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plus d’un mètre au-dessus de la terre et ils menaçaient les jardiniers d'aller jusqu'au vitrage. Nous conseillâmes à ceuxci de disposer le tout horizontalement dans le plus long compartiment de la serre, mais il était déjà trop tard, les noix ayant manqué d'humidité suffisante, l'axe cotylédonaire commençait à se dessécher.
John Horne, directeur des Jardins Botaniques royaux de l’île Maurice, chargé d’une mission aux Seychelles, fit en mai 1875 un rapport sur les différents plants pouvant être cultivés dans ces îles. Au cours de ce voyage, exécuté en 1874, 1l visita Praslin et Curieuse, et constata que «dans sa première jeunesse le Cocotier de Mer est de beaucoup au- « dessus de toute comparaison avec les autres palmiers. Plus « avancé, il semble inférieur au palmier talipot (Corypha « umbraculifera) de Ceylan. La vue du ravin de Praslin, où « ilcroît dans toute sa beauté, rappelle vivement une des « descriptions et des tableaux de la végétation du Monde «avant le déluge, de Louis Figuier..…. L'âge que doivent « avoir les arbres avant de fructifier a été, je crois, exagéré. « Celui qui croit au Gouvernement de Port-Victoria, et qui « est un type en tous points, fleurit vers sa 34° année. IT fut « fécondé en juillet 1874 et les ovules étaient considérable- « ment gonflés en septembre. S'il a été fécondé avec succès « on pourra aisément s'assurer du temps que le fruit met à « mürir».
Nous avons eu l'heureuse chance au cours de plusieurs voyages aux Seychelles de voir cet arbre et d'en faire exécuter une photographie par notre ami le D' Moche de Mablane, médecin de la Compagnie des Messageries Maritimes. IL était couvert de fruits lors de notre première visite, le 16 juin 1889. La photographie fut faite en 1891. On voit qu'il avait alors au moins quatre régimes chargés de beaux fruits.
C'est à J. Horne que l'on doit la mesure prise par le gouvernement anglais pour assurer la conservation des forèts de Cocotiers de Mer de l’île Praslin. Il disait en effet en terminant son rapport :
« Une chose que je voudrais porter à la connaissance de
« son Excellence (le Gouverneur), c’est l'achat de la Ravine « aux Cocotiers de mer à Praslin, qui devrait être conservée «et entretenue par le gouvernement. Je n'imagine pas qu'il « existe dans le monde un lieu à l'aspect plus antédiluvien « que cette ravine. La destruction des arbres qui s’y trouvent « serait un outrage à la science et un déshonneur pour la « civilisation. »
De plus sa conservation ne serait pas en même temps sans « valeur , car les noix valent chacune 2 à 4 shillings (3 à 5 « francs)! On en demande tellement qu'elles sont enlevées « des arbres et vendues avant d’être müres. Même comme « futur article de commerce, ces arbres devraient être plan- « tés sur toutes les réserves du gouvernement à Mahé, à « Praslinet à Félicité. Si la ravine ne pouvait s'acheter, je « suggérerais qu'elle soit échangée contre quelque autre por- « tion de la Couronne. »
Ce cri d'alarme et ce vœu, répétés en Angleterre à la Société Linnéenne par le savant botaniste Hooker, ont été entendus par le gouvernement qui donna les ordres et crédits nécessaires au gouverneur des Seychelles pour l'acquisition de la fameuse ravine, Des mesures furent ensuite prises pour la conservation des arbres et leur reproduction?.
Les auteurs qui de 1876 à 1881 ont parlé du ro n'ont rien ajouté d'intéressant à ce que nous connaissions ; le botaniste Baker, dans sa Flore de Mauriceetdes Seychelles, parue en 1877, ne lui consacre qu'une vingtaine de lignes. Sa diagnose est basée sur celle de Labillardière corrigée sur Martius mais elle leur est inférieure, vu le manque de figures. Nous le mentionnons cependant parce que cette Flore est le premier ouvrage de ce genre concernant les Seychelles.
