‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 4)Chapitre 43 sur 63 · II. — PORT ET MODE DE VIE DES CYNANCHUM A FEUILLES MALGACHES · texte numérisé non relu

II. — PORT ET MODE DE VIE DES CYNANCHUM A FEUILLES MALGACHES

La très grande majorité des Cynanchum à feuilles de Madagascar sont des lianes, comme d’ailleurs la plupart des Asclépiadacées malgaches. Peu nombreux, par contre, sont les types dressés. Nous avons déjà cependant signalé antérieurement parmi ces derniers le C. napiferum Choux, herbe de petite taille dont les tiges ne dépassent pas 9 em. de hauteur, le C. pycnoneuroides Choux, espèce à souche rampante émettant de loin en loin des rameaux dressés et le C. appendiculatum Choux, arbuste à tiges dressées, mais peu raides cependant. Il nous faut mentionner aujourd’hui que le C. Decaryi Choux, signalé à Ambovombé par M. Decary (1) comme une liane, est, d’après M. Perrier de la Bâthie, qui l’a récolté en juin 1910 sur le plateau mahafaly près du Menarandra (n° 11664), un arbuste à latex blanc poisseux, à rameaux sarmenteux à la fin, la tige unique à la base étant crassulescente. Et ceci nous amène à faire remarquer qu’il ne faut pas, tout au moins pour certaines espèces, donner à cette question du port une importance trop grande, car certaines conditions de milieu peuvent faire varier le port d’une même espèce. Un des types les plus démonstratifs à cet égard est le C. lineare N.-E. Br. qui est un bel exemple d’accommodation aux feux de brousses et à la dénudation. Nous avons déjà indiqué il y a quelques années que ce C. lineare peut être, dans certains cas, une plante dressée, alors que d’autres fois il a des tiges grimpantes et si nous avions également relaté que, d’après M. Perrier de la Bâthie, les spécimens grimpants ont été modifiés

(1) P. CHoux : Les Asclépiadacées malgaches de la région d’Ambo- Von (Bull. du Mus. d’Ilist. nat. de Paris, 1925, n° 5, p. 397).

par les feux, nous n’avions pu préciser le sens exact de cette modification (1). D’autres observations du même récolteur complètent aujourd’hui ces données premières. En effet, pour M. Perrier de la Bâthie, le C. lineare a dans la prairie une tige droite, simple, à feuilles toujours linéaires ; mais, dès que les broussailles se développent à ses côtés, ses tiges deviennent volubiles, en même temps que ses feuilles s’élargissent souvent, caractère sur lequel nous reviendrons ultérieurement. Et il en serait de même du C. fimbriatum — espèce nouvelle que nous décrirons plus loin — récolté par M. Perrier de la Bâthie en décembre 1924 dans des prairies soumises aux feux, dans le Tampoketsa d’entre l’Ikopa et la Betsiboka, vers 1.600 mètres d’altitude, et qui a une tige dressée munie d’un long tubercule pivotant, mais qui se retrouve souvent dans la même station avec des tiges volubiles.

D'autre part, quand il s’agit de lianes, les tiges sont tantôt persistantes et tantôt annuelles, et cela parfois dans la même espèce. Il semble cependant que, beaucoup plus fréquemment, ces Cynanchum grimpants aient des tiges herbacées annuelles, mais soient vivaces grâce à des tubercules.

Il est en effet un autre caractère biologique de ces Cynanchum à feuilles, sur lequel il est nécessaire d’insister, et dont on ne soupçonnait pas autrefois la fréquence, c’est la présence de tubercules. En 1914, nous avons, pour la première fois croyons-nous, et cela grâce aux indications fournies par M. Perrier de la Bâthie, signalé à Madagascar des Cynanchum à tubercules. Nous avons, en particulier, mentionné ces formations dans les C. lineare N.-E. Br., madagascariense K. Sch. et napiferum Choux. Ultérieurement, en 1923, nous avons fait connaitre que des organes de réserve souterrains existent également dans quatre autres Cynanchum, qui provenaient du massif d’Andringitra, les C. andringitrense Choux, appen-

(1) P. Caoux : Nouvelles études biologiques. sur les Asclépiadacées de Madagascar (Ann. du Mus. col. de Marseulle, 1923, 2e fasc., p. 23-24).

CE

st am mms ist. 6e. Du

diculatum Choux, papillatum Choux et repandum Dene. Mais, indépendamment de ces sept espèces, on rencontre encore des tubercules dans quatre Cynanchum, les C. bojerianum Dene, leucanthum K. Sch., subcortaceum Schlecht. et Decaryi Choux, qui, bien que déjà connus et parfois même décrits depuis longtemps, n’ont pas été signalés comme possédant de ces organes. Enfin cinq espèces qui nous ont paru nouvelles, Les C. angavokeliense, Danguyarnum, fimbriatum, Jumeller et moramangense sont également dans le même cas. On connaitrait done à Madagascar seize Cynanchum à feuilles pourvus de tubercules et nous inclinons même à penser que de nouvelles observations pourraient vraisemblablement accroitre ce nombre.

Au point de vue de leur forme, ces tubercules sont, comme nous l’avons encore fait remarquer antérieurement (1), assez fréquemment napiformes. C’est le cas, non seulement de ceux des C. napijerum, papillatum, repandum et lineare (dans cette dernière espèce le tubercule allongé peut avoir de 15 em. à 20 cm. de longueur sur 25 mm. à 55 mm. de largeur), mais encore des C. angavokeliense, fimbriatum et Jumeller (dans cette dernière espèce le tubercule est en outre finement annelé à l’extérieur). Dans le C. andringitrense Choux, il y aurait, tantôt un, tantôt plusieurs tubercules napiformes, devenant verruqueux en vieillissant, et enfin le C. leucanthum aurait une souche vivace, soit à un seul tubercule, soit avec plusieurs tubereules napiformes.

Page 1