‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 82 sur 228 · APPAREIL GÉNITAL · texte numérisé non relu

APPAREIL GÉNITAL

ART. [°°. al Appareil génital mäle (4).

Les mâles des Urocérales sont fort rares et petits proportionnel lement aux femelles; aussi l'occasion de les disséquer se fait-elle encore désirer. Déjà, dans mon Anatomie des Hyménoptères , je m'étais plaint que la dissection d’un seul mâle du J'uvencus ne m'eût pas mis à même de constater ses testicules. Aujourd” hui encore n'ayant eu à ma disposition qu’un sujet unique de ce sexe, mort déjà depuis quinze jours, et que je cherchaï à ramollir par une ma-

(4) PL 4, fig. 13.

cération dans l’alcool , je n'ai pas été plus heureux pour découvrir ces glandes spermogènes. Je suis donc réduit à déplorer cette importante lacune.

Les organes génitaux mâles des Urocérates sont situés non pas, comme ceux de la femelle , vers le milieu de l'abdomen , ainsi que je le dirai bientôt, mais au bout de cette cavité, comme dans la plupart des Insectes.

1° Testicules. — En attendant le témoignage direct des sens, il me faut recourir à l'anatomie comparative de la famille qui suit immédiatement les Urocérates, celle des Tenthrédines, et procéder par voie d’analogie. Mes mductions sur ce point sont puissamment étayées par la conformité des organes accessoires de l'appareil. Ces testicules doivent être fort petits, et consistent vraisemblablement en un faisceau de capsules spermifiques peu nombreuses.

% Conduits déférents. — Si l’exiguité des testicules les a dérobés à mon scalpel, il n’en à pas été ainsi des conduits déférents qui en naissent. Malgré leur capillarité , j'ai pu les suivre dans l’un et l'autre sujet jusqu'à leur insertion à la vésicule séminale correspondante. J’ai constaté que, tout près de cette insertion, ils se reploient chacun en un peloton assez gros, ovalaire où subglobuleux, formant un véritable épididyme , qu'avec un peu de patience on peut dérouler.

9 Vésicules séminales. —Il n’y en à qu’une seule paire. Elles sont très développées comme dans les Tenthrèdes, ovoides-oblongues, mais non courbées en crosse, blanchâtres , un peu atténuées en col en arrière. C’est vers le milieu de leur bord interne qu’elles resoivent les conduits déférents.

h° Canal éjaculateur. —C'est le tronc. commun de l’appareil oénital. Il est fort court.

5° Armure copulatrice. — Cet instrument de préhension si ingénieux est destiné à faire saillie hors du corps lors de l’accouplement, et, vu la position de la vulve dans la femelle, il doit être fort curieux. |

Cette armure se compose d’une prèce bhaire cornée, fixée au corps de l’insecte par de puissants muscles ; d’un forceps court, solide , robuste, noir, dont les branches , susceptibles d’un grand

écartement , ont vers leur milieu une articulation transversale, et dont l’article terminal est un mors triangulaire velu ayant au-dessous de sa pointe comme une petite ventouse submembraneuse que je sens le besoin d'étudier encore ; enfin d’un fourreau de la verge plus court que le forceps, grêle, ñ un brun pâle, formé de dass fines baguettes adossées. Je n’ai pas vu la ne |

ART. IL. — se ré ds femelle a

Ce n'est men comme dans la nénéslié des Insectes, : à l’extrémité postérieure qu'il faut chercher les organes tant externes qu'internes de cet appareil des. Ürocérates. Ils n’occupent que la courte limite de la moitié antérieure de la cavité abdominale, Cette situation exceptionnelle se justifie par celle d’un long oviscapte , dont la base se trouve à ce point mitoyen de la région ventrale. La nature déroge moins qu’on ne le croirait au premier coup. d'œil à son plan général , et ici comme ailleurs, elle témoigne de la prodigieuse variété de ses moyens pour atteindre un même but. Nous ver: rons bientôt que le dernier segment ventral de l’abdomen de ces Insectes, par son développement démesuré et par sa structure particulière, égale à lui seul la longueur des autres segments réunis.

Nous avons à examiner : 1° les ovaires avec leurs organes. accessoires ; 2° la vulve; 3° l’oviscapte. ST

$ 4%. Ovaires.

Si, par des incisions latérales circonspectes , vous enlevez tout d’une pièce la paroi tégumentaire dorsale de l'abdomen sans déranger la position normale des organes splanchniques, les ovaires apparaissent sous la forme de deux faisceaux rapprochés, conoïdesoblongs, composés chacun d'une trentaine au moins de gaînes ovigères serrées, grêles, allongées, à parois pellucides, renfermant cinq ou six œufs à la file les uns des autres (2). En avant, ces gaînes se terminent par un insaisissable filet, et tous les filets aboutissent à

un ligament suspenseur commun qui, de même que dans tous les autres Insectes, va se fixer dans l'intérieur du thorax.

En arrière, les gaines ovigères confluent à droite et à gauche en un col ovarien distinct, que j'ai souvent trouvé farci d'œufs. I] n'existe pas ici de véritable calice. Les deux cols s'unissent pour former un oviducte d’une extrême brièveté.

