‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 81 sur 228 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

APPAREIL DIGESTIF. xl

Il ne se compose que du canal alimentaire et des PR, hépatiques.

Quelle qu'ait été la persévérance de mes investigations tant à l'issue de la tête que dans le thorax , je n’ai jamais pu saisir le moindre vestige de glandes salivaires. Le scalpel m'avait pourtant appris que ces glandes existaient dans les T'enthrédines, famille qui, dans le cadre entomologique, est contigué à celle des Urocérates.

Le tube digestif (2) n’a que la longueur du corps de l’insecte ; il va directement de la bouche à l’anus sans la moindre inflexion. IL est très simple, c’est-à-dire qu'il n'y a ni jabot ni gésier. Il se fait remarquer par une finesse, une fragilité, une pellucidité de ses parois fort disproportionnées avec la grandeur et la force de l’insecte.

L'œæsophage, délié comme un cheveu , traverse le thorax. Le ventricule chylifique qui lui succède n’en est distinct ni par une contracture, ni par l'indice d'aucune valvule. Il a seulement un diamètre plus grand que l’œæsophage, et il le conserve dans. son trajet de l'abdomen jusqu’à l'origine de l'intestin stercoral. Mais à sa

terminaison , ce ventricule présente dans le J'uvencus une disposition anatomique exceptionnelle qui mérite de nous arrêter.

(1) PL 4, fig. 8.

(2) PL. 4, fig. 9.

Dans tous les Hyménoptères que j'ai disséqués, etils sont déjà bien nombreux, le ventricule chylifique se termine en arriére par un bourrelet, indice d’une valvule intérieure qui sépare l'organe élaborateur du chyle de celui qui ne doit recevoir que les excréments. Cette valvule, ainsi que je l’ai répété partout, répond à l’iéocæcale des animaux supérieurs. C’est immédiatement avant ce bourrelet que s’insère le verticille des vaisseaux biliaires. La bile est ainsi versée directement dans le ventricule chylifique, mais à sa terminaison et non , comme dans les Mammifères, à son origine, Tels sont et la situation et le rôle des vaisseaux hépatiques dans tous les Insectes en général. |

Dans le J'uvencus, le bout postérieur du ventricule chylifique se perd dans un godet représenté à l'extérieur tantôt sous la forme d’un bourrelet saillant , tantôt sous celle d’une vésicule. Les vaisseaux biliaires, au nombre de plus de trente, et verticillés comme dans tous les Hyménoptères , sont implantés non pas en avant du bourrelet, mais sur le bourrelet lui-même ou sur la vésicule. Dans cette dernière forme, qui n’est que l’évolution, le déploiement du bourrelet, les vaisseaux ont leurs points d'insertion plus distants entre eux, mais nullement placés sur une série annulaire. J'ai exprimé ces deux états par des figures (4).

La délicatesse, l’exiguité des tissus n’ont point permis à mon scalpel de me rendre témoin oculaire du mode de connexion intime de ce bourrelet avec l'orifice des tubes sécréteurs de la bile. Ma longue pratique de ces autopsies et la loi de l’analogie , que j’invoque toujours avec une grande sobriété, m’autorisent à penser que dans le fond de ce godet existe une valvule ventriculo-intestinale, et que le bourrelet ou la vésicule ne sont que des réservoirs, à conformation différente ou à état variable , destinés à épancher directement dans le ventricule chylifique, et non dans l’intestin, le liquide sécrété. |

Et ce qui prouve l’exceptionnalité de ce fait, c’est que , dans le Gigas dont j'ai disséqué une femelle encore vivante, il n’existe aucune trace n1 de bourrelet, ni de godet, ni de vésicule. Les vais-

HU) PL &, fig. 10 et 41.

seaux hépatiques y sont, comme dans le commun des Hyménoptères, implantés en verticille autour de la terminaison du ventricule chylifique, ainsi que le démontre la sg qui accompagne mon texte. | | . Du reste , ces sortes de vésicules biliaires ne sont pas nouvelles dans la splanchnologie des Insectes. Dans mes publications, j'en ài décrit et figuré avec des configurations diverses dans les Epheppiger, Crioceris, Pyrrhocoris, Pantatoma, Lygœus, Gerris, etc. Quel est le régime alimentaire des Urocérates ? Personne ne nous Fa encore cit, et je doute qu’on les ait jamais surpris sur les fleurs comme les Ichneumons et les Tenthrèdes, leurs voisins dans le cadre. Il était réservé au scalpel de nous fixer sur ce point, et ss révéler un fait qui a bien son intérêt physiologique. Le ventrieule chylifique, tant du Juvencus que du Gigas, du mâle eomme de la femelle , est constamment rempli d’une pulpe d’un blanc amidonné et homogène. Dans les J'uvencus saisis cette année au momént de leur éclosion, ou du moins dès leur sortie des galeries ligneuses, on pouvait supposer qu'ils n'avaient encore rien mangé , et alors il était permis d’avoir l’idée assez rationnelle que cette pulpe était un produit de la vie embryonnaire de la nymphe, une sorte de méconium. Je ferai remarquer: 1° que le J'uvencus disséqué il y a vingt ans , et chez lequel j'ai signalé, dans mon Anatomie des Hyménoptères , cette même pulpe blanehe , était un individu pris libre dans la campagne ; qu'il en est de même du Gigas récemment anatomisé vivant, et apporté des forêts de Sapins de nos Pyrénées; 2° que j'ai conservé dans des bocaux pendant quinze jours, et sans nourriture, des J'uvencus vivants dont j'ai successivement fait l’autopsie ; 3° que l'existence, dans le rectum, d’une matière fécale bien élaborée annonçait le complément de la fonction digestive. Tout cela, il faut bien en convenir, n’est pas favorable à l'idée d’un méconium ordinaire, et ne nous éclaire pas davantage sur la nature de l'aliment de ces Hyménoptères. C’est encore là une lacune à léguer à mes successeurs.

