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CHAPITRE XI DÉVELOPPEMENT DES ENVÉLOPPES LARVAIRES

$S 1. — Historique.

Pour la clarté de l'historique qui va suivre il est nécessaire que j'expose d'abord quelles sont les diverses enveloppes

D A. PIZON.

d’un œuf mür de Botrylle ou de Botrylloïde, telles que me les ont montrées les coupes que j'ai étudiées.

L’œuf müûr chez les Botryllus violaceus présente trois enveloppes concentriques (fig. 93, PL IX) :

1° L'externe F composée de cellules à peu près cubiques à ce moment et que la larve abandonnera quand elle tombera dans le cloaque (Fo/licule externe); |

2° Une plus intérieure /, constituée par des cellules déjà un peu fusiformes et qui iront en s’aplatissant de plus en plus; elles proviennent de la prolifération des cellules du follicule externe, et je désigne cette membrane sous le nom de follicule interne ; elle accompagne la larve à l’éclosion et lui constitue son enveloppe la plus externe;

3° Au-dessous du follicule interne et en contact direct avec le vitellus de l’œuf, se trouvent des cellules sphériques ou ovoïdes, plus ou moins serrées les unes contre les autres et réparties à peu près régulièrement en une seule assise. Ce sont les cellules désignées encore très souvent sous le nom impropre de cellules du testa. |

Ces différentes enveloppes paraissent exister chez tous les Botryllidés. Je les ai observées chez Lous ceux que j'ai étudiés (B. violaceus, B. smaragdus, B. Schlosseri, B. aurolineatus, Botrylloides rubrum, BP. rotifera, B. prostratum).

Deux questions divisent les auteurs :

1° L'origine de chacune des membranes de l'œuf ;

2° Le rôle de la couche dite du « tesla », couche des « globules granuleux » de Fol (Ciona).

1° Origine des membranes. |

Les travaux sur celte question sont nombreux et les diversences assez considérables; mais sans entrer dans les délails de ces divergences et sans refaire ici un historique que Fol (16), Sabatier (83) et Van Beneden (95) ont présenté aussi complet que possible, on peut dire que trois opinions diverses ont été émises, qui résument l’ensemble des recherches faites jusqu’à présent.

1° Fol (15 à 17), Sabalier (80 à 83) et Roule {75 à 78) font

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naître de l'ovule lui-même les cellules du follicule et celles du TEsTA, bien que par des processus différents, 1l est vrai (Ciona Intestinalis).

Bien antérieurement, Kuppfer (51) el Metschnikoff (62) avaient de même attribué une origine intraovulaire aux cellules du « testa ».

2° Une deuxième opinion, émise en premier, lieu par Kowalevsky et partagée depuis par Ganin (Botryllus), Ussow, Giard (Lathonephria), Maurice (Fragaroïdes), considère le « testa » comme une production de l'épithélium folliculaire et non de l’ovule même.

Plus récemment, V. Beneden et Julin dans leurs savantes Recherches sur la morphologie des Tuniciers ont étudié non seulement le développement du « testa », mais encore celui du follicule (Claveline, Pérophore). Us font dériver les cellules folliculeuses du même épithélium germinatif qui donne naissance aux ovules ; les cellules du « testa » sont à leur tour une production secondaire de l’épithélium folliculaire, de sorte que pour ces auteurs, l'œuf, à proprement parler, est un œuf nu comme celui des Appendiculaires ; ses différentes membranes prennent naissance en dehors de lui;

3° Enfin, une troisième opinion, qui peut être regardée comme une opinion moyenne entre les deux précédentes, est celle que Davidoff (8) a émise récemment sur les œufs de Distaplia : le follicule est formé par des cellules qui dérivent du même épithélium germinatif qui produit les ovules ainsi que V. Beneden et Julin l'ont vu chez la Claveline et le Pérophore; les cellules du testa, au contraire, ont une origine intra-ovulaire pour Davidoff.

2° Rôle du testa.— En ce qui concerne le rôle du «tesla » les opinions sont moins diverses.

D'une part, Kuppler et Kowalevsky font former la tunique commune aux dépens de ces cellules dites « du testa »; c’est de là que vient précisément cette dernière dénomination. Mais Hertwig, E. Van Beneden et tous les ascidiologues qui

ont suivi, Semper, de Lacaze-Duthiers, Della Valle, Maurice; ANN. SG. NAT: ZOOL. X1V, 18

274 A. PIZON.

nient que ces cellules jouent un rôle quelconque dans la genèse de la tunique et c’est l'opinion qui prévaut aujourd'hui.

Il n’est pas sans importance de remarquer que tous les Tuniciers étudiés par les auteurs que nous venons de citer (Asc. simples, Fragaroïdes, Pérophore, Claveline) sont des formes chez lesquelles l'œuf quitte l'ovaire à un moment donné, en y abandonnant certaines de ses membranes et en entraînant d'autres avec lui dans le cloaque, où il va subir la suite de son développement. Il y a donc, chez ces espèces, une distinction à faire entre les membranes que l’œuf abandonne et celles qu'il entraîne dans le cloaque; selon qu'on l’'étudie dans l’un ou l’autre de ces deux cavités, on lui lrouve des enveloppes différentes.

Cette distinction n’a jamais été neltement faite ; c’est ainsi que Maurice (60) dit que l'œuf des Fragaroïdes entraîne {outes ses membranes sans exceplion dans la chambre incubatrice, Landis que V. Beneden (95), chez la Claveline, trouve que les deux membranes les plus internes de l’œuf sont les seules qui l’accompagnent dans le cloaque, le follicule externe restant en place au moment de la ponte. |

Élant donné que Maurice a trouvé la plus grande anti entre la disposition et la structure des organes génitaux des Fragaroïdes et des Clavelines, telles qu’elles ont été décrites chez ces dernières par V. Beneden et Julin, on est en droit dc se demander si les divergences de ces auleurs à propos des membranes qui quittent l'œuf ou l’accompagnent au moment de la ponte sont bien fondées. Et si on ne s'entend pas sur la distinction des membranes que l’œuf abandonne dans l'ovaire et de celles qu'il entraîne dans le cloaque, comment dès lors s'étonner des opinions si diverses. qui ont été émises sur le rôle de chacune de ces enveloppes et sur leur origine ?

Il est bien évident que ce genre d'erreurs n'existe pas si pour l’élude de ces membranes on s'adresse à des espèces dont les œufs sont fécondés et subissent tout leur développement larvaire là même où ils ont pris naissance.

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C'est précisément l'avantage que présentent les Botryllidés, dont les larves se développent presque complètement là où l'œuf a été formé, et ne quittent l'enveloppe maternelle que lorsque la genèse des organes est déjà avancée et que la tunique a déjà acquis une certaine épaisseur.

Il est donc relativement plus facile, chez les Botryilidés, de suivre sur place les modifications diverses de chacune des enveloppes primitives de l'œuf et d’assigner à chacune son rôle. La méthode des coupes était tout indiquée pour ces recherches, parce qu’elle permet d'observer les rapports des diverses membranes beaucoup mieux que les dilacérations, qui occasionnent toujours fatalement des déchirures et peuvent faire considérer comme membranes larvaires des portions de parois maternelles arrachées en extrayant l'œuf ou la larve.

Telles sont les considérations qui m'ont décidé à m'occuper à mon tour de cette question des membranes de l’œuf, à la suite de tous les éminents naturalistes dont je viens de parler, persuadé que le choix d’un bon type peut suflire bien souvent, à lui seul, à éclaircir bien des points obscurs.

$ 2. — Développement du follicule de l'œuf.

Dans les portions centrales de l'ovaire où les jeunes ovules sont pressés les uns contre les autres, les limites de chacun d'eux ne sont que faiblement indiquées et l’ensemble paraît une masse de noyaux répartis dans une masse unique de protoplasma; l'emploi du bleu de méthylène permet cependant de délimiter chaque ovule el de s'assurer que chaque noyau est récilement entouré d’une couche protoplasmique qui lui apparlient en propre. D'ailleurs, la comparaison avec les ovules de la périphérie, qui montrent chacun leur membrane vitelline très nette, ne permet pas de douter que chaque noyau central ne soit entouré de son protoplasma et de sa membrane propres ( Voir les coupes des pl. I à IV).

D'après Sabatier (82) le jeune ovaire de la Ciona Intestinalis serait constitué à l’origine par une masse de noyaux plongés

dans une substance fondamentale du tissu conjonctif; dans la suite ces novaux s’entoureraient d’une couche protoplasmique très mince, distincte de la substance fondamentale primitive.

