II. — Erupe DES INSECTES QUI ATTAQUENT LES BOIS COUPÉS
Les bors de Chêne, sitôt leur abatage, sont attaqués par de nombreux Insectes, appartenant presque tous à l’ordre des Coléoptères.
1° Les plus nombreux appartiennent à la famille des Longicornes : le C/ytus arcuatus L. est extrèmement abondant dans les bois de Chêne zéen ; le Clytus antilopæ est plus rare; le Callidium (Phymatodes) variabile L. est encore plus abondant dans le Chêne zéen que le Clytus arcuatus ; le Callidrum (Pyrrhdium) sanquineum L., également parasite du Chêne zéen, est moins commun; nous avons trouvé quelques exemplaires de Leptidea brevipennis.
2° Buprestides. — Le Chrysobothrys affinis var. helioplhila Ab. est très abondant dans les bois de Chêne zéen, de Chêne-liège et dans le Robinier faux-Acacia; l'A cmaeodera adspersula Yi. attaque les racines déchaussées du Chêneliège ; l'Antharia fulgidipennis Luc. vit dans le Chène zéen; nous avons trouvé, sous l'écorce du Chêne zéen, plusieurs individus d’un Agrilus.
3° Bostrychides. — Ces Insectes sont abondants dans les Chênes de Tunisie, mais peu variés en espèces : le Xylopertha præusta Germ. attaque les bois de Chêne zéen et de Chêne-liège ; le Synorylon 6-deniatum vit dans les rameaux morts du Chêne-liège et du Figuier sauvage; j'ai capturé trois individus du Bostrychus capucinus L. var. rigriventris Luc., sous l'écorce d’un rameau coupé de Chêne zéen, et d’autres sur l'écorce.
4° Scolytides. — Le T'aphrorychus villifrons Dufour vit dans l'écorce du Chêne zéen.
5° Élatérides. — L’'Æater satrapa var. dibaphus vit dans le Chêne zéen, mais est peu abondant.
6° On trouve, sous l’écorce du Chêne zéen, de nombreuses larves de T'emnochila ; ces larves sont carnassières et utilisent les galeries des Insectes précédents.
Nous aurons à citer plus loin les Insectes qui vivent sous l'écorce ou dans le bois des arbres entrant en décomposition.
71° Diptères. — Sous l'écorce des rameaux coupés de Chène-liège et de Chêne zéen vivent de nombreuses larves d'un Diptère, la Laphrya sp. (1), qui sont carnassières.
Nous allons donner quelques renseignements biologiques sur les Insectes précédents.
1° Longicornes. — Ponte. — La femelle des Longicornes est munie d’un long oviscapte formé aux dépens de l’avantdernier segment du corps ; l'oviscapte n'est autre qu'un long tube, portant à son extrémité deux palpes bi-articulés, couverts de longs poils ayant probablement un rôle tactile ; La femelle explore l'écorce, à la recherche d’anfractuosités ou de cassures ; l'œuf est déposé au fond de ces cassures le plus profondément possible.
Cet œuf donne naissance à une petite larve qui se met à dévorer l'écorce et le liber à sa portée, puis pénètre dans le liber, et de là entre le liber et l'aubier, pour creuser sa galerie désormais entre le liber et l’aubier.
La larve du Callidium sanquineum arrive sous le liber en creusant dans ce dernier une galerie à section elliptique, mesurant 2/3 de millimètre de grand axe sur 2/5 de millimètre de petit axe; dans certains cas, la larve chemine quelque temps dans le liber, et pénètre très obliquement sur l'aubier; dans d’autres cas, la galerie de pénétration est à peu près normale à la surface de l’écorce, et dans ce cas le irou de pénétration est très net sur la face interne du liber (fig. 3). |
La forme et la dimension des galeries creusées entre le
(1) M. L. Pandellé, à qui j'ai communiqué cet Insecte, m'écrit de Tarbes (Hautes-Pyrénées) : « La Laphrya d’Ain Drabam que vous m'avez soumise se trouve ici également, où j'ai trouvé une ©. Je n'ai pu la déterminer sûrement. Elle ressemble beaucoup à fulva et à flava, mais elle me parait différente par sa vestiture et ses antennes. Ce Genre, comme les autres Asilides, a grand besoin d'être revisé, en scrutant les caractères sexuels, car la couleur des poils me paraît assez variable. »
liber et l’aubier varient suivant qu’on considère le Clytus ou les Callidium.
a) Clylus arcuatus. — La galerie du Clytus arcuatus, d’abord très étroite et creusée en grande partie sur la face interne. du liber, ne tarde pas à accroître ses dimensions,
Fig. 3. — À, galeries de Callidium sanguineum creusées dans le liber du Chêne rouvre; B, extrémité antérieure de la galerie, plus grossie, montrant la galerie de pénétration de l'écorce vers le liber.
en même temps qu'elle intéresse également le liber et l’aubier ; cette galerie est à section elliptique; elle peut atteindre 16 millimètres de largeur et 5 millimètres de hauteur; la larve, au fur et à mesure qu'elle creuse sa galerie, la remplit en arrière de ses excréments constitués par une sciure assez grossière ; les dégâts produits par le Clytus sont très importants. Parvenue au terme de sa croissance, c’est-à-dire quand elle a atteint une longueur de 26 à 27 millimètres
environ, la larve se ménage un espace pour se nymphoser, une chambre nymphale; la nymphose de cet Insecte s’effectue presque toujours dans l’aubier, ou dans le cœur du bois, quand le rameau attaqué est de faible diamètre (40 millimètres de diamètre) ; on trouve quelquefois, cependant, des nymphes dans une chambre ménagée sous l'écorce; la chambre nymphale n’est, dans ce cas, que l’extrémité un peu agrandie de la galerie.
