‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 3)Chapitre 54 sur 285 · DENT · texte numérisé non relu

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LUE = QUE LUE HA à

Bourbon, parle du cocotier marin ou des Seychelles comme s'il existait dans l'ile, où il est possible qu'il ait été apporté de Prashin ou de Maurice, mais il est trop imprécis pour que nous puissions trouver là une indication sérieuse, car il se contente de dire : « En attendant il nous faut constater une espèce particulière du Cocotier appelé marin ou des Seychelles dont il est originaire », puis il décrit en latin le fruit dépouillé de sa bourre !.

En 1848 également E. de Froberville décrivant dans l'Univers les Seychelles et Amirantes cite naturellement ce que nous connaissons déjà du Cocotier de Mer. Son texte varie à peine de celui de Quéau de Quiney. Pour l’amande vieillie, il lui donne une odeur d'urine et une amertume détestable.

I se trompe en disant : « On a essayé en vain de transplanter le cocotier de mer dansles autres iles des Seychelles

« quoique le solet le climat de l'archipel soient partout sem- « blables, cet arbre végète mal et reste toujours stérile ailleurs « qu'à Praslin et à La Curieuse. »

Nous avons vu, en effet, que Quéau de Quincy et Benezet avaient réussi à le faire fructifier à Mahé etqu'il végète bien à Maurice.

Dans son histoire de Maurice et de ses dépendances, parue en 1849, l'Anglais Ch. Pridham n'oublie pas de raconter tout ce qu'il sait, par les auteurs que nous connaissons, sur le Cocotier des Seychelles. Malheureusement il ne cite pas ses sources et n'y ajoute que fort peu de renseignements nouveaux. Il dit cependant le premier avec de Froberville que le poids énorme formé au haut de l'arbre par les régimes de fruits pesant chacun environ 50 livres est la cause du balancement continuel que le moindre vent leur imprime?.

L'article si intéressant de Sir W. Hooker dans le Botanical Magazine de 1827 est reproduit in extenso, avec les 5 planches

4. Victor Charlier, L'Univers, Histoire et description .,... Îles Madagascar, Bourbon et Maurice, par M. Victor Charlier, Paris, in-8°, MDCCCXLVIII (1848), p. 34-35,

2. Charles Pridham, Mauritius and its dependencies, by Ch. Pridham Appendix, p. 398-399,

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réduites, dans la Flore des Serres el Jardins de l Europe de Van Houtte en 1849. L'auteur de la traduction, J.-E. Planchon, y ajoute quelques détails sur les industries utilisant la noix avec laquelle « on fait encore des boîtes à savonnettes noires admirablement polies montées en argent et ciselées »!,

Il signale que, dans les planches de Martius, le pied mâle du Zodoicea est représenté avec des spadices rameux paraissant plus gros et plus courts que ceux des planches de Hooker. Il se demande si ces différences tiennent à une erreur de la part des dessinateurs ou si elles se retrouvent dans la nature.

Nous savons aujourd'hui, d’après les observations sur place et de nombreuses photographies rigoureusement exécutées par des naturalistes compétents, que les chatons mâles ne sont pas ramifiés bien qu'un ou deux puissent sortir de la même spathe, ce qui a causé sans doute l'erreur.

Les opinions diffèrent au sujet de la valeur de l’amande à l'état frais (et Jeune), comme aliment. Sonnerat, le premier qui en parle, est d’ailleurs le seul à signaler au début « l'existence à l'intérieur de la noix d’une eau blanche d'un goût amer et assez désagréable », se changeant plus tard en une amande « solide blanche huileuse », mais 1l ne la donne pas comme comestible, même à l’état mucilagineux qu'il oublie de mentionner.

Labillardière (d’après ses correspondants) en fait un aliment assez médiocre, tandis que Quéau de Quincy, l'appréciant sur place, la considère comme excellente et agréable au goût quand elle est encore à l'état de gelée blanche, ferme et transparente, et venant d'être retirée de la noix encore jeune, car elle se corrompt très vite. Robillard d’Argentelle, qui n'a sans doute goûté à Maurice que des noix venant des Seychelles, et par conséquent peu fraiches, vu la longueur du voyage à cette époque, la déclare seulement assez bonne. Frappas qui en a mangé aux Seychelles, à l'état frais, la trouve agréable au goût « mais provoquant souvent des indigestions par sa froideur sur l'estomac ». Nous avons appris par Quéau de Quincy

1. Flore des Serres et Jardins de l'Europe. Publiée à Gand sous la direction de Louis Van Houtte,in-8°, vol. IV, 1849, pp. 523-526, n° 294, Le Cocotier des Séchelles, par J.-E. Planchon.

LP tte math 2e 7 AR LOTS LS se Ed LE COCOTIER DE MER DES ILES SEYCHELLES 257

qu'elle avait causé la mort de nègres qui en avaient trop mangé sur les navires où ils avaient embarqué des provisions de Cocos de Mer. Sans doute là elle s'était altérée. Owen, qui parle par expérience, ayant été aux Seychelles en 1823, dit : « The shell... containing a light coloured jelly, which, « although brought to table, is without any flavour and as « a fruit valueless ».

En 1856, Seemann disait : « The immature fruit called Coco tendre . . is easily cut with a knife andthen affordsa sweet and melting aliment of agreable taste ». Roussin, dans son A/hum de la Réunion, 1868-1870, dit : « Avant la maturité complète « du fruit, le noyau renferme deux à 5 litres d'un liquide « analogue par la nature, le goût à celui du fruit du cocotier « ordinaire ; ce liquide lui-même occupe la partie centrale « d'une amande remplissant toute la cavité de la coque, d’abord « gélatineuse, blanche, d'une saveur fade, douceitre, assez « estimée cependant par bon nombre de personnes. .... »

Miss North, qui en 1873 goûta sous l'arbre de jeunes fruits cueillis à son intention, déclare : « I ate some of the jelly from « inside, there must have been any to fill a soup tureen, of « the purest white and not bad!. »

Pour notre part, nous en avons goûté durant l'été 1906, à Paris, dans un fruit arrivé encore frais des Seychelles et nous avons trouvé cette gelée absolument insipide. On voit donc que pour cette question il faut admettre l’adage « de gustibus non est disputandum ».