Il n’y aurait pas que l'ovaire des Ciona qui lui aurait fourni de semblables résultats, mais encore celui des Phallusies et de diverses espèces de Botrylles et de Botrylloïdes. |

La description que je viens de donner de la structure du jeune ovaire des Botrylles et des Botrylloïdes montre que je üe puis pas partager l'opinion du savant professeur de Montpellier relativement à la genèse des jeunes cellules ovariennes : ce ne sont pas des noyaux seuls qui se détachent de la bande mésodermique, mais des cellules entières, complètes, bien que la couche protoplasmique soit faible relativement à la dimension des noyaux ; et quand ces cellules se sont agglomérées de chaque côté du sac branchial pour former la masse sexuelle, chacune possède encore sa zone protoplasmique et sa membrane propres. |

Je n'ai jamais vu de figures karyokinéliques dans les jeunes cellules ovariennes; peut-être évoluent-elles directement, sans se diviser, après s'être détachées de la bande mésodermique, car si grande que soil la vitesse avec laquelle elles se diviseraient, il serait bien extraordinaire que je n'en eusse Jamais trouvé une seule en voie de division, dans le nombre relativement considérable d'ovaires que j'ai examinés.

La vésicule germinative du jeune ovule est volumineuse avec un gros nucléole qui absorbe fortement le carmin. Une ct parfois plusieurs taches plus claires que l’on observe dans le nucléole, après coloration par le carmin, montrent bien que sa structure n'est pas homogène.

Le carmin décèle également dans la vésicule germinative un réseau chromalique très riche, qui ne disparaît qu'au moment de la maturité de l'œuf.

Deuxième stade (PI. TX, fig. 89).

Considérons parmi les très jeunes ovules un de ceux qui

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sont situés à la périphérie de l'ovaire; mieux que ceux du centre, qui sont pressés les uns contre les autres, ils se prêtent à l'étude des phénomènes qui se passent à la périphérie de l’ovule. La figure 89, PI. IX, représente à un fort grossissement deux de ces ovules chez un B. wolaceus.

Autour de ce jeune ovule périphérique, on voit :

1° Un certain nombre de petites cellules libres, errer dans le voisinage ; elles ont un noyau relalivement volumineux cl une couche protoplasmique faible;

2° D’autres cellules, qui ressemblent tout à fait aux précédentes, se montrent complètement couchées à la surface du vitellus de l’œuf et commencent à lui constituer un follicule ;

3° Entre ces deux catégories de cellules, il n’est pas rare d’en trouver qui au lieu d’être complètement couchées à la surface de l’ovule, n'y sont seulement adhérentes que par une de leurs extrémités ; elles ont été tuées par le liquide fixa teur au moment où elles commencaient à entrer en relation avec l’ovule. Certaines d’entre elles, au lieu d’adhérer à l’ovule simplement par une de leurs extrémités, y sont accolées par une portion de leur paroi latérale.

Toutes ces cellules, libres autour de l’ovule ou qui lui sont encore incomplètement adhérentes, ne diffèrent en rien les unes des autres. Même taille, même noyau volumineux, mêmes prolongements.

Toutes viennent s’accoler à l’ovule pour lui constituer une enveloppe, ef toutes ont par conséquent une origine extraovulaire : elles proviennent de la bande mésodermique médio-dorsale du jeune bourgeon que j'ai décrite aux T° et ITT° stades (p. 16 et 23).

Les intermédiaires que j'ai observés entre la cellule complètement couchée sur l’ovule, et celle qui ne lui est encore reliée que par une de ses extrémités, est une preuve sérieuse de l’origine extra-ovulaire de ces cellules. |

D'autre part, on observe très souvent un certain nombre de petites cellules déjà à la surface de jeunes ovules dans lesquels il n’y a encore aucune des différenciations internes du

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protoplasme dont nous parlerons tout à l'heure, aucune production du noyau qui puisse faire penser à une origine intraovulaire de ces cellules externes {œuf de droite de la fig. 89).

L'élude, non pas d’un œuf isolé, mais de toute la masse ovarienne, conduit à la même conclusion. Les figures 6 à 12, PI. T, montrent une {raînée de pelites cellules allongées qui se dirigent de l'extérieur dans l'intérieur de l'ovaire, les plus antérieures de la traînée s'immiscent entre les jeunes ovules, quelques-unes se montrant déjà accolées à leur périphérie. Toutes ces petites cellules constitueront le follicule de l'œuf, ainsi que le montre la suite de leur évolution.

En face de ces diverses observalions, je suis donc amené à nier l’origine intra-ovulaire des cellules qui entourent l’ovule au début, et à ne pas parlager l'opinion de Sabatier, n1 de Fol ni de Roule. L’enveloppe primitive de l’œuf desBotryllidés est formée par de petites cellules qui appartiennent à l'ovaire, qui sont situées soit à sa périphérie, soit & son intérieur, et qui, comme toutes les autres petites cellules encore indifférenciées de l'ovaire, ont été produites par la bande mésodermique du jeune bourgeon. Seulement, au lieu d'évoluer en ovules comme beaucoup de celles qui les accompagnent, elles constiluent des membranes enveloppantes pour ces ovules.

Van Beneden et Julin chez la Claveline(95) el Davidoff chez les Distaplia (8) sont arrivés à de semblables conclusions. Mon opinion est encore fortifiée par l'homologie qu'il convient d’établir entre le follicule de l'œuf et la membrane qui entoure la glande mâle : cette dernière membrane est aussi constituée par des cellules qui font partie de la masse spermatogène primitive, ainsi que je l'ai montré plus haut (p. 271). Fol, l’un des partisans de l’origine intra-ovulaire du follicule, a vu, chez l’Ascidia mammillata (16), de jeunes ovules entourés déjà de plusieurs cellules folliculaires, ne présenter cependant dans leur intérieur aucun élément en formation traversant le vitellus pour se rendre à sa surface, tandis que chez d’autres Ascidies, chez les Ciona, par exemple, le savant naturaliste a assisté à la formation pour ainsi dire continue dans l'intérieur

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de l'œuf, des éléments qui d’après lui émigrent à la surface pour constituer le follicule.

Fol en a conclu que la production endogène du follicule a vraisemblablement lieu chez l’A scidia mammillata par poussées distinctes et rapides, en plusieurs fois, au lieu d’être continue comme chez d’autres espèces.

Mais le fait signalé par Fol peut recevoir une toute autre interprétation qui vient à l'appui de mes conclusions sur l’origine extra-ovulaire du follicuie chez Les Botrylles et Îles Botrylloïdes : ces quelques cellules qui entourent le jeune ovule chez l’'Ascidia mammullala ne seraient-elles pas tout simplement, comme chez les Boiryllidés, de petites cellules qui appartiennent à l'ovaire el qui se sont accolées à l'ovule avant que celui-ci ait présenté des traces de différencialions intra-vitellines?

Il ya des animaux qui se prêtent beaucoup mieux que d'autres à l'observation de certains faits; si je me trouve en désaccord avec Fol, Roule et Sabatier sur l'origine du follicule, cela tient peut-être beaucoup à ce que chez les Botrvllidés les phénomènes sont plus nettement observables.

Chez les Botryllidés, il n’y a pas comme chez les Ascidies simples, un stroma plus ou moins complexe dans lequel naissent et se développent les divers éléments de la glande reproductrice; la structure de la jeune glande hermaphrodite est beaucoup plus simple (p. 258); les ovules ne se développent pas là où ils ont pris naissance et les migrations qu'i's subissent dans le cours de leur évolution et qui les isolent momentanément les uns des autres (v. ch. XII), ne font que favoriser l'observation en permettant d’en faire l’étude dans des conditions différentes.

D'autre part, l'emploi unique des dilacérations dans celle élude des diverses membranes de l'œuf peut amener des mécomptes. L'observateur qui aurait sous les yeux un jeune ovule isolé par dilacération, tel que celui qui est représenté (fig. 89, PI. IX) avec une cellule qui lui est adhérente par une de ses extrémilés, serail fatalement tenté de voir dans les

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relalions des deux cellules un simple accident dû à la dilacération, puisqu'on se trouve dans limpossibilité de juger des relations réelles des deux éléments.

La méthode des coupes qui a l'avantage de conserver les rapports des cellules, se substitue donc ici avec avantage aux dilacérations, et il n’est pas sans intérêt de remarquer que ceux des naturalistes qui attribuent une origine intra-ovulaire aux cellules du follicule. Fol, Sabatier et Roule, ont fait précisément leurs recherches surtout au moyen des dilacérations, tandis que V. Beneden et Davidoff, avec qui je me trouve d'accord sur l'origine extra-ovulaire du follicule, ont étudié comme moi les ovules sur des coupes.

Derniers stades (PI. IX, fig. 90, 91, 92 et 93).

