‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 79 sur 228 · APPAREIL RESPIRATOIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL RESPIRATOIRE

- Il présente sans doute, soit dans le nombre et la nature des stigmates, soit dans les trachées, peu de traits qui ne se rencontrent pointdans les Hyménoptères en général, dont j'ai publié l’anatomie ; mais il y existe néanmoins quelques modifications, quelques textures mieux saisies, qui ne me permettent point de les passer sous silence.

$ 1”. Stigmates.

Quand une fois on a étudié ces orifices respiratoires sur les individus vivants ou frais de quelque espèce principale, on peut, sans crainte de s’égarer, au moins quant au nombre et à la position, en faire l'application aux autres types desséchés de la série. Aïnsi je ne me suis point borné à la description des stigmates du J'uvencus (1) ; J'ai consulté aussi ceux du Gigas, du Spectrum, du Fuscicornis, et même des genres Xiphydria et Oryssus.

1° Stisgmates thoraciques.

Je m'empresse de déclarer que, dans mon Anatomie des Hyménopières , j'ai eu tort d'avancer , quoique d’une manière générale et avec des réserves , que les Insectes de cet ordre n’avaient qu’une seule paire de stigmates thoraciques, la paire métathoracique. Le fait positif est que les Urocérates en ont deux paires très distinctes, et je pense qu'ils ne font pas une exception dans l'ordre. Toutefois nous verrons bientôt que l’une d'elles, quoique très apparente, n’a pas des fonctions respiratoires.

À. Stigmates mésoprothoraciques.

On les trouve dans l’intervalle de la rainure plus ou moins béante qui sépare latéralement le prothorax du mésothorax. Il n’est pas toujours facile de les mettre en évidence , à cause de l’étroitesse et

de la profondeur de cette rainure qui, surtout dans les insectes desséchés, n'offre que la trace superficielle et linéaire de son existence. Dans le J'uvencus , ils sont habituellement visibles à l'extérieur. Dans d’autres espèces, au moins à l’état de dessiccation, il faut écarter violemment ces deux segments du thorax pour les rendre apparents. Placés sur une membrane fibro-coriacée commune aux segments, dont ils empruntent le double nom, ils se présentent sous . la forme d’un bouton oblong, bivalve, transversal, c’est-à-dire dont l’entr'ouverture est à peu près perpendiculaire à l’axe du corps (4). Quand on parvient à les placer convenablement sous une loupe bien éclairée, les deux valves rappellent en mimiature celles d’une Moule. Elles sont noires, à peu près égales entre elles, et amineies à leurs bords libres en une membrane blanchâtre, qui m'a paru taillée en biseau pour s’adapter etse recouvrir mutuellement dans le cas d’une occlusion complète. Leur texture est coriaceo-cornée, et elles sont parfaitement glabres. Les poils du prothorax et du mésothorax qui se croisent sur la rainure garantissent le stigmate contre l’abord des atomes hétérogènes de l’atmosphère. Ces valves sont mobiles sur leur base d'insertion, et les muscles qui les meuvent sont soumis à l'acte volontaire de l’animal.

Lorsque dans les individus desséchés on cherche à constater ces stigmates par l’arrachement plus facile du prothorax, tantôt le stigmate suit la membrane fixée à ce dernier segment, et tantôt 1l demeure à celle du mésothorax. Dans tous les cas, l’anatomiste praticien peut constater, à la paroi mterne ou splanchnique correspondante au siége de ces stigmates, les grandes souches trachéennes qui viennent s’y aboucher.

Le stigmate mésoprothoracique n’est que peu ou point apparent à l'extérieur dans le Gigas. Il est un peu plus distinct dans le Fuscicormis, ct les valves y sont roussâtres et non noires; il a, dans le Spectrum, la configuration et la couleur de celui du J'uvencus. Dans le Xiphydria Camelus, il faut le dénicher dans le fond d’une anfractuosité recouverte par une avance voûtée du bord postérieur béant du prothorax ; en sorte que ce stigmate ne saurait être mis en évi-

(1) PL 4, fig, 2.

dence, si l’on n’enlève point ce bord voüté ; du reste, il a ses valves noires, et sa structure est identique avec celle du Juvencus. Il a une situation tout à fait semblable dans les Xiphydria annulata et fasciata. L’avance voûtée du prothorax est moins prononcée dans le X, Dromedarius que dans les trois espèces précédentes. Dans l'Oryssus coronatus , genre en dehors de la famille des Urocérates, le bord précité du prothorax formeune épaulette jaune, qui recouvre de sa configuration conchoïde l'entrée de la rainure mésoprothoracique, au fond de laquelle le stigmate qui nous occupe demeure invisible.

