union du sympathique au cou, on extirpe le ganglion cervical supérieur,
» 5° Dureste, en revenant ailleurs sur les phénomènes de calorifi-
cation produits par la section du sympathique, nous verrons qu'ils paraissent suivre les variations physiologiques de la chaleur animale. Ils sont plus marqués généralement pendant la période di= gestive, et plus faibles pendant l'abstinence (1). »
$ IIT. — Effets de la galvanisation du bout céphalique du nerf grand sympathique sur les phénomènes de calorification dans da tête.
«Lorsqu'on galvanise avec une forte machine électro=-magnétique le bout céphalique du nerf sympathique coupé , chez un Chien, par exemple, ce n’est pas seulement la pupille qui reprend son élargissement , mais tous les autres phénomènes qui avaient suivi la section du nerf disparaissent également et même s’exagérent en sens inverse : c'est-à-dire que, sous cette mfluence galvanique, la pupille rétrécie devient plus large que celle du côté opposé, l’œil enfoncé devient saillant hors de l'orbite, la vascularisation des parties s’efface, et leur température baisse au-dessous de l’état normal. C'est en me fondant sur ces faits que j'ai insisté depuis longtemps sur la connexion évidente de tous ces désordres , et sur la possibilité de les ramener tous, malgré leur variété , à une explication unique , puisqu'ils apparaissent et disparaissent constamment tous sous l’influenee des mêmes causes.
» J'ai fait connaître ces résultats dans mon cours de l’année 1859, et ils ont été imprimés aux mois d'octobre et de novembre de la même année, dans les Comptes rendus de la Société de biologie. Voici une partie de l'extrait qui s’y trouve : « Si l’on galvamise le » bout supérieur du grand sympathique divisé, tous les phénomènes » qu'on avait vus se produire par la destruction: de l’influence du » grand sympathique changent de face et sont opposés. La pupille » s'élargit, l'ouverture palpébrale s'agrandit; l'œil fait saillie hors » (le l'orbite. D’active qu’elle était, la circulation devient faible ; la
(1) J'ai pratiqué encore l’extirpation des ganglions et la section des filets du sympathique dans le thorax et dans l'abdomen. Je ne décrirai point ici ces expériences, parce qu'elles ont été faites à d’autres points de vue. Je dirai seulement qu'elles sont suivies des mêmes effets vasculaires et calorifiques qu'à la tête.
SUR LE GRAND SYMPATHIQUE. | 193 » conjonctive, les narines, les oreilles, qui étaient rouges, pälissent. » Si l’on cesse le galvanisme, tous les phénomènes primitivement » produits par la section du grand sympathique reparaissent peu à » peu pour disparaître de nouveau à une seconde application du » galvanisme. On peut continuer à volonté cette expérience, la ré- » péter autant de fois que l’on voudra, toujours les résultats sont les » mêmes. Si Lon applique une goutte d’ammoniaque sur la con- » jonctive d'un Chien du côté où le nerf a été coupé, la douleur dé- » termine l'animal à tenir son œil obstinément et constamment » fermé. Mais, à ce moment, si l'on galvanise le bout supé- » rieur du sympathique coupé, malgré la douleur qu’il éprouve, le » Chien ne peut maintenir son œil fermé ; les paupières s'ouvrent » largement, en même temps que la rougeur produite par le » caustique diminue et disparait presque entièrement. »
Les expériences que M. Bernard décrit ici à l'appui des conclusions ont été faites avec un thermomètre mélostatique de M. Walferdin, dont 56 divisions correspondaient à environ 1 degré centigrade. Le grand sympathique ayant été coupé du côté droit chez un Chien, et le bout supérieur galvanisé, on vit la température de l'oreille, du même côte, s’abaisser de 47 divisions en 16 minutes (environ 5/6‘ de degré centigrade). Après 25 minutes de repos, la température s'était relevée presque au point initial. Il est aussi à noter que, pendant la galvanisation , la température du côté sain , au lieu de s’abaisser comme du côté opéré, s'élevait un peu.
$ IV. — Effets de la chloroformisation sur la calorification.