Dans le cas le plus général, la larve arrivée sur le point de se nymphoser cesse de cheminer entre l'écorce et le bois,
Fig. 4. — À, coupe longitudinale d’un rameau de Chêne zéen rencontrant une chambre nymphale de Clytus arcualus ; g, galerie de la larve; — B, coupe transversale d’un rameau présentant vers son centre une chambre nymphale de Clytus ; G', galerie d’une jeune larve intéressant l’aubier et le liber, /; G, galerie d’une larve adulte, intéressant l’aubier, le liber et une partie de l'écorce.
et pénètre dans l’aubier par une galerie normale à la surface, à section elliptique, mesurant 7*°,5 de grand axe sur 5"*,9 de petit axe; à une distance de 20 millimètres environ de l'écorce, cette galerie se recourbe brusquement à angle droit et se continue par la chambre nymphaie ; Le plus souvent, la chambre nymphale, dont l’axe longitudinal est parallèle à celui du rameau, fait suite à la galerie creusée entre le liber et Le bois et continue sa direction; dans quelques cas plus rares, elle est rétrograde ; enfin, elle n’est pas toujours située dans le secteur qui contient la galerie corticale : souvent, la larve s'enfonce d’abord normalement, puis contourne le rameau et établit sa chambre dans un sec- teur très éloigné du précédent. Cette chambre mesure
28 millimètres de longueur environ; elle peut atleindre 35 millimètres; la section est elliptique, les dimensions variant également entre 8"",5 et 11"" pour le grand axe et millimètres à 6**,5 pour le petit ; l'extrémité aveugle de la chambre est recouverte d’un tampon de sciure très fine ; l'extrémité en rapport avec la galerie de pénétration est bouchée par un tampon assez grossier de fibres ligneuses ; la nymphe est couchée à plat, la région céphalique étant située en contact avec le tampon obturateur antérieur; la peau et les mandibules larvaires provenant de la mue sont situées entre la chrysalide et le tampon postérieur.
La larve, avant de se nymphoser, prépare son trou de sortie. Cet orifice est elliptique, les deux axes de l’ellipse ayant peu de différence dans leur longueur ; les dimensions varient, comme le montrentles chiffres suivants: 6°" x 4",5; 877 KO DEEE Gars
L'adulte éclôt et sort vers le milieu du mois de mai: il reste caché dans sa galerie, et n’en sort qu'aux époques chaudes de la journée.
Le Clytus antilopæ, plus rare, vit dans les mêmes conditions.
Les larves adultes, prêtes à se nymphoser, du Clytus arcualus ne sont pas à l’abri des parasites dans leur chambre nymphale; elles servent de proie à une larve parasite externe et solitaire, celle d'un Ichneumonide, l'Ephialtes carbonarius Christ. La femelle de cet Insecte mesure 18 à 19 millimètres de longueur; l'organe de la ponte a des dimensions très grandes par rapport à la longueur du corps; le gorgerel et les deux stylets situés à son intérieur mesurent 27"",9; les valves, servant à guider la tarière lors de la ponte, ont leur origine située à 3 millimètres de celle du sorgeret et mesurent 25*%,5; la tarière peut s’enfoncer, par suite, à 27 millimètres environ de la surface de l'écorce dans l'intérieur du bois, et l'œuf être pondu dans la chambre du Clytus, située, comme nous l'avons vu, à 20 millimètres environ de la surface.
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b) Callidium variabile et C. sanquineum. — La galerie est creusée entre le liber et le bois; le plus souvent, la larve ne pénètre pas dans le bois, la nymphose ayant lieu sous l'écorce ; dans quelques cas, cependant, elle a lieu dans l’aubier, à 10 millimètres environ de la surface. La chambre nymphale sous-corticale est établie à l'extrémité de la galerie ; cependant, il peut arriver que la larve revienne en arrière et ménage une chambre à quelque distance de l’extrémité.
Les galeries et les chambres nymphales du Callidium variabile et du C. sanguineum présentent quelques caractères qui permettent de les distinguer :
1° La galerie du C. variabile intéresse plutôt le liber et l'écorce ; elle est plus profonde que celle du €. sanguineum; ses parois latérales sont concaves, en sorte que la sciure est encastrée fortement, sa surface en contact avec le bois étant à peu près plane; le plafond de la galerie est lui-même concave; la galerie du C. sanquineum est, au contraire, à plafond plat et à bords abrupts : la sciure n’est plus encastrée latéralement dans l'écorce; de plus, sa surface en rapport avec le bois est convexe : l'empreinte en creux laissée dans l’'aubier est ici beaucoup plus profonde ;
2° La chambre nymphale du C. variable est Le plus souvent étroite, beaucoup plus longue que large (18° X 5%%,5 ; DR CAT MN 20e X 811,28%5,x 9%); 4 -bords Irès'!concaves et à fond légèrement arrondi; elle est contenue presque tout entière dans le liber et l’écorce. La chambre nymphale du C. sanguineum est légèrement arquée, très régulière, beaucoup moins longue que la précédente (13"*,5 one Old oot 0184200 11487 7x 877,04 etc. Elle intéresse également le liber et l’aubier ; le fond est plat, aussi bien du côté du bois que du côté du liber, les bords abrupts.
Trou de sortie. — Le trou de sortie est percé par l'adulte; il est oblique à la surface, et son calibre diminue du centre à la périphérie : au contact de la chambre nymphale, il me-
sure 7 millimètres de longueur sur 3*",5 de largeur; l’orifice externe, ovale, allongé, mesure 4°°,5 sur 2°*,5 ; ce trou externe peut atteindre 5**,5 sur 3 millimètres.