Les œufs renfermés dans leurs gaines ou dans les cols, par conséquent infécondés, et cela devait être ainsichez de jeunes vierges sacrifiées à la science dès leur naissance, les œufs sont allongés, orêles, cylindroïdes, blancs, atténués aux deux bouts dans le Juvencus, obtus, arrondis à l’un de ceux-ci dans le Gigas.

Les organes accessoires de l’oviducte, conduit qui est aussi le vagin, deviennent, surtout dans la condition virginale des sujets, d’une dissection des plus difficultueuses. Ils sont si tendres, si fragiles, si compliqués, si agglomérés, qu’ils défient le scalpel le plus habile pour les isoler et mettre en évidence leurs connexions. Aussi est-on fort embarrassé pour leur assigner une attribution physiologique et une nomenclature qui puissent se justifier avec quelque rigueur. C’est dans le J'uvencus et le Gigas frais que mon scalpel s'est exercé. | j'a

Immédiatement à la base des ovaires, et presque sous les cols ovariens , on trouve deux vésicules assez grandes , globuleuses, d’une légère teinte jaunâtre dans le premier de ces Sirex, roussâtre dans le second , si étroitement contiguës à la ligne médiane, que, avant d’avoir acquis la certitude de leur existence binaire, je croyais que leur ensemble n’était qu’une seule vésicule bilobée. Leur mollesse et la finesse de l'enveloppe les rendent insaisissables par la pince. Mon ignorance complète du point positif de leur insertion, soit à l’oviducte, soit dans les tissus voisins, ne m'a pas permis de donner à ces vésicules un nom d’une signification déterminée.

Dans le voisinage et en arrière de celles-ci, on découvre dans le Gigas un assez long boyau cylindrique, flexueux, et offrant, près du point de son insertion, un boyau supplémentaire fort court, mais de même nature. Dans le Juvencus, il y a encore en arrière de ces mêmes vésicules non pas un long boyau, mais une bourse ovalaire, plate et ridée, sans doute parce qu’elle était vide. D'après ma

pratique. de semblables dissections, ce boyau et cette bourse appartiennent à la poche copulatrice d'Audouin. Cette poche, qui, dans les Insectes en général, a sur l’oviducte une insertion facile à constater, est, au contraire, dans les Sirex, très difficile à mettre en évidence, à cause de l’excessive brièveté de l’oviducte et de l’insertion sessile des organes accessoires. On sait que la poche copulatrice reçoit, lors de l’union des sexes, le pénis du mâle , quelquefois même son armure, et qu’à la suite de cet acte elle devient le réceptacle, le réservoir de la liqueur séminale destinée à féconder les œufs, à leur descente des ovaires, à l’époque de la ponte. Dans nos Sirex femelles toutes vierges, ces poches copulatrices, étant restées inactives ou sans fonction, n'avaient pas pu prendre un grand développement, et ne PÉANEIEns pas conséquermment de rt spermatique.

En travers de la base des ovaires se voit une grande vessie oblongue, à peine légèrement contractée au milieu, cucurbitiforme, sessile, remplie d’une humeur transparente. Chacun des bouts de cette vessie est comme coiffé d’une agglomération d'innombrables petites vésicules ovales-oblongues, subdiaphanes, peut-être un peu plus allongées dans le Gigas. Si une pince patiente et adroite parvient à désenlacer ces vésicules des ramifications trachéennes et nerveuses qui les maintiennent en un petit paquet informe, on voit celui-ci se dérouler en une grappe allongée, ramuleuse, dont les pédicules et les pédicelles confluent en un tronc commun, inséré un peu au- dessous des bouts de la vessie. C’est ainsi que je suis parvenu à mettre cette grappe en parfaite évidence (1), et elle a, dans le Juvencus comme dans le Gigas, une conformité des plus satisfaisantes pour l’entomotomiste qui s'attache à la recherche des analogies organiques. |

Nous voyons là une glande parfaitement caractérisée. Les petites vésicules sont les organes sécréteurs ; les pédicules et les pédicelles, les conduits éducateurs ; la vessie centrale, un réservoir. Celui-ci, que j'ai trouvé énorme dans le Gigas, est rempli d’une matière limpide comme le cristal, mais non liquide, et d’une telle consistance

RECHERCHES SUR LES UROCÉRATES, 221 que la pince qui la saisit l’entraine comme une petite Limace glaireuse où gommeuse.

C'est certainement là une glande sébifique, organe destiné à sécréter une humeur spéciale propre à enduire les œufs au moment de la ponte, afin de les préserver contre l'influence des agents extérieurs. J'ai décrit et figuré des glandes analogues dans les T'enthrédines , qui suivent les Urocérates dans le cadre de la classification. Cette conformité viscérale prouve que les Urocérates ont bien plus d’affinités avec les Tenthrédines qu'avec les Zchneumonides. Mais, je le répète, il m'a été impossible desaisir, ex visu, le mode de connexion de la glande sébifique avec le court oidicte, à la paroi pour duquel elle paraît sessile.

$ 2. Vulve.