Les cellules périovulaires sont plus nombreuses et toutes aplaties à la périphérie de l’ovule; certaines paraissent s’être encastrées partiellement dans le vilellus périphérique en le refoulant devant elles. |

Elles deviennent de plus en plus globuleuses ; en outre, en certains points de la surface de l'œuf, elle se montrent soudées plusieurs ensemble par leurs bords. En d’autres points, elles sont encore isolées et leurs bords aplatis sont inlimement soudés à la paroi même de l’ovule ; elles ne forment done pas encore une enveloppe complète à l’'œuf(#. PL IX, fig. 90).

Mais peu à peu cette enveloppe se complète : 1° par l'adjonction de nouvelles petites cellules ovariennes qui viennent s'accoler à l'ovule; 2° par la multiplication de celles qui sont déjà à la périphérie, et l'œuf est bientôt totalement entouré par une couche complèle de ces cellules (PI. IX, fig. 91, F) qui lui constituent ainsi un fo/licule primitif.

En même temps, la taille de ces cellules continue à augmenter dans de notables proportions ; elles deviennent de plus en plus globuleuses, de plus en plus serrées; l'aspect fusiforme qu’elles avaient sur les plus Jeunes œufs disparaît progressivement (#, fig. 91).

À un stade plus avancé (PI. IX, fig. 92, F) elles sont devenues

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sensiblement cubiques, leur noyau est très volumineux et très riche en chromatine. Elles continuent à se multiplier très activement pour suivre l'accroissement de l'œuf; mais en outre, comme à ce moment l'enveloppe folliculaire est complète, le plus grand nombre des nouvelles cellules formées par ses parois s'interposent entre le follicule et la surface de l'œuf.

J'ai observé plusieurs fois des figures karyokinétiques qui ne laissent aucun doute sur la réalité de cette prolifération des cellules du follicule ; la direclion de ces figures indique que les nouvelles cellules formées se placent au-dessous des cellules périphériques qui les ont produites, au contact du vilellus de l'œuf (PI. IX, Ffig. 92, à gauche de la figure).

Au fur et à mesure de leur production, ces cellules pressées entre celles du follicule et la périphérie de l'œuf s’étalent à la surface de celui-ci, se soudent peu à peu entre elles et prennent de bonne heure l'aspect fusiforme sur les coupes; leur gros novau est généralement ovoïde et très riche en chromatine; par la double coloration du carmin aluné et du bleu de méthylène, la membrane du noyau et la substance chromatique se colorent très fortement en rouge; quant à la membrane cellulaire elle n’absorbe qu'assez faiblement Le bleu, mais assez toutefois pour lui assigner ses limites avec certitude. C’est ce que représente la figure 92, PI. IX (œuf de B. volaceus dont la vésicule germinative a perdu ses contours réguliers et commence à éprouver les premières transformations qui précèdent la maturité). On y voit des cellules se détacher de différents points de la membrane folliculaire et se placer entre celle-ci et la surface de l'œuf, mais sans constituer encore une enveloppe complète. Quant à la portion périphérique de l'œuf elle se distingue avec la plus grande netleté, car elle absorbe fortement le bleu de méthylène.

Enfin, un peu plus tard, alors que la vésicule germinative n'a pas encore disparu, les cellules détachées du folliculesont devenues plus nombreuses, toutes se sont soudées par leurs bords et conshituent une deuxième enveloppe sous-jacente au

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follicule primitif ; je la désignerai sous le nom de fo/licule interne (fig. 93, f) et le follicule primilif sous le nom de folhicule externe.

Comme le /olhicule interne accompagne la larve à la sortie du cloaque et qu’il Himile extérieurement la tunique cellulosique, 1l peul être encore qualifié de membrane péritunicale.

Pendant que les parois du follicule externe prolifèrent, le vitellus de l'œuf est lui-même le siège d'une produelion abondante de cellules de rebut (cellules du « Lesta ») dont je parlerai toul à l'heure el qui se dirigent à la surface du vitellus ; elles se trouvent être par conséquent en contact plus ou moins intime avec les cellules du follicule interne. Ces cellules de rebut ne doivent cependant pas être confondues avec celles de cette dernière membrane; il est vrai que les noyaux des unes et des autres présentent une structure histologique à peu près identique; mais leur évolulion et leur rôle sont tout à fait distincts, comme nous le verrons en éludiant le développement des cellules de rebut. |

J'ai représenté la figure 92, PI. IX, detpréférence à beau coup d’autres, parce que l’alcool, sur une certaine élendue; a amené le retrait de la masse vitelline de l'œuf et permet de mieux se rendre compte de la prolifération des cellules du follicule externe et de leurs rapports avec les cellules de rebut; dans les régions qui ont été le moins conlractées par l'alcool (partie droite de la figure), les cellules du follicule interne se montrent tout à fait à la surface du vitellus et en cerlains points en contact intime avec des cellules de rebul; mais dans les endroits où la substance vitelline s’est contraclée davantage et s’est séparée du follicule, on observe avec la plus grande netteté : 1° la prolifération des cellules externes du follicule primitif, avec des figures karyokinéliques et des cellules internes encore incomplètement détachées des externes qui les ont engendrées ; 2° un cerlain nombre de celluies du follicule interne /'fusiformes, avec leur membrane cellulaire parfaitement nette {par coloration au bleu de méthylène); 3° la paroi non moins nelte du vilellus (même colo-

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rant); 4° enfin, dans ce vitellus méme et vers la périphérie, de

gros noyaux dont la paroi se colore fortement par le carmin alunéet qui renferment de nombreux grains de chromatine: ils sont répartis à ce moment sans ordre à la périphérie du vitellus et ne forment pas encore une couche continue.

C'est à ces éléments venus de l'intérieur de l'œuf que Fol, Roule et Sabatier altribuent la formation du follicule chez les Ciona; mais l'étude de l'évolution ultérieure de ces éléments montre que ce ne sont que des éléments de rebut qui subu'ont une dégénérescence progressive (voir p. 284); les phénomènes si nels que je viens d'exposer sur le développement des deux membranes folliculaires montrent qu’elles ont été constituées exclusivement par de petites cellules ovariennes, sans parlicipation aucune d'éléments venus de l'intérieur.

Un des arguments qu'invoque Fol pour soutenir que le follicule de l'œuf des Ciona est bien d’origine intra-ovulaire, qu'il est bien constitué par additions successives d'éléments venus de l’intérieur du vilellus, c’est qu'il n’a jamais observé la multiplication des premières cellules du follicule.

Or, celte multiplication ne fait pas de doute chez les Bo- Hputes (fig. 92, PI. IX); je dois ajouter, il est vrai, que jai examiné un nombre considérable de coupes et que je n'en ai {rouvé qu’en assez petit nombre Jus soient absolument démonstraltives.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que chez aucun des autres Tuniciers étudiés jusqu’à présent sous le rapport de l'ovogénèse, Ciona, Pérophore, Claveline, Distaplia, ele., on n’a parlé du dédoublement du follicule primitif en deux membranes distinctes. Maurice (60) dit ne l'avoir pas observé non plus chez les œufs de Fragaroïides aurantiacum.

Je ne saurais dire si ce dédoublement a lieu chez ces espèces comme chez les Botryllidés. Peut-être est-il spécial aux formes qui, comme cesdernières, subissent toutleur développement, non dans le cloaque, mais à l'endroit même où l'œuf a grandi; le follicule externe est déchiré et abandonné par la larve des Botryllidés quand elle s'échappe dans le

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cloaque; le follicule interne, au contraire, est conservé tout entier par la larve et lui constitue son enveloppe la plus externe (p. 295).

$ 3, — Origine des cellules de rebut (cellules dites du « testa »).

Maintenant que les deux couches cellulaires du follieule sont constituées, avant de les suivre dans leur évolulion uliérieure, je vais exposer comment se développent les cellules dites « du testa », chez les Botryllidés.

La pluparl des auteurs qui se sont occupés de l'ovogénèse chez les Tuniciers, Kuppfer, Metschnikoff, Fol, Roule, Sabatier el, plus récemment, Davidoff, ont attribué à l’œuf même la formation d'éléments qui viennent se concentrer à la surface du vitellus. Les résultats de ces différents auteurs ne diffèrent que par le rôle qu'ils font jouer aux diverses parties de l'œuf (vitellus, noyau et nucléole) dans la formation de ces éléments et par la destinée qu'ils attribuent à ces derniers : Pour Davidoff (8) tous ces éléments d’origine imtravitelline sont des cellules de rebut quine jouent aucun rôle dans la constitution du follicule; Fol, Roule et Sabatier admettent au contraire, avec des différences qui ne sont que secondaires, que ces éléments intravitellins constituent à la fois et le fuilicdile et le « testa ».

