IV. — SIMARUBACÉES
Les /roingia, dont il existe des espèces africaines et asiatiques, sont des arbres dont les graines, produisant une graisse concrète qui peut-être susceptible d’être utilisée comme succé-
dané du beurre de cacao, remplaceraient les graines d’ilipé importées de l'étranger. Nous disons : les /reingia du Gabon ; et volontairement nous ne spécifions pas l’espèce, car il y en a plusieurs qui servent à préparer les pains de «dika » dont les indigènes se servent pour leur alimentation. Cette matière grasse, particulièrement intéressante, a fait l’objet de nombreuses études et nous croyons inutile d’en parler à nouveau.
Les Zroingia sont de grands arbres dont l’aire de répartition est très étendue. Quoique irrégulièrement dispersés ‘dans les forêts, on peut néanmoins dire qu’on en rencontre à peu près partout ; et, dans certaines régions, 1ls sont même abondants. Suivant les espèces, Les fruits, qui se rapprochent de la mangue, sont plus ou moins gros ; mais l’amande, qui est la seule partie utilisée, est toujours mince et d’un poids minime. Cette espèce a depuis longtemps retenu l’attention et a souvent été demandée. Nous l’avons déjà étudiée, et malgré sa fréquence, nous ne croyons guère possible, sauf dans des cas exceptionnels, qu’on puisse en faire avantageusement la récolte. Les arbres, très communs dans certains parages, fructifient abondamment, et, à leur pied, on peut ramasser beaucoup de fruits ; mais, pour extraire l’amande, il faut les sectionner avec un couteau ou une machète, en manipuler des centaines pour obtenir un kilogramme de graines, de telle sorte que le travail nécessaire est hors de proportion avec le rendement. Aussi l’exploitation ne nous semble pas devoir être rémunératrice ; ce qui est évidemment regrettable.
Quassia gabonensis Pierre (Odyendyea gabonensis Pierre).
Les odyendyés sont des arbres de taille moindre que les Irvingia ; ils se rencontrent du Cameroun, au Congo, et ils sont assez fréquents dans les forêts pour qu’on puisse envisager la récolte des graines en vue de l'exportation, la matière grasse concrète qu’on en extrait étant intéressante. Les fruits sont des drupes à enveloppe charnue, fibreuse, verdâtre ou vio
lacée, de 4 à 5 millimètres d’épaisseur, avec noyau osseux. Les caractéristiques de noyau sont les suivantes :
LONGUEUR LARGEUR ÉPAISSEUR HUE AMANDE total mm. mm. mm. F4 £T.
Minimum 47 36 oO 12, 6,5 NÉRINUMEeN EC 91 43 36 19,5 9,0 MOVE MrES
Le noyau atteint 4 millimètres d'épaisseur ; il s’épaissit sur la suture ventrale, où il atteint 10 millimètres, se casse aisément et se fend du reste spontanément le long de la suture en se séparant en deux parties. La graine mise ainsi à jour germe très facilement et les jeunes plantules poussent très rapidément. Cette graine est de couleur jaune à l’état frais. Lorsqu'on la met à sécher en tas, elle dégage une odeur très caractéristique, intermédiaire entre celle de l’iodoforme et du safran, très forte an début, au point d’importuner : elle s’atténue ensuite tout en persistant longtemps, mais alors elle se rapproche davantage de celle du safran. Elle est recouverte d’une mince pellicule brune, parfois noirâtre, qui se recouvre de moisissures pendant la dessiccation. Séchée, la graine sectionnée est d’un jaune plus foncé qu’à l’état frais, et l'huile concrète obtenue est de même couleur, mais se décolore rapidement.
Les indigènes qui consomment les graines grillées ne savent pas pratiquer, ou, du moins, ne pratiquent pas couramment l'extraction de l’huile. Certains les préparent comme celles de djave ; ils les font bouillir pour éliminer le principe amer qu'elles contiennent, puis ils les mettent à sécher sur des claies et les conservent en paquets dans des feuilles de Marantacées.
Par leur fréquence, par leur rendement élevé en huile, les
graines d’odyendyé pourraient être intéressantes. Malheureusement leur dessiccation est difficile, elles fermentent facilement, se conservent mal, sont attaquées par de nombreux insectes, et l'huile qu’on en peut extraire dans ces conditions a un point d’acidité élevé. Pour ces différentes raisons, 1l ne parait guère possible d'envisager leur exportation avant que des essais aient permis de se rendre compte s’il ne serait pas possible d'améliorer les conditions de récolte et de conservation. Elles se trouvent, de ce fait, parmi celles qu'il pourrait être avantageux de traiter sur place pour n’exporter que le Corps gras.