Le sixième segment ventral de l'abdomen, ou celui qui est immédiat à la bosse génitale extérieure de la femelle, se dilate à son milieu en un lobe demi-circulaire de texture tégumentaire avec une légère bordure blanchâtre , et une fine villosité bien sensible à la loupe ; c’est là un opercule de la vulve, une sorte de tablier qui fait l’office des grandes lèvres des animaux de l’ordre supérieur. Il est ainsi dans le J'uvencus et le Gigas.

J'avoue que je n’ai point distinctement aperçu la vulve proprement dite, ef j'ai regret de n'avoir pas constaté cet orifice extérieur du vagin ou oviducte , qui, dans l’acte copulatif , donne entrée à l’armure génitale du mâle, et qui, à l’époque de la ponte, est destiné à la sortie des œufs. Je suppose que la vulve s'ouvre entre la base de la grande gouttière médiane de l'oviscapte et celle de la tarière.

$ 3. Oviscapte et ses accessoires.

Ce titre fait pressentir la division du sujet en deux paragraphes. Je consacrerai le premier à la composition segmentaire de l’abdomen, qui se lie anatomiquement avec le second, ou l'oviscapte.

$ 4. Composition segmentaire de l’abdomen.

L’abdomen des Urocérates a, dans le mâle comme dans la femelle, neufsegments abdominaux, dont huit, semi-annulaires, sont stig-

matifères. Le dernier seul, privé de cesorificesrespiratoires, appartient aux deux régions dorsale et ventrale, et se termine par une pointe bièn plus grande dans la femelle, où elle a des aspérités spinuleuses. Comme il y a à sa base dorsale uné demi-articulation, on

le prendrait pour un‘dixième segment; c’est au-dessous d'elle que

s'ouvre l'anus dans ce sexe, Ce dernier trait avait. déjà été signalé

par notre Réaumur, le renier auteur. qui ait décrit et. hou le

Gigas. | | | Le premier de ces bi sab “ee où le émhent basilaire ,

offre une fente médiane complète, qui se divise en deux panneaux

égaux , faciles à écarter l’un de l’autre. Ce caractère , commun à toute la famille des véritables Sirex, est demeuré inaperçu presque tous mes devanciers ; cependant.le serupuleux pinceau de Ratzeburg n'a pas manqué 4 le faire sentir dans les trois espèces de Sirex qu'il a si fidèlement représentées. |

Les espèces du genre Xiphydria, placé par Latreille à la fin des Tenthrédines , par Leach dans uné fimitité particulière, les X2 phydriides , et par M. Blanchard dans les Urocérates | à aussi cétte division médiane du premier segment dorsal de l'abdomen, tandis qu'il n’en existe aucune trace dans le genre Oryssus, conservé par le Jussieu de l’entomologie dans ses Urocérates, et que Westwood, mieux inspiré, a séparé de ceux-ci pour en cônstittier un petite fa mille sous le nom d'Oryssides.

Quel est le but physiologique, car il y en à un, de cette fente

médiane, qui semble favorable à une expansion a segment? Je lignore encore , surtout én la voyant commune aux deux sexes. Mais je ne la crois pas étrangère à un acte copulatif dont personne n’a été témoin oculaire, et qui, vu la forme et la situation des organes respectifs, doit s ‘accompagner d’ ébats lort curieux, fort s singuliers.

La région inférieure ou rental de l'abdomen se compose de sept segments distincts, par conséquent deux de moins qu'à la région dorsale. Is n’ont rien de particulier dans le mâle, ni pour leur grandeur, ni pour leurs connexions : ce sont des demicintres . Nil, | |

Dans la femelle, le septième a des dimensions, une structure et

RECHERCHES SUR LES UROCÉRATES. 223 une importance physiologiques qui méritent de nous arrêter un instant. Je décrirai d’abord celui du Juveneus comme type.

J'ai déjà dit qu'il formait la moitié au moins de toute la région ventrale. Sa face extérieure est d’une texture tégumentaire analogue à celle des autres parties du squelette-dermique. Sa moitié antérieure, qui forme une bosse à son origine, est enchâssée latéralement sous les bords imbriqués des septième-et huitième segments dorsaux , tandis qu’en approchant de son extrémité postérieure, elle se réfléchit sur le dos pour devenir commune au dernier

segment dorsal. Son trait extérieur le plus caractéristique, le plus éminemment fonctionnel, est l'existence dans toute la ligne médiane

d’une profonde gouttière , qui loge et embrasse de son bord taillé en biseau l’oviscapte. Le fond de cette gouttière, étudié sur l’animal fraichement mort, est membraneux et souple, de manière à pouvoir se prêter aux dilatations exigées par le jeu de ce dernier instrument.

Pour mettre en ET sa face interne ou splanchnique, il dut, par une dissection ménagée, enlever sa paroi dorsale tégumentaire, puis débarrasser son intérieur des viscères et des divers tissus qui l’encombrent. Ici, après le scalpel et la pince , il faut que la brosse ou le pinceau mettent à nu sa structure spéciale. Alors on constate que tout le fond de ce grand segment. est un plancher musculeux continu qui dérobe entièrement à la vue la paroi tégumentaire sous-jacente. Ce n’est pas tout : afin de bien j juger celle- -Ci, il convient d’inciser, de déchiqueter, d élaguer autant que possible cette masse musculaire.