L'adulte éclôt vers le 20 mai, et se promène à la surface des troncs de Chêne.
c) Larves des Longicornes. — Les larves du Clytus arcuaus, du Callidium variahile et du C. sanguineum ont entre elles une grande ressemblance : la tête, volumineuse, présente, dans sa région antérieure ventrale, la bouche entourée de deux énormes mandibules fortement chitinisées, noires, grâce auxquelles l'animal accomplit son rude travail; la bouche est limitée supérieurement par un labre arrondi, garni de nombreux poils, et ventralement par la lèvre inférieure et les mâchoires; les mâchoires présentent une base quadrangulaire {cardo), un lobe interne garni de poils et des palpes maxillaires formés de trois articles distincts, la région d'attache n'étant pas comptée comme article ; la lèvre inférieure porte deux palpes labiaux 2-articulés, ou 3-artilés, si on compte l'article basal, soudé à celui de l’autre palpe sur la ligne médiane. |
Les mandibules, situées à droite et à gauche, sont implantées d'une façon très solide. Leur forme est celle d’un solide à cinq faces, à base carrée; la face latérale externe est convexe, trapéziforme ; la face interne concave; ces deux faces se rencontrant suivant une arête tranchante, fortement chitinisée, à contour un peu arrondi, bien propre à couper le bois; la face dorsale et la face ventrale sont triangulaires; le sommet externe de la face ventrale présente une apophyse arrondie, située dans une cavité du cadre chitineux qui limite la bouche ; le sommet externe de la face dorsale présente au contraire une cavité dans laquelle entre une tête arrondie du cadre buccal, située dans le voisinage immédiat de la face interne de l’antenne ; la mandibule est ainsi solidement maintenue latéro-dorsalement et latéro-ventralement; elle ne peut tourner qu'autour d'un axe dorso-ventral, parallèle à son bord externe el situé à
une faible distance de celui-ci : les mandibules ne peuvent effectuer que des mouvements de rapprochement et d’écartement sur la ligne médiane ; leur bord externe est en rapport, en son milieu, avec une longue tige chitineuse qui s'enfonce sous le prothorax, et sur laquelle s'insèrent à 45°, et de chaque côté, des muscles allant s'attacher sur le bord postérieur de la tête, invaginé sous le prothorax; l’action de ces muscles est d’écarter les mandibules ; la
Fig. 5.—Larve du Phymatodes variabile. — À, tête vue ventralement; on n’a figuré qu'une des mandibules; B, mandibule vue du côté externe, montrant ses rapports avec la tige chitineuse {; C, mandibule vue latéro-dorsalement, avec la tige chitineuse externe fé, et la lame chitineuse /; a, cavité de la mandibule dans laquelle entre l’apophyse c’; c, apophyse mandibulaire entrant dans la cavité a’ du cadre buccal.
face interne, concave, présente à sa base une lame chitineuse aplatie sur laquelle s’attachent les muscles destinés à rapprocher les mandibules; ces muscles rapprocheurs ont une action beaucoup plus forte que les muscles écarteurs, par suite de l'éloignement du point d'application de la force qu'ils produisent de l'axe de rotation.
La région latéro-dorsale du front porte une antenne très petite, 4-articulée; l’article basilaire de l’antenne est très long dans la larve du Callidium sanqguineum et celle-ci est très saillante; le second article est également allongé; le troisième est à peu près aussi long que large ; son extrémité terminale ventrale porte du côté interne une écaille triangulaire aplatie; l’article terminal est deux fois aussi long
que large; à son extrémité, il porte un poil assez long et
une petite écaille triangulaire ; l'antenne est aussi longue dans la larve du Callidium variabile, mais les deux premiers articles étant plus courts, elle est moins visible que dans la larve précédente; le troisième et le quatrième article sont au contraire plus allongés ; le troisième porte également une écaille triangulaire ; l’article terminal en est dépourvu, portant à son extrémité deux longs poils; la larve
Fig. 6. — Antennes des larves des Callidium. — À, larve du C. sanguineum ; B, larve du C. variabile; 1, article basilaire; é, écaille du troisième article; C, apophyse du cadre buccal servant à l'articulation de la mandibule.
du Clytus arcuatus a des antennes peu saillantes, moins longues que celles des larves précédentes; les trois premiers articles sont sensiblement aussi longs que larges; le quatrième article est allongé, arrondi à l'extrémité.
Le corps des larves comprend treize segments, trois thoraciques, portant chacun une paire de pattes très courtes, impropres à la marche, et dix abdominaux, le dernier portant l’anus à son extrémité. La région ventrale des trois segments thoraciques et des sept premiers segments abdominaux porte des plaques tégumentaires épaissies partagées chacune en deux moitiés, une antérieure ét
une postérieure, par un sillon transversal, et servant à la locomotion.
Les régions latéro-dorsales du corps portent neuf paires de stigmates, dont huit paires sont situées sur les huit premiers segments abdominaux. Dans la région dorsale postérieure, on aperçoit le rectum par transparence.
* Les patles comprennent une hanche, qui s'attache au
Fig. 7. — Pattes des larves des Callidium. — À, larve du C. sanguineum ; B, larve du C. variabile.
tégument, et à la suite trois articles distincts, soit quatre articles en tout si l’on compte la hanche; ces pattes sont
très écartées l’une de l’autre sur la ligne médiane ; les deux ANN. SC. NAT. ZOOL. XI 2
premières paires sont situées très latéralement, à peu de distance de la première paire de stigmates, soit à un niveau plus ventrai que ces derniers ; la troisième paire de pattes
est sensiblement à la même distance de la ligne médiane
que les précédentes; les ébauches des futures pattes de l'adulte, visibles sur la face ventrale des segments thoraciques, sont au contraire très rapprochées sur la ligne médiane. La larve du Callidium sanguineum (1) a des pattes également écartées sur la ligne méûiane ventrale, de 1/5 de millimètre environ de longueur ; la hanche et les deux articles suivants ne présentent rien de particulier ; l’article terminal est très allongé (moitié de la longueur totale de la patte), arqué, grêle ; cette forme arquée est très caractéristique; la moitié antérieure de cet article est incolore, sa surface est sinueuse; la région terminale est testacé clair, lisse, cylindrique, arrondie à l'extrémité ; la patte de la larve du Callidium variabile à à peu près la même longueur que la précédente; l’article terminal, au lieu d’être grêle et flagelliforme, est massif, conique, droit dans toute sa longueur, à contour sinueux, le quart postérieur est testacé clair, le reste de l’article étant incolore. La larve du Clytus arcuatus à des pattes beaucoup plus allongées, atteignant 3/5 de millimètre de longueur ; la région antérieure de l’article terminal est lisse, la région postérieure est au contraire mamelonnée; l’article terminal est massif et droit.
Le tube digestif de ces larves lignivores est remarquable par sa longueur; il est d’ailleurs bâti sur le même type dans les trois espèces que nous étudions.