«Les inspirations d’éther ou de chloroforme, qui ont la propriété d’étemdre la sensibilité, produisent ce même effet quand le sympathique a été détruit; seulement, si l’on fait agir le chloroforme lentement, on voit que ce résultat arrive ordinairement un peu plus tard à cause de l'excès de sensibilité qui existe toujours dans les parties. Mais c’est la calorification qui nous offre le plus d'intérêt, en ce qu’elle se comporte comme s’il s'agissait de l'électricité.
» Une Chienne de petite taille et encore jeune avait subi la section
du filet sympathique dans le cou, du côté droit ; elle avait également 4e série. Zoo. T. I. (Cahier n° 4.) 1 13
eté soumise à la galvanisation du bout périphérique de ce nerf, et avait fourni les résultats qui ont été consignés dans le paragraphe précédent.
» Le quatorzième jour après l'opération, la plaie du cou était depuis longtemps cicatrisée ; mais les phénomènes de calorification persistaient toujours très évidemment : l'oreille droite était plus injectée et plus chaude que celle du côté opposé. On ehloroformisa alors l'animal à l’aide d’un masque de caoutchouc serré autour du museau, et communiquant avec de l’air chargé de vapeur de ehloroforme : bientot l’insensibilité se manifesta, et au moment ou elle était devenue complète , au point que l’attouchement des conjoneüives ne produisait plus de clignement , l'oreille droite baissa rapidement de température, devint froide et pâle, tandis que celle du côté sain, à gauche, devint plus injectée et plus chaude. On introduisit un thermomètre dans les oreilles, et l’on trouva :
Oreille droite correspondant au nerf sympathique coupé pendant la chloroformisation et l’insensibilité complète. 36°,8 centigr. Oreille gauche saine, au même moment. . . . . . 27,2
» On cessa alors les inspirations du chloroforme; peu à peu l'animal revint, et une heure et demie après, lorsqu'il était à peu près sorti de son ivresse chloroformique, on trouva :
Oreille droite, côté de l'opération . . . . . . . 37°,8 cenügr. Oreille Æauche, COLE SANS LU EN D NES EE
» On soumit de nouveau l’animal à l’action du chloroforme; et au moment où l’insensibilité devint complète , la température des oreilles était -
Oreille droite , côté de l'opération . . . . . . . 37°,3 centigr.
Oreille gauche, CORSA MEET. 1.0. OUR
» Ces expériences démontrent que le chloroforme n’agit pas de
même sur les parties saines et sur celles où le sympathique à été coupé, Plus tard ces faits seront repris à un autre point de vue. »
Des rapports qui existent entre la vascularisation et la calorification des parties après la section du grand sympathique.
« Ainsi que je l'ai indiqué dans ma note lue à l’Académie en mars 1852, la section du filet cervical du grand sympathique, et surtout l’extirpation du ganglion cervical supérieur, amènent immédiatement et en même temps que l'augmentation de chaleur, une très forte turgescence vasculaire dans l’oreille et dans tout le côté correspondant de la tête. Les artères , plus pleines , semblent battre avec plus de force ; la circulation est activée, et l'absorption des substances toxiques ou autres déposées à quantité égale dans Île üssu cellulaire sous - cutané de la face ou à la base de l'oreille a toujours lieu plus vite du côté où a été opérée la section du sympathique. |
» [l ya, sans aucun doute, des rapports intimes que personne ne peut méconnaïtre entre les phénomènes de calorification et de vascularisation des parties du corps ; mais est-ce à dire pour cela que dans le cas qui nous occupe, on devra attribuer l'augmentation de chaleur de l’oreille ou de la face purement et simplement à ce que la masse de sang qui y circule, devenue plus considérable, se refroidit moins facilement et fait apparaître les parties plus chaudes ? Cette interprétation toute mécanique, qui devait se présenter à l’esprit, serait insuffisante pour expliquer ces différences de 5 à 7 degrés centigrades de température qui existent quelquefois entre les deux côtés de la face. Jai été encore porté à repousser cette explication, parce que l’on voit très souvent la vascularisation diminuer considérablement dès le lendemain de l'opération, bien que l'oreille ne varie pas sensiblement de température. Parmi un très grand nombre d'expériences de cette nature que j'a pu observer, j'en citerai une seule pour donner une idée plus exacte du fait.