Cette préparation une fois achevée, ce grand segment ventral apparaît concave. La ligne médiane est devenue un canal membraneux, qui correspond à la gouttière externe de l’oviscapte. Chacun des bords de ce canal est relevé par une baguette cornée, blonde ou roussâtre, qui correspond aux flanes cornés de la gouttière précitée. Une baguette toute semblable s’observe, de chaque côté, sur l’aire même de la concavité du segment, et se trouve ainsi lle à celle du milieu ; à la base interne de cette seconde paire de baguettes se voit une Hé appendiculaire pointue, de même texture cornée , mais courte. Ces baguettes, ces lames, servent d'attache aux milliers

22h LÉON DUFOUR.

de fibres musculaires qui garnissent cette concavilé , et qui sont les agents des mouvements si variés imprimés à l’ viceapih

Et qui nous dévoilera le nombre, les attributions de tous ces muscles | soumis pORREA à l'empire de la volonté de ce petit animal ? Il faudrait plus qu’un Lyonet Eur nous initier à ces merveilleux secrets. :

Si nous embrassons dans nos investigations anatomiques lé SIX segments qui précèdent celui qui vient de nous occuper, on se convainera des soins ingénieux que la nature a pris pour seconder les mouvements tant généraux que partiels de tout l'abdomen. Chacun de ces six segments offre , à droite et à gauche du bord antérieur, un lobe redressé, une apophyse où s’attachent des muscles dont l'action se combine avec ceux du grand segment ventral.

Ce dernier est d’une parfaite identité dans le Spectrum. Quoique organisé sur le même plan, il est proportionnellement moins grand dans le Gigas, et les baguettes de sa surface interne , surtout les latérales, y sont moins prononcées. Le Fuscicornis n’offre pas non plus, sous ce rapport, de différence notable. Les apophyses des six segments dont je viens de parler-s’observent aussi dans ces espèces.

$ 5. Oviscapte.

L'étude de cet admirable instrument, spécialement destiné à implanter les œufs dans du bois mort.et dur, va nous révéler, dans de petits riens inaperçus ou inappréciés, des attributions physiologiques du plus saisissant intérêt. Et combien de faits curieux n’aurions-nous pas à apprendre encore, s’il nous était donné d'assister dans des conditions opportunes aux étonnantes manœuvres de cet insecte vivant ! !. | ss

Dans nos Urocérates, comme dans tous les Hyménoptères térébrants, l’oviscapte se compose de la gaîne (1) et de la tarière (2). Examinons-les séparément, et prenons encore pour type descriptif celles du J'uvencus, que nous avons étudié vivant.

A° Gaine. —- Elle à la longueur de tout l'abdomen de l’msecte ,

(1) Fig. 19.

(2) Fig. 24.

et consiste en deux lames ou valves coriacées , longues, linéaires , entières et obtuses à leur bout libre, qui est même un peu calleux. Ces valves sont en demi-cylindre creux. Une fine membrane marginale déborde la lame coriacée. Le recouvrement mutuel de cette fine bordure membraneuse, l'union et la coaptation des deux valves, complètent un étui destiné à loger la tarière et à donner passage aux œufs à l’époque de la ponte. La face concave a un poli des plus fins, une sorte de vernis grisâtre parfaitement adapté au double but fonctionnel dont je viens de parler.

Mais cet étui n’offre pas, dans toute son étendue, une organisation identique ; et pour le bien étudier, le bien comprendre, il faut le diviser en deux parties à peu près égales en longueur, séparées l’une de l’autre par une articulation transversale étroite, demeurée incomprise , parce que jusqu’à ce jour les iconographes n’en ont pas bien saisi l'existence.

L'une de ces parties, un peu plus large que l’autre, est antérieure et logée dans la gouttière sous-ventrale : elle mérite le nom d’invaginale. L'autre, dont la moitié au moins fait, même dans son inacon, une saillie au delà du bout de l'abdomen, s’appellera évaginale.

L’articulation séparative ne saurait être bien jugée si on ne l’étudie pas sur des individus frais. Son fond est fibro-membraneux, et parfois d’une teinte roussâtre. Dans l’état de dessiccation, c’est une empreinte linéaire des plus fines. Elle témoigne du jeu isolé de la gaine évaginale , sans infirmer l'impulsion que celle-ci peut recevoir de la portion invaginale.

La gaine évaginale présente de curieux détails de texture superficielle. Sa face externe est guillochée par de légers reliefs plus ou moins transversaux , simulant à certain jour d’imperceptibles articulations. Ce guillochage , fort difficile à rendre par le dessin, en approchant de la pointe de la valve, se présente sous la forme de traits linéaires, simples, obliques, puis il disparait entièrement. Tant qu'il dure, une lentille bien éclairée y constate souvent , pas toujours pourtant , une rainure médiane. La pointe non guillochée - offre un trait qui jusqu'ici paraît avoir éludé l'attention de tous les auteurs : c’est l’existence, tout près du bord supérieur ou dorsal de chaque valve, d’une série de six piquants ou crochets courts, à

ie série. Zoor T. I. (Cahier n° 4.) * 15

base robuste, inégalement distants les uns des autres , et regardant le bout de la valve. |

