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L'ÉVOLUTION ET LES AFFINITÉS DE CE GENRE

Par M. CH. GRAVIER

Description de la Procerastea Perrieri n. sp. (PL. I, fig. 1-17.)

Dans les matériaux provenant d’un dragage effectué le 31 août 1899 dans la baie de la Hougue (région du Petit- Nord), j'ai recueilli quatre individus d'une espèce nouvelle | de Syllidiens appartenant au genre Procerastea (1) Langerhans (84). Chacun de ces individus se compose de deux parties nettement distinctes : {° une partie antérieure, ou la souche ; 2° une partie postérieure, ou le stolon sexué. Les stolons sexués, tous du sexe mâle, se trouvent être à des stades différents les uns des autres de maturité et méritent chacun une mention spéciale ; quant à la souche, elle pré- | sente des caractères constants qui seront décrits en premier | lieu. L'un des exemplaires auquel il ne manque probable- | ment que les cirres anaux, ou, en tout cas, qu’un très petit

(1) Les nombres placés entre parenthèses et en caractères gras, à la suite des noms d'auteurs, correspoudent aux numéros d'ordre de l’index bibliographique, p. 49.

nombre de segments postérieurs, mesure 8 millimètres de longueur, 0**,30 de largeur et compte 48 segments sétigères. Un second exemplaire, incomplet, a 10°*,5 de longueur avec 46 segments sétigères. Un troisième exemplaire, auquel il manque également un certain nombre de segments postérieurs, a une longueur de 11 millimètres, une largeur (maximum) de 0**,35 et compte 55 sétigères. Enfin, le quatrième exemplaire, le seul complet, et non le plus voisin de l’état de maturité sexuelle, mesure 14°°,5 de longueur, avec 61 segments sétigères. Dans chacun des individus, les 13 premiers sétigères appartiennent à la souche ; tous les autres segments forment le stolon sexué, toujours unique. Le corps tout entier, de forme très grêle, est d’un vert peu foncé, sans aucune ornementation spéciale.

I. Souche. — Le prostomium arrondi en avant{fig. 1),un peu plus large que long, n’est séparé en arrière du reste du corps par aucune délimitation nette. Les yeux sont fort développés; ceux d’une même paire sont largement séparés l’un de l’autre; mais, de chaque côté, l'œil antérieur et le postérieur sont presque au contact l’un de l’autre. Les lentilles sont volumineuses et très saillantes ; celles des yeux antérieurs (fig. 2) ont leur axe dirigé en avant; celles des yeux postérieurs (fig. 3) sont orientées latéralement; elles sont entourées à leur base d’une couronne pigmentaire brun foncé.

Les trois antennes sont relativement puissantes, longues et massives ; un peu étranglées à leur base, elles conservent sensiblement le même diamètre jusqu'à leur extrémité arrondie ; la médiane, insérée en avant des yeux antérieurs, peut couvrir les trois premiers sétigères ; les deux latérales, un peu plus courtes, sont fixées sur le bord antérieur du prostomium et tout près l’une de l’autre. Les palpes ne sont aucunement visibles sur la face dorsale.

Le corps s'élargit immédiatement en arrière du prostomium. Les deux cirres tentaculaires sont insérés de chaque côté au niveau de la partie postérieure du prostomium, sur

un premier segment, non sétigère. Ces deux appendices ont la même apparence, mais sont beaucoup plus courts que les antennes; le dorsal est un peu plus long que le ventral. Le cirre dorsal du second segment, premier sétigère, est inséré plus haut que les appendices du premier segment; ces eirres sont légèrement renflés en massue au-dessous de leur extrémité. Il n'existe pas plus de séparation apparente entre le second segment et le premier, qu'entre celui-ci et le prostomium. Cetteabsence, ou,tout au moins, cette atténuation de la délimitation des segments porteurs de cirres tentaculaires se remarque également chez les Phyllodociens. Du reste, chez la larve de Phyllodoce ,on observe, en arrière de la couronne ciliée, une large bande insegmentée (A gassiz's shield, Claparède et Metschnikoff, 69), qui semble correspondre à cette région située immédiatement en arrière

du prostomium, comprenant les deux ou trois premières

paires de pieds primitifs de l'embryon, et que Giard (86) appelle l'archipodium.