» Sur un gros Lapin, vigoureux et bien nourri, j'ai fait l'extirpation du ganglion cervical supérieur du côté droit. L'opération fut faite au mois de décembre, et la température ambiante était basse; avant l'opération, la température prise dans les deux oreilles était .
Pour l'oreille droite. ,. . . . 33° centigr.
Pour l'oreille gauche, , . ,. . 33°
» Aussitôt après l’extirpation du ganglion, l'oreille droite devint très vascularisée et très chaude, tandis que celle du côté opposé n'avait pas sensiblement changé d’aspect. Un quart d'heure après l'enlèvement du ganglion, on reprend la température des deux oreilles, et l’on trouve :
Pour l'oreille droite. ... . . 39°centie Pour l'oreille gauche. . . . . 33°
& » Ainsi en un quart d'heure, la chaleur de l'oreille et de la face avait monté de 6 degrés centigrades. Le phénomène n’était pas encore arrivé à son summum, Car une heure après on trouva 40 degrés centigrades dans l’oreille droite.
» L'animal fut laissé jusqu'au lendemain, où il fut de nouveau soumis à l'observation. L’oreille droite était alors beaucoup moins turgescente que la veille ; les artères étaient considérablement diminuées de calibre, et 1l fallait une grande attention pour voir une différence entre les deux oreilles au premier abord. C’étaient seulement les très petites ramifications vasculaires ou les capillaires qui étaient restés plus visibles et plus nombreux dans l'oreille droite ; mais la main percevait toujours très manifestement une grande différence de température entre les deux côtés de la tête. Le thermomètre, plongé dans les deux oreilles, donna :
Pour l'oreille droite. . . . 37° centigr.
Pour l'oreille gauche. . . . 30,5
» On voit ainsi que l’énorme turgescence vasculaire et l’accumulation d’une grande quantité de sang qui suivent immédiatement l'opération, peuvent diminuer considérablement, sans entraîner un abaissement de température notable. Cependant, comme je l'ai dit, la circulation capillaire reste toujours plus visible dans l'oreille plus chaude.
» Toutefois il ne faudrait pas encore conclure de 1à que la température sera toujours plus élevée quand les vaisseaux capillaires seront plus visibles. À la suite de la section de la cinquième paire , comme on sait, la conjonctive devient très rouge, et les vaisseaux apillaires y sont très visibles, ainsi que dans d’autres parties de la
SUR LE GRAND SYMPATHIQUE. 197 face, et cependant il y a dans ces cas un abaissement de température. Si à cela on objectait qu'il y a après la section de la cinquième paire une obstruction des vaisseaux qui enraye la cireulation et produit le refroidissement, je répondrais par l'expérience que j'ai citée ailleurs, à savoir, que, dans ces cas, la section du sympathique fait apparaître aussitôt la calorification dans les tissus où la turgescence vasculaire existait déjà cependant, mais avec refroidissement. Cette influence calorifiante du sympathique , même sur les parties où le cours du sang se trouve gêné et diminué, sera encore rendue plus évidente par l'expérience suivante :
» Sur un Lapin adulte et bien portant j'ai fait la ligature des deux troncs vasculaires vemeux de chaque oreille. Après cette opération les veines se dilatèrent , devinrent gorgées par le sang qui stagnait. Après trois quarts d'heure, les deux oreilles s'étaient manifestement refroidies par suite de cette stase du sang. Alors je fis la section du filet sympathique cervical du côté droit, et aussitôt l’oreille correspondante devint plus chaude ; il était cependant impossible d’expliquer cette calorification par l’accumulation du sang, qui précedemment produisait un phénomène mverse, le refroidissement, qui s’observait toujours sur l’oreille du côté opposé. Alors je fis la ligature de artère de façon à emprisonner le sang dans l’oreille ; la température diminua un peu, mais elle resta toujours plus élevée que dans l'oreille opposée.
