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III. — POLYMORPHISME DE QUELQUES CYNANCHUM A FEUILLES MALGACHES

Peu d'exemples de variations morphologiques ont été signalés jusqu'ici chez les Cynanchum à feuilles de Madagascar. En

(1) P. Cnoux : Les Asclépiadacées à tubercules à Madagascar (Rev. de Bot. appliq. et d’'Agric. col., 30 avril 1923, p. 252-257).

tout cas, les quelques modifications constatées, chez le C. Lineare et chez le C. madagascariense par exemple, n’ont pas l'ampleur de celles que l’on peut rencontrer chez certains Secamone ou chez certains Pentopetia.

Nous pouvons cependant faire connaître aujourd’hui chez quelques-uns de ces Cynanchum un polymorphisme assez accusé, susceptible d'amener parfois des confusions entre des groupements spécifiques cependant différents.

Nous examinerons successivement ces variations morphologiques dans les cinq espèces où nous les avons constatées.

Cynanchum leucanthum K. Sch.

Le C. leucanthum est une liane qui a été décrite par K. Schumann, en 1893, avec des échantillons récoltés par Hildebrandt dans les bois d’Ankafina (sud du Betsileo). Cette espèce possède, ce que ne signalait pas Schumann, une souche vivace, avec un ou plusieurs tubercules napiformes, d’où partent des tiges herbacées annuelles. Certains spécimens récoltés par M. Perrier de la Bâthie, en février 1925, dans les buissons des bords de l’Onive, près de Tsinjoarivo, vers 1.300 mètres d’altitude (n° 16 937), sont assez analogues, au point de vue foliaire, au type de Schumann. Les feuilles, ovales, ovalesallongées ou oblongues, y sont à base cordée, et de ce fait parfois un peu sagittées (pl. I). Par contre, dans d’autres individus, la forme et les dimensions de ces feuilles peuvent varier. C’est ainsi que dans un C. leucanthum provenant des bois des pentes occidentales de Manerinerina, vers 1.500 mètres d’altitude (décembre 1923, n° 16 878), le limbe, à base légèrement cordée, peut atteindre jusqu’à 7 em. 3 de longueur sur 3 cm. 6 de largeur (pl. IT), au lieu de 4 em. 5 sur 3 cm. 5, dimensions maxima indiquées par Schumann. Dans un autre spécimen, provenant de la même région (n° 16 877), les feuilles sont, non plus ovales ou ovales-oblongues, mais lancéolées, à base légèrement cordée (pl. III), et surtout plus étroites, puisqu'elles mesurent de 4 em. à 4 cm. 8 de longueur

sur 8 à 10 mm. de largeur. Enfin les feuilles peuvent être deltoides, à base tronquée ou légèrement cordée, comme dans un échantillon trouvé dans la forêt à sous-bois herbacé du mont Angavokely, à 1.400 mètres d’altitude (n° 11 678).

Dans les fleurs des cinq échantillons que nous avons examinés, le calice (2 mm. à 2 mm. 5 de longueur) a sensiblement les mêmes dimensions que dans le type. Par contre, la corolle, blanche ou teintée de rose, a des dimensions un peu moindres que celles indiquées par Schumann (6 mm. 5 à 7 mm. 7 au lieu de 8 mm.). D'autre part, si, en général, le tube corollaire, de 3 mm. de longueur et légèrement plus court que les lobes, représente un peu plus du tiers de la hauteur totale, parfois, au contraire, la corolle est soudée sur plus de la moitié de sa hauteur (tube de 4 mm. pour une longueur totale de 7 mm. 7).