Mais revenons aux renseignements plus scientifiques des botanistes.

Seemann, dans son histoire populaire des palmiers, nous documente comme suit sur la maturité, la germination et la floraison :

4. Citation de Yule dans son Glossary. Dans l'édition de 1893 de Recollection of happy life, par Miss North, vol. 2, p. 289, nous remarquons qu'elle ne parle plus du goût, et la phrase ci-dessus est remplacée par : « The inner shell was double and full of while jelly, enough to fill the largest soup tureen ,., »

Annales du Musée colonial de Marseille, — 3° série, 3° vol. 1915. 17

ae A À nu

« When the fruit is ripe it drops to the ground and is no « longer fit for food. In a few months, 1f not buried in the « earth or exposed to the rays ofthe sun, the fallen nut begins « to germinate and a new plant is formed... It bears only « one spadice in each year (ce que nous n'avions vu indiqué « encore nulle part) and yet has often above ten in blossom « at once. It has flowers and fruits of all ages at one time; « grows on all kinds of soil, the best is in deep gorges and « on damp platforms. »

IT regrette qu’on les coupe, car ils finiront par disparaître rapidement. Une bonne planche en couleurs accompagne cet article’. Elle représente les deux sexes de ce palmier d’une façon assez exacte. M. Swinburne Ward, qui fut de 1862 à 1868 Commissaire civil (autrement dit Gouverneur) des Iles Seychelles, s'intéressa (comme le firent ses prédécesseurs Quéau de Quincy, Charles Telfair (1856-1858) et G. Harrison), au fameux Cocotier. Il envoya à Sir W.J. Hooker, membre de la Société Linnéenne de Londres, un mémoire dont ce dernier donna lecture en séance de cette Société le 3 mars 1864, et que nous trouvons publié en 1864-65 dans la partie botanique de son journal (1865). Vu son importance, nous en citerons les passages qui complètent les renseignements déjà donnés.

Il nous met d'abord en garde contre les informations transmises au sujet de ce palmier, dont on ne connaît encore que fort imparfaitement les conditions de croissance, à cause du long espace de temps qu'il met pour arriver à maturité et de la difficulté qu’on éprouve à obtenir les données exactes en ce qui concerne son développement. Les détails fournis par les habitants du pays n'ont pas grande valeur, parce que. ces personnes n'ont pas l'esprit d'observation et que la sincérité de leurs réponses à toutes les questions qu'on peut leur poser : est loin d’être parfaite.

1. Berthold Séemann; Popular history of the palms and their allies, by Berthold Séemann Ph, D. — M. A. — F.L. S. — Petit in-4°, London, 1856, p. 230. Genus XXXVIT. Lodoicea Labill. Planche en couleur n°43.

On admet en général qu'il ne fleurit qu'après 30 ans et qu'il n'atteint guère son entier développement qu'au bout d’un siècle. Personne ne peut dire jusqu'à quel âge 1l peut vivre, ni quel est celui des pieds les plus grands,qui sont vraiment gigantesques. Aucun de ceux que les Anglais ont semés depuis qu'ils ont pris possession des Seychelles (1815) n'est encore arrivé à toute sa taille. Celui planté en 1848 dans le jardin de la maison du Gouverneur (Government House) est encore dans l'enfance. Bien qu'âgé de 15 ans, il mesure seulement 16 pieds de haut et cette dimension est réalisée avec les feuilles seules, car il n’a pas encore de tronc visible. Ces feuilles partent encore du sol, comme celle du Palmier du Voyageur Ravenala Madagascariensis! et leur ressemblent. Svwinburne Ward se trompe ici évidemment, car les feuilles même jeunes du Æavenala ressemblent beaucoup plus à celles du bananier qu'à celles d'un Latanier ou d'un Lodoicea. I continue comme suit :

« Nine months after the nut has been planted, supposing « germination to have begun at once, the leaf sprouts at an « angle of 45° from the root; it is very closely folded, with à « smooth hard surface terminating in a sharp point. When « about two feet above the surface it expands, and in nine « months after another leaf follows, coming up the grooved « surface of the midrib of that which preceded it, and so on « at intervals of nine months, each succeeding leaf becoming « larger in size. All these leaves cluster together and support « each other, no stem appearing above the ground. From the « age of 15 to 25, the tree is in its greatest beauty and the « leaves at this period much larger than they are subse- « quently. They consist of two layers of fibres crossing each « other at right angles imbedded ina thick stratum of paren- « chyma enclosed in a tough skin. The stem of the full- « grown tree, like that of all palms, consists of hard fibres « imbedded in medullary substance enclosed in a hard sheath

1. Au moins quand cet arbre est jeune, car il a plus tard un tronc très élancé.

« lavec alternance de blanc ou jaune clair et de noir) so that « a good axe is required to cut it (en travers, car en long ce « bois se fend très facilement). It splits readily but 1s extre- « mely durable. Unlike the eocoa-nut trees, which bend to « every gentle gale (flecti sed non frangi (sic)) and are never « quite straight, the Coco de mer trees are upright as 1ron « pillars (frangi sed non flecti (sic) undisturbed in their posi- « tion by the heavy gales and violent storms so often occur- « ring in tropical regions.