» Quand, au lieu de la ligature primitive des veines , on pratique celle des artères, les parties se refroidissent aussi, mais par un mécanisme inverse. Dans le premier cas, le refroidissement est la con- - séquence de l'impossibilité du renouvellement du sang, et dans le second, le résultat de son absence. Nous avons vu qu’en reséquant le sympathique après la ligature des veines , la calorification peut se produire, ce qui n’a pas lieu quand on fait la section de ce nerf apres la ligature exacte des artères seules ; mais tout cela prouve simplement que si le phénomène de calorification ne peut pas se produire dans des parties dont les vaisseaux sont complétement vides de sang, 1l peut, au contraire, avoir lieu dans des parties où le sang stagne et mdépendamment de son renouvellement. Ce qui prouve encore cette proposition, c’est que si chez les Chiens et les Lapins ,
où la calorification d’un des côtés de la tête se trouve bien développée sous l'influence de l’extirpation du sympathique, on vient à diminuer l’afflux ou le renouvellement du sang par la ligature de l'artère carotide du côté correspondant, on voit néanmoins la chaleur des parties rester toujours plus élevée que celle du côté opposé.
» D’après ces expériences, il n’est donc pas possible d'expliquer le réchauffement des parties par une prétendue paralysie des artères, qui, à raison d'un élargissement passif, laisseraient circuler une plus grande quantité de sang. J'ai dit prétendue paralysie, parce qu’en effet, elle est plutôt à l’état de théorie qu’à l’état de fait démontré. Si la section du sympathique paralysait les fibres contractiles des artères, on devrait voir à l'instant de l'opération un élargissement subit de l’artère, et c’est toujours le contraire qu’on observe. En effet, en faisant sur des Lapins la section du filet cervical du sympa: thique qui avoisine la carotide, j'ai toujours vu cette artère se resserrer considérablement au moment même de la section ou du déchirement du filet. Si, quelque temps après, cette artère et ses divisions deviennent plus grosses , c’est qu'elles sont distendues par un afflux de sang qui se fait dans les parties correspondantes ; mais loin d’être la cause de la cireulation plus active , Pélargissement des artères n’en est au contraire que l'effet. De même quand en galvanisant avec une forte machine électro-magnétique le bout périphérique du nerf sympathique coupé, on amène dans les parües où il se distribue une série de troubles profonds sur lesquels je n'ai pas à m'expliquer ici, mais avec lesquels coïncide un arrêt de la circulation, Si alors les artères, comme les veines, se resserrent et reviennent sur elles-mêmes, cela tient à ce qu'il n’y a plus de sang pour les distendre, mais ce n’est pas du tout l'effet d’un resserrement actif des vaisséaux. Et, du reste, si cette paralysie des artères existait réellement, leur dilatation, sous l'influence de l'impulsion du cœur, ne devait-elle pas aller toujours en augmentant à partir du moment de l'opération, et finir même par amener des dilatations artérielles anévrysmatiques. Il n'arrive rien de semblable, puisque nous avons vu, au contraire, que le lendemain de la section du sympathique la vaseularisation a ordinarement beaucoup diminué , les
artères sont revenues sur elles-mêmes, bien que la chaleur soit toujours très notablement augmentée.
» En un mot, le phénomène circulatoire qui succède à la section du nerf sympathique est actif et non passif ; il est de la même nature que la turgescence sanguine qui, ainsi que je l’ai démontré ailleurs, survient dans un organe sécréteur qui, d’un état de repos ou de fonctionnement faible , passe à un état de fonctionnement très actif; 1l se rapproche encore de l’afflux de sang et de l’augmentation de sensibilité qui surviennent autour d’une plaie récente ou aux environs d’un corps étranger qui séjourne dans les tissus vivants. Je n’ai pas à me préoccuper ici de l'explication de ces phénomènes sur lesquels j'aurai bientôt l’occasion de revenir. Il me suffira de dire que, bien que dans tous ces cas on voie les vaisseaux plus gorgés de sang et les artères battre avec plus de force , il ne peut venir à l’idée de personne de penser à les rapporter à une paralysie pure et simple
des artères. »
Conclusion.