Les segments suivants, au moins dans la partie antérieure du corps, ou, plus exactement, dans le stolon, ne portent plus ni cirre dorsal, ni cirre ventral. Leur longueur s'accroît progressivement d'avant en arrière, de façon à atteindre son maximum du 10°° au 12*° segment, où elle est presque égale à la largeur; les segments renflés dans leur région médiane sont séparés par des constrictions régulières (fig. 1).

Le parapode, réduit ici à son plus grand état de simplicité, est constitué uniquement par un mamelon sétigère conique assez peu saillant, situé dans la région médiane et renflée de chaque segment et traversé par un acicule droit. Les parapodes du premier sétigère sont insérés immédiatement au-dessous du cirre dorsal du 2°° segment, tout près de la face ventrale un peu aplatie dans cette région antérieure située un peu en arrière de l’orifice étroit de la trompe ; audessus de celui-ci, on n’observe aucune trace de séparation des palpes (fig. 4). Les mamelons séligères des autres seg-

ments remontent peu à peu sur les côtés pour pres leur position normale au 7*° sétigère.

-Les soies sont de formes extrêmement variées : les unes sont simples, les autres sont composées.

Parmi les premières, il en est qui sont formées par une hampe droite renflée à son sommet, avec deux pointes recourbées, dont une plus longue (fig. 5); certaines de ces soies (fig. 6), de même forme que les précédentes, ont une hampe plus épaisse terminée par deux pointes plus courtes et plus trapues. D’autres soies se rapportant à ce type se rencontrent dans un très grand nombre de segments (fig. 7) : elles sont légèrement dilatées au sommet avec deux pointes brèves, inégales, recourbées l’une vers l’autre. Un autre type de soies simples bien différentes des précédentes a une hampe droite (fig. 8) un peu renflée au sommet, qui est couvert de petites saillies régulières, et latéralement un petit prolongement fin et rectiligne analogue à celui que présentent les soies de beaucoup d'Autolytés.

Les soies composées ne sont pas plus uniformes. Les unes (fig. 9) ont une hampe droite renflée au sommet, avec un rostre saillant, pointu, un peu recourbé, au-dessous duquel on remarque une série de petites aspérités et une serpe très courte et arquée. Les autres (fig. 10) ont une hampe un peu recourbée, avec un rostre saillant couvert de dents, dont une plus développée ; la serpe également arquée est encore plus réduite que dans le type précédent.

Les deux premiers sétigères sont formés chacun d’une dizaine de soies simples des types 5 et 6 et d’une du type 8; celle-ci manque chez certains individus au 2° sétigère. Les soies composées font leur apparition dès le 3° sétigère. Les soies 5 et 6 ne s’observent que dans les trois premiers sétigères; au delà, elles disparaissent, et on ne rencontre plus que quelques soies du type 7 mêlées aux soies composées et au type 8. Dans le troisième parapode seul, les trois types 5, 8et 9 sont réunis. Le nombre des soies, qui ne dépasse pas une douzaine dans chaque para-

pode, diminue dans la partie postérieure du stolon sexué.

L'orifice de la trompe est fort étroit (fig. 4); il n'y a aucune apparence de séparation des palpes sur la face ventrale. La gaine pharyngienne est extrêmement courte; la trompe pharyngienne commence, en effet, presque au niveau de l'insertion des cirres dorsaux du 2° segment ; à son extrémité antérieure, elle présente une couronne de dents assez difficiles à compter; mais leur nombre ne dépasse pas huit.

La trompe, dont la paroi est assez épaisse, s'étend sur le 2° et sur le 3° sétigère, s'avance presque jusqu'à la moitié du 4°, puis remonte pour déboucher à la limite de séparation du 3° et du 4° sétigère dans le proventricule. Celui-ci, qui a à peu près la même longueur que le 4° sétigère, est ovoïde ; sa largeur maximum est un peu moindre que le double de celle de la trompe pharyngienne; sa paroi est relativement très épaisse, on n'aperçoit qu’une étroite lumière axiale par transparence.