« At the age of 30, the tree puts forth its blossoms. — The « female tree is 20 feet shorter than the male tree which fre- « quently attain a height of 100 feet. » Ceci nous montre combien peu exacts sont les dessins publiés jusqu'alors et qui, tout particulièrement dans le Botanical Magazine et dans le livre de Martius, nous montrent juste le contraire : à savoir le Lodoicea femelle plus élevé que le mâle, et tous deux avec des troncs tortueux et inclinés.

Il décrit ensuiteles chatons de fleurs mâles dont les écailles sont disposées en spirale. Il assigne une durée de 8 à 10 ans à la floraison mâle. Ces chatons, d'un brun rouge, émettent une odeur huileuse des plus désagréables. Si, après les avoir coupés, on les met dans un endroit accessible aux fourmis, celles-ci les dévorent rapidement. Les arbres mâles en ont toujours un certain nombre à tous les degrés de développement, en pleine fleur, fanés, ou complètement pourris.

Il est encore le premier à mentionner que les fleurs femelles laissent couler de leur sommet une sécrétion gommeuse qui sans doute arrête et fixe le pollen, et assure ainsi leur fécondation :

« The fruit stalk is supported by 3 very strong bracts; the « outer one of these, the top of which is wedge shaped, « penetrates the stalk of the leaf immediately above it, in the « underside of which nature has left a fissure accessible to it: « By this provision the stalk is enabled to support the « weight of thefruit which hangs upon it, sometimes exceeding « four hundred weight (203 kilos). Eleven nuts have been seen « on one stalk, the probable weight of each being about

forty pounds (18 kilos). Such clusters are however very rare, and # or 5 maybe taken as the average number on one stalk. « From the fructfication to full maturity a period of nearly 10 years elapse. The fruit attains its full size in about 4 years and is then soft, and full of semi-transparent jellylike substance of an insipid sweetish taste. The mesocarp is a leathery substance of a brownish green colour adhering to the shell. As the nut ripens, this gradually dries up into a white horny kernel, about 1/2 an inch {1 centimètre) in thickness and of no use whatever, supposed to be poisonous, but, probably only quite indigestible. The nut in its perfect state is about 18 inches (45 centimètres) long and of the same breadth, something in the shape of a heart with two separate compartments. It is enveloped like the cocoa-nut in a fibrous husk:; but its texture is not nearly so thick or so strong, and it drops off soon after the nut falls from the tree. The nuts sawn in half and divested of the kernel form excellent calabashes, and are universally used for baling btoas. The entire nut is frequently used as a water-keg and holds 3 or # gallons (13 1/2 à 18 litres) of water. It has however to be « caulked » in the centre, where germination takes place, before it becomes completely water-tight.

« The arrangements provided by nature for the roots of both male and female trees are of a most peculiar nature, quite distinct from those provided for any other known tree. The base of the trunk is of a bulbous form and this bulb fits into a natural bowl or socket, about 2 and 1/2 feet in diameter (0"755) and 18 inches (0"45) in depth, narrowing towards the bottom. This bowl is pierced with hundreds of small oval holes about the size ofa thimble (0%015) with hollow tubes corresponding on the outside through which the roots penetrate the ground on all sides, never, however, becoming attached to the bowl: their partial elasticity affording an almost imperceptible but very necessary « play » to the parent stem when struggling against the force of violent gales. This bowlis of the same

substance as the shell of the nut, only much thicker. As far as can be ascertained, it never rots or wears out. It has been found quite perfect and entire in every respect 60 years after the tree has been cut down. At Curieuse, many sockets are still remaining which are known to have belonged to trees cut down by the first settlers on this island.

« This curious arrangement renders it impossible that the trunk could grow in a slanting position ; and there 1s no known instance of its doing 50, either on the flat or on the: steep sides of the mountains in both of which situations the tree thrives equally well. The high price still fetched by the nuts will ultimately be the cause of their complete extinction on these islands. The growth of the palm is so very slow that no one can expect to reap where he has sowed and the people consequently never take the trouble to plant any for the benefit of posterity. Not content too with dgging up the nuts that have fallen and taken root, they ruthlessly destroy whole trees by cutting them down for the sake of the nuts and the heart leaves, which later are used for making hats, fans and baskets. Many of the trees still standing are quite spoilt by the practice of cutting out these centre or heart leaves, leaving the tree shorn of its beauty and with an untidy ragged appearance. Besides the ravages of man, fire is a terrible enemy to these forests, a year seldom elapsing, without their being sufferers by accidental conflagrations, especially those forests situated at the north-west end of Praslin on which are now found only such male trees that from their height overtopped the flames that destroyed the females. At the south-east end. of Praslin, they are more plentiful, the dry season, being in the south-east monsoon and as the forests are to windward, they are not exposed to much danger from spreading fire. « No suggestion will induce proprietors to abandon their present habit of wilfully destroying the trees for the sake of the nuts and leaves, or to take some pains for the cultivation and reproduction of this magnificent Palm. Not

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« many years will elapse before the Coco de mer becomes in « reality as rare as it was supposed to be when first picked « up at sea by the wondering mariners, and the only relics « left of its former magnificence will be the decaying blacke- « ned stumps of the trees so wantonly destroyed and the « curious sockets in which they stood for so many years. —

« Seychelles, April 16, 1863. »

A ce rapport Sir W.J. Hooker a ajouté

« In a letter received from M" Ward, he requests me to « accompany this communication with a statement that seve- « ral of the facts here described were also noticed by « D" Barnard and published in a volume of the Asiafic Socie- « tys Journal, and that these have all been verified by « himself !.»