Considérons en particulier de jeunes dés de Botryllus violaceus, représentés pl. IX, fig. 89 à 93. Les phénomènes que je vais décrire sort les mêmes chez les autres Botrylles que J'ai étudiés, B. Schlosseri, B. smaragdus, diverses variétés de PB. violaceus, Botrylloïdes rubrum et B. prostratum (Girard).

Chez de très jeunes ovules qui ne sont encore entourés que de quelques cellules du follicule primitif (pl. IX, fig. 89), on observe une vésicule germinative à contours parfaitement nets el qui se colorent fortement par le carmin aluné, après fixation par l'acide acétique cristallisable ; à l’intérieur, un gros nucléole qui, après le même traitement, prend une coloration intense, mais pas partout également ; on observe très souvent des portions où la matière colorante a été moins

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fortement absorbée, ce qui montre que la substance du nucléole n’est pas absolument homogène.

Des grains de chromatine de grosseur variable sont épars dans le noyau, mais sont surtout nombreux à la périphérie interne de la paroi de ce moe

À plusieurs reprises, j'ai trouvé dans de ; jeunes œuis de diverses espèces de Botrylles et de Botrylloïdes un très gros grain de chromatine formant comme un second nucléole à côté du premier. C’en est un qui est représenté pl. IX, fig. 89

Au même stade, et dans le vitellus de ce même œuf (fig. 89) on trouve une pelite masse irrégulière, légèrement mamelonnée, que le carmin colore aussi fortement que la chromatine du noyau et qu'il faut par conséquent considérer aussi comme de nalure chromalique.

L'œuf de la figure 90 (pl. IX), un peu plus âgé que le précédent, représente à un plus fort grossissement deux de ces masses chromatiques situées dans la profondeur du vitellus. Par les doubles colorations par le carmin aluné et le bleu de mélhylène, et en arrêtant l’action de ce dernier à temps, on arrive à obtenir une coloration rouge violet intense pour les amas de chromatine, tandis que le bleu de méthylène colore uniformément tout le vitellus, exceplé tout autour de chaque amas de chromatine où le protoplasme se teinte à peine ; cette zone claire correspond à la portion du vitellus qui est en voie de différencialion pour constituer une nouvelle cellule, dont la masse chromatique représente le noyau.

On trouve de ces éléments tout au voisinage de la vésicule germinative, d’autres dans le milieu du vilellus, et enfin chez les œufs plus âgés, dont la vésicule germinative commence à perdre ses contours, on les observe en quantité considérable à la périphérie de l'œuf, en contact plus ou moins immédial avec les cellules du follicule interne (pl. IX, fig. 91, 92 et 93, 7); ces éléments se différencient dans tout le vitellus et émigrent progressivement à la périphérie ; ils se placent d’abord plus où moins régulièrement les uns près des autres (fig. 92, r), puis finissent par former

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une assise presque complète sous le follicule interne. Mais ii est à remarquer que ces éléments, bien que parfois serrés les uns contre les autres, surtout chez les œufs complèlement développés et qui atteignent leur maturité, ne se soudent Jamais ensemble pour conslituer une membrane, comme se sont soudées les cellules primilives du follicule. Ils sont simplement juxtaposés, et comme ce sont des éléments de rebut de l'œuf, qui entrent de bonne heure en dégénérescence ef qui ne se multiplient pas, ainsi que nous l'apprendra leur évolution ultérieure, il en résulle qu'ils se désagrègentrapidement dès que l’œufaugmente dedimension, principalement lors de la segmentation (pl. IX, fig. 94 r).

Au moment où la vésicule germinative commence à se différencier, ces cellules de rebut sont déjà très nombreuses à la périphérie du vilellus (pl. IX, fig. 92 et 93); elles possèdent une vésicule germinative dont la paroi est parfaitement nette après coloration par le carmin aluné ou le bleu de méthylène ; elle renferme un grand nombre de grains de chromaline et tout autour d’elle le vitellussse colore EE moins énergiquement qu'ailleurs.

Comme je l’ai déjà fait remarquer, ces noyaux fernitétiine présentent alors la plus grande ressemblance avec ceux du follicule interne, et c’est évidemment ce qui a fait dire à Fol que chez le Botrylloïdes rubrum, ces éléments du « testa» forment plusieurs strahficalions; ce savant naturaliste n'a pas fail entre les véritables cellules de rebut et celles du follicule interne la distinction qu’il convient de faire ; sans doute celle distinction est difficile à établir si on se borne, comme Fol, à examiner l'œuf seulement à un seul stade, au moment, par exemple, où les éléments de rebul tapissent à peu près complétement la périphérie de l'œuf et se montrent accolés au follicule interne ; 1l est absolument indispensable, pour résoudre la question, de suivre l’évolution complète de ces différentes catégories d'éléments.

Or, l'étude qui précède nous à montré que si leurs noyaux se ressemblent à un moment donné, les cellules de rebut et

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celles du follicule interne n'en ont pas moins une origine absolument distincte; d'autre part, l'histoire de leur évolution après la fécondation de l'œuf nous montrera qu'elles ont aussi une destinée tout à fait différente, et qu'il y a par conséquent une distinction capilale à faire, chez les Botryllidés, entre les cellules de rebut et celles du follicule interne qui leur sont adjacentes.

Tous les éléments, sans exception, qui prennent naissance dans la profondeur du vitellus ne sont que des éléments de rebut, aucun d’eux ne prend part à la constitution du follicule, qui est toul entier d’origine extra-ovulaire.

Davidoff est arrivé à des conclusions tout à fait idenliques chez les œufs de Distaplia.

Mais les résultats de ce naturaliste et les miens s’éloignent considérablement de ceux de Fol, de Roule et de Sabatier. Roule et Sabalier pensent que chez les Ciona, les premiers éléments intra-ovulaires qui se différencient constituent le follicule, tandis que ceux qui prennent naissance à la fin, alors que le follicule est déjà formé, constituent seuls Les cellules de rebut (« testa »). |

Folattribue de même une origine intra-ovulaire aux cellules du follhicule el aux éléments de rebut; mais ces derniers résulleraient de fa différenciation de la partie la plus superficielle du vitellus seule, tandis que les cellules du follicule prendraient naissance dans la profondeur du vitellus, avec participation de la vésicule germinative de l'œuf,

Quant au processus par lequel les cellules de rebut se différencient dans le vitellus, celui que j'ai observé chez les Bolryllidés est le même que celui que Sabatier a décrit chez les œufs de Ciona Intestinalis et d’'Ascidia, et par suile mes résullats ne diffèrent de ceux du savant professeur de Montpellier que par le rôle qu'il attribue aux premières cellules de rebui dans la constitution du follicule.

Je pense avec Sabatier que les éléments de rebutse différ.ncient tout enliers dans le vilellus; du moins parmi le nombre considérable d'œufs de Botryilidés que j'ai étudiés,

288 A, PIZON.

je n’en ai Jamais rencontré un qui ait présenté une extroflexion de la vésicule germinative qui s’isolerait pour constituer le noyau de la cellule de rebut, ainsi que Fol et Roule l'ont décrit chez les Ciona et Davidoff chez les Distapha (1).

J'ai bien vu, comme Fol (fig. 89), des corpuscules chromaliques adjacents à la paroi de la vésicule germinative et du côlé interne, mais ces corpuscules, peu volumineux, m'ont toujours paru être en relation avec le réseau chromatique de la vésicule germinative dont ils ne constituaient que la partie périphérique. Je ne les ai jamais vus pénétrer dans une évaginalion de la paroi de la vésicule, qui se romprait ensuite pour laisser le corpusecule isolé dans le vitellus. De ce que les corpuscules chromatiques situés à la face interne de la membrane de la vésicule ressemblent à ceux qui se trouvent au dehors de celte membrane, on ne doit conclure que ceux-ci proviennent des premiers que si on les a vus franchir la paroi de [a vésicule.

Fol dit, il est vrai, avoir observé ce passage, mais Sabatier qui a étudié l’ovogénèse chezles mêmes Tuniciers que Fol (en particulier Ciona Întestinalis) a nié formellement ce passage et a considéré les observations de Fol comme erronées.

Roule est allé même plus loin que Fol : il a attribué l’origine première de ces corpuscules à des extroflexions du nucléole, qui traversent le noyau et s'isolent dans le vitellus. Quatre stades successifs peuvent résumer ses recherches : 1° Extroflexion de la paroi nucléolaire ; — 2° Amas chromatique à la périphérie tnterne de la paroi nucléaire; — 3° Amas chromatique à la périphérie externe de cette méme para; — 4° Émigralion de ce corpuseule chromatique à la périphérie du vilellus.