L'œæsophage, très court, se jette au niveau du mésothorax dans un estomac très allongé qui se poursuit jusque dans la région postérieure de l'avant-dernier segment (fig. 8), où il se recourbe, remonte jusque dans le huitième segment, se dirige de nouveau vers la région postérieure du corps; au
(1) Goureau, Ann. Soc. ent. France, 2° série, t. I, 1843; p. 99.
PT
niveau du douzième segment, l'intestin moyen se continue
NE ei 2.1 DTÈSSS-R Vu...
eV) 2 TVvin FRE EE 1X Fig. 8. — Extrémité postérieure du corps d’une larve de Phymatodes variabile, vue latéralement, montrant le tube digestif. (L'intestin moyen est teinté en grisé). —1V,V,.....,X, quatrième, cinquième, ..….,dixième segments abdominaux ;
3, région postérieure de l'intestin moyen; r, région antérieure de l'intestin postérieur faisant suite à 3; R, rectum, avec les excréments à son intérieur ; s, emplacement du dernier stigmate abdominal.
par le rectum, lequel donne insertion à un petit nombre de tubes de Malpighi; le rectum remonte dorsalement par
rapport à l'intestin moyen jusque dans la région antérieure du huitième segment ; la région ullime du rectum Lou sur la ligne médiane ne à du huitième segment jusqu'à l'anus ;
les parois du rectum sont très épaisses; les excréments y sont abondants, sous forme de petits disques cylindriques disposés en chapelet. Le tube digestif de ces larves présente en résumé quatre courbures; sa longueur égale deux fois et demie celle du corps, le rectum ayant à lui seul une longueur égale aux quatre cinquièmes de celle du corps ; dans la région Pont du rectum débouchent des glandesrectales, tubuleuses, sinûeuses, appliquées contre la surface de l'intestin postérieur. L’anus est terminal, il est limité par quatre lobes arrondis du segment anal, disposés symétriquement, deux dorsaux et deux ventraux.
L'appareil respiratoire (C. sanquineum) est remarquable par la richesse de ramifications des trachées. Cet appareil comprend essentiellement deux troncs trachéens longitudinaux latéraux, réunis au niveau du prothorax par une commissure dorsale, d’où partent de nombreux rameaux trachéens se rendant dans la région céphalique, et dans chacun des huit premiers segments abdominaux par une commissure latéro-ventrale; les troncs trachéens latéraux sont en rapport avec l’extérieur par neuf paires de troncs stigmatiques s’ouvrant par des stigmates, situés, la première paire à la limite du prothorax et du mésothorax, sur les flancs, assez bas, les huit autres sur les flancs des huit premiers segments abdominaux, à un niveau légèrement plus élevé que la première paire.
Les deux stigmates antérieurs sont beaucoup plus grands que les suivants, elliptiques. Les troncs trachéens latéraux se continuent jusque dans le segment . anal, où ils se résolvent en fines ramifications, sans s’anastomoser.
L'étude des larves des Longicornes nous à permis de trouver, pour chacune des trois larves qui nous Ferre des caractères suffisants pour les reconnaître.
Les chambres nymphales du Callidium variabile ménagées
sous l'écorce servent de refuge à d’autres Insectes, en particulier à des Hyménoptères; le Psen pallipes Panz. établit son nid; cet Hyménoptère choisit les chambres nymphales très allongées ; les larves s’entourent chacune d'un cocon ovoïde, dirigé transversalement par rapport aux parois latérales de la galerie.
Nous avons capturé deux Osmies qui fréquentent les galeries des Longicornes, l’Osmua Latreiller Spinoia et l’'Osmia gallarum Spinola.
2° Buprestides. — La ponte des Buprestides s'effectue de la même facon que celle des Longicornes, la femelle déposant son œuf dans les anfractuosités de l'écorce.
a) Chrysobothrys affinis var. heliophila Ab.
La larve de cet Insecte vit dans les bois coupés de Chêne zéen, de Chêne-liège et dans les arbres mourants de Robinier faux-Acacia. Perris signale cette espèce en France comme vivant sous l'écorce des vieux Châtaigniers, du Chêne, du Hêtre et du Bouleau; cet auteur note la disposition des excréments qui remplissent la galerie « en petites couches concentriques, ce qui empêche de les confondre avec des galeries de larves de Longicornes ».
Les larves de ce Bupreste vivant dans le Chêne zéen se nymphosent indifféremment dans l'écorce, quand elle est épaisse, sous l'écorce, ou à l’intérieur de l’aubier ; ce dernier cas paraît être le plus fréquent. La chambre nymphale est régulièrement elliptique, et mesure 20 millimètres de grand axe et 7 millimètres de petit axe. L’adulte perce son trou de sortie dans l'écorce ; cet orifice est elliptique, de 5 millimètres de grand axe sur 2°°,5 de petit axe.
L'éclosion a lieu vers le 20 mai; l’adulte est fréquent en forêt, sur l'écorce des gros Chênes zéens, dans les endroits ensoleillés.
La larve du CAhrysobothrys vivant dans le Chêne-liège creuse sa galerie entre le liber et l’aubier, cette galerie intéressant beaucoup plus le liber que l’aubier ; la chambre nymphale, elliptique, est ménagée dans le liber; l’adulle
perce l'écorce pour sortir; le CArysobothrys attaque les rameaux de faible diamètre (3 à 4 centimètres de diamètre), dont la couche subéreuse est peu épaisse.
b) Acmaeodera adspersula NI. — Ce Bupreste, beaucoup pius petit que le précédent, est très abondant dans les racines déchaussées de Chêne-liège ; il attaque également, mais plus rarement, des rameaux de très faible diamètre (10 à 15 millimètres). Lors de la construction des sentiers forestiers, un certain nombre de grosses racines se sont trouvées mises à nu, et ont été attaquées.
L'œuf, pondu dans les anfractuosités de l'écorce, donne une larve qui ne tarde pas à pénétrer à l’intérieur du bois.