IL. Séolon sexué. — À.— L'individu dont le stolon sexué est le plus éloigné de l’état de maturité est celui qui mesure 8 millimètres de longueur et compte 48 segments sétigères, dont 13 pour la souche et 35 pour le stolon. Le corps est presque entier; un nombre très petit de segments postérieurs seuls font défaut. On remarque, après le 13° séligère, une petite bande très étroite (fig. 11), mais nettement délimitée toutefois et qui est la première indication du prostomium; on distingue de chaque côté, sur cette bande, une grande cellule claire, qui est peut-être l’ébauche primitive de la lentille des yeux antérieurs. À partir du 15° segment, où il est {rès réduit, et jusqu'à l'extrémité postérieure, il existe au-dessus de chaque mamelon sétigère, et un peu en arrière, un cirre dorsal aplati, ayant la forme d'une petite languette ovale. Du 12° au 18° sétigère, la longueur des segments diminue graduellement ; à partir du 19° sétigère, elle diminue très sensiblement, les parapodes deviennent beaucoup plus saillants et la largeur du corps augmente un

peu. Les caractères de l’épitoquie semblent ainsi s'accuser progressivement d’arrière en avant ; on peut observer des faits analogues chez les Néréidiens pendant la période où l'animal prend peu à peu les caractères de la forme hétéronéréidienne.

B. — L'individu qui, après le précédent, était le plus éloigné de la maturité sexuelle au moment où il fut dragué, est l’exemplaire entier qui mesure 14**,5 de longueur et compte 61 sétigères, dont 13 pour la souche et 48 pour le stolon sexuel (fig. 12). Le 13° sétigère est séparé du reste du corps par une constriction nettement indiquée; ce segment est lui-même plus court et plus étroit que celui qui le précède. Le 14° sétigère présente l’ébauche du prostomium du stolon; ce prostomium est de forme quadrangulaire, arrondie aux angles. Les yeux antérieurs sont bien marqués; les postérieurs réduits à deux petits points. L'emplacement des antennes latérales et celui des cirres dorsaux du 2° segment sont marqués par de courts mamelons un peu plus développés à droite qu’à gauche.

Il n’y a pas encore trace de l'antenne médiane, ni des cirres tentaculaires. Le premier segment porteur de cirres dorsaux est le 15°. Les segments du stolon sont moins allonsés que ceux de la souche, mais beaucoup moins comprimés que chez les individus dont l’évolution est plus avancée au point de vue de la maturité sexuelle. Tous, jusqu'au dernier, possèdent un cirre dorsal de chaque côté. Le pygidium (fig. 13), de forme arrondie, presque aussi long que les deux derniers segments, porte deux cirres anaux foliacés, brièvement pédiculés, dont la longueur est un peu moindre que celle des deux derniers sétigères. Le nombre des soies, qui ne dépasse pas une douzaine, diminue dans la partie postérieure du corps. Vers le 55° segment, il n'existe plus que cinq ou six soies à chaque parapode. Au dernier segment, le mamelon sétigère ne porte plus que deux soies : une soie simple à prolongement filiforme (fig. 8)et une soie composée (fig. 9).

C. — Dans le troisième individu, la formation du prostomium au 14° sétigère (fig. 14) est beaucoup plus avancée que dans les deux précédents. La constriction séparant le 13° sétigère du 14° est ici beaucoup plus accusée. Le prostomium conserve sa forme quadrangulaire, arrondie aux angles. Des quatre yeux, les antérieurs seuls sont bien développés et munis chacun d’un cristallin visible ; les posté-

rieurs sont encore réduits à de simples taches pigmentaires.

En avant, on peut remarquer les ébauches des deux antennes latérales ; aucune trace de l'antenne médiane, qui se développe postérieurement aux deux autres, n’est visible. Latéralement, on observe deux éminences situées l’une derrière l’autre ; la plus antérieure, la moins développée, correspond au cirre tentaculaire dorsal du 1° segment;

celle qui est la plus en arrière n’est autre que le cirre dorsal

du 1° sétigère qui apparaît, comme on l’a vu, plus tôt que les cirres tentaculaires. Tous ces appendices sont un peu plus développés du côté droit que du côté gauche.