1. En 1906, ayant voulu en acheter une à Paris chez un importateur de produits coloniaux on nous en a demandé 25 fr.
2. John Horne, Rapport sur les différents plants pouvant être cultivés aux Seychelles. \
3. J. G. Baker, Flora of Mauritius and the Seychelles, a description of the flowering plants and ferns o1 those islands by J. G. Baker, F. L.S,in-8°, London, 1877, Lodoicea.
En 1881, le fameux général anglais Gordon Pacha, se trouvant aux Seychelles, s’enthousiasma tellement pour ces îles qu'il crut y retrouver le Paradis terrestre. Il écrivit un article mystique et scientifique sur le Cocotier de Mer qu'il regardait comme l'arbre de la science du bien et du mal, et le fruit comme celui qui causa dans l’'Éden la perte de nos premiers parents. Ce sont les particularités de sa forme et de sa germination qui lui ont inspiré cette idée plus originale encore que le coco lui-même qu'il appelle avec les indigènes du pays: Coco indécent ou Cul de négresse. Le reste de son travail n’est qu'unecompilation sans intérêt pour nous, mais les dessins dont il l’a accompagné sont si curieux que nous avons cru utile de nous les procurer et de les reproduire ici. Le D Prain, du Musée de Kew, a pu nous en envoyer deux photographies. Quant au manuscrit qui devait les accompagner et dont nous avons vu une copie aux Seychelles même, en juin 1889, il nous a été jusqu'ici, à notre grand regret, impossible d'en obtenir un double. Il n’en existe ni à Kew, ni au Jardin Botanique des Pamplemousses à l’île Maurice où l’on nous avait ditqu'il s’en trouvait un. À Kew, on possède les dessins ainsi que des spécimens desséchés de bractées de spadice mâle; une section du tronc ; un socle de pendule et une canne faits avec le bois, ainsi qu'un modèle du fruit. Tous ces objets, collectionnés aux Seychelles en 1881, furent donnés au Musée Botanique de Kew (en 1883), sans doute après la mort du général, par sa sœur Miss Gordon.
Les deux planches dessinées par Gordon au lavis, à l'encre de Chine, sous le titre Lodoicea Sechellarum, sont annotées de sa main, mais non signées. La première comprend à dessins et la seconde 11. C’est d'abord le fruit entier vu de profil avec son calice.
Au-dessus du titre on lit : « Found only on Isles Praslin « and Curieuse 20 miles North of Mahé Seychelles discovered « in 4743 named by Laballadière {sic) after Louis XV Lodoicus «1.e. Lodovicus. »
A droite du fruit : « Ripe nut in husk. Weight 30 to 40 Ibs. « Length 15” cireumference 210”. Takes 7 years to ripen.
» When ripeit falls. »
CNRS
Au-dessous, trois sections du fruit, dont la première montre l'axe cotylédonaire sortant de l’amande indiqué par ces mots: « Radicle 1” diam”, smooth white and round. » La seconde section est celle du fruit mür faite aussi en longueur à travers les deux lobes"; la troisième section, faite en travers au-dessous des deux lobes, montre le trou par où sort le germe.