I m'est arrivé, plusieurs fois d'observer comme Roule, de semblables extroflexions nucléolaires chez des œufs de Botrylloides rubrum, de B. prostratum et de divers Botrylles,

(1) Beaucoup d’ovules m'ont présenté des extroflexions irrégulières de la vésicule germinative; mais elles élaient dues à l’action des différents liquides par iesquels les préparations avaient été trailées,

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. -289

principalement de Bot. violaceus; comme lui j'ai vu des corpuscules de chromatine à l'intérieur et à l'extérieur de la paroi nucléaire; mais malheureusement, il n’est pas démontré que ce sont là /es positions successives d'un même corpuscule chromatique; les stades intermédiaires manquent pour formuler une telle conclusion.

J'estime donc qu'il est sage de se tenir sur la réserve en ce qui concerne l’origine de ces corpuscules chromatiques qui, à un moment donné, se montrent à la partie profonde du vitellus el même tout à fait au voisinage de la membrane de

la vésicule germinative. Ce que je puis affirmer, c’est que chez les Botryllidés je n’ai jamais vu celte dernière participer à la formation des cellules de rebut; et dans le cas où le noyau et mêmele nucléole joueraient le rôle que Fol, Roule et Davidoff leur attribuent chez les Tuniciers qu'ils ont étudiés, il faut bien reconnaître qu'aucun de ces naturalistes n'en à apporté de preuves vraiment décisives.

En résumé, relativement à l’évolution des membranes de l’œufchez les Botryllidés, depuis la formation du jeune ovule jusqu à sa maturilé, j'arrive aux conclusions suivantes

1° Le follicule primitif de l'œuf est constitué par de jeunes cellules de l'ovaire qui, au lieu d'évoluer en ovules, se sont accolées à la périphérie de petits ovules, s’y sont multipliées et lui ont constitué une enveloppe complète (fig. 89 à 93); on a vu de même (p. 270) que les cellules les plus externes de la jeune glande mâle se différencient pour constituer une enveloppe à cette dernière; le follicule de la glande mâle est l’homologue de celui de l'œuf.

2° Les cellules de ce follicule primitif, d’abord fusiformes, deviennent de plus en plus globuleuses, au fur et à mesure qu'elles se mulliplient; l'œuf ne commence pas encore à différencier sa vésicule germinative, que ces cellules sont devenues cubiques et très serrées les unes contre les autres, formant une enveloppe complète à l'œuf (fig. 91 et 92). Elles prolifèrent activement et produisent un grand nombre

d’autres cellules qui s’interposent, au fur et à mesure, entre ANN. SC. NAT, ZOOL. XIV, 49

celles du follicule primitif et la périphérie du vitellus. Ces nouvelles cellules s’aplatissent à la surface de l’œuf, se soudent foules ensemble et consfifuent une seconde enveloppe sous-jacente au follicule primitif; je l'appelle /e follicule interne (fig. 92 et 93).

3° Pendant que se constituent les deux assises folliculaires, l'intérieur du vitellus est lui-même le siège de la différenciation de cellules de rebut (anciennement éléments du « testa »); elles débutent chacune par un amas chromatique qui se montre à toutes les profondeurs du vitellus, el s’entoure d’une zone protoplasmique qui se différencie dans le vitellus même (fig. 89 à 91); il est téméraire d'affirmer que le noyau et le nucléole de l’ovule jouent un rôle dans la genèse de ces corpuscules chromatiques.

Au fur et à mesure de leur formation, ces cellules émigrent vers la périphérie du vitellus, et finissent par s’y disposer en une assise unique (fig. 93); elles sont parfois pressées les unes contre les autres, mais elles ne contractent jamais d'adhérence au point de constituer une membrane continue comme celle du follicule. Leur évolution ultérieure montre qu’elles entrent en dégénérescence de bonne heure, et que toutes sont des éléments de rebut qui ne jouent aucun rôle ni dans la constitution des membranes de l’œuf ni dans la formation de la tunique cellulosique.

8 4. — Évolution des membranes de l’œuf après la fécondation.

Je ferai d'abord remarquer une particularité que présente le follicule externe, avant la fécondation, chez tous les Botryllidés ; la portion de ce follicule qui est adjacente à la membrane péribranchiale s’es{ allongée en un canal étroit qui va s'ouvrir dans la cavité péribranchiale. Della Valle (10) a signalé l’existence de ce court oviducte qu'il faut qualifier plus exactement de spermiducte, car jamais l’œuf ne franchit ce conduit : il sert uniquement à permettre aux spermalozoïdes, qui errent dans la cavité péribranchiale, d’arriver jusqu’au contact de l’œuf.

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 291

Remarquons en passant que la différenciation d’une portion du follicule de l'œuf en conduit spécial qui s'ouvre dans la cavité péribranchiale, rappelle exactement celle que subit une porlion de l'enveloppe des follicules mâles pour former le canal déférent (v. p. 270): c'est un argument de plus à l'appui de l’homoloqgie des enveloppes de l'œuf et de la glande mâle.

Au moment où l'œuf a atteint un tel développement, c’està-dire quand son spermiducte est constilué, depuis longtemps déjà 1l n’est plus accompagné des petits ovules qui l’entouraient dans la première période de ia vie du bourgeon. Ces petits ovules ont émigré dans les jeunes bourgeons que le blastozoïde a formés (ch. XII) et il n’esl resté de chaque côté du sac branchial que deux, quelquefois trois ovules, les plus volumineux, qui se montrent tout au voisinage des lobes spermatiques et qui y seront fécondés.

La masse spermalique, profondément découpée en six ou sept lobes, a un seul petit canal déférent commun, tandis que chaque œuf a son spermiducte. |

Après la fécondation (v. p. 334) le spermiducte se ferme ; l'œuf est de nouveau, comme dans le jeune âge, complètement enfermé entre la membrane péribranchiale et l’ectoderme maternel sans communication avec l'extérieur.

Après la fécondation de l'œuf, l’évolulion des diverses assises cellulaires qui l’entourent peut se résumer en cinq stades. |

1° Œuf en voie de segmentation. — Au moment où l'œuf commence à se segmenter, en raiton de sa taille volumineuse, 1l a repoussé fortement devant lui la membrane péribranchiale externe et proémine dans la cavité péribranchiale. où il est comme suspendu par un pédicule de celte dernière membrane (fig. 94, pl. IX, Botrylloides prostratum, Giard).

À ce moment l'embryon présente de l'extérieur à l’intérieur les enveloppes suivantes :

1° La membrane péribranchiale externe (Perb) qu'il a repoussée devant lui au fur et à mesure de son développe-

299% à A. PIZON.

ment et contre laquelle il est étroitement accolé, excepté sur la face externe. Sur cette dernière face, l'œuf est limité tout à fait extérieurement par l’ectoderme maternel (Ect').

2° Le follicule externe 7 (fig. 94, PI. IX) complètement clos, avec ses cellules encore globuleuses, dont le gros noyau ne présente plus à l’intérieur que quelques granulations chromatiques et qui ne se colore plus que très faiblement par le carmin aluné. |

3° Une membrane à cellules fusiformes, dont les noyaux sont encore globuleux; c’est le follicule interne (PI. IX, fig. 94, f) qui provient comme nous l'avons vu du dédoublement des cellules du follicule primitif (Fetf, fig. 92).

4° En dedans du follicule interne se trouvent les cellules de rebut r (dites du «testa ») qui au moment de la fécondation formaient une assise plus ou moins régulière à la périphérie du vitellus. J’ai fait remarquer déjà que ces cellules, bien qu’elles soient alors pressées parlois les unes contre les autres, ne restaient pas moins indépendantes et ne constituaient pas une membrane.

Au moment de la segmentation, ces cellules, qui ne se sont pas multipliées par dinision, s'écartent les unes des autres par suite du grossissement interne de l'embryon; elles se montrent alors très distinctes les unes des autres, elles sont libres sous le follicule interne et y sont réparties très irré- : gulièrement (r, fig. 94).

Les doubles colorations au carmin aluné et au bleu de méthylène permettent de les distinguer des tissus environnants au premier coup d'œil: leur protoplasme se montre creusé d'un grand nombre de petites vacuoles et celles-ci absorbent le bleu avec une extrême intensité. Quant au noyau, entouré de toutes parts par les vacuoles, 1l ne colore plus que très faiblement ses parois par le carmin; il est dépourvu de nucléole ou n’en a plus qu'un très faible el est extrêmement pauvre en chromatine.

2° La cavité entérique primitive est constituée. — La figure 39, pl. IT, représente une coupe d’une jeune larve de

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 293

Botrylloïdes prostratum (Giard), dont la cavité primitive vient de se constituer. À

Le follicule externe F se présente toujours avec ses cellules cubiques, toutefois elles commencent à s’allonger à l'intérieur et à devenir légèrement papillaires. Au-dessous, le follicule interne f dont les cellules sont plus aplaties qu'aux stades précédents.