«Je n'ai voulu, dans ce travail, établir qu’un seul point de l’histoire si complexe du grand sympathique, à savoir, que la section de filets ou de ganglions appartenant à ce nerf a constamment le privilége d'augmenter la calorification des parties dans lesquelles il se distribue.
» Ces phénomènes de caloricité qu’on produit en agissant sur le sympathique ne sont, en réalité, que l’exagération de ce qui se passe dans la production de la chaleur animale.
» En donnant les moyens d’accroitre les actes calorifiques et de les localiser dans des parties extérieures faciles à observer, j'ai eu la pensée de rendre plus accessible à nos moyens d'investigation l’étude de cette importante fonction encore si peu connue, mais qui ne saurait toutefois être recherchée ailleurs que dans la plus ou moins grande activité des métamorphoses chimiques que le sang éprouve dans les tissus vivants, sous des influences spéciales du système nerveux. »
PUBLICATIONS NOUVELLES
Description des Poissons fossiles provenant des gisements coralliens du Jura, dans le Bugey, par M. TæozuiÈre. 4" livraison in-fol. Lyon, 1854.
Après avoir établi l'identité des schistes lithographiques de la Bavière et de la formation des calcaires lithographiques de Cérin (situé vers le haut du massif qui domine le Dauphiné, et qui, au pied, est baigné par le Rhône), l’auteur traite de la faune ichthyologique de ce dernier gisement. Il y trouve cinquante espèces de Poissons qui appartiennent à vingt-neuf genres distincts. Seïze de ces genres existent également en Allemagne, et ce sont précisément ceux qui sont les plus nombreux en espèces, et qui forment, pour ainsi dire, le fond de la population ichthyologique de ces bassins : treize genres paraissent être particuliers au Bugey. M. Thiollière fait remarquer aussi que dans ce dépôt on trouve des Poissons qui appartiennent à la famille des Squales ainsi qu’à celle des Raïes, et que d'autres espèces se rapportent au type de ces Malacoptérygiens abdominaux ordinaires plutôt qu’au groupe des Sauroïdes : résultat qui est contraire aux opinions émises par M. Agassiz relativement à l’époque d'apparition de ces formes zoologiques. Mais si la faune jurassique du Bugey se rapproche ainsi, plus qu'on ne le pensait, de la faune crétacée et de celle de l’époque actuelle, il est à noter que jusqu'ici on n’y a découvert aucun indice de l'existence de Poissons acanthoptérygiens.
Les espèces décrites et figurées dans la première livraison de l'ouvrage de M. Thiollière sont les Spathabates Bugesiacus et Belemnobates Sismondæ, de la famille des Raies ; le Phorcynis colulina, de la famille des Squales ; l’Undina cirenensis, de la famille des Célacanthes, Ag., et cinq espèces nouvelles du genre Pycnodus ; quelques autres espèces y sont figurées et seront décrites dans la prochaine livraison. Nous ajouterons que les planches sont très belles, et paraissent avoir été faites avec beaucoup de soin dans les détails.
à Mémoire sur les plis cérébraux de l'Homme et des Primates, par
M. GRATIOLET. In-4, avec atlas in-fol. Paris, 1854.
Ayant déjà inséré un extrait de ce travail dans nos Annales (3e série, t. XIV, p. 184), nous nous bornerons à ajouter ici que les belles planches dont M. Gratiolet a accompagné son Mémoire sont une acquisition précieuse pour l'anatomie zoologique.
Erpétologie générale ou Histoire naturelle des Reptiles, par MM. Du- MÉRIL et BiBRoN (Suites à Buffon, édition Roret).
La publication de ce grand ouvrage, suspendu depuis la mort de Bibron, vient d’être reprise par M. Duméril, aidé de son fils, M. Auguste Duméril, dont les travaux Zoologiques sont connus des lecteurs des Annales. Deux volumes, formant le tome VII, viennent de paraître, et contiennent l'histoire des Serpents. Pour compléter ce grand travail, il ne reste à publier que le neuvième volume, qui contiendra la fin de l'histoire des Batraciens, et qui est déjà sous presse.