B. Stigmates métathoraciques.

Disons-le tout d’abord, et nous le prouverons bientôt, ce ne sont là que de faux stigmates. Leur forme, leur texture, inobservées jusqu’à ce jour dans les Hyménoptères, méritent une étude toute particulière.

Dans tous les Urocérates , ainsi que dans les autres genres dénommés plus haut, on voit très distinctement sous le relief de l’écusson, et siégeant au dos du métathorax, une paire de disques ovalaires jaunâtres, glabres, tout à fait à découvert, immobiles, imperforés, rapprochés de la ligne médiane du corps. Cette description sommaire s’adapte à toutes les espèces.

Ces taches jaunes ont pourtant été fidèlement représentées par l’habile pinceau de Ratzeburg sur les Gigas,J'uvencus et Spectrum ; mais son texte est muet sur leur structure et leur fonction, et personne, que je sache, n’en a parlé. Sans nous préoccuper pour le moment des attributions physiologiques, exposons d’abord ces faux stigmates dans le J'uvencus, pour nous servir de type (1).

Placés sur une saillie aplatie, une sorte de console du métathorax, ils sont ovales, mais un peu atténués au bout qui regarde la ligne médiane du corps. Au lieu d’un bouton à valves mobiles, ils n’offrent, je le répète, qu’un disque à nu, affleurant le tégument où il est finement enchatonné et d’une parfaite immobilité. Ce disque jaune a une consistance solide, sèche, plus que membraneuse, moins

(1) PL 4, fig. 3.

que coriacée, à peu près parcheminée, partout unie et comme tendue. Le microscope y révèle une réticulation à mailles arrondies , sans fente ni ouverture quelconque ; ils sont donc fermés.

Ce disque est plus ovale dans le Gigas, et ses mailles rondes semblent affecter une disposition sériale dans le sens du grand diamètre. Il est encore plus arrondi à ses deux bouts dans le F'uscicornis, et il est plus difficile à distinguer à cause de la couleur jaunâtre du support. Il est semblable dans le Spectrum à celui du Fuscicornis, mais plus apparent. Il a cette même configuration dans le X. Camelus; plus petit, pectiniforme , saillant , et comme rudimentaire dans les X. annulata, fasciata et Dromedarius. Celui de l'O. coronatus est plus allongé, et enclavé dans les reliefs plus prononcés du métathorax. Il est à peine sensible dans l'O. unicolor , et n’est plus que vestigiaire.

Recherchons maintenant les usages de ces singuliers disques jaunes. Et d’abord comment leur supposer rationnellement une fonction respiratoire ? Par quel mécanisme une membrane sèche , consistante, unie, immobile, sans abri, sans ouverture, réticulée, mais non criblée , pourrait-elle servir à l'inspiration et à l’expiration de l’air ? Je ne balance pas à le dire très positivement , ce sont de faux stigmates, des stigmates postiches, déchus de toute fonction, et n’existant que comme vestiges, comme des jalons qui se rattachent à des modifications organiques de famille ou de genre, dont la connaissance n’est pas encore acquise à la science. Mais ce qui légitime sans réplique ma négation d’une fonction respiratoire dans ces faux stigmates; ce qui lève jusqu'au moindre soupçon du doute, c’est l'absence, à la paroi interne des disques, de ces souches trachéennes quine manquent jamais de se rencontrer dans les stigmates bien conditionnés.

Quelques auteurs, Réaumur (t. If, p. 76), de Geer (t. Le, p, 37), Moldenhawers, Curtius Sprengel et leurs compilateurs, parlent, mais vaguement, de stigmates fermés ou oblitérés, Aucun d'eux, pas même Sprengel dans sa monographie de ces organes, n’a donné une figure de stigmates véritablement clos, et leurs deseriptions hésitantes sont loin de satisfaire les anatomistes tant soit peu exigeanñts.