Enfin les éléments de rebuf(r)(testa), ont été repoussés au fur et à mesure de l'accroissement de l'embryon el se sont concentrés en deux ou trois amas distincts à la périphérie de l'ectoderme de la larve. On observe seulement deux de ces amas de cellules chez la larve de B. prostratum de la figure 39. Elles sont toujours bien distinctes les unes des autres. Quand la corde dorsale commence à se différencier, et c'est précisément le cas de la larve fig. 39, la plupart des cellules de rebut, repoussées par l’ectoderme, vont se concentrer autour de la queue ; au fur et à mesure que celle-ci s’allonge, elle repousse en effet les deux assises folliculaires et il reste entre celles-ci et la queue un espace libre, dans lequel les cellules de rebut se précipitent, pour ainsi dire, puisqu'elles sont repoussées par l’ectoderme qui partout ailleurs est adjacent au follicule interne.

3° La canté primitive de la larve commence à se subdiviser en cavités secondaires. — C'est le cas de la larve de PBotrylloïdes prostratum dont une coupe est représentée pl. VIT, fig. 78; une portion plus grossie de cette même larve est représentée pl. IX, fig. 95.

La queue de la larve est déjà très allongée et les vésicules des sens commencent à se différencier à la partie antérieure du tube nerveux. Les différentes membranes larvaires sont les mêmes qu'auparavant, mais avec quelques modifications :

1° La membrane péribranchiale externe est loujours complète autour de la larve; elle forme un pédicule étroit du côté externe de l'embryon (Perb, pl. VIL, fig. 78);

2° Le folhcule externe a ses cellules cubiques qui continuent à s’allonger en dedans et deviennent légèrement pa-

204 A. PIZON.

pillaires (F, fig. 95); ces cellules ne s'accroissent plus et leur caractère sénile s'accuse de plus en plus; leur noyau ne renferme plus que de irès rares granulations chromatiques et fixent faiblement le carmin. Aussi cette membrane vat-elle bientôt céder sous la pression exercée par l'embryon dont le volume s'accroît progressivement;

3° Le follicule interne (f, fig. 78 et 95) est maintenant constitué par des cellules nettement fusiformes sur les coupes, c'est-à-dire que ces cellules s’aplatissent de plus en plus à la surface de l’embryon au fur et à mesure que celui-ci s’accroît. Elles ressemblent alors à celles des parois de la membrane péribranchiale maternelle Perb:

4° Les cellules de rebut 7 sont concentrées pour la plupart, comme auparavant, autour de la queue. Leur noyau n’absorbe que très faiblement les matières coloranies et leur protoplasme devient de plus en plus vésiculeux (fig. 96, pl. IX). Le bleu de méthylène est fortement absorbé par le contenu de ces vésicules qui, par suite, à un faible grossissement, paraissent comme autant de granulations bleues. |

La queue de la larve est recouverle par une membrane également à cellules aplaties (Ect, fig. 95), et qui en certains points est en contact avec le jollicule interne, elle est constituée par le prolongement de l’ectoderme de la larve dont les cellules ont pris ici l'aspect fusiforme, tandis qu'elles sont globuleuses sur tout le reste de l'embryon. Cette membrane externe de la queue n'a donc aucun rapport avec les membranes primilives de l’œuf et ne doit pas être confondue avec elles.

L'évolution de ces diverses membranes {elle que je viens de la décrire chez les Botrylloïdes est aussi la même jusqu’à présent chez les diverses espèces de Botrylles que j'ai étudiées (B. violaceus et différentes variétés, B. smaragdus et PB. Schlosser).

Mais les transformations que subit le fo/licule externe pendant la suite du développement de l’embryon ne sont pas les mêmes chez les deux genres. Tandis que ses cellules restent

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 295

sensiblement cubiques chez les Botrvylloïdes et deviennent papillaires du côlé interne, celles du /ollicule externe des Botrylles diminuent peu à peu de volume et s’aplalissent progressivement au fur el à mesure de l'accroissement de l'embryon, c’est-à-dire qu'elles éprouvent les mêmes modifications que le follicule interne f ; de sorte que les deux assises folliculaires finissent par se ressembler chez les Botrylles (F, f, fig. 76, pl. VE.

4° La larve est très avancée dans son développement et est sur le point de tomber dans la cavité péribranchale. — Les enveloppes présentent alors les parlicularilés suivantes :

1° La membrane péribranchiale maternelle Perd est rompue du côté interne, elle a cédé sous l'effort de la larve qui se développait de plus en plus (pl. VI, fig. 76, larve de P, violaceus) ;

2° Le follicule externe Fest rompu, lui aussi, et de même que la paroi péribranchiale, il ne recouvre plus guère la larve que sur sa face externe; toute sa face interne est plongée directement dans la cavité péribranchiale ; la larve représentée sur la figure 76 a été fixée précisément au moment où ses deux membranes les plus externes venaient de se rompre. |

Les parois du follicule externe sont constituées chez les larves des Potrylles, par des cellules aplaties, de cubiques qu'elles étaient primitivement (fig. 92 et 93). Cette nouvelle disposition provient évidemment de ce que ces cellules ont cessé de se multiplier de bonne heure et qu’elles se sont aplaties progressivement à mesure de l'accroissement de l’embryon. |

À ce même stade, les cellules du follicule externe des Botrylloïdes se sont bien moins éloignées de leur forme primitive ; elles se sont allongées du côté interne en formant de ce côté une sorte de pelite papille.

Si la rupture de la membrane péribranchiale établit une communicalion entre la cavité sous-ectodermique parcourue par les globules sanguins et la cavité péribranchiale

296 A, PIZON.

parcourue par l'eau, cette rupture doit avoir très vraisemblablement des conséquences fatales pour l’ascidiozoïde?

Sur la coupe représentée par la fig. 76, on voit la membrane péribranchiale maternelle accolée à ce qui reste du follicule externe et les deux membranes sont soudées à leurs extrémités; on conçoit que ces deux membranes se soient accolées l’une à l’autre, fortement pressées qu’elles sont par la larve, et même qu'elles se soient soudées à leurs extrémités, empêchant ainsi les globules sanguins de tomber dans la cavité péribranchiale ; mais je n’ai jamais observé de cas où semblable soudure des deux membranes ne se soit pas produite ; s’il n'en était pas ainsi, on conçoit que rien ne pourrait dès lors empêcher le liquide sanguin de la cavité sous-eclodermique de passer dans la cavité péribranchiale, ce qui amènerait fatalement la mort rapide de l’aseidiozoïde. Mais 1l faut aussi tenir compte de ce que les larves pressent fortement le sac branchial, réduisent considérablement sa cavité et empêchent son fonctionnement normal. Cette remarque a déjà été faite par M. Girard, et il est certain que la présence des larves est une cause de souffrance réelle pour l’ascidiozoïde et qu’elles contribuent à déterminer la mort de ce dernier.

On se rappelle, en effet, que l'observation directe de l’évolution des ascidiozoïdes m'a montré que ceux-ci ne tardent pas à périr après la sortie des larves : si Les larges blessures faites par les larves pour tomber dans la cavité cloacale se cicatrisent assez rapidement pour ne pas déterminer la mort du parent, celle-ci ne peut être attribuée qu'aux mauvaises conditions dans lesquelles se trouvent les ascidiozoïdes au point de vue nutritif, pendant que tout le temps qu'ils portent leurs larves, par suite de la pression que celles-ei exercent sur le sac branchial; et comme tous les blasiozoïdes d’une même génération pondent leurs larves à peu près à la même époque, dans la même belle saison, il en résulte que tous ces blastozoïdes terminent leur évolution en même temps, ce qui est conforme, comme on le voit, aux résul-

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 297

tats que m'a donnés l'observation directe des systèmes.

Il serait intéressant de chercher par suite si chez les Ascidies composées pourvues d'un oviducte el dont les œufs subissent tout leur développement dans une ampoule de la cavité cloacale, telles que les Polyclinidés, par exemple, l'évolution des blastozoïdes est terminée de même après la sorlie des larves. La cause déterminante de la mort des ascidiozoïdes chez ces formes n’est peut-être pas la même que chez les Botrylles puisque leurs larves, s'étant développées dans le cloaque, sortent par l'ouverture de ce dernier sans lacérer aucune enveloppe maternelle : ce serait un point intéressant à élucider.

3° Si la larve n'est plus entourée que partiellement par la membrane péribranchiale et son follicule externe quand elle est sur le point de tomber dans la cavité cloacale, en revanche le jo/licule interne lui constitue toujours une enveloppe complète. Ses cellules deviennent de plus en plus aplaties à mesure qu'augmente le volume de la larve.