A partir du 15° sétigère, il existe un cirre dorsal ayant la forme d’une petite languette ovale, insérée au-dessus et un peu en arrière du mamelon sétigère (fig. 15). Ces cirres dorsaux, en gardant la même configuration, croissent un peu jusque vers le 12° segment du stolon; puis ils diminuent graduellement de taille dans la partie postérieure du corps. Le stolon compte 42 sétigères dans l’exemplaire décrit ici, qui possède 55 sétigères en tout et qui est incomplet. Les segments se raccourcissent et deviennent un peu plus larges à partir du 18° sétigère; les parapodes sont relativement plus volumineux. |

D. — Le quatrième individu, également incomplet, d’une longueur de 10°*,5, avec 46 segments, dont 13 pour la souche et 33 pour le stolon, est le plus intéressant de tous, à cause du degré de développement de ce dernier; les segments diminuent brusquement de longueur à partir du 14° sétigère, le 1” du stolon. La constriction en arrière du 13° sétigère est ici beaucoup plus accentuée que chez les

ag CH. GRAVIER.

individus dont il a été question jusqu'ici. La souche et le stolon ne sont plus reliés l’un à l’autre que par un pédicule fort étroit. Le prostomium (fig. 16 et 17), dont le plan de symétrie fait un angle aigu assez grand avec celui du stolon, conserve sa forme quadrangulaire, arrondie aux angles, avec un bord antérieur droit. Les deux antennes latérales sont larges à leur base et se divisent chacune en deux lobes, un intérieur et un extérieur, plus développé; ces antennes bifides rappellent les appendices du même ordre, qui sont caractéristiques des stolons mâles (Po/ybostrichus) des Autolytés. L’antenne médiane est insérée beaucoup plus en arrière et est graduellement renflée à sa base. Les cirres dorsaux du 1° sétigère du stolon sont de beaucoup les plus développés; leur insertion est située en avant de celle de l'antenne médiane. Les cirres tentaculaires sont beaucoup moins longs et les ventraux sont plus courts que les dorsaux. Les yeux antérieurs sont encore plus volumineux que les postérieurs, et sont munis chacun d’un cristallin de grande faille. Tandis que chez les individus dont il a été question jusqu'ici, la 1" paire de cirres dorsaux n'apparaît qu'au 15° sétigère, elle se montre ici dès le 14°. Bien que l’évolution du stolon paraisse avancée, aucun segment n'est porteur des soies natatoires caractéristiques de la forme épitoque. Cependant, le 13° sétigère n’est relié au reste du corps que par un étroit cordon, ce qui fait présager la mise en liberté prochaine du stolon.

On n’a jamais observé jusqu'ici, à ma connaissance du moins, de formes sexuées mâles libres de Procerastea. Ces stolons mâles se distingueraient facilement des individus souches par la forme des antennes latérales, par la présence des cirres dorsaux, et par la forme plus trapue des segments.

Évolution et affinités du genre Procerastea Langerhans.

Lesenre Procerastea aété créé en 1884 par Langerhans (84), pour un Syllidien dont il trouva une douzaine et demie d'exemplaires à Madère, pendant l'hiver 1881-82; il n'en put recueillir un seul pendant l'hiver suivant. La Procerastea nematodes Langerhans mesure de 4 à 7**,5; sa taille est. donc moitié moindre que celle de la Procerastea Perrier n. sp. Elle diffère, en outre, nettement de cette dernière espèce par le prostomium qui est quadrangulaire et porte quatre petits yeux, par la forme plus trapue des antennes, par la forme et la répartition des soies, et aussi par les caractères de la trompe.

Langerhans, qui n'observa jamais de formes sexuées libres, remarqua qu'aucun de ses exemplaires ne portait plus d’un stolon sexué qui, bien que non mûr, se détachait fréquemment par l’action des réactifs. La forme du prostomium, chez le mâle comme chez la femelle, était entièrement semblable à celle de la même région chez les Autoly- {us ; les «soies de puberté » n'étaient pas encore développées. Le nouveau genre était ainsi caractérisé : Autolytæ crris dorsualibus, Let IT exceptis, nullis; cirri ventrales null, gemma sexuals cirris dorsualbus minimis prædita.