Au-dessous, la base fendue des feuilles de l'arbre femelle avec un spadice femelle fermé par ses trois spathes veinées sortant d'une de ces fentes et un régime femelle déjà sorti du spadice et couvert de fleurs. Le premier est indiqué : « Female Baba, » et le second: « Female fruit branch. Immature, 10 nuts will be on one branch, weight 300 Ibs. This has flowers, buds and fruit of all ages of maturity. » Ce dernier dessin est à lui seul le plus important de la planche parce qu'il nous montre pour la première fois d'une façon exacte et détaillée les premiers stades et la position exacte de la floraison femelle. Sur la seconde planche, on voit également bien représentée pour la première fois l'inflorescence mâle, sortant comme la femelle d’une fente à la base des feuilles et protégée par deux spathes. A côté on lit: « Male tree : male Baba 3° long 3 1/2” diam. » A gauche on voit un fragment du chaton (male Baba) couvert de fleurs dont l’une est représentée au-dessus. A droite, un régime femelle : « Fruit Branch » : une fleur femelle : « Immature nut with artichoke leaves » (les pétales) et une fleur femelle sans calice : « Immature nut without d°. In this stage it is full of fibre and the double nuts are not developed. Fecundation takes place by bees or byplacing male flowers from baba on apex of immature nut. »
Un très petit dessin représente ensuite un arbre entier, avec sa racine bulbeuse, couronné de huit feuilles en losange autour du tronc duquel s’enroule le serpent tentateur, puis une noix germée encore reliée à la jeune plante garnie de trois feuilles ovales par l'axe cotylédonaire On lit au-dessous : «The tree grows to 120 to 130 ft. (12”to 15 diam.) in about « as many years; it bears in its 40-50 year, the fruit takes 7 « years to ripen. Nutis placed on surface, the radicle descends « some 3 ft, or more in form of stout tap rootwhenitsplits and
« allows plumule to ascend. The radiele is 1” diameter white, « smooth and round. When germ leaves nut, the latter is not «injured, the ivory like substance is like pith. » Ceci confirme bien ce que nous pensions, à savoir que la noix se vide sans éclater, l’'amande se ramollissant au furet à mesure qu'elle est absorbée par le germe, l'axe cotylédonaire et le cotylédon.
Plus bas, on voit la section d'une noix verte en longueur à travers les deux lobes : « Unripe nut (Coco tendre) can be cut with knife. » Des tirets aboutissant aux diverses couches montrent : « Skin of outer husk ; white sago like substance « which forms the hard shell and fibre. Skin between the jelly « and sago like substance. Jelly which when ripe becomes « hard and white. »
Enfin deux feuilles sont figurées avec leur pétiole. L'une, vue de face, est en forme de losange ; l’autre, vue de profil, est pliée par le milieu en gouttière et a la forme d'un croissant. L'inscription porte entre les deux : « Leaf 25° long 14° wide. »
La note suivante termine la planche : « This tree has a « fibrous rope which runs through male and female Babas « through fruit branches, buds etc. and grips them strongly « together; the fruit branches even when the fruit is ripe do not hang down as might be expected, but stick out as if the « tree rejoiced in its strength. » Cette dernière remarque montre bien la tendance plus philosophique que scientifique du mystique général Gordon.
Le docteur Coppinger nous apprend en 1882 que le pied femelle quipoussait chez le Gouverneur à Port-Victoria étant isolé avait dû être fécondé artificiellement par les soins de M. Brodie, secrétaire du Conseil, qui fit venir de Praslin un régime de fleurs mâles et le plaça sur le régime femelle’,
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« L'arbre avait 30 ans alors. »
1. Dr R. W. Coppinger, The Cruize ofthe Alert, Four years in Patagonian, Polynesian and Mascarene waters 1878-1882, by DR. W. Coppinger M. D. with 16 fullpage woodeut illustrations from photographs by F. North R. N. from sketches bytheauthor. London, in-4°, 1883, chap. XI, p.206-219, Seychelles and Amirante Islands,
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Dans le Genera Plantarum de Bentham et J.-D. Hooker, paru à Londres en 18831, la diagnose du Zodoicea est réduite à21 lignes qui ne nous apprennent de nouveau que ceci :
« Genus Zodoicea non nisi staminibus et fructu magno Borasso distinguendum » ; il n'ya donc rien d'étonnant à ce que les premiers botanistes l’aient confondu avec le Latanier ou Lontar des Indes qui appartient au genre Borassus.