4° Au-dessous se montrent les cellules de rebut dont le contenu est de plus en plus vésiculeux et qui sont toujours réparties çà et là à la surface de l'embryon, mais accumulées pour la plupart au voisinage de la naissance de la queue. Ces éléments sont englobés dans la substance tunicière que l’ectoderme commence à former déjà très activement et qui s'étend entre le feuillet externe de la larve et Le fo/licule interne qui, pour celte raison, comme je l’ai déjà dit, peut être aussi qualifié de membrane péritunicale. La substance tunicière doit présenter de grandes analogies avec la cuticule des cellules, car comme cette dernière elle absorbe très fortement le bleu de méthylène. Au fur et à mesure que la nouvelle substance est formée, elle repousse l’ancienne vers l'extérieur, et celle-ci entraîne avec elle les cellules de rebut qu’elle a englobées peu à peu dans sa masse, de sorle que ces cellules finissent par se montrer tout à fait à la périphérie, sous le fo/hcule interne; elles se distinguent toujours très facilement par l'énergie avec laquelle

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leur contenu vésiculeux absorbe le bleu de méthylène.

5° La larve s'échappe dans la cavité péribranchiale. — Au moment où la larve tombe dans la cavilé péribranchiale, elle abandonne complètement le folhcule externe; celui-ci reste en place ; ilest retenu par la membrane péribranchiale maternelle à laquelle ses bords se sont plus ou moins intimement soudés, au moment où l'embryon a commencé à rompre ses enveloppes pour faire hernie dans la cavité péribranchiale ; la larve s'échappe entourée uniquement par le follicule in- (erne ;

Chez les ascidiozoïdes dont les larves viennent de tomber dans le cloaque, on retrouve très facilement sur les coupes les restes du follicule externe, accolés à la membrane péribranchiale ; les cellules qui le constiluent sont très aplaties chez les Botrylles, allongées en papilles chez les Botrylloïdes.

Quand la larve est libre au dehors, sa tunique cellulosique possède déjà une épaisseur notable et sa surface est toujours recouverte par le follicule interne; mais les cellules de cette membrane s’aplatissent de plus en plus à mesure que la substance tunicière s'accroît; quand la larve est fixée et qu’elle bourgeonne, ses cellules ne se dislinguent plus que très difficilement, tellement elles sont devenues plaies et espacées les unes des autres (PI. VI, fig. 72). Ne se multipliant pas, sous la poussée progressive du corps de la larve, elles finissent par disparaître complètement.

Cette membrane folliculaire interne n’a donc, comme on le voit, qu’une durée limitée, de même que le follicule externe; dans le jeune âge elle limite la substance iunicière encore très molle qui se constitue au début, mais elle disparaît progressivement dans la suite, au fur et à mesure que la substance de la tunique devient plus résistante et que la larve augmente de volume.

La membrane péricellulosique ow follicule interne des Botryllidés, par sa struclure et sa posilion à la périphérie de la substance tunicière, est évidemment analogue à celle que V.Beneden et Julin ont décrites chez les larves de Claveline

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 299

(PL. IX de leur mémoire sur la Morphologie des Tuniciers) el à la plus externe de celles que Maurice a représentées chez les larves de Fragaroïdes aurantiacum (PI. VI, fig. 66 de son mémoire).

Mais, d'après Maurice, ce follicule larvaire serait Île même que le follicule de l'œuf; celui-ci ne se serait pas dédoublé en deux feuillets, dont l'interne seul aurait accompagné la larve à sa sortie. En outre, chez les larves de Fragaroïdes, Maurice a trouvé sous le follicule externe wne seconde membrane qu'il fait provenir d’un dédoublement de l'ectoderme de la larve (£p. ex, PI VI, fig. 66 de son mémoire); la tunique cellulosique est comprise entre celle membrane et l’ectoderme de la larve el c’est l’ensemble de ces trois formations qui, pour lui, constitue l’épiderme larvaire. Rien de semblable n'existe chez les Botryllidés ; la tunique y est limitée par l’ectoderme larvaire d'une part, et par la membrane péricellulosique ou follicule interne de l’autre.

Toutefois, je dois ajouler que les recherches comparalives que j'ai faites à ce sujel chez des larves d’AÀ maroucium proliferum, espèce si voisine des Fragaroïdes aurantiacum que Maurice les a identifiées à un moment donné, ne me permettent pas de partager l’opinion de ce naluralisie relalivement à l’origine de ce qu'il considère comme un second feuillet ectodermique. Sur les coupes, la tunique cellulosique en beaucoup de points est complèlement adhérente au follicule; mais en d'autres, peut-être par suite de la contraclion résultant de l’action de l'alcool, sa surface est bien distincte du follicule et elle a un contour parfaitement net après la coloration par le bleu de méthylène; à sa périphérie se trouvent un grand nombre de cellules de rebuf, qui, par places, sont pressées les unes contre les autres sur une seule assise. Les coupes que j'ai obtenues ont tant de ressemblance avec celle que Maurice a dessinée (fig. 66, PL VI, de son mémoire), que je suis convaincu que c'est le contour de la tunique cellulosique, avec les cellules de rebut qui y sont adhérentes que Maurice a considéré comme une

300 A. PIZON.

membrane spéciale provenant du dédoublement de l’ectoderme de la larve.

Étude de la tunique. — 11 faut aussi considérer comme enveloppe spéciale de la larve, la couche tunicière périectodermique qui apparaît de très bonne heure et prend de plus en plus d'importance à mesure que la larve grandit, Les larves dont les coupes sont représentées sur les PI. V et VI présentent à l'extérieur de l’ectoderme une substance homogène, parcourue par de fines stries flexueuses, généralement parallèles, {très serrées tout au voisinage de l’ectoderme, plus Tâches et moins visibles plus à la périphérie. Le bleu de méthylène colore fortement ces stries et plus faiblement la substance fondamentale. Par ci, par là, quelques celiules fusiformes sur les coupes se montrent dans cette substance homogène, les unes encore adhérentes à l'ectoderme qui les a formées, d’autres qui en sont plus éloignées. Les cellules de rebut (testa) sont également noyées dans cette substance fondamentale, vers la périphérie, mais elles se distinguent des précédentes par leur forme globuleuse et l'énergie avec laquelle leurs vacuoles absorbent le bleu de méthylène.

Ces cellules de rebut ne jouent aucun rôle dans la production de la substance tunicière. Celle-ci étant fluide, elle entoure facilement ces cellules, les noie dans sa masse, et comme les anciennes couches de tunicine sont constamment refoulées vers l’extérieur par les nouvelles qui se produisent à la surface de l’épiderme, il en résulte que les cellules de rebut sont entraînées par les couches tunicières les plus anciennes jusqu’à la périphérie, au contact de l’enveloppe péri-cellulosique, où elles disparaissent progressivement sans ms Joué aucun rôle.

C'est l’épiderme de la larve qui engendre la substance tunicière par sécrétion, et comme je l’ai déjà dit, la façon dont ce produit se comporte vis-à-vis du bleu de méthylène, qu’il absorbe très facilement, indique qu'il est de nature cuticulaire. Elle commence à se former de très bonne heure, presque aussitôt que le feuillet ectodermique est constitué.

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 301

Puis des cellules se détachent même du feuillet épidermique, se répandent dans la substance tunicière et en forment de nouvelle à leur tour; ces cellules se sont d’ailleurs bien vite épuisées, puisqu'elles ne reçoivent plus rien pour assurer leur nutrilion; elles disparaissent peu à peu à mesure qu'elles constituent de nouvelle substance tunicière; la tunique est donc essentiellement une production épidermique.

Réunie à l’ectoderme du corps, elle constitue un ensemble qu'il faut qualifier d'éniderme. Quant à la membrane externe péri-cellulosique, nous avons vu qu'elle disparaît progressivement, parce que ses cellules ne se multiplient plus et s’aplatissent de plus en plus sous la poussée de la substance tunicière qui s'accroît constamment.