Malaquin (93) a décrit et figuré une seconde espèce du même genre, la Procerastea Hallesiana, des côtes du Boulonnais. Celle-ci diffère de la Procerastea Perrieri par le prostomium qui porte quatre yeux de petites dimensions, surtout les antérieurs, et des antennes plus courtes, en massue, par les cirres tenlaculaires, qui ont ici le même aspect et sensiblement la même longueur que les antennes, par la forme des soies, par la longueur plus grande de la trompe et le nombre plus considérable des dents au trépan. Le nombre des segments paraît être un peu moindre dans

les deux espèces de Madère et du Boulonnais que dans celle de: Saint-Vaast-la-Hougue. |

Malaquin à pu, en outre, suivre la curieuse évolution de l'espèce qu'il a décrite. Dans une première phase, les individus qui, lorsqu'ils sont encore éloignés de la maturité sexuelle, comptent de 40 à 42 segments, en bourgeonnent de nouveaux au nombre de 14 à 16, de façon à présenter de 54 à 56 segments, au moment où l'ébauche du prostomium apparaît au 14° sétigère. Le segment générateur (Zoonite formateur de Malaquin), qui produit de nouveaux segments en avant de lui-même, occupe une position variable, entre le 20° et le 32° sétigère.

Les choses ne semblent pas se passer de la même façon chez la Procerastea Perrieri, ou, du moins, je n’ai pu constater aucune trace de cette prolifération vers le milieu du corps. Même chez l'individu le plus éloigné de la forme épitoque, chez lequel l'ébauche du prostomium est à peine reconnaissable en arrière du 13° sétigère, il n’y avait aucune apparence de formation récente de segments dans la région indiquée par Malaquin; il se peut que la phase de régularisation consécutive à la prolifération fût déjà achevée. Il est d’ailleurs possible que l’évolution de l’espèce du Boulonnais ne soit pas identique à celle de la baie de la Hougue; des différences analogues s’observent parmi ies différentes espèces du genre Auftolytus Grube. |

Dans une seconde phase, le 14° sétigère bourgeonne le prostomium du stolon sexué; c’est le segment du même rang de la souche qui devient le premier du stolon dans les deux autres espèces du même genre.

D'après Malaquin, les appendices du prostomium se développeraient dans l’ordre suivant : l'antenne médiane et les antennes latérales bifurquées apparaissent presque simultanément, puis la première paire de cirres tentaculaires ; les veux se montrent alors, les antérieurs d’abord, les postérieurs ensuite. Autant que j'en puis juger par les exemplaires que j'ai eus à ma disposition, chez la Proce-

rastea Perrieri, Vantenne médiane ne se développerait que postérieurement aux antennes latérales et aux cirres dorsaux du 1° sétigère qui se développent plus tôt, ou, tout au moins, croissent plus rapidement que les cirrestentaculaires. Les yeux se montrent de très bonne heure, peut-être même avant qu'il n'y ait trace d'antennes, ainsi que de Saint- Joseph et Malaquin l'ont constaté chez l'Autolytus pictus Ehlers. En même temps, des cirres dorsaux se développent à partir du 15° séligère ; l'apparition de ces appendices est même très précoce, car ils sont déjà assez développés, alors que l’ébauche du prostomium est à peine distincte (fig. 11).

Malaquin, qui a eu entre les mains des stolons femelles libres de la Procerastea Halleziana, à fait connaître les caractères de cette forme sacconéréidienne (fig. 18 et 19). Le corps se compose de trois parties :

1° Une partie antérieure formée de 6 segments (cinq premiers sétigères), dont les quatre derniers possèdent chacun un cirre dorsal très réduit;

2° Une partie moyenne composée de 16 segments, dont le mamelon sétigère, avec sa rame ventrale normale et sa rame dorsale à soies natatoires, est surmonté par un cirre dorsal cylindrique et allongé ; ces 16 segments sont précisément ceux qui sont bourgeonnés immédiatement avant que le stolon sexué ne commence à s’indiquer:;

3° Une partie postérieure, qui ne s’est point transformée et est constituée par une vingtaine de segments situés en arrière de la zone de prolifération ; ces segments sont de même âge que les six segments antérieurs ; ils semblent embarrasser l’animal qui s’en sépare peu à peu. La forme sacconéréidienne de la Procerastea Halleziana est donc à trois régions distinctes, comme celles de l’Autolytus cornutus A. Agassiz, de l’Autolytus rubrovittatus Claparède, etc. Ce qui caractérise essentiellement l’évolution de cette forme sexuée femelle, c’est le bourgeonnement, dans la période qui précède immédiatement la maturité, de 14 à 16 segments sur lesquels se concentrent les phénomènes de l’épitoquie.