Le rapport ci-dessus de M. Swinburne Ward attira l’attention d'un naturaliste français, M. Ch. Naudin, qui en publia, cette même année 1862, une analyse résumée dans la Revue Horticole, et il ajouta : « Le mémoire de M. Ward a eu certai- « nement pour objet d'éveiller l'attention de la Société Lin - « néenne de Londres sur le danger que court cet arbre et de « l'intéresser à sa conservation. Son vœu a été entendu, et la « Société Linnéenne, sur la proposition du D' Hooker, a décidé « à l'unanimité qu'une requête serait adressée au gouvernement « de l'Ile Maurice (dont dépendent les Seychelles), pour l'invi- « ter, au nom de la science, à prendre les mesures nécessaires à « la conservation d'un végétal aussi remarquable par son orga- « nisation qu'utile par ses produits, et qui à ce double titre

1. Journal of the proceedings of the Linnean Society. Botany, vol. VII, 7,8, 1864-1865, p. 155. On (he, Double Cocoa-nut of the Seychelles { Lodoicea Sechellarum). Sea Cocoa-nut, Double Cocoa-nut, Coco de mer, by Swinburne Ward Esq'® Civil Commissionner. Communicated by Sir W, J. Hooker F, R. S, and L, S., etc, Read March 3, 1854.

DT Barnard, Asiatic Society’s Journal (1862-63?) 'on the Lodoicea Seychellarum.

« Joint celui d'être un des derniers survivants de l'antique « végétation du globe, »

Le Gardner's Chronicle reproduisit en 1864 la partie du rapport de M. Ward concernant le bowl, en l'accompagnant d'une gravure ? : ilen fut de même de la Flore des serres et Jardins au cours d'un nouvel article sur le Cocotier des Seychelles. Après avoir rappelé le premier article publié 15 ans auparavant par M. J.-E. Planchon, et cité la partie de l’article de Naudin rectifiant les erreurs commises au sujet de l’âge de maturation du fruit, maintenant fixé par Ward à 9 à 10 années au lieu de 3 à # données par Quiney, ete., il ajoute : « La pulpe à ce moment est devenue tellement résistante « que le ciseau peut difficilement l’entamer... Nous ne con- « nalssons pas dans la nature d'exemple d’une parturition « aussi patiente, aussi longue. » Au sujet du bowl, ou socle, il demande en terminant : « D'où vient ce socle et est-il le collet de la racine primitive? »

Dans le vol. XVI de sa Flore, Van Houtte‘revient en 1865- 67 sur ce sujet, reproduisant, avec la gravure du bowl, celle d'une noix de Coco de mer germant, parce qu'il a trouvé dans le Gardner's Chronicle des renseignements sur ce point complétant ceux qu'il a déjà donnés. Voici la traduction de ces derniers détails :

« Une des pièces les plus curieuses qui font partie de la « collection des bois du Musée de Kew (Botanical Gardens) « est bien certainement une grosse masse ayant la forme « d’un chaudron percé d'une multitude de trous correspon- « dant à autant de tubes ouverts à leur extrémité inférieure.

1. Ch. Naudin, Revue horticole, journal d’horticulture pratique... publié sous la direction de J.-A. Barral, in-8°, Paris, 1864, p. 147, col, 2, Le Lodoicea Sechellarum, par M. Ch. Naudin.

2. Gardner's Chronicle, 1864. Lodoicea Sechellarum. The bowl, with 2 fig., n° 132, ibid.

3. Flore des Serres et Jardins de l'Europe, Annales générales d’horticulture, Gand, t, XV, 1862-65,. p. 168, n°, 1427, Le Cocotier des Seychelles, avec 2 figures par Louis Van Houtte.

#. Ibid., Louis Van Houtte, vol. XVI, p. 114 et figure.

Les trous assez larges pour y introduire le doigt servent de passage aux racines du palmier... »

Ce n'est en somme qu'une traduction, variant à peine du

texte de S. Ward et appliquée à un échantillon de la collec-

tion de Kew. Mais il ajoute le renseignement suivant :

Lors de la germination, le cotylédon (voir la figure) est terminé inférieurement par une gaine épaisse qui entoure la semmule et dont la base livre passage à plusieurs racines. Les feuilles qui se développent ensuite sont également engainantes et se succèdent durant 15 à 25 ans sans qu'il se forme à leur centre une tige apparente. Pendant ce temps les racines se multiplient en se pressant les unes contre les autres, leur tissu extérieur se durcit vers leur base, les intervalles qui les séparent se remplissent d'une matière extrêmement dure et le sommet de leur masse entoure la base épaissie et tendre de la partie aérienne de l'arbre. Il paraïîtrait, mais cela demande confirmation, que l'arbre, quand plus tard son tronc s’est développé, peut, sous l’effort des vents, jouer librement dans le socle qui le supporte. » L'auteur de la Flore critique ce passage comme

suit : « On ne peut faire que des suppositions. Si les tubes

étroitement réunis et soudés l’un contre l’autre ne sont pas constitués par la partie extérieure des racines dont la portion centrale ou médullaire aurait disparu, il faut alors y voir autant de coléorhizes fournies par les gaines du cotylédon et des feuilles radicales qui lui succèdent, coléorhizes qui.se prolongent jusqu'à une certaine distance autour de chaque racine. Nous ne pensons pas que ces tubes aient pu être formés par une excrétion corticale des racines. L'examen anatomique peut immédiatement dévoiler quelle est la nature morphologique de cette étrange production. De même que le rédacteur du Gardner's Chronicle 11 nous est difficile de croire que les racines si nombreuses de ce palmier puissent jouer dans leurs gaines quand le trone et la cyme sont battus par les vents. — F. C.f.

1. Flore des Serres et Jardins, Annales générales d'horticulture,

Gand (Belgique), Louis Van Houtte, 1865-1867, vol. XVI, p. 1f#et 2 figures. Le Cocotier des Seychelles, par FC:

Nous pouvons ajouter que nous ne voyons pas pourquoi la nature aurait pourvu le Lodoicea d’une sorte de condyle dans lequel la base du tronc et les racines pourraient jouer au moment des coups de vents pour la bonne raison que, les Seychelles étant situées dans la zone des calmes équatoriaux, les vents violents y sont si rares que les premiers navigateurs qui y abordèrent y ont trouvé de grands arbres morts depuis des années et pourrissant sur pied. Ils n’ont pas manqué d'en déduire avec raison que les cyclones de l'Océan Indien n’atteignaient pas la latitude de cet archipel.