La mort exagère la production de la tunique, ainsi que jai pu men convaincre par l'examen de jeunes larves mortes accidentellement dans le cloaque. On sait d’ailleurs que c’est un fait général que la mort accélère les productions épidermiques. |

Cependant ce serait une erreur de croire que c’est la propriété exclusive des cellules ectodermiques de secréter la substance tunicière: les parois de l’évagination endodermique qui, dans le bourgeon, vont à la rencontre de l’ectoderme pour constituer l'ouverture branchiale ou l’ouverture cloacale, secrètent de la substance tunicière tout comme l’ectoderme ; c'est elle qui recouvrira les tentacules et se continuera avec celle du siphon et celle de l'extérieur. La figure 14 (PI, 1) représente une coupe qui passe par les deux ouvertures en voie de formation d’un bourgeon de B, violaceus; la tunicine s’y montre à l’intérieur ; elle est lobulée et renferme quelques cellules qui y ont émigré ; ces cellules, ainsi que la tunicine, proviennent de l’évaginalion endodermique, puisque l'ouverture n’est pas encore formée,

On voit que ce processus rappelle ce qui se passe chez les Cœlentérés, où non seulement l’ectoderme, mais encore l'en: doderme sécrèle une substance gélatineuse dans laquelle

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émigrent des éléments dérivés de ces deux feuillets et qui y subissent une différenciation particulière (nerfs, muscles). :

Chez les blastozoïdes, la production de la substance tunicièrese continue par le même processus que chez la larve : des cellules ectodermiques émigrent dans la tunique et se différencient pour former de nouvelle substance tunicière : Della Valle (10) a déjà décrit cette formation; je ne m'y arrête pas davantage. Je ferai seulement remarquer que ce sont surtout les ampoules ectodermiques de la périphérie qui envoient le plus de cellules dans la tunique : les nombreux corpuscules sanguins accumulés dans ces ampoules, amènent une nutrition plus active dans les cellules de leurs parois; celles-ci prolifèrent beaucoup plus activement à l'extrémité des renflements où elles sont formées par des cellules cylindriques, tandis qu'ailleurs elles sont aplaties. C'est donc surtout autour des ampoules périphériques que se forme la nouvelle substance tunicière.

Ét quand le cormus renferme des ascidiozoïdes en dégénérescence et que leurs éléments se montrent dispersés dans tous les tubes ectodermiques, où ils sont digérés par les corpuscules sanguins, on conçoit que celte nouvelle provision de matériaux nutritifs, accumulés dans les ampoules ectodermiques, détermine encore chez celles-ci une plus grande activité dans la production de la substance tunicière.

Autres productions épidermiques. — Les coupes menées par la partie antérieure de la larve et la naissance de la corde, montrent que l’épiderme forme un lobe saillant dans la région antérieure de la larve : c’est par ce lobe que s’opérera la fixation.

Tout autour de luise montrent huit ampoules globuleuses, sessiles, constituées par autant de diverticules de lectoderme ; ce sont les ampoules qui plus tard se développent beaucoup plus chez la larve pour former le premier système vasculaire de la colonie.

La figure ci-contre montre en coupe deux de ces ampoules et le lobe médian ou céphalique.

BLASTOGÉNÈSE DES BOTRYLLIDÉS. 303

Ce lobe présente trois petites éminences ou papilles adhéses (p, fig. ci-jointe) qui servent à la fixalion et qui remplacent les {rois ventouses (organes médusiformes de Ganin) que l’on trouve chez la plupart des Ascidies simples. Chaque éminence est constituée par un amas de grandes cellules fusiformes, de nature glandulaire et est innervée par un filet (n, fig. ci-jointe) qui se détache du ganglion nerveux lui-même.

Fig. 3. — Coupe longitudinale d'une jeune larve de B. violaceus. Int, cavité digestive; — per, cavité péribranchiale; — a, deux ampoules ectodermiques ; — Ect, feuillet ectodermique ; — /c, lobe céphalique avec une des trois papilles adhésives, p; — n, filet nerveux ‘qui part du ganglion G et qui innerve la papille ; — Bl, coupe du bourgeon de la larve.

Kolliker paraît avoir constaté l'existence de l’innervation de ces papilles, car il considérait ces éminences comme l’épanouissement de nerfs venus du mamelon de la larve (lobe céphalique).

La masse cellulaire de chaque papille est constituée aux dépens de l’ectoderme larvaire ; là où doit se former une papille, les cellules de l'ecloderme s’'allongent et forment déjà trois petiles bosselures, alors que la cavité primitive de la larve commence à peine à produire ses diverticules péribranchiaux. On observe les papilles à cel état chez les

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larves de Botr. prostratum (Giard) représentées sur les figures 78 (PI. VID) et 95 (PL IX).

Quand les larves se fixent, les cellules glandulaires de chaque papille envoient des filaments très fins, qui traversent la couche de substance tunicière qui existe déjà à ce moment et viennent s’étaler sur la base de fixation (PI. VII, fig. 84). :

Ces fins filaments me paraissent constitués par des prolongements des parois mêmes des cellules glandulaires, et le produit gélatineux secrété par ces dernières s'engage dans ces prolongements pour venir se projeter à l'extérieur, S'y étaler et déterminer la fixation. C’est, comme on le voit, le procédé de fixation qui a été déjà décrit chez diverses aulres Ascidies par M. Giard, qui a vu « la substance gélatineuse, fortement condensée dans le renflemenl terminal, s'échapper brusquement et former comme une sorte de nuage sur la plaque où l’on a fixé le têtard. »

Quant aux prolongements des cellules glandulaires, leur finesse explique bien la dénomination de soies tactiles que Ganin (18) avait cru devoir leur donner autrefois. |

Résumé du développement des membranes larvaires.— 1° De petites cellules ovariennes s’accolent à la périphérie de l’ovule, s’y multiplient et arrivent à lui constituer une enveloppe complète : c’est le follicule primitif de l'œuf ;

2° Les cellules de ce follicule primitif deviennent de plus en plus globuleuses, se multiplient rapidement pour suivre l'accroissement de l'œuf et finissent par constituer une membrane à cellules cubiques. En même temps de noïbreuses cellules détachées de ce follicule s’entreposent entre celuici et le vitellus, se soudent ensemble et constituent une seconde enveloppe à l'œuf : c’est le follicule interne, formé ainsi par le dédoublement du follicule primitif qui devient le fo/licule externe de l'œuf ;

3° Le follicule externe s’allonge en un court tube qui se soude avec la membrane péribranchiale maternelle; la paroi commune se résorbe au point de contact et ainsi se forme

le conduit qui permettra l’arrivée des spermatozoïdes. Après la fécondation, ce conduit se ferme ;

4° Chez les Botrylloïdes, les cellules du follicule externe restent serrées les unes contre les autres et deviennent légèrement papillaires du côté interne.

Chez les Botrylles, les cellules du follicule externe cessent de se multiplier de bonne heure et s’aplatissent progressivement à mesure que l’embryon augmente de volume. £ette membrane prend le même aspect que la membrane péribranchiale maternelle et que le follicule interne ;

5° Chez tous les Botryllidés, les cellules du follicule interne, de globuleuses qu'elles sont à l’origine, s’aplatissent peu à peu à la surface du vitellus et prennent l'aspect fusiforme sur les coupes;

6° Pour s'échapper dans la cavité péribranchiale et de là dans le cloaque, la larve déchire son follicule externe et la membrane péribranchiale ; ces deux dernières membranes se soudent par leurs Lords aux points de rupture ; le follicule externe se trouve ainsi retenu et reste en place au moment où a lieu la sortie de la larve. Celle-ci tombe dans le cloaque, recouverte seulement par le follicule interne.

Ce follicule interne limite extérieurement la couche de substance tunicière secrétée par l’ectoderme de la larve. Mais comme cette couche augmente progressivement tandis que les cellules du follicule interne ne croissent plus, ces dernières s'aplatissent de plus en plus à la périphérie de la tunique et finissent par disparaître totalement ;

1° Pendant que se constituent les deux enveloppes folliculaires, de nombreuses cellules se différencient dans l'œuf même, et sont rejetées peu à peu à la périphérie du vilellus, au contact du follicule interne. Ce sont de véritables cellules et non de simples noyaux, comme l’a décrit Fol chez les Ciona. L'étude de leur évolution montre que ce sont des éléments qui entrent de bonne heure en dégénérescence, qui ne jouent aucun rôle ni dans la formation des

enveloppes folliculaires n1 dans la genèse de la tunique, el ANN. SC. NAT. ZOOL. XIV, 20

CE Te UT TS

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qui doivent être par conséquent qualifiées de cellules de rebut (anciennes cellules du « testa » de Kuppfer et de Kowalevsky).

Au moment de la maturité de l'œuf, ces cellules sont en général disposées plus ou moins régulièrement sur une seule assise, mais elles ne sont que juxtaposées et ne forment pas une membrane véritable. |

Après la fécondation de l'œuf, quand lembryon grossit, ces cellules sont repoussées les unes des autres, elles errent entre l’ectoderme et la fo/licule interne, et sont finalement reléguées en grande partie autour de la chorde, où la pression qu'elles subissent est moindre que partout ailleurs.

Quand la substance tunicière apparaîl, elle les entoure et les entraîne à la périphérie, au contact du /olhcule interne; elles disparaissent ensuite progressivement, en même temps que le jo/licule interne, sans avoir Joué aucun rôle.

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