Les observations sur la forme sexuée mâle (Po/ybostrichus) sont malheureusement beaucoup moins complètes; on n’en a point encore recueilli à l’état libre. Si, pour la Procerastea Perrieri, J'en juge par les exemplaires que j'ai pu examiner, et surtout par celui dont le stolon n’est plus que faiblement rattaché à la souche, les cirres dorsaux existant dans toute la longueur du corps, la troisième région de la forme Polybostrichus serait semblable à la première, la distinction entre les {rois parties du corps ne serait pas aussi tranchée que dans la forme sacconéréidienne de la Procerastea Halleziana Malaquin.

La tribu des Autolytés constitue dans la famille des Syllidiens un groupe homogène caractérisé surtout par l'absence de cirre ventral au parapode, la réduction des palpes, l'existence d'une sorte de trépan à la trompe, la forme des soies, la reproduction se faisant généralement au moyen de stolons sexués dont le dimorphisme sexuel est des plus accusés.

Dans le genre Procerastea Langerhans, le parapode est réduit à sa plus simple expression, au mamelon sétigère, qui, lui-même, esl assez peu saillant, dans la partie antérieure du corps surtout; à l'absence du cirre ventral, commune à tous les Autolytés, s'ajoute ici celle du cirre dorsal. Les appendices tactiles sont ici représentés uniquement par les antennes, les cirres tentaculaires et le cirre dorsal du premier segment. Dans l’état actuel de nos connaissances, ce genre réalise la forme la plus simple que l’on puisse citer, non seulement parmi les Autolytés, mais même parmi les Syllidiens.

Il présente des analogies indiscutables avec le genre Virchowia créé par Langerhans (79), dont C. Viguier (86) a donné une description et des figures plus exactes et qui, avec ses cirres dorsaux à tous les segments, représente une forme plus évoluée. Dans les deux genres en question, les

palpes sont très réduits, sinon indistincts; les mamelons

pédieux sont insérés ventralement, au moins dans la partie

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antérieure du corps chez la Procerastea ; le proventricule est plus ou moins globuleux; on n’a observé jusqu'ici dans les deux genres qu'un seul stolon chez les individus voisins de l’état de maturité sexuelle, dont le prostomium se forme toujours au 14° sétigère de la souche; en outre, chez deux individus sexués de la Virchowra, Langerhans a constaté que les segments du 23° au 34° (le nombre total des segments étant de 42 à 4%) étaient de formation récente. Chez la Procerastea Halleziana, qui porte elle-même des antennes et des cirres en massue, Malaquin a mentionné de même une zone de prolifération dans laquelle le zoonite formateur est compris entre le 23° et le 32° sétigère.

Le genre Myrianida Aud. et Edwards se rattache étroitement au genre Verchowra, notamment par ses appendices prostomiaux ciliés et par la forme de ses cirres qui sont, il est vrai, aplatis au lieu d'être en massue.

D'autre part, la Procerastea n’est autre qu'un Autolytus Grube (incl. Proceræa KEhlers et Autolytides Malaquin) dépourvu de cirres dorsaux. Un certain nombre d'espèces d’Autolytus ne présentent également qu'un stolon sexué unique, dont le prostomium se forme au 14° sétigère de la souche; tels sont en particulier l’Autolytus cornulus A. Agassiz, l'Autolytus pictus Ehlers, l’Autolytus tardigradus Webster, l'Autolytus macrophthalma Marenzeller, etc.

L’affinité entre le genre Autolytus Grube et le genre Virchowia Langerhans est également certaine. L'’inégalité des cirres, si frappante chez la Verchowia clavata Langerhans, se retrouve chez plusieurs espèces d’Autolytus, notamment chez l’Awtolytus longe/feriens de Saint-Joseph (86), l’Aurolytus paradozus de Saint-Joseph, l'Autolytus brachycephala Marenzeller, l'Autolytus luxurians Marenzeller, l'Autolytus

varians Verrill, etc.

De sorte que l’on peut, sans s’exagérer la valeur de ces sortes de schémas dont on a tant usé, sans grand profit d’ailleurs, se représenter ainsi la filiation des quatre genres de la tribu des Autolvytés :

48 CH. GRAVIER, hs ie AN Virchowia. Autolytus.

Myrianida.