Cet appareil bizarre se rapproche beaucoup de la formation curieuse découverte dans les racines d’une Graminée fossile croissant hors de terre comme le Verschaffeltia splendida, un autre palmier spécial aux Seychelles, qui, comme les beaux Pandanus de ces îles, paraît monté sur des échasses obliques. M. Dupont, directeur du jardin botanique de l’île Mahé, qui a bien voulu se donner la peine de nous envoyer un superbe échantillon du fameux how! déterré à l’île Praslin, par l’intermédiaire du gouverneur Sir E. W. Davidson, écrivait à ce dernier :

« In Lindley's Treasury of botany, p. 962, a reference is « made to the bowl which is mentioned by M. Fauvel. The « note in question is however erroneous and if the bowl « (which is simply the cavity left by the base of the stem at « the point ofjunction with the roots)is an interesting feature, « it is not particular to the Coco de mer. Ï have seen it in « the common aloe (Fourcroya gigantea) and it is probably « common toother plants which are provided with soft stems « and a mass of convergent roots. »

Parlant ensuite des fruits du Coco de mer il ajoute :

« One very strange fact or story is the case of dimorphism « which is found in the fruits. If a collection of fruits is exa- « mined, a certain number of them are found to be different « in shape from the others. Those that have the two lobes « provided with a deep sinus in the middle in such a way as « to give them such a nasty appearance are called by the Sey- « chellois female fruits, and those that have the two lobes

Page 267.

Annales du Musée colonial de Marseille,

l°* volume 1915.

3° série,

Noix mâle décortiquée vue de face.

. Noix femelle

Collection A .-A

Pl:

indication de l'enveloppe fibreuse qui la contenait) vue de face.

avec

.Fauvel).

« parallel and forming nearly two straight lines from top to « bottom are called male fruits. The female fruits are suppo- « sed to produce female plants and the same with male « fruits. [ was struck lately in visiting Curieuse and Praslin « to find a very greater number of male trees than of female « trees, whilst the proportion of male fruits in a given heap «is generally very small. However at Anse aux Courbes « there are two lines of Coco de mer trees planted by « M. Despilly one of which is entirely composed of male « trees and the other entirely of female trees... thus lea- « ving one to believe that there is a certain amount of « probability in the selection of nuts according to shape!. »

Le howl envoyé par M. Dupont et qui nous est parvenu à Paris, en août 1906, nous a permis de constater que les pertuis laissés par les racines sont du diamètre moyen de un centimètre et qu'ils sont cylindriques, comme les racines d’ailleurs, et non point ovales comme l'a écrit par erreur Swinburne Ward à la Société Linnéenne. La gravure accompagnant l’article du Gardner's Chronicle, et qui a été faite d'après un dessin, les montre ovales, il est vrai, mais c'est là un effet de la perspective?. La photographie que nous avons prise avec soin les montre bien circulaires dans la partie vue de face. Ces trous sont, sur notre spécimen, particulièrement abondants sur les bords supérieurs de l'alvéole, (bowl), tandis qu'au fond ils ont disparu. On remarque aussi au milieu du fond une masse rayonnée qui semble avoir fait corps avec le tronc de l'arbre, ce qui semble prouver qu'ainsi soudé avec cet appareil 11 lui était impossible d'y remuer sous la poussée. des vents, comme le croyait probable le rédacteur du Gardner's Chronicle.

1. Lettre de M. R, Dupont, Curator of the Botanical Garden, Port Victoria, Mahé, Seychelles, à son Excellence W, E, Davidson, Gouverneur des Iles Seychelles, le 22 mai 1906, et communiquée par ce dernier à l’auteur... 26 juin 1906,

2. Ou plutôt de l'intersection du tube cylindrique par la surface sphérique du bowl, Leur section perpendiculaire à l'axe est en effet circulaire comme celles des racines elles-mêmes, — A,F,

Le Journal de la Société de Géographie de Londres publia, en 1865, un article sur les Seychelles par le Lieutenant-Colonel Lewis Pelly. Parlant du Cocotier de mer, qui ne pousse qu'une feuille par an, il dit qu'on peut facilement par ce fait connaître son âge en ajoutant au nombre des anneaux laissés sur son tronc par les feuilles disparues, celui de celles de sa couronne. Il ajoute : « The shell of the fruit you may find «-turned into the scallop of some Fukeer in Northern Indiaf. » Nous avons trouvé, en effet, dans plus d’un musée, des tasses de mendiants fakirs de l'Inde et de la Perse taillés dans une demi-noix de Coco de mer, ornées de fines gravures et d'inscriptions arabes ou persanes, et portant aux deux extrémités des chaînettes permettant de les suspendre au cou.

L'un des plus beaux échantillons de ces sébilles polies et gravées est représenté sur ses trois faces par une bonne gravure que nous avons trouvée un jour par hasard en feuilletant une vieille collection du Magasin Pittoresque.

Ce demi-coco, que l’auteur anonyme de l’article qui accompagne la gravure appelle, par erreur, Gourde d'un derviche, est un superbe échantillon de l'art persan moderne facilément reconnaissable par le fait que les inscriptions en caractères arabes qui y sont gravées sont accompagnées d'une scène formée de trois personnages, tous trois coiffés du grand bonnet persan. D'ailleurs les Arabes et les Turcs n'étaient pas, comme on le sait, les représentations de la figure humaine.

