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de ces mers ont une telle peur « anxïi sunt sese conferre « ulterius tribus milliaribus, vel extra conspectum terrae, « comperientes enim per undam ulterius et ad Zephyream « magis plagam propelli, in cymbam sese conjiciunt relin- « quentes navem ac remis in cymba petunt terram, timentes « coeterum in abyssum Pausengi devolvi ex quà nemo redit « ut putant. » Ils croient, en effet, que la Geruda se nourrit non seulement d'éléphants, de tigres et de rhinocéros mais aussi des cadavres des hommes dont les tourbillons ont jeté les navires près de l’arbre et qui y sont morts de faim, car ils ne peuvent plus sortir de ce lieu.
« Adfirmant porro Javanos quosdam hoc expertos fuisse atque Javae pro vero narravisse, qui navibus nempe eo devenerant, sed qui pennas avis Gerudae tenentes ab ipsa Javam feliciter translati fuere. »
Les fruits de cet arbre (Boa pausengi ou Boa Singi ne sont que les noix de ce célèbre cocotier de mer (Calappi marinae) qui s’élevant sur leseaux sont quelquefoisjetés sur les rivages de Java et de Solo : « Ubi talem etiam exercent reluctantem « vim, utin ipsa regione usque in ipsas prorepant silvas ubi « homines eas non invenirent nisi a canibus detegerentur « prius, qui contra hasce latrant. »
Rumphius essaya en vain de démontrer aux indigènes (de Java et Amboine) que l’abyme du Pausengi ne pouvait exister sur la côte occidentale (in Zephyrea plaga) de Java, bien connue des navigateurs hollandais que le préfet Abel Takmann y avaitenvoyés en exploration et qui n’avaient pu y trouver l’arbre en question. Ils ne purent que lui répondre que cet arbre devait y être puisque l’on en trouvait les fruits jetés sur ces rivages. Alors il en conclut ceci :
« Quod facile concedi potest quum inter Javam et itam (sic) « Zephyream plagam ultra centum milliaria amplum est mare « ubi multae arbores esse possunt, licet non vero simile, sit « talem arboremin Abysso vel maris profundo provenire sed « quidem in fundo ducentarum vel trecentarum orchiarum !, »
1. Orchiarum, de Orchia ou Orgya, mesure grecque ancienne valant environ ? mètres, sans doute l’origine de la brasse marine (1 82).
Il discute ensuite sur le nom et le lieu d’origine qu'il croit être, d'après le nom Boa pausengi, le pays des Zengi ou Ethiopiens noirs.
Il décrit ensuite le fruit du Calappus marinus : « Externe « nihil alhiud habet quam tenuem rugosam seu muscosam « pelliculam cum crassis venis putamini ineumbentibus uti in « vulgari Calappi putamine quae abstrahitur, sub ea putamen « seu Tampoerong ! locatur oblongum, ad unam partem acute « desinens, unaque ora magis protuberat altera, quaedam vero « nuces simplices sunt, quaedam geminae acsi binae simul « concretae essent quales plurimae sunt. »
Au texte est jointe une grande gravure d’une noix double qui semble avoir été dessinée plutôt de souvenir que d’après nature, car, bien qu'il la dise de grandeur naturelle. elle ressemble peu aux noix des Maldives dessinées par Clusius, Redi et d’autres auteurs déjà cités, et plus anciens d’un siècle. Il y a donc fort peu de progrès de ce côté.
Il ne semble avoir vu qu'un fruit défectueux, ressemblant pour la taille et la forme à deux cocos ordinaires accolés, et ne parait pas connaître l'excellente figure de François Redi, car 1l se trompe évidemment sur le côté par lequel son fruit tenait à l'arbre.
Son échantillon était fort petit : « Totus fructus octo pollices « longus erat et novem latus in diametro, sed majores etiam « sunt, ab uno nempe pede usque ad sesquipedem sique « externe conspiciantur duplices haud melius comparari pos- « sunt quam cum scrotum tauri, inveniuntur enim quidam « haud multo majores. » Il avait d'ailleurs été travaillé et avait perdu sa surfacé naturelle, Dans le passage suivant, il nous paraît être le premier à avoir soupçonné l'existence de l’enveloppe fibreuse
« Figura in medio rotundum exhibet formam, quod ab « hominibus in eo perforatum est ut interna medulla seu « nucleus extrahi posset et ut elegans res domestica seu sup- « pellex ex putamine formetur. Hoc putamen a vulgari