Il est essentiel de savoir que non seulement ce bout n’est pas percé pour livrer passage à la tarière ; mais qu'un peu avant l’extrémité, la valve, vue par sa face concave, présente Ià un léger sinus demi-circulaire contre lequel doit nécessairement s'appuyer, s'arrêter le renflement terminal de la tarière. Après ce sinus il y a un petit espace plan et uni qui rend très immédiate la contiguité interne des bouts des deux valves ; en sorte que, quand elles sont fermées , les deux sinus forment un demi-cercle contre lequel butte, comme je viens de le dire, la pointe de la tarière. |

Quoique formées sur le même plan que dans le J'uvenceus , les valves de la gaine du Gigas , scrupuleusement étudiées , ont quelques traits différentiels spécifiques {1). D'abord le guillochage y à ses reliefs moins prononcés et un peu modifiés. Quant aux piquants subterminaux, ils ont bien le même nombre , la même disposition , mais leur configuration est distinete, Ce sont de véritables apophyses du bord coriace simulant des dents ou des crénelures auxquelles s'implante une pointe particulière styloïde inelinée vers le bout de la valve. La figure que j'en donne me dispense d’autres détails. De plus, j’observe au bord inférieur de la valve deux apophyses semblables dont je ne découvre pas la moindre trace dans le J'uvencus.

Dans le Fuscicornis, le guillochage est formé de lignes obliques plus simples et plus serrées, et les piquants ou erochets sont au nombre de sept, conoïdes, simples, sans pointe styloïde. Je ne découvre au Spectrum, dont la configuration générale ressemble tant à celle du J'uvencus, que trois ou au plus quatre crochets, beaucoup moins saillants, simples et tous rapprochés de l'extrémité. Le guillochage ressemble d’ailleurs à celui du J'uvencus.

Dans les Xiphydria, la gaine évaginale courte , comprimée et mutique, s'éloigne beaucoup de celle des Srrex, dont elle conserve pourtant encore un guillochage effacé. Ces traits semblent justifier Leach d’en avoir constitué une famille particulière.

. 2 T'arière ou vrille (2), — C'est un stylet corné, brun, aussi fin

(1) Fig. 20.

(2) Fig, 24.

qu’une soie de Porc, solide, mais éminemment élastique, terminé (dans le Juvencus frais) par un renflement ovale-oblong , sorte de goupillon garni d’aspérités ou d’arêtes tranchantes. Il est tant soit peu moins long que la gaine, dans laquelle il esttrès libre, indépendant, et dont il peut facilement s'affranchir jusqu’à sa raciné, qui nait de la saillie ou bosse sous-ventrale. Cette racine tient au corps par une bifurcation cornéo-tendineuse, dont les filets roussâtres et divergents donnent attache aux muscles qui en règlent les manœuvres. €

Toute fine qu’elle est, la tige ou manche du goupillon, étudié non pas au microscope , mais à une forte loupe, présente une texture superficielle dont nous aurons à interpréter la valeur physiologique. Et d’abord, de la connivence des filets basilairés cornéotendineux dont je viens de parler , il résulte à la face inférieure de ce manche un canalicule linéaire d’une finesse extrême, toutefois bien: constatable, se continuant jusqu’à l’origme du goupillon. Mais, remarquez-le bien, la face supérieure de ce manche n'offre pas la moindre apparence de ce canalicule. On y aperçoit ensuite de subtiles empreintes linéaires, transversales, simulant des articulations, et marquant de chaque côté, à leur terminaison au canalicule médian, une très petite fossette arrondie. Les bords de ces fossettes semblent à peine saillants, et je crains même que ce soit là une illusion d'optique. 3

Les arêtes du goupillon se rapprochent à angle aigu ou en accent circonflexe à la ligne médiane , et les bords ont des dentelures bien prononcées. Je le déclare encore, le canalicule du manche ne se continue point à la ligne médiane du goupillon ; on peut même se convaincre que le bout de celui-ci, qui, dans quelques individus bien conservés du Juvencus, forme une pointe son n'offre pas le momdre vestige d’une rainure. |

La tarière du Gigas et du F'uscicornis présente sous le manche le canalicule médian et les petites fossettes latérales du Juvencus ; mais son goupillon est beaucoup moins gros proportionnellement au manche que dans ce dernier. Il est bon de se rappeler aussi que J'ai étudié celui du J'uvencus dans une condition où il n’avait pas fonctionné, et où, par conséquent, ce goupillon était neuf. Et quoi«

qu'il existe, en quelque point de la face inférieure de ce dernier, une rainure médiane , celle-ci n’est que le résultat du rapprochement moins connivent de quelques-unes des arêtes obliques. Dans aucun des individus du Gigas et du F'uscicornis de ma collection, je n'ai aperçu au bout du goupillon la pointe isolée que j'ai trouvée et représentée dans le J'uvencus. Ce bout est ordinairement entier , ou obtus où pointu, et dans un cas je l’ai vu brièvement bifide. Ratzeburg (loc. cit., tab. 4, fig. 2 £) a vu comme moi cette structure du goupillon dans le Gigas, et le bout y est représenté entier.

Fonctions de l’oviscapte.