L'article explique que ce vase s'appelle en persan ketchkoull, de ketch cintré, courbé et de koull épaule, à cause de la convexité de sa surface. C'est une espèce d’écuelle gourde que le cherletdar ou échanson porte suspendue à l'épaule au moyen d’une chaînette fixée aux deux extrémités. Les dimensions de l'objet sont : 0"26 de longueur, sur 0%15 de largeur et 0"13 de profondeur. Le contenu des versets du Coran gravés à la surface n'offre aucune allusion

1. Journal of the Geographical Society, vol. XXXV. London, 1865, On the Island of Mahé Seychelles, by Lieutenant-Colonel. Lewis Pelly, p. 231-237.

Annales du Musée colonial de Marseille, Page 268.

3e série, 1°" volume 1915.

PI. XI. — Magasin Pilloresque, 1S54, La Gourde du Derviche. Demi-noix de Coco de Mer gravée en Perse.

soit au vase sur lequel on les a inscrits, soit aux personnes qui s’en serviraient. Ils ne sont là que pour porter bonheur à celui qui les a écrits, lus ou gardés près de lui, suivant la croyance des musulmans qui attribuent une vertu magique à la lettre morte.

Noùs avons eu l'occasion de voir plusieurs fois dans l'Inde ces moitiés de Cocos des Seychelles pendues au cou des fakirs mendiants qui bien certainement n'en connaissaient pas l'origine.

Un autre naturaliste, le Docteur Ed. Perceval Wright, résidant aux Seychelles, accompagna en juin 1867 le gouverneur civil Swinburne Ward dans son voyage d'inspection autour de l'île Praslin, M. P. Wright explorait alors les forêts des Seychelles. Il a fait paraître plus tard dans ses Spicileqia biologica le résultat de ses études sur place du ZLodoicea.

Nous en citerons seulement les passages complétant les renseignements déjà fournis par S. Ward. Notons dès le début qu'il observa un bouquet de # à 5 de ces arbres sur la côte Est de Praslin : «growing erect to a height of about 40 « feet, from between a mass of granite boulders quite close to « the sea-shore. » Cette citation est importante en ce qu'elle permet de comprendre comment les noix des Cocotiers de Mer, qui, avant leur destruction par les premiers colons, poussaient jusqu’au bord même de la mer, pouvaient soit tomber directement dans les flots, soit y être portées par les pluies toujours fort abondantes dans ces îles. Cependant il y a heu de remarquer que, vu le poids très considérable de ces fruits, ils ne pouvaient flotter qu'après que l’amande était complètement desséchée à l'intérieur ou détruite par les ferments de la germination. Dans ce dernier cas surtout, la noix, allégée de son brou, qui comme nous l'avons vu tombe en peu de jours, devait flotter comme un tonnelet vide.

. En débarquant sur la côte orientale de Praslin, P. Wright remarqua que « the double cocoa-nut trees were all male

1. Magasin Pilloresque, vol. 22, 1854, pp. 54-56, La Gourde du Derviche.

« plants ; the ground at their feet was covered with the « remains of the long catkins, erumbling into dust when « touched. The trees appeared to grow almost out of the « rock, and the little earth seen near the roots was a tena- « cious yellow clay. Two, and sometimes, three leaves hung « suspended from the stem. In the distance, along the coast « and up the mountains side, I saw other specimens ; but « they were but slightly scattered along this eastern side of « Praslin. »

Le cri d'alarme jeté par M. Swinburne Ward et par Sir W. T. Hooker dans sa conférence sur le Lodoïcea à la Société Linnéenne en mars 1864, au sujet de la disparition prochaine de cette merveille du monde végétal, avait ému l'opinion des botanistes, et la visite de MM. Ward et P. Wright à l'île Praslin avait pour but d'étudier la question en vue des mesures à prendre pour la conservation de ces palmiers. Ils purent constater que si beaucoup de centaines de Cocotiers de Mer avaient été détruits dans le Nord-Ouest de Praslin, 1l en restait encore quelques grandes forêts dans le reste de l'île et que l'arbre ne risquait en rien de disparaître. Ils en trouvèrent encore sur l'ile Curieuse et l'île Ronde. Cette toute petite île est située à l’entrée d'une grande baie profonde qui s'ouvre sur la côte Nord-Ouest de Praslin. Il parait bien que les Lodoicea sont spontanés dans ces trois îles tandis que partout dans les autres îles du groupe des Seychelles ils ont été plantés par la main de l’homme. Sur l'île Ronde, 1l n’en restait plus que deux ou trois. Sur l'île Curieuse, qui est propriété de l'État, ils ont été plus respectés et on en trouve encore en grand nombre, particulièrement sur la côte Nord. Sur la côte Sud, le sol est très pauvre et la plus grande partie de la terre végétale a été enlevée par les pluies parce qu'elle n'était plus protégée par les broussailles arrachées par les colons. Aussi les Cocotiers de Mer, qu'on y trouve d’ailleurs en petit nombre, ne s’élèvent-ils pas à plus de 10 à 12 pieds, tandis qu’au Nord ils deviennent fort grands.

Il explique alors que la conservation de ces arbres sur l’île Curieuse est surtout due au fait de l'établissement d’un lazaret

pour les lépreux qui y fut fondé en octobre 1829 sous la direction de M. Georges Forbes. Le Gouverneur d'alors (G. Harrison?) s'étant, bien avant MM. Swinburne Ward et Hooker, préoccupé de la conservation des Cocotiers de Mer, avait donné des ordres écrits au directeur pour qu'il fût défendu de couper les feuilles et de manger les fruits. Il exprimait même le désir que, une fois par mois, l’on plantät à une distance de dix pas l’une de l’autre, toutes les noix müres trouvées sous les arbres. Aucune embarcation ne pouvait aborder dans l'île à moins d'être en charge de quelque officier du gouvernement. Il est curieux de remarquer, ajoute M. P. Wright, que, les lettres de Sir W. Hooker sur ce sujet étant arrivées aux Seychelles juste au moment où l'on donnait ces instructions, on ne risque guère de se tromper en les attribuant dans une grande mesure au désir de remplir ses vœux. fl ajoute, pour être juste, que, d'après le témoignage de plusieurs gouverneurs et d'après ce qu'il a pu constater lui-même (en sa qualité de médecin du gouvernement chargé de l'Ile Curieuse), M. Forbes a depuis 1829 jusqu'en juin 1867, soit pendant près de #0 ans, rempli fidèlement son mandat tant pour l'esprit que pour la lettre, tant pour les merveilleux palmiers que pour les malheureux malades habitant l'ile.