Je me permettrai à cette occasion les réflexions suivantes. Fautil croire que les Sirex, qui rongent avee leurs mandibules le bois pour leur grande galerie de sortie, mangent les déblais de cette ga-

lerie? Je ferai observer que je n’ai pas découvert dans le eanal digestif la moindre parcelle de ces déblais.

L'absence des glandes salivaires est certainement favorable à l’idée d’un défaut de mastication ou de digestion buccale. La longueur et l'extrême finesse du ventrieule ehylifique, lequel n'est précédé nide gésier, ni de jabot, ni de valvule pylorique, le parfait développement des vaisseaux biliaires, témoignent assez hautement et de la faible contractilité des parois ventriculaires, et de la nature chyleuse de l'émulsion blanche contenue. De plus , l'existence dans le rectum d’excréments bien conditionnés prouve, à mon avis, que ceux-ei ont été éliminés de cette émulsion ; que, par conséquent, l'acte digestif et la nutrition ont pu se compléter. C'est là un fait piquant d'une alimentation tout organique commençant dès la naissance de l’animal, et se continuant toute la vie sans le besoin d’une ingestion par la bouche. Il donne lieu à des considérations d’un ordre nouveau, qui auront, sans doute, plus tard d’autres applications. $

Lanature, dansses prévoyantes sollicitudes, dans ses mystérieuses

inspirations, n’a-t-elle pas pourvu les Sirex, dès leur vie embryon-

naire, de la quantité d’aliment suffisante pour maintenir leur existence pendant tout le femps nécessaire à la propagation de l’ espèce,

but principal de leur création? Dans mon Anatomie des Hyménoptères, j'avais déjà signalé l’analogie de texture délicate du canal digestif des Urocérates avec ce même canal dans les frêles Névroptères appelés Éphémères à cause de leur passagère existence. Je crois encore aujourd'hui que cette comparaison n’est pas dénuée de justesse.

Mais cet épisode nous à fait perdre de vue la composition du canal digestif, Revenons- -Y.

La première portion de l'intestin stercoral , celle qui cor et au cœcum, OÙ mieux au côlon des animaux supérieurs, est ou simplement filiforme, ou parfois renflée à son origine. La seconde, ou le rectum, d'une teinte jaune-paille, est oblongue ou conoïde, suivant son degré de réplétion, et j'y ai souvent trouvé des excréments moulés, des crottes oblongues. Il s’engage en partie entre les deux tables de la dernière plaque dorsale de l'abdomen de la femelle,

plaque atténuée en arrière en une pointe couverte d’aspérités. L'anus s'ouvre à la table inférieure de cette plaque. I y a une légère dépression arrondie. Aïnsi, dans le Sirex iemelle, l'anus est fort loin de la vulve.

: Dans le mâle, ce même segment terminal n'offre en dessous aucune trace d’anus ni de dépression. Le bord postérieur du segment ventral qui le précède est échancré au milieu, et cette échan- __erure est destinée à faciliter, soit l'expulsion des excréments, l'anus étant profondément situé, soit l'exsertion de l’armure copulatrice.

Appendice. |

Le tissu adipeux splanchnique , dont les attributions fonctionnelles rentrent en définitive dans la nutrition, est assez abondant, surtout dans la cavité abdominale des individus récemment mélamorphosés. Îl l'était moins dans ceux que j'avais conservés vivants dans des bocaux. Cette différence prouve assez l’usagé nutritif du tissu adipeux. Ces animaux se nourrissent de leur propre substance.

Il est formé de sachets globuleux d’un blanc mat, libres ou retenus par dés trachéoles où d’ imperceptibles filets nerveux qui les tiennent suspendus en agglomérations ou en grappes. Ces sachets, fort pelits, varient à peine dans leur grosseur.

Page 1