Des variations analogues existent dans la couronne, qui tantôt est comme trapue, assez courte, ne dépassant pas 3 mm. à 3 mm. 5 de hauteur, avec des pièces libres de ? mm. à { mm.s, et tantôt est plus allongée, atteignant 5 mm. 5 de hauteur totale avec des pièces libres triangulaires de 2 mm., également plus longues. Ajoutons enfin, à propos de cette couronne, qui, avec ses vésicules basilaires, oppositipétales comme les lobes, est bien caractéristique, que la figure donnée par Schumann dans le Pflanzenfamilien ne reproduit pas exactement le véritable aspect de cette couronne, car le dessin semble avoir été fait d’après des fleurs desséchées, et non d’après une couronne gonflée par un séjour dans une lessive de potasse, et par conséquent ayant sa forme à peu près normale.

Cynanchum lineare N.-E. Br.

et Cynanchum andringitrense Choux.

Nous avons déjà signalé antérieurement (1923, p. 24), à propos d’un échantillon de C. lineare provenant du Massif d’Andringitra, que cette espèce peut avoir des feuilles plutôt lancéolées-linéaires que linéaires, c’est-à-dire un peu plus lar-

ses que dans le type de N.-E. Brown. Mais des feuilles analogues (ayant 4 mm. 5 à 6 mm. de largeur) se retrouvent dans d’autres C. lineare récoltés par M. Perrier de la Bâthie et provenant, l’un de la brousse éricoïde du mont Ibity, au sud d’Antsirabé, dans des rocailles, vers 2 000 mètres d’altitude (février 1914, n° 8 146), l’autre des bois des pentes occidentales des environs d’Antsirabé, à 1.600 mètres d’altitude (décembre 1913, n° 11 673), où l'espèce est une liane à tige grèle, ligneuse, vivace, grimpant sur les arbustes. D'autres fois, comme dans un spécimen récolté sur des quartzites entre la Mania et l’Ivato, vers 1.500 mètres d’altitude, en février 1919 (n° 12 380), on trouve, à côté de rameaux à feuilles linéaires, des rameaux à feuilles plus courtes, mais plus larges, lancéolées ou obovales-lancéolées, ayant jusqu’à 12 mm. de largeur (pl. IV). Enfin, dans un échantillon provenant de la brousse éricoïde du mont Androno-

mongitsy, près Ranomainty, vers 1.600 mètres d'altitude

(juin 1912, n° 11.654), les feuilles ne sont plus linéaires, mais nettement lancéolées et ont de 4 em. 2 à 6 em. 9 de longueur sur 1 em. 2 à 1 em. 7 de largeur (1).

Ce polymorphisme foliaire du C. lineare parait d’ailleurs lié aux variations de port, variations dues elles-mêmes à l’action des feux de brousse. M. Perrier de la Bâthie précise en effet que, si le C. lineare dressé a bien des feuilles toujours linéaires, lorsque ses tiges deviennent volubiles, les feuilles s’élargissent souvent.

Signalons enfin que, si les fleurs présentent toujours la même organisation (2), leurs dimensions peuvent, par contre, varier dans des limites assez étendues (un peu plus du

(1) Cet échantillon portait des fruits. Ces derniers, jamais décrits croyons-nous, sont des follicules de 4 em. 5 à 5 cm. 3 de longueur et à paroi mince. Les graines, de 3 mm. 5 à 4 mm. 5 de longueur, sur 2 mm. à 2 mm. 5 de largeur, sont à base arrondie. Leur sommet tronqué porte une aigrette de poils de 2 cm. à 2 cm. 3 de longueur.

(2) Dans certaines fleurs cependant le bord supérieur de la couronne ést un peu frangé.

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simple au double), puisque la longueur de la corolle s’échelonne entre 3 mm. et 6 mm. 5, que celle de Purne coronaire s’échelonne de même entre 2 mm. et 4 mm. 5 et que le gynostège subit des variations analogues. Il y a donc ainsi des C. lineare à petites fleurs (corolle de 3 mm.), à fleurs de dimensions moyennes (corolle de 4 mm. 5 à 5 mm.) et à grandes fleurs (corolle de 6 mm. 5).