1. Tampoerong : la noix du coco ordinaire en malais et javanais.
quoque differt Tampoerong quod substantiam, durius enim est, mixtam que videtur häbere naturam ex ligno et saxo instar aliarum plantarum marinarum. Interior nucleus pretiosissima hujus fructus pars, undique putamini adhaeret uti in vulgaribus Calappi nucibus, non albus sed flavescens fere instar casei ovilli dissecti ac tam durus siccatur ut corneus quasi fit, qui eximendus, in frusta dissecandus, siccandus et ad usum medicum servandus est, nullum peculiarem praebet odorem vel saporem nisi supra porphyritim cum aqua contritus saporem quodammodo praebet corneum et quasi marinum, sine alus notabilibus qualitatibus, nisi quod refrigeret.
« An vero quidam liquor in interno reperiatur cavo, in hoc detegere non potui, dicitur autem quemdam in eo contineri si recens e mari deferatur!. Lympha tum mox ebibitur, nucleus eximitur et tanquam pretiosum medicamentum servatur, quum nunquam mucidus vel nidorosus sit star alius Calappi nucleï.»
Quant à la provenance connue, voici ce qu'il en dit après
avoir parlé des Maldives et des usages dont ce fruit est l’objet dans ces iles :
« In Javae ora septentrionali et Zephyrea praesertim prope sinum occidentalem Sampanthau? uti et in Zephyreae. Sumatrae plaga ac porro per totam occidentalem plagam et a Sinensibus nautis Kuynsay (Kinsay) dicitur et circa insulas ante oram occidentalem sitas apud incolas vulgo Nyas* vocatur et a sylvestribus incolis 1ibi saepe inveniunt et venalis 'defertur Padangam, Priamangam et ad alias Metropoles, qui omnes fructus gemini sünt quales etiam observantur qui in Javae ora Zephyrea inveniuntur a pugni magnitudine usque ad minorem Astam seu ulnam in lati-
1. Sans doute de l’eau de mer, qui a pu y pénétrer en plus ou moins
grande quantité, après un long flottage, par l'ouverture du germe, et s’y modifier légèrement au contact de l’amande, car ce fruit n’a jamais de liquide ou lait comme le coco ordinaire.
2. Pour Sam-pan-tao, l’île de la barque, en chinois. 3. Poulo Nyas (Ile Nyas), sur la côte ouest de Sumatra.
« tudine. Hi ultimi vendentur singuli nempe a 60% ad 100" et « viginti imperiales qui vero aequalis sunt longitudinis et « latitudinis, optimi censentur, quorum quivis pedem latus « pro centum et quinquaginta imperialibus venditus est. « Immo notum est, quosdam reges harum nucum adeo cupi- « dos esse, ut navem onustam pro unica dederint nuce.
« An jam Poa pausengi de quo Solorenses jactant per « mare Zéphyreum in suam projectum fuisse terram et per « canes latrantes in sylva detectum fuisse unum idemque sit « cum vero Calappa laut, nondum indagare potui, tot enim « fabulas addunt sine vera descriptione ut alicui taediosum sit « eas audire. »
S'occupant ensuite des divers usages de ce fruit, il dit qu'on n’a pu en faire aucun essai sérieux en Europe parce que cela aurait coûté beaucoup trop cher et qu’il est même impossible de l'avoir entier à cause des pénalités terribles (sentence de mort) qu'encourent ceux qui ne le remettent pas aux mains du roi ou des grands dans le pays où on le trouve; or, ceux-ci ne veulent le vendre à aucun prix (à l'état complet), puis : « Quis etiam centum et quinquaginta imperiales vellet « hic in India dare pro isto fructu eumque in Hollandiam « demittere quum nesciat an decima nummorum pars resti- « tueretur. »
Il se contente donc de citer Garcia de Orta en ajoutant un peu de son cru çà et là. Il raconte comment les grands ne permettent pas qu'on casse la coquille mais ils la font scier de façon à en former des boites à couvercle dans lesquelles ils conservent les éléments de leur masticatoire (la noix d’arec et le bétel qu'il appelle siri (betel) pinang (arec), la chaux, le tabac et autres ingrédients qu’ils mâchent continuellement). Ils croient en effet que, conservées dans cette coquille, ces matières acquièrent la vertu de neutraliser toutes sortes de poisons et de guérir quantité de maladies. L'eau de boisson qu'on y conserve acquiert les mêmes vertus.