La galerie est très sinueuse, à section elliptique, de 3 millimètres de largeur sur 2 millimèlres Fig. 9. — Larve d'Acmaeodera adspersula de hauteur environ, et rem-
nant eu galeis dans le Moi die blic par les excréments
disposés en couches concentriques ; la larve se rapproche de l'écorce pour se nymphoser; la nymphose a lieu soit sous l'écorce, soit le plus souvent à l'intérieur du bois, la nymphe étant située à quelques millimètres de l'écorce (3 à 6 millimètres); la chambre nymphale mesure 9 millimètres de longueur, 3 millimètres de largeur et 2 millimètres de hauteur; son grand axe est dirigé suivant l’axe longitudinal de la racine.
L'adulte creuse une galerie de sortie, cireulaire, de 2°*,25 de diamètre, à peu près normale à la surface de l'écorce ; le trou de sortie est circulaire. Ces Buprestes sont très nombreux dans la même racine, de sorte qu’à leur éclosion (1° juin) celle-ci est entièrement criblée de trous. L’adulte se réfugie dans sa galerie quand le temps est sombre.
La chambre nymphale et la galerie de sortie de l’Acmaeodera ne restent pas inoccupées quand ce dernier est mort, après avoir pondu dans une autre racine; on y trouve une véritable légion d'Insectes, et ce fait est d'autant plus intéressant à noter qu'un certain nombre de ceux-ci n’ont pas été signalés comme appartenant à la faune tunisienne.
Deux Hyménoptères y établissent leur nid: l’Osnua gallarum Spinola et l’Heriades truncorum ; au fond de la galerie nymphale se trouve le cocon papyracé de ces Insectes.
Un grand nombre de Chrysides se réfugient dans cette galerie pour y passer les jours sombres et la nuit; ces Chrysides entrent à reculons, la tête élant située du côté de l'orifice. M. Robert du Buysson a bien voulu examiner ces Insectes et m'indiquer les espèces non signalées en Tunisie.
1° Chrysis Leachu Schück. est une espèce non encore signalée en Afrique ; les espèces suivantes sont nouvelles pour la faune tunisienne, ayant été capturées seulement en Algérie (1): |
2° Chrysis dichroa Dhb. var. minor Mocs. (Alger) ;
3° — succincta L. (Alger, Mustapha, Oran) ;
4 — bidentata L. var. pyrrhina Dhb. (Tébessa, Bône);
D — nterjecta Buyss. (Biskra);
6 — semicincta Lepell. (Alger, La Calle) ;
D’autres espèces sont déjà connues en Algérie et en Tunisie :
(1) Robert du Buysson, Synopsis des Hyménoptères de la famille des Chrysidides appartenant à la faune Barbaresque (Bull. Assoc. française pour l'avancement des sciences, Congrès de Carthage, 1896, p. 467-471).
7° Chrysis Saussurei Chevr. ;
8 — cyanea L. (répandue);
9 — splendidula Dhb. (répandue) ;
10° Aedychridium minutum Lep. var. reticulatum Ab. Toutes ces Chrysides sont de petite taille, à cause du diamètre des galeries ; la Crysis ignita L., lrès répandue en Tunisie, choisit comme refuge des trous plus grands, en particulier ceux creusés par le Clytus arcuatus dans le Robinier faux- Acacia.
L'Acmaeodera adspersula ne paraît pas causer au Chêneliège des dégâts considérables, car il n’attaque que les racines mises à nu, par suite de circonstances accidentelles.
c) Larves des Buprestides. — Perris (1) a décrit les larves du Chrysobothrys affinis et de l'Acmaeodera adspersula.
Ces larves, et particulièrement la première. sont remarquables par le développement très grand du prothorax ; les mandibules sont implantées de la même façon que celles des larves des Longicornes ; leur fonctionnement, leurs muscles moteurs sont identiques.
Les stigmates sont au nombre de neuf paires ; l'appareil respiratoire de la larve du Chrysobothrysne présente rien de particulier ; dans celle de l’Acmaeodera adspersula, les troncs trachéens longitudinaux latéraux réunis dans la région antérieure du corps (prothorax) par une commissure supraœsophagienne, et dans le mésothorax et les huit premiers segments abdominaux par une commissure latéro-ventrale, sont renflés en grosses ampoules oviformes dans chacun des segments cinquième à dixième du corps, les troncs siigmatiques prenant naissance en avant de l’ampoule du segment correspondant; dans la très jeune larve, ces ampoules n'existent pas.
La commissure supra-œæsophagienne est également fortement dilatée et donne naissance à des rameaux prothoraciques et céphaliques superficiels.
(1) Ed. Perris, Larves des Coléoptères. Paris, 1877.
Les troncs latéraux ne se réunissent pas dans la région postérieure du corps.
L’armature buccale des larves des Buprestides est aussi puissamment conformée que celle des Longicornes pour accomplir son rude travail ; les mandibules, bidentées à l’extrémité, ont la même forme que celles des larves des Longicornes ; l'articulation est la
même : dorsalement la man-.
dibule présente une cavité dans laquelle entre une tête arrondie du cadre buccal: ventralement, elle présente une apophyse arrondie entrant dans une cavité du cadre buccal :
la face interne est en rapport avec deux longues tiges chitineuses, qui s enfoncent jusque dans la région postérieure de la tête ; à ces tiges s’attachent, à 45°, des muscles qui vont s'insérer d'autre part à larégion postérieure de la tête ; celle-ci est invaginée presque tout entière sous le prothorax, et cette disposition a pour effet d'augmenter la solidité générale.
Fig. 10. — Larve. d'Acmaeodera adsper-
sula vue latéralement; la tête n’est pas figurée ; en grisé, l'appareil trachéen en noir.— 1, prothorax : 4, premier segment abdominal; 13, segment anal; c, commissure trachéenne prothoracique : m, intestin moyen : r, région antérieure de l'intestin postérieur; R, rectum.
de. rm ”
le tube digestif est teinté
Tube digestif. — Larve de l’Acmacodera. Le lube digestif est coloré en brun par suite de la présence des aliments; l’œsophage, de fin calibre, s'étend jusque dans la région antérieure du mésothorax ; à la suite vient un énorme jabot, en forme de poire, à parois musculaires lrès développées, qui s'étend de la région moyenne du mésothorax à la région moyenne du premier segment abdominal; le jabot se continue par un estomac cylindrique, allongé, s'étendant en ligne droite jusque dans le onzième segment du corps ; à l'endroit où le jabot se continue par l'estomac se jettent deux glandes tubuleuses, qui remontent horizontalement, accolées au jabot, jusque dans la région antérieure du prothorax.