. Après cet exposé anatomique de l’oviscapte et du grand segment ventral, avec lequel il a de sinombreuses connexions tant externes qu'internes, essayons, en interrogeant les organes dans leur forme et leur texture, d’en donner sinon la physiologie, du moins une explication rationnelle des fonctions. Les archives de lascience sont à peu près muettes sur ce point.

Dans mes excursions aux Pyrénées, et notamment lors de mon ascension au pie d’Ossau en 1819, ascension que j'ai publiée dans les Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, j’eus l’occasion de surprendre sur des pièces de sapin équarries des femelles duGigas, dont l’oviscapte était enfoncé dans le bois jusqu'à la garde, comme on dit, de manière que leur abdomen appuyait, presque sessile, sur le plan du support. Alors ces femelles ne pouvant pas se- dégager à mon approche, je m'en saisissais facilement. Sur celles que je ne troublais point dans leurs manœuvres, j’observais des mouvements soit à l'abdomen, soit à la base même de l’oviscapte , de manière que j'interprétais les premiers comme favorisant le travail de la ponte, et les seconds comme propres à l'opération du forage. Jurine , dans son beau livre sur les Hyménoptères , rapporte aussi des faits analogues. Mais je reconnais aujourd’hui que ni Jurine, ni moi, n’étions pas préparés alors à cette appréciation par de suflisantes études anatomiques.

Pour se rendre compte du rôle que doit jouer loviscapte dans les deux actes physiologiques qu'il a à remplir, à savoir, la ponte et

RECHERCHES SUR LES UROCÉRATES. 229 le forage, il faut bien se rappeler et la position de la vulve et la lorme allongée des œufs , et surtout la composition ainsi que la texture de l'instrument lui-même. Et d’abord établissons l’incompatbilité de la présence simultanée de l’œuf et de la tarière dans la gaine de l’oviscapte. Lorsque, par cet instinct merveilleux que nous ne savons qu'admirer , et qui est tout organique, tout vital, tout providentiel , la mère Sirex en gestation est avertie que les œufs sont à terme, elle cherche, elle choisit la surface du bois mort convenable à sa double mission maternelle.

Il va sans dire que le forage précède la ponte. L'étude attentive de l’appareil me donne la conviction intime que, pour commencer son opération , le goupillon rugueux ne doit point sortir par l’entr’ouverture du bout de la gaine. Le petit sinus ou arrêt dont j'ai parlé, et la surface plane qui le suit, me confirment dans cette idée. Je crois donc que ce goupillon, pour entrer en fonction, doit se dégager du bout de la gaine par la partie inférieure de celui-ci, tandis que son manche estretenu, pressé peut-être, entre les valves de la gaine. Les fines empreintes superficielles, ou semi-articulations du manche semblent destinées à favoriser et cette inflexion et ce mouvement de vrille. L’imperceptible canalieule de sa face inférieure, dont l’origine touche de si près à la vulve, a peut-être été créé pour conduire , instiller , pendant la première opération du forage, un liquide, une humeur quelconque propre à rendre plus facile l’action du goupillon, soit en l’enduisant , soit en ramollissant le bois. Qui nous dit que ce liquide n’est point sécrété par un des organes, mal définis encore, situés au voisinage de l’oviducte ? Ne serait-ce pas là la fonction de ces deux vésicules assez grandes, et remplies d’un produit sécrété, auxquelles je n’ai su assigner ni un nom ni une attribution? J'en appelle à de nouvelles autopsies.

Quand la tarière a achevé son œuvre de forage, ou bien elle se retire complétement, ou bien, ce qui est plus probable, plus rationnel, elle demeure dans la gaine pour lui prêter de la résistance, de la solidité, Alors les valves conniventes, en étui subeylindrique, s’engagent dans le réduit ligneux, et, à l’aide des reliefs de leur guillochage, râpent encore Fintérieur du réduit pour en agrandir le diamètre, et le rendre plus accessible à l'œuf ou aux œufs.

Quand vient à sonner l'heure de la ponte, l’animal retire entièrement de la gaine la tarière jusqu’à sa racine. La vulve expulse alors un ou plusieurs œufs, qui s’engagent et glissent dans la gaîne. Les efforts combinés des muscles expulsifs de l’abdomen, ceux sur tout du grand segment ventral, viennent hâter la marche progressive des œufs jusqu’au réduit ligneux. C’est là le premier acte de la ponte ; voici le second. Les bouts des deux valves retenant l'œuf, comme entre les mors d’une tenette, l’introduisent dans une bonne partie du conduit ligneux. Là il s’agit de lâcher prise ; c’est alors que les piquants subterminaux des valves sont appelés , je crois , à fonctionner. Ils s’accrochent au bois pour y prendre un point d'appui, tandis que les bords inférieurs des valves, s’entr'ouvrant et demeurant béants, donnent issue à l'œuf. La gaine se retire alors, et l’industrieuse mère, obéissant à une impérieuse mission, va renouveler sur d’autres points de la pièce de bois, et un grand nombre de fois, cet étonnant mécanisme de ponte, du moins s’il en faut juger par la quantité d'œufs que le scalpel constate dans les ovaires. Cette dernière circonstance fait penser que l'opération du forage est beaucoup plus prompte qu’on ne pourraitle croire.