Ce polymorphisme du C. lineare mérite encore d’être sionalé parce qu’il peut amener des confusions avec une espèce qui en est évidemment voisine, mais qui nous paraît néanmoins bien distincte, le Cynanchum andringitrense Choux. La confusion est d’autant plus possible que ce €. andringitrense n’a pas toujours des feuilles aussi développées que celles que nous avons décrites et figurées (pl. IT) en 1923. C’est ainsi déjà que dans un échantillon de C. andringitrense provenant des rocailles du mont Ibity, au sud d’Antsirabé, entre 2.000 mètres et 2.300 mètres d’altitude (février 1914, n° 11672), les feuilles sont souvent un peu plus étroites, puisqu’elles n’ont que 8 mm. 5 à 9 mm. 5 de largeur au lieu de 1 cm. 2 à 2 em. 2 (1). Dans un autre spécimen de la même espèce récolté par M. Perrier de la Bâthie, en février 1925, sur les bords des rivières et dans les buissons à Tsinjoarivo, par 1.400 mètres d’altitude (n° 16932), il y a, à côté de feuilles normales, des feuilles plus petites, de 1 cm. 8 de longueur sur O0 mm. 8 de largeur (pl. V). Enfin, dans un dernier C. andringitrense, trouvé en février 1919 dans les bois des environs d’Ambatofangena, à 1.800 mètres d'altitude (n° 12589), les limbes, tous petits, peuvent n'avoir que 2 em. de longueur sur 8 mm. de largeur ou même 1 em. {1 sur 5 mm. 5. Or, c’est précisément ce dernier spécimen que M. Perrier de la Bâthie confond avec le C. lineare, notamment avec le

(1) Dans cet échantillon, les fleurs, à corolle brunâtre et à couronne blanche avec la gorge rougeâtre, sont d’autre part légèrement plus grandes que celles décrites précédemment, puisque la corolle a 5 mm. de longueur (au lieu de 4 mm. à 4 mm. 7) et la couronne 3 mm. 5 (au

lieu de 2 mm. 6 à 3 mm.).

n° 12380 (figuré dans la planche IV). Donc, même sur place et pour un observateur aussi averti que M. Perrier de la Bâthie, la distinction entre les deux espèces ne s'impose pas d'emblée, bien au contraire. Il nous parait donc nécessaire de préciser ici les principaux caractères qui, à notre avis, empêchent de confondre le C. lineare et le C. andringitrense.

En ce qui concerne tout d’abord l'appareil végétatif, le doute n’est évidemment possible que si le C. lineare présente des feuilles larges. Mais le C. andringitrensè a toujours des feuilles dont la base est nettement échancrée en cœur, alors qu'il n’y a rien de semblable dans le C. lineare.

Au point de vue floral, il y a des ressemblances indéniables. La corolle a une couleur et des dimensions sensiblement identiques ; la couronne également, et, de plus, cette couronne à une organisation assez semblable dans les deux cas. C’est en effet une urne avec des plissements oppositipétales déterminant des lobes un peu en forme de capuchon à leur partie supérieure. Mais il y a aussi des différences que l’on peut résumer de la manière suivante.

10 Dans le C. lineare, les dents du sommet sont assez serrées les unes contre les autres et à sommet obtus ou arrondi. Dans le C. andringitrense, les lobes oppositipétales sont un peu plus nettement indiqués que les dents de l’espèce précédente, et surtout ces lobes oppositipétales sont munis à leur sommet d’une petite pointe, qui est plus ou moins distincte du lobe lui-même suivant les spécimens, ce qui les rend plus nets encore.

20 Un deuxième caractère, tiré du gynostège, nous parait de nature à lever tous les doutes, si la couronne en laissait subsister. Dans le C. lineare, le gynostège est sessile, surbaissé, avec cinq pointes opposipétales bien nettes. Dans le C. andringurense, ce gynostège est stipité, plus haut par conséquent ; les pointes cartilagineuses n’existent que dans sa partie tout à fait supérieure, sont petites, peu saillantes et débordent à peine la circonférence extérieure de ce gynostège, qui est de ce fait presque arrondi, avec cependant cinq petites pointes

légèrement saillantes. On peut donc dire que, si les couronnes offrent certains traits de ressemblance, en revanche les gynostèges sont profondément différents, et en tout cas les différences signalées nous paraissent largement suffisantes pour justifier le maintien des deux espèces.