Mais c’est à Praslin même qu'il faut voir le Zodoicea dans toute sa gloire. La forêt de ces arbres, la plus facile à visiter, se trouve dans la propriété de M. Campbell, sur la côte Nord- Est. Là ils poussent en grand nombre jusqu'au bord même de la mer. Les plus élevés se trouvent dans la vallée et atteignent de 100 à 130 pieds de haut. On y trouve les deux sexes en nombre à peu près égal. Sur cette propriété, un certain nombre sont dépouillés de leurs feuilles qui sont envoyées à Mahé où on en demande beaucoup pour la fabrication des chapeaux, paniers et éventails. On laisse un certain nombre de noix germer sur le terrain ; en plus de celles-là, un grand nombre de celles qui tombent ne sont jamais trouvées et un bon nombre sont envoyées à Mahé et à Maurice pour y être vendues. Mais, à moins que quelque catastrophe soudaine ne

vienne détruire cette forêt qui contient plusieurs mulhers d'arbres, de toutes dimensions et de tous âges, elle restera pour longtemps un objet bien digne d'être visité par les curieux de la nature.

Une autre forêt de ces palmiers, plus belle encore selon M. P. Wright, est celle qui se trouve dans une grande vallée située dans les montagnes entre la plantation de cocotiers ordinaires, dont M. Osucree est l'agent sur la côte orientale, et l'école et église protestantes sur la côte Ouest. Une promenade d'environ deux heures au delà de la maison de l'agent hospitalier vous amène au sommet de la montagne et alors on voit s'ouvrir devant soi la vue de la noble vallée que ces notes sont trop restreintes pour décrire comme elle le mérite. Dans sa partie la plus étroite, elle peut mesurer environ un mille de largeur et 500 pieds de profondeur. Au centre prend naissance un petit ruisseau dont les méandres se dirigent vers le Nord-Ouest à travers une vallée plus étroite. Là on pouvait admirer des centaines de Verschaffellia grandiflora et un Stevensonia atteignant de 30 à 40 pieds de hauteur; dans des coins ombragés se trouvaient des bosquets de fougères arborescentes avec des troncs de 50 pieds de hauteur; mais dominant le tout comme des géants au milieu de pygmées, se trouvaient des Zodoicea Sechellarum, en si grand nombre qu'il était impossible de les compter. Ils poussaient souvent par groupes de trois, à savoir deux arbres femelles avec au milieu, les dépassant quelque peu, un arbre mâle. Ils mesuraient de 100 à 150 pieds (30 " 50 à 46 mètres) et avaient des fleurs et des fruits de tout âge. La spathe du spadice mâle est plus grande que celle du spadice femelle ; et cette dernière, au moment où le fruit mürit. devient très dure et élancée (spike-like). C'est cette partie de l'arbre dont parlent les créoles quand ils vous racontent que « le régime des fruits est « porté par trois fortes bractées, dont la plus externe traverse « le pétiole immédiatement supérieur et dans le dessous duquel « la nature a laissé une fissure accessible audit régime », ce qui permet à celui-ci de soutenir le poids des fruits qui y sont attachés. M. Perceval Wright, tout en citant ce passage du

“rapport de M. Ward, se défend de lui attribuer cette théorie, En examinant soigneusement les Cocotiers de Mer, notre auteur découvrit qu’ils avaient une sorte d'écorce, fait d'autant

plus intéressant que, comme nous l'avons vu plus haut, ils

avaient passé jusqu'alors pour n'en pas avoir. Vu l'importance

de cette constatation, nous citons ici les propres termes du

D: P. Wright :

« I found on all the trees that I examined, a parenchymatous barky layer that in trees that had fallen was easily peeled off. This barky layer ‘was curiously pitted; this pitting was caused by the intrusion into the parenchymatous layer, and piercing through it, of the woody fibres of the stem; but without illustrations, it would not be easy to explain this structure, and I must therefore reserve it for another occasion. Some of the so called « bowls » were met with on the mountain-slopes : here I need only add that section made through both young and old trees revealed no peculiarity of structure in this portion of the stem other than what is met with in almost all palms.

« From an examination of all these forests, I arrived at the conclusion that the growth of the stem depended very much on the soil in which it grew ; and I was pleased at being able to determine this by the following facts. Many nuts have been planted on Isle S'° Anne, in different parts of Mahé, and at Silhouette, and the date of the plantation of these nuts is in many cases known with great accuracy. Thus M. Charles Savi planted some seven or eight at Silhouette in one long row, some twenty feet apart, on the side of a mountain, but only some two or three feet above high water mark; the nuts were planted at the same time, in the year 1812. Of these, some six germinated, and for the first year or two grew without one showing any great advantage over the other; now after the lapse of fifty six years, three of these trees (two females and one male) measure four feet in diameter at the base of their stem, which is twenty six feet in height, and they bore their first

Annales du Musée colonial de Marseille. — 3° série, 3° vol. 1915. 18

« fruit and flowers in the year 1851, when they were, ar « nearly as possible, forty years old ; the other three are to « this day without stems, and have borne neither fruit nos « flowers..……. [found that the thriving Cocos de mer had « fallen upon good ground, where they could grow abun- « dantly, and that the others had fallen upon poor, stony « soil, where the puzzle was to find from what they did get « suflicient food to keep them alive now these fifty five years.

