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DÉVELOPPEMENT DES PHORONIDIENS. 159

sorte d'époque critique. Sa métamorphose est imminente, toute préparée ; mais elle ne s’accomplit pas forcément, par le seul fait de sa possibilité. Certaines conditions la retardent : si la larve est entraînée en haute mer dans de l’eau pure et oxygénée ; si aucun support ne se présente ; si l’animal est maintenu en suspension dans son milieu. D'autres circonstances la hâtent et la facilitent : si la larve se trouve dans une eau basse, immobile, où des débris, des algues, lui donnent aisément de quoi se fixer, où l’oxygénation est moins active. Sürement, bien que des expériences directes soient impossibles sur ce sujet, je crois qu'il est permis de penser, d’après mes observations, à une variabilité assez grande. Les larves d’une même ponte, d’un même âge, parvenues au même degré, se modifient et se métamorphosent à des époques différentes, suivant les conditions du milieu. Je ne pense pas que l’opposition soit considérable. Les Actinotroques, fréquentes en mai dans la région de Cette, sont déjà rares en juin ; et certainement, à cause de la régularité des inversions de courants, la minorité seule est emportée au large. Mais elle doit s'étendre à plusieurs jours, et même à deux ou trois semaines.

La contractilité de la larve facilite la métamorphose. Appuyée et couchée sur son support, l'Actinotroque se tord dans tous les sens. Elle s’allonge ou se raccourcit, se plie à

droite ou à gauche. Elle étale ou rabat son lobe préoral en capuchon. Elle allonge et étire son extrémité postérieure, munie de sa couronne vibratile. Par tous ces moyens, elle contribue à hâter l’évacuation de la poche métasomique. Elle presse sur le plasma de son cœlome, qui presse à son tour sur la paroi de la poche, et la fait alors se retrousser peu à peu en avançant au dehors.

Le premier phénomène de la métamorphose consiste en la sortie de la poche métasomique. Celle-ci, dans l’Actinotroque achevée, revient à un sac interne, largement ouvert au dehors, sur la face ventrale du corps, par l’orifice métasomique. Il se retrousse à partir de cet orifice, et il s'éva-

gine progressivement à l'extérieur. Les premières portions émises sont celles qui avoisinent l’orifice ; les dernières, celles du sommet enfoncé dans la larve. En agissant ainsi, 1l revient sur lui-même ; il rend externe ce qui était interne dans sa paroi, et réciproquement. Sa cavité propre disparaît à mesure, en se confondant avec l’espace environnant. En revanche, une nouvelle cavité se creuse dans son intérieur, et grandit peu à peu ; celle-ci dérive du cœlome larvaire. Tout se passe comme dans un sac que l’on retrousserait en entier, en commençant par les bords. La paroi demeure, mais elle porte en dedans ce qui était en dehors, et en dehors ce qui était en dedans. La cavité ancienne s’annihile, mais une nouvelle cavité interne prend naissance. L’allure de sac est conservée, sauf le changement de relation des parties entre elles, et avec l’espace ambiant.

La poche métasomique de l’Actinotroque est établie à la manière d’un sac interne, soudé à la face ventrale du corps. L'évagination accomplie, elle à encore l'aspect d’un sac attaché à la même face, mais elle est extérieure. L'orifice métasomique à disparu, avec la cavité de la poche. La nouvelle cavité de cette dernière est une volumineuse dépendance du cœlome de la larve. La paroi comportait un ectoderme et une somatopleure ; le premier interne et limitant la cavité de la poche ; la seconde externe et baignée par le plasma cœlomique. L'ectoderme et la somatopleure existent encore ; seulement Jeurs rapports sont inverses. Le premier est devenu extérieur; il forme la surface du sac dévaginé et se trouve entouré par l’eau de la mer. La seconde est intérieure ; elle limite la nouvelle cavité de la poche, qui est une expansion cœlomique. La situation des feuillets est ainsi ramenée à la normale ; elle ressemble à celle qui existe dans les autres parties du corps de la larve.

Au moment où l’évagination commence, l’Actinotroque garde son allure normale ; parfois, elle essaie de nager encore, pour bientôt se laisser retomber. Elle porte seulement, en surplus, sur sa face ventrale, immédiatement en

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