Malgré les informations données par les derniers observateurs, entre autres par Gordon, Wright, ete., on n'en continue pas moins en 1886 à commettre des erreurs sur la durée de la fructification. C’est ainsi que Watson, dans une courte description de quatre principales espèces de palmiers, parlant du Lodoicea dit : « Nach der Reife hängt die Frucht bisweilen + 2-3 « Jahre auf dem Baume. Ein Jahr nach dem Abfallen keimen « die Samen (Nüsse). » Puis il nous apprend que les noix n'ont pu donner de jeunes plants en Europe «: Zu Kew, Hanover « und andern Orten, ist es noch nicht gelungen, aus keimen- « den importirten Samen Palmen zu erziehen”. »
Un autre naturaliste allemand, Carl Salomon, dans son ouvrage Die Palmen paru à Berlin en 188T *, se contente également d'un article de 20 lignes sur le Lodoicea. Il donne par contre une bonne gravure représentant exactement l'arbre femelle et à côté un fruit décortiqué vu de face. D’après lui, les feuilles ont de # à 6 mètres de long etun pétiole de 6 à
1. G. Bentham and J. D. Hooker, Genera plantarum, ad exemplaria imprimis in herbariis Kewensibus servata, definita auctoribus G. Bentham et J. D. Hooker, 5 vol, in-4°, Londini, M. DCCC.LXXXIII (1883), vol. IT, part. 2, p. 92. Tribus V, Borassae. Lodoicea.
2. L. Just’s Botanischer Jahresbericht. 1° Th., p. 717, n° 346. W. Watson (#17), Kurze Beschreibung von# Palmen v° Lodoiceae,
W. Watson, The Gardner’s chronicle. Garden Palms by W. Watson, t. XXV, New Series, January to June 1886, p. 557. col. 1-2, Lodoicea, with, fig., n° 122 (Germinating nut and cup like base of stem...)
3. Carl Salomon, Die Palmen nebst ihren Gattungen und'Arten für Gewächshaus und Zimmer-Kultur von Carl Salomon, Künigliches Garten Inspeektor in Wurzburg, in-8°, Berlin, 1887, p. 44-46. Lodoiceae.
8. Les étamines sont au nombre de 34-36. Le fruit pèse de 10 à 25 kilos, décortiqué.
Pour la culture récente de ce palmier dans les serres européennes nous trouvons quelques renseignements dans le Gardner's Chronicle: « Hitherto all attempts to obtaina plant « from imported seeds have failed both at Kew, Hanover and « elsewhere, although they have been got to germinate and « leaves grown to the height of a yard or so.
« The nearest approach to success was made in Liverpool « Botanical Garden where a plant was raised from seeds and « grew vigorously for about two years after which it died. « À plant with leaves 41/2 feet long and established in a « tub, the whole weighing 10 cwt. (508 kilos) was received « at Kew from the Seychelles in 1853 but it did not long « survive the change. »
Il ajoute qu'on y attend un nouvel échantillon parfaitement emballé (c'est sans doute celui qui s’y trouve encore aujourd'hui). Il nous apprend encore que le Musée de Kew possède une série de spécimens de paniers et boîtes faits de feuilles et fruits du Lodoicea : « There is also a photograph of a healthy « young plant established in the botanical gardens in Ceylan. « In the « North » (Miss North)picture gallery may be seen « beautiful pictures ofthis palm in various aspects. »
Il s'agit ici de la galerie construite pour loger les remarquables collections de peintures faites au cours de ses nombreux voyages par Miss North qui, comme nous l'avons vu, visita les Seychelles en 1883. — Malheureusement, les règlements du Musée, conformément aux désirs de la donatrice, s'opposent à ce qu'il soit fait des copies de ses œuvres, c'est pourquoi nous ne pouvons offrir à nos lecteurs une reproduction photographique du ZLodoicea peint par cette artiste. Les directeurs nous ont envoyé avec la liste des collections concernant notre Cocotier des photographies des dessins de Gordon et des objets fabriqués avec les feuilles.