Au niveau de la région antérieure du onzième segment, l'intestin moyen se jette dans le rectum ; celui-ci donne insertion, en cet endroit, à un petit nombre de tubes de Malpighi ; l'intestin postérieur va jusque dans la région terminale du onzième segment, et là se recourbe, se dirigeant obliquement vers la face dorsale antérieure du dixième segment, où il se recourbe de nouveau, pour se continuer vers l'arrière, jusqu'à l'anus, sur [a ligne médiane ventrale des dixième, onzième, douzième et treizième anneaux : cette région ultime du tube digestif est visible par transparence quand on examine la face dorsale du corps de la larve. L’anus est terminal, limité par deux lobes latéraux.
Larve du Chrysobothrys affinis. — Le tube digestif de ce Bupreste est semblable à celui de l’Acmaeodera : Yœsophage se jette dans un jJabot musculeux situé dans le prothorax ; l'estomac, allongé, cylindrique, se continue par le rectum dans le dixième segment; les tubes de Malpighi sont au nombre de six; le rectum se recourbe deux fois, sa région postérieure étant située dorsalement.
Eñnemis des larves des Longicornes et des Buprestides.
Les larves des Insectes dont nous venons de parler, bien que cachées sous l'écorce ou à l’intérieur du bois, ne sont
pas à l’abri des attaques des Hyménoptères entomophages ; nous avons signalé plus haut (page 12) un Æp/hnalles parasite du Clytus arcuatus ; nous allons examiner les parasites des larves du Callidium variabile et du Chrysobothrys affinis. Nous n'avons pas trouvé de parasites des larves adultes de l’Acmaeodera adpersula.
Nous avons publié (1) récemment des observations sur le mode de ponte et la biologie des Hyménoptères qui vivent, dans leurs premiers états, aux dépens des larves ou des nymphes des Coléoptères Longicornes ennemis des bois de Chêne ou de Pin de la France centrale et septentrionale : Callhidium sanguineum, C. variabile, ennemis du Chêne; Acanthocinus (Astynomus) ædilis et Criocephalus rusticus, ennemis des Pins (Champagne).
Les larves du Callidium variabile et du C. sanguineum vivant dans les Chênes de notre pays (forêts des environs de Paris, du Morvan, de l’Yonne, de l’Aube, de la Bourgogne, de la Marne et des Ardennes) ont, entre autres parasites, un Braconide social, le Doryctes gallicus Rheinhard. Je n'ai pas rencontré cet Insecte en Tunisie.
1.— Les larves adultes du C. variabile et celles du Chrysobothrys affinis, vivant dans le Chêne zéen (2),ont deux parasites SOCIAUX.
a) Le premier est un Braconide appartenant à la tribu des Spathiidés, le Spathius rubidus Rossi var. erythrocephalus Wesmaël, dont les cocons fusiformes, disposés côte à côte, ressemblent àceux du Doryctes gallicus ; il y a cinqà sixde ces parasites autour d’une même larve de Coléoptère et parmi
eux, 1l y à un mâle et plusieurs femelles. La larve de ce Bra-
(1) Bull. du Muséum, 1898, n° 8, p. 354-359.
(2) Nous faisons cette remarque parce que nous n’avons pas rencontré, dans le Chêne-liège, les Braconides dont nous allons parler; ce n’est pas que les larves de Chrysobothrys affinis vivant sous l'écorce du Chêne-lièse n'aient pas de parasites : plusieurs fois nous avons rencontré dans les chambres nymphales de cet Insecte un cocon fusiforme, blanc, renfermant une larve, et même, dans un cas, deux larves dans le même cocon; mais nous n'avons pu mener le parasite jusqu’à l’éclosion ; ce parasite est d’ailleurs un Braconide.
conide, parasite externe, est identique à celle du Doryctes gallicus (À). La première éclosion a lieu vers le 25 mai.
b) Le second parasite social est un Braconide de la tribu des Doryctidés, que M. le Rév. T.-A. Marshall, à qui je l’ai communiqué, à décrit (2) récemment sous le nom de Doryctes liogaster Marsh. Les larves de cet Insecte sont appliquées le long du corps de l’hôte (larve du C. variabile ou larve du CArysobothrys affinis) et en nombre variable : 2,3, 4, 5 ou 6, ce dernier nombre étant un maximum ; elles sont identiques à celles du Doryctes qallicus, à part leur taille plus grande ; l’appareiltrachéen estabsolumentlemême.
On trouve ces larves en pleine activité, dévorant leur hôte, dès Le 15 mai ; la ponte a lieu par conséquent dès les premiers jours de ce mois ; l’évolution de ces parasites est très rapide : le 1° juin suivant les adultes élaient éclos (trois individus, dont un mâle et deux femelles).
L’adulte se promène à la surface des troncs de Chêne ; on le trouve dès les premiers jours du mois de mai; il y a plusieurs générations estivales.
Les cocons, disposés côte à côle, sur plusieurs rangs, sont de couleur brunâtre pâle, cylindriques ; dans quelques cas ils sont disposés sur un rang et deviennent quadrangulaires par pression réciproque ; dans chaque groupe de cocons il y a généralement un mâle et plusieurs femelles.
Le trou de sortie, circulaire, de 1 millimètre à 1°°,5 de diamètre, est unique pour l’ensemble des individus issus d'un même groupe de cocons et est percé par ces Insectes; jai cependant constaté ce fait de deux Doryctes liogaster éclos de deux cocons situés côte à côte et ayant creusé chacun leur trou de sortie ; mais c’est là un fait très rare que nous Signalons en passant comme une variante dans les habitudes de cette espèce.