Langerhans (79), qui attache une très grande importance aux soies au point de vue phylogénique, et regarde les soies simples comme phylogéniquement plus anciennes que les soies composées, est amené à considérer le sous-genre Haplosyllis Langerhans comme la forme la plus ancienne et la plus simple parmi les Syllidiens (1).

Sans nier la valeur phylogénique des soies-qui présentent souvent tant de variété chez un même individu, il me semble que Langerhans se l’est fort exagérée; les Autolytés, dont la morphologie est plus simple que celle des Syllidés, et dont le parapode surtout subit les plus grandes réductions, constituent, à mon avis, la tribu la plus PE de la famille des Syllidiens.

(4) Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira (Zeitschr, für wissensch. Zoologie, t. XXXII, 1879, p. 590) : « Ich sehe also Haplosyllis hamata als einen nur wenig veränderten Abkômmling dieser hypothetischer Stammform an. — Das subgenus representirt uns somit die älteste und einfachste Form der Syllideen, während die anderen subgenera neue und neuere Formen darstellen..….. »

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE

69-1869. CLaparÈkDE et METscanixorr, Beiträge zur Erkenntniss der Chætopo- . den (Zeilschr. für Wissensch. Zool., Bd XIX).

79-1879. P. LancerHans, Die Wurmfauna von Madeira (Zeitschr. für wis sensch. Zool., Bd XXXII).

84-1884. P. LancEerHans, Die Wurmfauna von Madeira (Zeitsch. für wissensch. Zool., Bd XL). |

86-1886. A. Giarp, Fragments biologiques (Bull. scient. du départ. du Nord, 2nsérie, {- IX).

86-1886. C. VieuiEr, Etude Sur les animaux inférieurs de la baie d'Aiger. II. — Recherches sur les Annélides pélagiques (Arch. de Zool. expérim., 2° série, EAN).

86-1886. Baron ne SainT-Josepx, Les Annélides polychètes des côtes de Dinard (Ann. des Sc. nat., Zoologie, 1° série, t. I).

93-1893. A. MaraouiN, Recherches sur les Syllidiens (Mém. de la Soc. des Sc. et Arts de Lille).

2 u La POUR ME LA 2, Se: in hrs pa cd. à al sé ' Li - dr Le LA Aer 4 PET Or de den € 5 De 2. fi in 7e né

Fig. 1-17. — Procerastea Perrieri, n. sp.

Fig. 1. — Partie antérieure du corps, face dorsale. Gr. 70.

Fig. 2. — OEil antérieur. Gr. 385.

Fig. 3. — OEil postérieur. Gr. 385.

Fig. 4. — Partie antérieure du corps, face ventrale. Gr. 70.

Fig. 5. — Soie simple, à deux longues pointes recourbées. Gr. 840. Fig. 6. — Soie simple, de même forme, à pointes plus courtes. Gr. 840. Fig. 7. — Soie simple à deux pointes convergentes. Gr. 840.

Fig. 8. — Soie simple en alène. Gr. 840.

Fig. 9. — Soie composée, du type Le plus commun. Gr. 840.

Fig. 10. — Soie composée d’un autre type. Gr. 840. Fig. 11. — Derniers segments de la souche, avec une première ébauche du prostomium du stolon sexué. Gr. 70.

Fig. 12. — Le prostomium du stolon sexué au début de son développement. Gr. 37.

Fig. 13. — Partie postérieure du corps, face dorsale. Gr. 70.

Fig. 14. — Le prostomium du stolon, à un stade plus avancé que les précédents. Gr. 85.

Fig. 15. — Deux segments dustolon sexué, avecleurs cirres dorsaux. Gr. 85.

Fig. 16. — Les derniers segments de la souche, le prostomium et les premiers segments du sen sexué mâle. Gr. 29 MALE = “Le prostomium du même stolon mâle (Polybostrichus) à un plus

fort grossissement. Gr. 70.

Fig. 18-19. — Procerastea Halleziana Malaquin. (D’après Malaquin.)

Fig. 18. — Stolon sexué femelle (Sacconereis). Fig. 19. — Région antérieure grossie du même stolon.

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