D'un autre côté, avant écrit au D' Trimen, directeur du Jardin Botanique de Peradenya à Ceylan, pour avoir des renseignements sur les Lodoicea cullivés par ses soins, nous en
avons reçu une excellente photographie, montrant un jeune pied âgé de 32 ans, et qui doit être celle-là même dont le Musée de Kew a un double. Voici ce qu'a bien voulu nous écrire le D' Trimen en janvier 1892 :
« Lam glad to afford you what information I possess as to « the Lodoicea plants growing in Ceylon. The large plant in « these gardens (Peradenya) was obtained in 1850 and is « therefore now 42 years old. It is a male tree, as was shown « from the first time in 1890 when it put out its first inflorescence which was however unfortunately cut off by some mis- « chievous person before it fully expanded. Last year however « (1894)it put out in September another spike which has gone « on expanding flowers a few at a time till the end of the « year and still continues. The flower spike is nothing to look « atand has not been photographed asfar as I know; so [am « unable to send you a picture, but I forward one of the « plant taken before it wasin flower. We had a finer specimen « of the same age, in the garden, but this was unfortunately « uprooted and killed by a cyclonic gale in August 1885. At « the branch garden at Heneratgoda near Columbo, I have « however another plant which sprung from a nut received « in 1884. Ten seeds were sent me direct from Seychelles in « that year, but this one alone germinated. It is nowa « healthy young tree with seven leaves (one for each year) « and I hope may prove to be a female. »
Le 16 novembre 1891 il nous écrivait déjà : « Ï am not « aware that the Zodoicea has ever fruited except in the « Seychelles. The plant at Peradenya is a male. »
Il semble résulter de cette communication qu'à Ceylan au moins la végétation du Lodoicea est moins rapide que dans le sol de Praslin et Curieuse, puisque le spécimen en question au bout de 32 ans n’a pas encore de tronc et qu'il ne pousse qu'une feuille par an, tandis qu'aux Seychelles, en bonne terre
au moins, il donne une nouvelle feuille tous les 9 mois.
M. Trimen ajoutait en effet : « Peradenya being 1550 feet « above the sea level with chilly nights at this time of the « year (November) I do not expect the Lodoicea to attain to
Annales du Musée colonial de Marseille, Page 286.
3° série, 1° volume 1915.
PI. XIII. — D: Trimen. 1892. Jeune Lodoicea de 3? ans au Jardin botanique
de Peradenya à Ceylan, en 1892
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« a great size here : there is a much better chance at Hene- « ratgoda which is nearly at sea-level. As you will see from « the photograph sent, our tree has yet scarcely any trunk « showing; the height to top of topmost leaf is about 35 feet « and the plant is very healthy but grows slowly forming « but a single leaf each year. The photograph I send you « is a very poor one ; it was taken in 1882. (ten years « ago)!. »
En 1892, M. Charles Alluaud, Correspondant du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, chargé d'une mission scientifique aux Seychelles, visita les forêts de Cocotiers de Mer de l'Ile Praslin et en rapporta des échantillons des fruits, une section d’un tronc et des photographies. L'une d'elles, reproduite en gravure dans le Tour du Monde, est particulièrement intéressante en ce qu’elle est la première représentation exacte que nous possédions de l'ensemble des Cocotiers croissant à l’état spontané. Elle montre le port de l'arbre parfaitement vertical. Au cours de l’article relatant sa visite à l'Ile Praslin, M. Ch. Alluaud résume tout ce que nous savons déjà du Cocotier de Mer mais il se trompe ‘en disant :