(1) L.-G. Seurat, Contributions à l'étude des Hyménoptères entomophages (Ano. Sc. nat., 1899, 8° série, t. X, p. 76-86; pl. I, fig. 10).
(2) T.-A. Marshall, Description de Braconide; (Bull. du Muséum, 1899, n° 7,D- 972).
2. Parasites solitaires. — Le C. variabile vivant dans le Chêne zéen est parasité par l'Helcon tardator Nees; cet Insecte paraît être commun à Aïn Draham ; nous avons trouvé son cocon, renfermant une nymphe mâle très avancée, dans une chambre nymphale de C. variabile ménagée dans l'aubier, à 7°",5 de distance du liber, soit à 10 millimètres environ de la surface de l'écorce. Ce cocon est bistre, aplati, de 1 millimètres de longueur, sur 4"",5 de largeur et 2 millimètres de hauteur ; les deux extrémités sont légèrement arrondies.
Nous avons signalé l'Aelcon tardator comme très abondant dans les forêls des environs de Paris, où il est parasite du €. sanguineum (1).
Nous avons trouvé jusqu ici des Insectes se rapprochant de ceux trouvés par nous en France dans le Chêne. — Les larves du C. variabile et du CArysobothrys affinis ont un autre parasite solitaire très commun, que nous n'avons jarnais trouvé dans les mêmes conditions en France; on trouve souvent, dans la chambre nymphale de ces Insectes, un gros cocon en forme de gabarre ou -de cercueil; ces cocons, à l’éclosion, m'ont donné un Braconide que M. le Rév. Marshall a décrit en même temps que le Doryctes liogaster sous le nom de Cæloïdes (sect. Atanycolus) tunetensis Marsh. En 1898, lors d'un voyage en Champagne (juin à octobre), j'avais trouvé des cocons absolument identiques dans les chambres nymphales de l’Acanthocinus œdilis L. et du Criocephalus rusticus, Longicornes qui vivent dans les bois de Pin; ces cocons étaient ceux d’un Cœloïdes très voisin du précédent, le Cæloides (sect. Atanycolus) Neesi Marsh. (1). Il est intéressant d’avoir à signaler un tel rapprochement entre les Braconides des Pins de Champagne et ceux des Chênes de la Tunisie, d'autant plus qu'on ne trouve pas ces formes dans les bois de Chêne de la première de ces régions.
(1) Bull. du Muséum, 1898, n° 8, p. 369.
Le Caloïdes tunetensis est parasite des larves adultes qu'il dévore, en laissant la peau et les parties chitineuses. L’adulte perce un trou de sortie circulaire, de 1 millimètre de diamètre ; on le rencontre dès les premiers jours du mois de mai.
Étude de la « Laphrya sp. ».
Les larves de ce Diptère sont très abondantes sous l’écorce des rameaux de Chêne zéen et du Chêne-liège habités par des larves de Longicornes et de Buprestides; nous en avons trouvé quelques-unes dans l’aubier du Chêne zéen. Elles possèdent une armature buccale qui leur permet de creuser une galerie sous l'écorce et même d'attaquer le liber ou l’aubier; les mâchoires, qui portent un palpe bi-articulé sont fortement chitinisées et conformées comme des mandibules. Léon Dufour (1), à propos de la Laphrya aurigera, dit que la larve se nourrit exclusivement de bois en décomposition; il a d’ailleurs trouvé cette larve sous l'écorce des Chênes morts. |
Les faits observés par nous en Tunisie permettent de fixer certains points de la biologie de ce Diptère. La larve de la Laphrya n’a pas de galerie propre : elle chemine sous l'écorce, en utilisant des galeries d’autres Insectes; elle est toutefois capable de passer d’une galerie à une autre, en détruisant les parois communes. Cette larve, de même que celle de la Laphrya aurigera porte sur les six premiers segments abdominaux des mamelons qui lui permettent de se déplacer. Parvenue à l’état adulte, elle se ménage sous l'écorce un véritable nid pour se nymphoser, ce nid étant fait de fibres ligneuses et libériennes entrelacées. Il faut noter ce fait important que ce nid est toujours situé dans une galerie d’un autre Insecte, ou contigu à une chambre nymphale. L'examen des pièces que nous avons rapportées
(1) L. Dufour, Recherches sur les métamorphoses des Asiliques (Ann. Sc. nat., 3e série, t. XIII, 1850, p. 143).
de Tunisie démontre que la larve de la Laphrya dévore les larves lignivores :
{° Un nid renfermant une nymphe est établi dans une galerie de Bupreste (Chrysobothrys affinis). Or, au milieu de la sciure environnante, on retrouve les restes, c’est-à-dire la peau et l’armature buccale, de deux larves de Buprestes, situées à quelque distance l’une de l’autre; la larve du Diptère, après avoir dévoré le premier hôte dans sa galerie, a atteint la galerie voisine et en a dévoré un second, puis elle s’est nymphosée.
2° Beaucoup de nids de nymphes de Laphrya sont établis dans des chambres nymphales de Buprestes; ici, c’est la larve adulte ou la nymphe qui a élé dévorée.
3° Une larve de Laphrya avait effectué sa nymphose dans une chambre nymphale de Clylus arcuatus ménagée dans l’aubier, à 20 millimètres de l'écorce; la larve du Diptère avait bouché l'extrémité libre de la galerie avec un tampon de fibres ligneuses arrangées d’une autre façon que dans celui du Clytus.
La larve, ayant achevé de construire son nid pour se nymphoser, perce le trou destiné à la sortie de l'adulte, et le bouche ensuite avec un tampon de fibres ligneuses ou libériennes ; ce trouest circulaire et mesure 2**,5 de diamètre.
La larve peut creuser une galerie assez longue dans du liège : une de nos larves, mise dans une boîte liégée, a fait un trou dans ce liège, puis y a creusé une galerie arrondie dans laquelle elle s’est nymphosée, après avoir creusé un trou de sortie, bouché d’ailleurs avec de la sciure de ce liège ; l’éclosion a eu lieu normalement.
Le tube digestif de cette larve n’a plus la longueur démesurée de celui des larves lignivores : il est droit, d'un bout à l’autre du corps; l'anus est situé dorsalement.