Cynanchum subcoriaceum Schltr.

Les variations observées chez le C. subcoriaceum sont analogues à celles que nous venons de décrire, en ce sens qu’elles permettent un rapprochement, voire même une confusion. possible, entre cette espèce et le Cynanchum repandum Dene.

Mais rappelons tout d’abord que nous avons déjà signalé chez le C. subcoriaceum Schltr. (Humbert, n° 3159), des fleurs un peu plus grandes que celles du type (1). De même, on peut trouver des fleurs un peu plus petites, où les pétales n’ont que 4 mm. de longueur sur { mm. 5 de largeur et la couronne T mm. 5 de hauteur. Et c’est ce que l’on peut constater dans un C, subcoriaceum recueilli par M. Perrier de la Bâthie, en janvier 1911, à La Mandraka, sur la falaise orientale, par 1.200 mètres d’altitude (n° 11659). Rappelons, en outre, la coloration variable de la corolle qui peut être blanche, rougebrunâtre ou verte, et signalons de plus qu'il y a des individus à pétales brunâtres (n° 8075) et d’autres à pétales jaunes (n911653):

Ajoutons maintenant que la multiplicité des échantillons dont nous disposions nous a révélé chez ce C. subcoriaceum un polymorphisme foliaire très net. C’est ainsi que chez un individu provenant de la forêt à sous-bois herbacé de la Montagne d’Ambre, vers 800 mètres d’altitude (novembre 1909, n° 11658), les feuilles, ovales-allongées et à base subaiguë, tout en étant sensiblement identiques à celles que nous avons décrites en 1923 — et qui sont figurées dans la

(1) P. Cuoux : Les Asclépiadacées récoltées à Madagascar en 192% par M. Humbert (Bul. du Mus. d'Hist. nat. de Paris, n° 5, 1926, p. 309).

planche VI du présent mémoire — peuvent être plus allonvées, puisqu'elles peuvent avoir jusqu’à 5 em. 7 de longueur (au lieu de 5 em. 3) sur 2 cm. 7 de largeur (au lieu de 2 cm.). D'autres fois, comme dans des C. subcoriaceum récoltés en décembre 1912 par M. Perrier de la Bâthie au mont Tsaratanana, soit dans les bois par 2.000 mètres d’altitude (n° 11653), soit dans la sylve à lichens par 2.500 mètres d’altitude (n° 11656), les feuilles sont deltoïdes et également assez élargies, puisqu'elles peuvent avoir jusqu’à 2 em. 5 de larseur. Puis, dans un spécimen provenant de la sylve à lichens des environs d’Analamazoatra, vers 1.000 mètres d’altitude (n° 8974), il y a, à côté de feuilles deltoides, des feuilles un peu sagittées et des feuilles deltoides-sagittées (pl. VIT). De plus, ces feuilles peuvent être de grandes dimensions, puisque le pétiole peut atteindre jusqu'à 3 em. 4 et le limbe luimême avoir 7 cm. 6 de longueur sur 4 em. 5 de largeur. Enfin, dans un échantillon recueilli, en décembre 1911, dans la forêt à sous-bois herbacé de la falaise orientale, sur le Haut-Mananjary, vers 1.100 mètres d’altitude (n° 11657), on retrouve de même des feuilles deltoïdes-sagittées.

Il y a donc bien chez le €. subcoriaceum des modifications assez importantes de l’appareil foliaire ; mais, dans les six échantillons dont nous venons de parler, l’organisation florale est identique, et, en particulier, la couronne offre la même disposition.