« On a pu en faire pousser à Ceylan, dans l'Inde, voire « même dans les serres de ÆXew en Angleterre où l'on à « obtenu un fruit en 1891. I y en a aussi un exemplaire « vivant au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Le Zodoi- « cea est probablement l'exemple le plus extraordinaire que « l'on puisse citer de la localisation d'une espèce gigantesque « sur une très petite île »..…... L'appel de M. Horne pour la « conservation de ces arbres a été entendu et le gouvernement « anglais est aujourd'hui propriétaire et conservateur de « la portion de Praslin où sont les plus beaux Zodoicea. On « peut aisément se procurer des cocos doubles sur les pro- « priétés particulières, mais il est formellement interdit de « prendre une noix sur les crown lands; ainsi se trouve assu- « rée la conservation de cette intéressante espèce. »
1. Henry Trimen, Director of Botanical Garden at Peradenya, Ceylon, Lettres à M. A.A, Fauvel, en date du 16 Novembre 1890 et 19 Janvier
Il raconte ainsi l'impression qu'il ressentit à la vue de la ravine aux Cocotiers de Mer après une marche d'environ deux heures en forêt à travers une broussaille impénétrable faute de sentier :
« Mais tout à coup l'on fait halte, et l’on relève la tête, on «est alors saisi par la majesté unique du site. Les Zodoicea « aux troncs puissants montent d'un seul jet à une vingtaine « de mètres et là étalent 7 ou 8 feuilles d’une forme et d'une « ampleur inconnues. Les pieds les plus élevés ne sont pas « les plus beaux. Rien ne rappelle mieux le poteau télé- « graphique qu'un tronc de palmier qui n'en finit plus et les « feuilles, trop exposées là haut aux fortes brises, se déve- « loppent mal et sont déchiquetées. Le silence le plus absolu « règne en cet endroitet, malgré soi, on parle à voix basse « comme en un lieu sacré ; 1l semble que l’on soit transporté « à une autre époque géologique à la vue de ces arbres si « différents de ceux auxquels nous sommes accoutumés » et il cite la comparaison de Horne avec un paysage antédiluvien.
ne trouva plus de Cocotiers de Mer à l'Ile Ronde où les dermers ont disparu. Il nous montre encore dans une gravure un fruit décortiqué, un seau, une gourde, un bol et un plat à riz faits avec la noix privée de son amande,
La mention faite par M. Alluaud d’un Zodoicea ayant porté fruit à Kew en 1891, ayant été depuis répétée par M. Charles Anastas dans sa brochure intitulée : Histoire et Description des Iles Seychelles, paru à Maurice en 1897? et même amplifiée par ce dernier qui ajoutait : « Au Dahomé le Zodoicea « forme à une heure de Whydah, vers Savi et vers Godomé, « de vastes forêts où il croît presque seul ». Nous écrivimes au Directeur du Jardin Botanique de Kew pour savoir si ce fait dont nous doutions fort était exact. Le 28 mars 1906,
1. Charles Alluaud, Le Tour du Monde, périodique illustré, in-4°, Paris, 3 février 1894, p. 74-76. Voyage aux Iles Seychelles, par Ch.Alluaud.
2, Charles Anastas, Histoire et description des Iles Séchelles, in-8°, 77 pp. Maurice, 1897, p. 18-21. Ile Praslin.
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M. Prain nous répondait : « In reply to your letter of 21 March I have to inform you that the statement that an example of Lodoicea Seychellarum has born fruit at Kew in « 1891 is, as you had suspected, quite incorrect. [ cannot, « imagine how the erroneous belief could have originated 1,»
Nous ne savons où M. Anastas a pu apprendre que le Lodoicea formait de vastes forêts au Dahomey : il ya là une erreur évidente et l'on a pris pour ce palmier les Rôniers, Borassus flabelliformis, qui y sont nombreux comme au Sénégal et qui étant de la famille des Lataniers, peuvent être confondus par des observateurs peu compétents avec des Lodoicea sans leurs fruits.
Au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, on ne possède pas actuellement de jeunes plants de Cocotier de Mer, mais à l’époque où écrivait M. Ch. Alluaud nous avons pu en voir un jeune plant avec les feuilles encore ovales dans les serres de M. Emmanuel Liais, maire de Cherbourg, serres qui, à sa mort, ont été léguées à la ville.