M. P. Wright raconte ensuite comment il essaya d'introduire en Angleterre des spécimens vivants du Cocotier de Mer :

« I brought with me in December 1867 to Alexandria three « young trees, about three years old of this palm. The wea- « ther was too cold at this period of the year to permit their « being brought either to Paris or Kew ; and I left them in « the care of my good friend M. Calvert H. B. M. Vice-con- « sul at Alexandria, well known as an excellent botanist, « who gave them to that excellent horticulturist Herr: Win- « terstein to keep during the winter. Unfortunately these « trees did notsurvive {. »

Au commencement de cet article, M. P. Wright dit qu'il était en train de préparer un petit volume dans lequel il donnerait une histoire détaillée du Zodoicea, laquelle serait accompagnée des photographies de l'arbre, de ses fruits mûrs et de sections des troncs d'arbres jeunes et vieux. Malheureusement ce travail n'a pas encore été publié et c’est ce qui nous à donné l'idée d'écrire cette monographie. ;

Dans une lettre écrite le 9 octobre 1868 par le même auteur à À. Searle Hart? et intitulée « Six months at the Seychelles »,

1. £. Perceval Wright, Spicilegia biologica or papers on zoological and botanical subjects written by E. Perceval Wright M. D.— F. L.S. F. R. C.S. L. etc... professor of Botany, Dublin University, in-8°, Part. I, January 1870 (only 75 copies printed), p. 4. Notes on the Lodoicea Sechellarum Labill, [from the Annals and Magazine of Natural history for November 1868].

2. E. Perceval Wright, Spicilegia biologica. Six Months in the Seychelles, in-8°, London, p. 68-71.

il raconte son voyage dans cet archipel et sa visite aux îles Praslin et Curieuse dont nous venons de prendre connaissance. Il ajoute ceci au sujet de l'âge que peut atteindre le Lodoicea :

« One tree of the known age of 25 vears, was found to « have a stem of but six inches in height and hence it was « asserted and generally believed that a stem of 100 feet was « at least 5000 years old. The large male catkins were said « to last in flower for five or six years, and the fruit was « supposed to take twice as many years to come to perfection. « Some mysterious relation was supposed to exist between « the upright stem and that portion near the ground called « the « bowl» by which the stem of this palm tree could « grow only straight ; but the language of science failed to « describe in what this relation differed from that met with « in other palms. Many of these strange statements had been « explained away prior to my visit; some of them still remain « unexplained ; but I trust that my investigations will in some « measure settle those points that have been hitherto unsett- « led, and that in my work on the Seychelles I! may be « enabled to clear up whatever is still indistinet in the history « of the Lodoicea. 1 have presented to the College Herbarium « (of Trinity College Dublin) the fruit in all its stages, a com- « plete specimen of the young palm, and a section from the « summit through the centre of the stem, to the termination « of the roots, of a full grown, though dwarfed specimen, « from the Island of Curieuse. »

Le livre sur les Seychelles que préparait le D' Perceval Wright n'a pas encore paru à notre grand regret.

Avec le cours des années et surtout avec les relations régulières établies avec les Seychelles, grâce aux progrès de la navigation à vapeur, la connaissance de leur Cocotier de Mer se répand peu à peu dans le monde et se précise sur certains points. Dans l'Album de La Réunion, publication faite en 5 volumes, édités de 1868 à 1870, à Saint-Denis (Réunion), par M. A. Roussin, nous trouvons une longue description du Lodoicea annotée et illustrée par les soins de M. J. Potier,

alors directeur du Jardin botanique de Saint-Denis. Ce dernier est plus versé dans l'histoire naturelle que dans l'histoire de France, car 1l écrit qu'« en 1768 Bougainville, dans le cours « de son voyage autour du monde, visita les Seychelles et « vint dans l'île Praslin avec Commerson... qui créa le genre « Lodoicea ». À notre connaissance ni l'un ni l’autre n’ont été aux Seychelles. M. Potier n'y a probablement pas été non plus et il emprunte aux auteurs que nous connaissons sa description du Cocotier de Mer qui, d’après lui, atteint 25 à 32 mètres de haut sur 30 à 40 centimètres de diamètre. Il fixe à 12 centimètres l’écartement entre les cicatrices laissées par les feuilles sur le tronc ; ceci est le seul renseignement nouveau et il nous permettrait, en comptant une feuille par neut mois, de donner près de 300 ans à un Cocotier de Mer de 32 mètres d'élévation, à la condition toutefois qu'il ait poussé en bonterrain et régulièrement en formant son tronc de bonne heure.

La description des feuilles, auxquelles il donne 7 mètres de long sur # à 5 de large pour les plus grandes, est accompagnée d'une bonne photographie montrant deux personnes debout devant une feuille étalée, ce qui donne une bonne idée de leur grandeur. Comme il donne la même longueur au pétiole cela montre que du tronc à l'extrémité les grandes feuilles peuvent atteindre 14 mètres de longueur. Nous n'en connaissons pas de dimensions supérieures dans les plantes actuelles. Il y a d’ailleurs lieu de noter que la palme figurée dans l’Alhbum de Roussin a poussé à Bourbon dans des conditions différentes de celles du sol natal du Zodoicea et que par suite on peut sans doute en trouver de plus belles encore aux Seychelles qui sont plus chaudes et plus humides. Elle a été fournie par un Lodoicea de # mètres de haut seulement, âgé de 32 ans 1/2, poussé en bon terrain, à 100 mètres du bord de la mer et à 60 mètres d'altitude, dans la propriété des dames Vendriès. Il n’a pas encore fleuri. D'après des renseignements fournis par d'anciens habitants de l'ile Praslin, qui ont fait à ce sujet les plus patientes observations, 1l ne faut pas au fruit moins de 12 ans

A'EPLATS

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