Mais quelle est donc la modification de cette manœuvre que doit entrainer dans le Gigas la forme originale de ces piquants armés de leur pointe styloïde couchée, et quel rôle joue la paire de ces piquants insérée au bord inférieur de la valve ? Admirer et se taire, voilà où nous en sommes réduits.

Ces explications, toutes théoriques, j'en conviens, toutes en dehors du témoignage direct des sens , mais inspirées par les traits anatomiques sévèrement étudiés, n’ont, je crois, rien de forcé.

M. Lacaze-Duthiers, dans un travail ayant pour titre : Recherches sur l’armure génitale des Insectes (Ann. des sc. nat., décembre 1849), est loin d’avoir envisagé du même œil que moi la composition segmentaire de l'abdomen et l’oviscapte des Sirex. Cet auteur a pris pour type de ses démonstrations le Sireæ gigas ; je l'ai étudié aussi , et j'ai de plus étendu mes recherches sur d’autres espèces du groupe ou de la famille des Urocérates. Qu'il me soit permis d'examiner ses idées parallèlement à ce que je viens d'exposer sur la double question pendante. Je me réserve aussi de sou-

RECHERCHES SUR LES UROCÉRATES. 231 mettre à un contrôle sommaire quelques-unes des généralités de cet auteur. Un vétéran de la science a des droits à sauvegarder celle-ci, lorsqu'elle lui semble blessée, d’où que vienne la lésion. D'aiileurs, c’est ici comme une justification personnelle que j'entreprends.

M. Lacaze-Duthiers ne donne que huit segments dorsaux à l'abdomen du Gigas ; orily en a très évidemment neuf dans l’un et l’autre sexe, ainsi que dans tous les Sireæ, comme je l'ai déjà avancé. Huit de ces segments sont stigmatifères, ce qui établit leur essentialité. Le neuvième ou dernier réceptacle, dans la femelle, de l'anus et de la portion afférente de l'intestin, est, par cela même, un segment essentiel , quoique privé d’orifices respiratoires. Ce dernier frait négatif s’observe généralement dans le segment terminal de l’abdomen de tous les Insectes.

Ce même auteur ne compte que cinq segments (1) à la région ventrale , tandis que positivement il y en existe sept. J'en appelle, sur ce point et le précédent, aux yeux non prévenus ée tous les entomologistes, aux figures tant anciennes que récentes, tant nationales qu'étrangères, de ce bel Hyménoptère. I paraît tout d’abord assez étrange de se trouver en dissidenee sur le nombre de pièces dont les dimensions doivent sauter aux yeux de tous. Je vais expliquer cette dissidence, ces singuliers quiproque.

M. Lacaze-Duthiers a de son autorité privée déshérité l'abdomen des Sirex femelles d’une grande partie de son enveloppe tégumentaire pour la léguer à l’oviscapte ; ses habiles ciseaux ont pourfendu dans la ligne médiane le neuvième segment dorsal, qu’il nomme arbitrairement le huitième. Mais là ne s’est point bornée la faculté créatrice de son instrument tranchant ; il a hardiment pénétré dans les profondeurs du grand segment ventral, conceptacle de lappareil locomoteur de l’oviscapte, appareil qu'il n’a pas pu constater

(1) M. Lacaze-Duthiers substitue au mot segment, dès longtemps consacré et très significatif, même d'une manière générale, celui de zoonite. D'abord, étymologiquement parlant, il faudrait dire, je crois, zonile et non zoonite. Ce nouveau terme est certainement défectueux, car les segments du corps des Insectes ne sont point des ceintures, des zona, mais des demi-anneaux, des cintres. | Pire

dans ses autopsies sur le sec, et il a complétement divisé le fond inembraneux, inaperçu par lui, de sa gouttière médiane. Alors ents#né par ses inspirations incisives , il a partagé de comble en lond cette immense portion du squelette dermique de l'abdomen en deux moiliés égales , dont il a constitué la dot illégitime de l’oviscapte en les étalant et les représentant de chaque côté de celui-ci sous la forme d’élégantes ailes symétriques.

Pour justitier son œuvre de création, l’auteur vient nous parler des grandes difficultés à découvrir des soudures , trouvées par lui seul. Quelle soudure , par exemple, a-t-il pu constater à cette grande pointe chargée d’aspérités qui termine le dernier segment dorsal ? |

Voilà pour les segments constitutifs de l'abdomen , si anormalement, si bizarrement interprétés par l’auteur. Venons au véritable oviscapte dégagé de ses emprunts ou de ses héritages.

Non, non, les valves de la gaine du Gigas ne sont point échancrées à leur bout spical ; celui-ci est arrondi dans tous les Sirex. Et puisque M. Lacaze-Duthiers soupçonnait de mutilation cette partie de l’oviscapte qu’il avait sous les yeux, pourquoi a-t-il dédaigné de consulter à ce sujet l’iconographie de ses devanciers de diverses époques ? Il aurait trouvé dans Réaumur , le premier en date, et dans Ratzeburg, qui est, je crois, le dernier, des figures qui l’auraient pleinement converti. Croit-on done que le eristallin des Swammerdam, des Réaumur, des de Geer, des Lyonet, des Bonnet, des Latreille, nos maîtres en observation, n’était pas aussi limpide que celui de nos novateurs actuels , et que la plume de ces vénérables savants n’était pas aussi bien taillée que la leur ?