Nousavons lu aussi quelque part que des Cocotiers de Mer poussèrent avec succès dans l’Ile de la Trinidad ou sur la côte orientale de l'Amérique Sud. Nous n’avons pu encore obtenir confirmation de cette citation.
Le dernier ouvrage que nous ayons pu consulter donnant des détails scientifiques sur le Cocotier de Mer est le livre magnifiquement illustré de nombreuses photogravures de Carl Chun qui en 1898-99 accompagna sur la Valdivia l'expédition d'océanographie allemande. Dans ce beau volume in-4° nous trouvons tout un chapitre consacré aux Seychelles où l'expédition passa quelque temps. On n'a pas oublié le glorieux Lodoicea dont l’auteur résume l'histoire et la deseription. Il nous raconte sa visite aux Cocotiers de Mer de l'Ile Praslin, en compagnie de l'inspecteur des forêts M. Baty, le 8 mars 1899. Il cite comme ses devanciers les anciens auteurs,
oravures fort
mais ne nous donne de nouveau que plusieurs g
1. Dr Prain, Director ofthe Royal Gardens Kew, Letter to M, A, A, Fauvel, 28 March 1906.
Annales du Musée colonial de Marseille. — 3° série, 4° vol, 1915. 19
bien réussies d'après d'excellentes photographies. C'est là en somme la partie la plus intéressante et la plus nouvelle, Citons celles qui concernent notre sujet. Ce sont, p. 434: « Urwald auf Praslin mit Lodoicea »; p. #36, « Stamm einer jungeren weiblichen Lodoicea mit Fruchten » ; p. 438, « Lodoicea Seychellarum auf Praslin », qui nous montre deux Cocotiers chargés de fruits; p. #39, « Urwald auf Praslin » ; à gauche, un Lodoicea femelle, et à droite, un jeune Cocotier de Mer avec les pétioles des feuilles ; p. 440. Très bonne gravure hors texte in-4° : « Lodoicea Seychellarum » auf Praslin !,
Il ne nous reste plus pour terminer cette longue monographie du Cocotier de Mer qu'à parler des détails que nous avons pu observer nous même, tant sur place aux Seychelles qu'à Paris sur les échantillons conservés au Muséum ou sur ceux que nous avons reçus du Gouverneur des Seychelles, Son Excellence W. E. Davidson, et du directeur du Jardin Botanique de Port-Victoria, île Mahé, M. Dupont, et enfin de M. Laurier père, correspondant de la Compagnie des Messageries Maritimes dans cette ile.
Nous avons tout particulièrement étudié un point qui nous a paru imparfaitement élucidé jusqu'ici, à savoir le mécanisme de la germination qui diffère beaucoup de celui du cocotier ordinaire. L'ouverture ménagée par la nature dans la noix du Cocotier de Mer pour permettre la sortie du germe se trouve (comme nous l'avons vu consigné dans les auteurs précités) entre les deux lobes, elle n'est que fort difficilement visible de l'extérieur, l’espace, d’ailleurs très restreint (environ # centimètres sur nos # échantillons), entre ses lobes étant à demi rempli par des fibres noires, assez fortes, prenant naissance, avec d’autres plus fines situées au-dessous, sur la noix même. En ouvrant la noix, on s'aperçoit que son ouverture ovale (0"045 >x 0004) a son grand axe dirigé d'arrière en avant du coco, c’est-à-dire parallèle au
4. Carl Chun, Auf den Tiefen des Weltmeeres, Schilderungen von der deutschen Tiefsee-Expédition mit6 Chromolithographièen, 8 Heliogravüren, 32 als Tafeln gedruckten Volbildern, 2 Karten und 390 Abbildungen in Text.In-4°, Verlag von Gustav Fischer in Jena, 1900.
Annales du Musée colonial de Marseille, Pages 290-291. 3° série, 1° volume 1915.