MODIFICATIONS DU CERVEAU DANS LES DIFFÉRENTS TYPES D INSECTES
Quand on étudie le cerveau d’une manière comparative dans les principaux groupes d’Insectes, on reconnaît que cet organe présente d’un type à l’autre des différences de structure considérable. Je crois ne rien exagérer et donner de l'importance de celles-ci une idée exacte, en disant que
(1) C’est ce qui s’observe par exemple chez le Bombyæ mori comme Newport l’a bien décrit.
(2) Nous avons montré plus haut que ces racines ont la même origine que le nerf du labre dont souvent même elles ne sont qu’une branche.
(3) Chacun de ceux-ci est très fréquemment dédoublé en deux petits ganglions, le ganglion angien et le ganglion trachéen d’Émile Blanchard.
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le cerveau de la Guêpe diffère de celui de la Sauterelle autant que le cerveau de l'Homme diffère de celui de la Grenouille.
Mais quand on porte ses investigations sur un grand nombre de types, on se convainc rapidement que les traits essentiels d'organisation décrits dans le chapitre précédent demeurent toujours, quel que soit le groupe considéré. Quant aux différences que nous signalerons, leur étude intéresse à un haut degré le biologiste; mais pour le morphologiste elles sont d'importance moindre, car elles semblent répondre au genre de vie et au développement intellectuel, bien plus qu'à la parenté des espèces.
Il est aisé de reconnaître les conditions physiologiques qui déterminent les modifications anatomiques du cerveau. Celles-ci sont corrélatives :
1° Au régime alimentaire ;
2° Au perfectionnement des sens; |
3° Au perfectionnement des facultés psychiques.
À première vue, il peut paraître singulier que le régime alimentaire ait une influence sur la structure cérébrale; mais on cesse de s’en élonner si l’on réfléchit que les dimensions du collier œsophagien sont commandées par le calibre même de la portion initiale du tube digestif.
Chez ceux qui se repaissent de matières solides, dont l’æœsophage est large (Orthoptères et Coléoptères), les connectifs sont allongés, la commissure sous-æsophagienne libre dans toute son étendue, le tritocérébron bien dégagé du segment cérébral précédent.
Au contraire, chez les Insectes se nourrissant d'aliments fluides (Hyménoptères, Lépidoptères, Diptères, Hémiptères), l’æsophage est étroit et les centres nerveux qui l'entourent sont très condensés ; les connectifs demeurent courts à l’extrême, aussi le tritocérébron est-il soudé intimement d'une part au deutocérébron, d'autre part au ganglion mandibulaire; quant à la commissure sous-œæsophagienne englobée par la substance de ce dernier, elle n’est plus reconnaissable que par l'étude atlentive des coupes.
Il est facile de se convaincre de la relation existant entre le développement des centres nerveux et celui des organes des sens ; ainsi chez la Libellule dont l'œil est si volumineux, le ganglion optique acquiert des dimensions inusitées; en revanche, chez ce même Insecte dont les antennes sont très petites, le lobe olfactif devient presque rudimentaire.
Les Fourmis nous montrent des condilions inverses : le lobe olfactif est très développé (1), le ganglion optique réduil, dans quelques cas même complètement atrophié, lorsque les yeux ont disparu (2).
Le développement et la complication organique du corps pédonculé est chez les Insectes en relation évidente avec le perfectionnement des facultés psychiques. Dujardin le premier l’a indiqué; plus récemment, M. Forel l’a mis hors de doute : ce naturaliste a observé, et j'ai moi-même constaté que chez l’Abeille et la Fourmi le corps pédonculé est beaucoup plus développé chez les ouvrières que chez les individus sexués. Le développement des corps pédonculés n'est point corrélalif à celui des organes visuels, ces corps sont en effet presque rudimentaires chez les Libellules dont les yeux sont si développés; au contraire, chez les Fourmis aveugles (Typhlopone), ils sont aussi parfaits et aussi volumineux que chez les Fourmis d'espèces voyantes.
On remarque en outre que, dans un même ordre, Les corps pédonculés se montrent d'autant plus perfectionnés que les espèces manifestent une intelligence plus élevée. Aïnsi, parmiles Orthoptères, les Blattes, les Forficules, les Grillons, qui témoignent de facultés psychiques relativement élevées, ont des corps pédonculés plus perfectionnés que ceux des Criquets, ces grossiers herbivores qui n’ont point d'industrie.
(1) Lorsque le lobe olfactif se perfectionne il se divise en deux lobules secondaires caractérisés, le premier par des glomérules volumineux, et le second par des glomérules de taille réduite.
(2) Fait observé par Rabl-Ruckhard pour le genre Typhlopone (Stüdien über Insectengehirne. Archiv f. Anat. und Wiss. Medicin, 1875, p. 480). M. Packard a également signalé la réduction ou l’atrophie complète du gan-
glion optique chez divers Insectes cavernicoles (The cave fauna of North America. National Academy of sciences, vol. IV).
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Le perfectionnement organique du corps pédonculé se traduit non seulement par l'accroissement de son volume, mais encore par la complication de sa structure.
Aïnsi dans les groupes inférieurs quant aux facultés psychiques, la tige ne se termine point par un calice saillant à la surface du cerveau, son extrémité simplement tronquée se manifeste à l’extérieur seulement par l'accumulation des noyaux ganglionnaires qui la couvrent (Tabanus, Aeschna).
Dans les types plus perfeclionnés, l’extrémité de la tige fait saillie et se creuse en un calice (Œdipoda, Caloptenus).
Un degré de plus et chaque calice se dédouble en deux calices adjacents (Periplaneta).
Montons plus haut, les calices ainsi dédoublés s’accroissent pour revêtir presque toute la surface du cerveau (Apis, Bombus, Xylocopia). |
Enfin, dans les types plus parfaits encore { Vespa), la paroi des calices se replie et devient sinueuse comme pour multiplier sa surface et prendre un aspect qui rappelle beaucoup celui des circonvolutions cérébrales des Vertébrés supérieurs.