Si je ne me trompe, je suis le seul qui ait décrit et figuré de véritables faux stigmates ou pseudo-trèmes. C'est dans la Nepe el dans la Ranâtre, deux Hémiptères aquatiques, que j'en fis connaitre l'existence, d’abord en 1821, dans les Annales des sciences physiologiques de Bruxelles, puis plus complétement en 1833, dans mon Anatomie des Hémiptères. J'ai prouvé que les grands stigmates abdominaux de ces Insectes étaient fermés, révoqués de toute fonction respiratoire; celle-ci s’exécutant exclusivement par des stigmates bien conditionnés placés à la base du siphon caudal.

Ainsi la respiration thoracique et céphalique dans les Urocérates s'exécute toute à l’aide d’une seule paire de stigmates , les mésoprothoraciques. Et voyez comme ces stigmates bivalvulaires réunissent toutes les conditions anatomiques favorables à l'exercice énergique de leur haute mission physiologique ; voyez aussi la puissante souche trachéenne qui vient s'aboucher intérieurement ; voyez ces innombrables vaisseaux de cireulation aérienne irradiant de ces stigmates pour aller infiltrer dans tous les tissus de ces deux importantes cavités splanchniques le bénéfice nutritif de la respiration.

2° Stigmates abdominaux.

Au nombre de huit paires symétriques et transversales, ils sont placés aux huit premiers segments dorsaux de l'abdomen, sur leur déclivité latérale et près de leur angle antérieur. Le neuvième segment en est seul privé. Dans le J'uvencus et le Spectrum vivants ou récemment morts, il n’y a que les deux premières paires et la huitième qui soient en évidence ; les autres se trouvant cachées par l’emboitement , l’imbrication latérale des segments qui en sont le siége, en sorte qu'il faut désemboïter ceux-ci pour les constater. Mais dans ces mêmes individus où la dessiccation a amené une contractihté de tissu qui change un peu les rapports respectifs des segments, 1l n’est pas rare de trouver ces stigmates visibles à l’extérieur, comme ils Le sont toujours dans le Gigas et le Fuscicornis. On les voit alors logés dans une dépression du tégument infiniment plus prononcée que durant la vie.

Ces stigmates, étudiés dans l’Insecte vivant ou récemment mort,

se composent d’un cerceau corné brun qui en limite le pourtour, et, dans l'aire de ce cerceau, d’un diaphragme membraneux, fin, uni, partagé dans son grand diamètre par une fente linéaire, servant à l'entrée et à la sortie de l'air pendant l'acte de la respiration (4). La même lentille amplifiante, qui fait paraître réticulé le disque jaune du faux stigmate métathoracique, ne décèle pas la moindre apparence de texture aréolaire dans le diaphragme des stigmates abdominaux. Le cerceau corné est régulièrement ovale-oblong dans la première paire des stigmates ; il a dans les suivantes une légère échancrure en avant et en arrière. Curt. Sprengel a décrit et figure des stigmates d’une semblable organisation dans le Bombyæ vinula (loc. cit., tab. 5, fig. 30).

Cette même contractilité de tissu dont j'ai parlé plus haut donne par la dessiccation, à ces ostioles respiratoires, un aspect très différent de celui de l’état vivant. On les prendrait alors pour des boutons bilabiés, souvent inéquilabiés, avec une entr'ouverture linéaire profonde, dans laquelle une lentille exercée peut constater des lambeaux ratatinés du diaphragme membraneux qui existe pendant la vie.

$ 2. Trachées.

Il y a dans les Urocérates les deux ordres de trachées qui se voient dans la généralité des Hyménoptères (2). Les trachées tubulaires ou élastiques sont destinées à la simple circulation de l'air dans tous les tissus pour le complément de la nutrition. Les trachées utriculaires où membraneuses sont de véritables aérostats ou vessies volatoires , servant exclusivement à rendre le corps plus léger pour la locomotion aérienne.

Les trachées tubulaires ne présentent rien de particulier dans leur nombre et leur composition organique. Quant aux utriculaires, elles ont des configurations un peu variables pour leur volume. Ainsi, à la base comme à l'extrémité de la cavité abdominale, elles sont plus grandes, plus ou moins elliptiques. Entre celles-là il y a

(1) PL. 4, fig. 7.

(2) PI. 4, fig. 8.

RECHERCHES SUR LES UR OCÉRATES. 209 d'innombrables petites bulles subglobuleuses qui pénètrent dans le thorax, etmême dans l’intérieur du erâne, où elles forment : au cerveau de moelleux coussinets.

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