Mais ce qui a lieu de m’étonner, c’est que le même œil, habitué à saisir d’imperceptibles soudures, n’ait pas aperçu ces aspérités, ces piquants du bout des valves de la gaine, que la plus fable loupe rend évidents dans le Gigas, le J'uvencus, ete. Ces aspérités, ces piquants, se trouvaient-ils usés, nuls, dans les individus soumis au ciseau de l’auteur ? Cela n’est pas impossible,

Les figures 5, 6et 7 de M, Lacaze-Duthiers ne sont, à mon avis, je n'hésite pas à le dire, que des dessins schématiques. Dans l’idée de l’auteur, la tarière serait divisée dans sa ligne médiane en deux

RECHERCHES SUR LES UROCÉRATES. 239 moitiés semblables ; l’une de ces moitiés pourrait jouer, glisser sur l’autre, ainsi que l’exprime manifestement la figure 6.

Je l’ai déjà dit, je le déclare encore dans toute la sincérité de mes convictions microtomiques , la tarière des Sirex a bien à sa face inférieure , mais à sa face inférieure seulement, une fine coulisse médiane, un canalicule, quimême ne se continue pas au bout renflé que j'ai appelé goupillon. Celui-ci se termine dans le J'uvencus par un prolongement cylindroïde, uni , sans la moindre trace, ni de rainure, ni de division. Qu’on me permette de redire ici que Ratzeburg , certes bien étranger à notre débat, a représenté entière l'extrémité grossie de la tarière du Gigas.

Je borne là pour le moment mes observations relatives aux spécialités ; j’ai hâte d’aborder des généralités, au contrôle desquelles je me trouve plus directement intéressé.

M. Lacaze-Duthiers, dans ses recherches squelettologiques, est parti de l’idée malheureuse qu’il y a identité de composition organique entre l’aiguillon d’une Guêpe et l’oviscapte d’un Hyménoptère térébrant. Puis il pose littéralement la question suivante : Existe-t-il un plan unique dans la composition des oviscaptes et des verges des Insectes ? Au nom de ces conformités organiques Invoquées par l’auteur, je l’adjure de ne point consommer cet acte d’hétérogénéité. Où irait la science dans une semblable direction ? Hélas ! tout droit au chaos où la poussent déjà quelques empressés du jour.

J'en demande bien pardon à M. Lacaze-Duthiers, mais en me faisant l'honneur de m'emprunter le nom d’armure, il a fort mal saisi ou mal interprété ma dénomination d'armure copulatrice ; je n'ai jamais employé ce nom que pour les seuls mâles. Elle a dans ce cas une acception rigoureuse, une valeur très significative. Ce curieux instrument préhensif, ce singulier forceps, recéleur du pénis, auquel il sert de conducteur, peut bien, par sa configuration variée, donner la garantie de la légitimité des types, devenir la clef d’une serrure ; mais, soyons de bon compte, serait-ce servir la science que de l’exhiber comme caractère spécifique ? Non , sans doute. Il n’y faudrait recourir que dans les cas extrêmes où les traits extérieurs seraient insuffisants. Laissons donc encore cet organe

dans le domaine de l'anatomie intérieure. Ne compliquons pas la marche pour arriver à la connaissance positive de l’espèce , but de toutes les méthodes. Surtout qu'on ne confonde point l’armure copulatrice avec la verge, que M. Lacaze-Duthiers aura sans doute eu peu d'occasions de constater , et qu’on ne recherche point ses analogies avec l’oviscapte !

Jamais, je le répète, je n'ai étendu à la femelle la dénommation d’'armure copulatrice, et javais de bonnes raisons qui subsistent encore. Toutefois, dans la description de l'appareil génital femelle des Insectes de tous les ordres, j’ai, à l'exemple d’Audouin, donné le nom de poche copulatrice à une bourse particulière, placée sur le trajet de l’oviducte, destinée à recevoir, et le pénis avec son armure, et la liqueur séminale pour la fécondation des œufs.

Dans ma façon de voir, le nom d'oviscapte doit être exclusivement réservé à un instrument destiné à insérer les œufs dans un milieu plus ou moins résistant. Beaucoup d’Insectes pondent leurs œufs simplement par la vulve, et les laissent ou à nu sur le plan de support, ou enveloppés par un produit sécrété quelconque. Suivant moi, les femelles de ces derniers Insectes n’ont pas d’oviscaptes ; elles pondent comme les Oiseaux. Les oviscaptes modèles sont, sans contredit, ceux des Hyménoptères térébrants, des Locustaires, ete. Mais il existe aussi dans beaucoup de Diptères des oviscaptes rétractiles qui, malgré leur mollesse, ne laissent pas que de mériter ce nom.

En m'empruntant l'appellation de gorgeret, je prie encore M. Lacaze-Duthiers de se rappeler que je l’ai exclusivementréservée à l'appareil vénénifique. Or je n’établis aucune parité, aucune unité de composition entre cet appareil et celui de la génération. Dans les Apiaires sociales, les ouvrières ont certainement un appareil vénénifique fort développé , un dard très vif, et pourtant leurs organes génitaux sont rudimentaires et infonctionnels.

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