Les faits qui précèdent montrent que si la larve de la Laphrya est capable de travailler le bois et le Liber, elle ne se sert de cette faculté que pour cheminer plus aisément sous l'écorce, à la recherche des larves des Xylophages.
3 Bostrychides. — Xylopertha praeusta Germ. — Cet Insecte est extrêmement abondant dans les rameaux coupés de Chêne zéen de faible diamètre; généralement le même rameau renferme de nombreuses larves, de sorteque lors de l’éclosion des adultes, il apparaît criblé de trous circulaires de 2*°,25 à 2°°,5 de diamètre.
La larve vit dans le bois, y creusant une galerie à section rigoureusement circulaire, de 3 millimètres de diamètre, simple, dirigée le plus souvent suivant l'axe du rameau ; quand elle quitte cette direction, c'est pour rebrousser chemin et creuser une galerie parallèle à la précédente, mais dirigée en sens inverse. La larve se rapproche de la surface pour senymphoser ; la chambre nymphale, dirigée parallèlement à l’axe longitudinal du rameau, mesure 12°°,5 de longueur; elle est à section circulaire et mesure 3 millimètres de diamètre; cette chambre est creusée dans l'aubier, à 3**°,5 de l’écorce, soit à 7 millimètres de la surface environ.
L'adulte, à son éclosion, creuse une galerie de sortie à
peu près normale à la surface de l'écorce; l’éclosion a lieu vers le 20 mai; cet Insecte vole très bien, et sort aux époques chaudes de la journée; quand 11 fait sombre, il se réfugie dans sa galerie, y entrant à reculons. Le Xylopertha praeusta s'attaque également aux rameaux morts ou coupés de Chêne-liège ; un de ces arbres, situé au Col des Vents,ayant eu la cime cassée, avait élé attaqué par cet Insecte : les rameaux morts seuls élaient habités; la larve creuse une galerie située à peu près au centre du bois, bien que ce bois soit extrêmement dur.
Les rameaux morts de très faible diamètre (8 à 10 millimètres) sont attaqués par le Synoxylon sex-dentatum, espèce très répandue; je n’ai toutefois pas rencontré ce Bostrychide dans le Chêne zéen, mais dans le bois coupé de Figuier sauvage, où 1l est très abondant.
J'ai pu recueillir quelques larves de Xylopertha praeusta, que j'ai remises à M. P. Lesne, qui se propose d'en faire une
étude détaillée ; je n’ai pas trouvé de parasites de ces larves, malgré mes recherches.
4° Scolytides. — Le Taphrorychus villifrons Dufour est un petit Insecte de 3 millimètres de longueur à peine; sa larve vit dans les écorces épaisses du Chêne zéen, y creusant une galerie parallèle à la direction des fibres, qui intéresse le liber et l’écorce, de 1 millimètre de diamètre; la chambre nymphale, située à l'extrémité de la galerie, mesure 4 millimètres de longueur à peine; le trou de sortie est circulaire, mesurant { millimètre de diamètre ; ces larves sont très abondantes sous la même écorce, de sorte que celle-ci est sillonnée de nombreuses galeries parallèles.
Nous avons terminé l'étude des Insectes qui attaquent les bois coupés; comme on le voit, ces Insectes font des dégâts assez considérables ; tous ont besoin, pour pondre leur œuf, d’une surface crevassée présentant des anfractuosités, et l'écorce remplit très bien cette condition ; la nécessité de la présence de l'écorce pour la ponte indique immédiatement la facon de préserver le bois de ces attaques : il suffit de l’écorcer immédiatement après l’abatage.
Les bois de Chêne zéen et de Chène-liège ayant subi les attaques des divers Insectes précédents sont creusés de nombreuses galeries, et ne vont pas tarder à se détruire rapidement, sous l’action de l'humidité et de nombreux animaux. Nous avons pu recueillir sous l’écorce du Chêne zéen et du Chène-liège commencant à se décomposer des quantités d'Arthropodes, dont la plupart, par leur travail incessant et surtout leur nombre, se chargent de hâter cette décomposition.
Les Myriapodes y sont très abondants, représentés par des lules et des Glomérides ; il Y a de nombreuses Araionées : la Zoropsis ochreata C. Koch y établit son nid.
Les divers ordres d'Insectes y sont représentés, les Thysanoures par des Lépismes, les Orthoptères par des Termites, qui sont d'une abondance extrême. Un Microlépidop-
tère, la Tinea ankerella Mann, vit sous l’écorce du Chêne- ANN. SC. NAT. ZOOL. XI, 4
liège coupé et tombé à terre; cet Insecte a été signalé en Hongrie dans le bois pourri. |
Les Coléoptères sont nombreux dans le bois pourri de Chêne zéen: nous avons capturé l’Adelocera carbonaria, le Tenebroïides maroccanus, un Dorcus, des larves de T'emnochila, etc.
Les Fourmis sont abondantes et appartiennent à plusieurs espèces ; on trouve souvent sous l'écorce du Chêne zéen le Cremastogaster scutellaris, dont nous avons parlé à propos du Chêne-liège.
Beaucoup de Fourmis établissent leur nid sous l'écorce du Chêne zéen : nous avons observé dans ces conditions le Lasius niger L. race alienus Fôrster, le Plagiolepis pygmea Latr., et le Leplothorax Rottenbergi Em. ; le Plagiolepis pygmea établit également son nid sous l'écorce des rameaux de Chêne-liège tombés à terre depuis quelque temps.
Nous avons terminé l'étude que nous nous étions proposée ; nous avons eu l’occasion, à plusieurs reprises, de mentionner des Insectes nouveaux pour la faune tunisienne, et même des espèces non décrites; nous pensons également avoir précisé quelques points de Ia biologie des Xylophages et de leurs ennemis ; leurs habitudes avaient besoin d’être observées de nouveau. Il reste malheureusement beaucoup à faire, et il serait utile d'observer en détail les mœurs de quelques Insectes causant de grands dégâts aux forêts, celles du Cerambyx Mirbechki en particulier.
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