Il cite ensuite et commente ce qu'en ont dit Wilhelm Pison, d’après Clusius et Pyrard de Laval, qu'il appelle Pyrardus de La Valla. Il raconte à nouveau l’histoire de Rodolphe IT qui ne
put réussir à acheter pour 4.000 florins le seul exemplaire qui se trouvait alors en Belgique dans les mains des héritiers de l'amiral « Wolferus Hermanides ». Il complète l’histoire de celui-ei en disant que ce coco lui avait été donné en reconnaissance par le sultan ou Pangoram de Bantam dont l'amiral hollandais avait en 1602 délivré la capitale depuis longtemps assiégée, en battant avec quelques navires la flotte immense des Portugais sous les ordres d'Andrea Fortado de Mendoza. Ce sultan n'avait pu rien trouver de plus précieux dans son trésor, pour l’offrir à son libérateur, que le vase (Cymbium) monté avec la double noix d'un coco des Maldives. Ce fut le premier que l’on ait vu en Hollande. Il raconte l'histoire que nous avons déjà lue dans le chapitre VII de l’Opuscule de Clusius concernant Speccius et Coenius que Rumphius appelle Jean-Pierre Koen et Jacob Spex envoyés par le préfet Pierre Both au Pangoram (sorte de sultan) de Bantam vers
Il cite la lettre écrite à Clusius en 1615 par Laurent Reaal! qui fut le troisième préfet des Indes. Dans cette lettre, se trouvent divers aphorismes qui ne prouvent rien autre que la similitude entre le coco des Maldives et le coco vulgaire : « Quam praeterimus, quum multae in ea obcurrant res quae « divinationes modo videntur esse. »
Il accorde l'honneur au Docteur Pison d'avoir été le premier à prouver par de nombreuses expériences le peu de vertu qu'il fallait attacher à cette noix pour la guérison des maladies.
Un renseignement nouveau et plus intéressant est celui que nous trouvons consigné dans Rumphius concernant une petite espèce de Coco de mer que l’on trouve à Java :
« Praeter majorem nucem Calappae laut, alia minor in Java reperitur species ex eorum relatu per mare Zephyreum pro- « jecta a priore quam maxime diversa, non enim ultra dimidüi
« pedis magnitudinem obtinet, interne paucam vel nullam « fere gerens medullam quae pro novem vel decem imperia- « libus venalis est. Talisque fructus anno 1678 a pueris meis
41. Laurentius Realius, Eques et Senator. (Vide supra in Clusius, p. 18.)
« repertus fuit in mari fluctuans, circa insulas Xulanenses, « cujus diameter erat quatuor pollices in longitudine et tres « in latitudine, duplex quoque acsi duo mangii (mangue ?) « fructus sibi adcreti essent.....
@ Una dimidia pars ad sinistrum latus paulo planior « etiam erat acsi compressa esset, externe nux glabra erat acsi « saepius tractata fuisset coloris obscure fusci fere instar puta- « minis Calappi cum vestigiis quibusdam venularum acsi « gluma obducta fuisset.
« Aperta haec nux interne vacua erat sine lympha vel « medulla sed in interiore parte variae protuberantes detege- « bantur costae vel dorsa ejusdem substantiae et duritiei cum « putamine sed odoratus quidam gratusque odor cum quadam « pinguedine exhalabat instar olei odorati Minjac mony dicti « velinstar floris Pandani qui tertio demum anno evanes- « cebat » !.
Il est difficile de dire quelle peut être cette noix. Elle appartenait peut-être à l'espèce que Spex avait rapportée de Bantam et que Clusius mentionne dans le chapitre VII de sa monographie sous le nom de Minutulum coccum Maldivensem. D’après ce qu'ils en disent l’un et l’autre, on peut comprendre qu'il s’agit d'un autre fruit que celui du Coco des Maldives, le Coco de Mer moderne, dont il n'existe qu'une seule et unique espèce, aujourd'hui bien connue dans sa nature et dans ses origines.
L'on voit par ces différents extraits d'auteurs anciens dont plusieurs ont cependant une réputation scientifique bien assise, qu'il existait encore beaucoup d'erreurs touchant la forme exacte et les dimensions de la noix du Coco de Mer, dont le fruit entier n'avait encore Jamais été vu avec son enveloppe fibreuse. Quant à l'endroit exact d’où il provenait et l’arbre qui le portait, ils étaient encore complètement inconnus en 1742, date de la découverte des Iles Seychelles.
1. Georgii Everhardi Rumphii Med. Doct. Hanavensis..... Herbarium Amboinense...cura et studio Joannis Burmanni, MDCCL (1750), in-folio, t. VI, Liber XII, Cap. VIII, p. 210-217.
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