Il n’en est pas de même en revanche dans une liane, à latex blanc poisseux, récoltée par M. Perrier de la Bâthie dans les rocailles gneissiques de la pelouse à xérophytes de l’Ankaratra, vers 2.200 mètres d’altitude (n° 8075), liane que nous croyons devoir rapporter au C. subcoriaceum, mais où la partie retournée de la couronne est plus courte que d’habitude, et où les plissements oppositipétales que présente cette partie rabattue sont également moins nets que dans les autres spécimens et se dirigent un peu moins vers le centre de la fleur. Or, cette couronne, évidemment aberrante, se rapproche un peu comme organisation de celle du €. repandum, dont

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nous avons signalé autrefois la parenté avec le C. subcoriaceum. Et ce rapprochement même nous paraissant de nature à pouvoir entrainer des confusions qu'il importe de dissiper, nous croyons devoir préciser ici les caractères fondamentaux de la couronne dans ces deux espèces.

La couronne du C. repandum est en forme de coupe évasée au sommet. Celle du €. subcoriaceum est tubuleuse, et done moins élargie au sommet.

La couronne du €. repandum dépasse peu ou pas le gynostège, qui, d'autre part, par suite de l’évasement de cette couronne, s'aperçoit toujours nettement. Dans le C. subcortaceum, la couronne dépasse très nettement le gynostège, et, comme d’autre part cette couronne est peu élargie, le gynostège s'aperçoit moins nettement

Enfin la portion de la couronne qui est rabaftue intérieurement est plus longue dans le C. subcoriaceum que dans le C. repandum, et surtout — et c’est là le caractère majeur — présente dans la première de ces espèces des plissements oppositipétales qui n'existent pas dans la seconde. Si le rabattement de la couronne s'accompagne dans le C. repandum de boursouflures irrégulières, il ne détermine jamais, comme dans le C. subcoriaceum, de plissements oppositipétales réguliers. Et c'est pour cela qu’il nous apparaît bien que les affinités de la liane d’Ankaratra sont du côté subcoriaceum. 1 n’en reste pas moins que c’est là un de ces types de transition qu’il est parfois difficile de faire rentrer dans telle ou telle entité spécifique, de même que ce phénomène de convergence morphologique démontre bien la plasticité de certaines espèces.

Cynanchum papillatum Choux.

Le dernier exemple de polymorphisme que nous ayons à relater ici nous est fourni par le C. papillatum Choux. En effet, dans un spécimen de cette espèce, individu petit

et rabougri, à feuilles très étroites, récolté par M. Perrier de la Bâthie dans le Tampoketsa d’Ankazobé, vers 1.700 mètres d'altitude, en novembre 1925 (n° 17424) (1), les inflorescences sont sessiles, alors que dans l’échantillon qui nous a servi à créer l’espèce en 1923 elles sont pédonculées. De plus, les fleurs sont un peu plus petites, la corolle n’ayant que 3 mm. 5 de hauteur (au lieu de 4 mm. 5 à 5 mm.) avec un tube de 4 mm. 5. La réduction est encore plus grande pour la couronne qui n’a que 1 mm. à 1 mm. 4 de hauteur (au lieu de 2 mm. 7 à 2 mm. 8).

Ces différences peuvent peut-être, ainsi précisées, paraitre de minime importance. Et cependant, à première vue, la plante en question ne rappelle nullement le C. papillatum type. M. Perrier de la Bâthie l’avait même déterminée comme étant le Pychoneurum junciforme Dene. Et ce n’est qu'après un examen approfondi, et après discussion des principaux caractères, que nous sommes arrivés à identifier cette plante avec le C. papillatum.

Cette manière de voir nous parait d’autant plus justifiée qu'il est encore un autre C. papillatum un peu aberrant. C’est une plante tuberculeuse, dont les tiges, annuelles et résistant aux feux, portent des fleurs rosées, et qui a été trouvée par M. Perrier de la Bâthie dans les rocailles et les prairies (lieux découverts) de la vallée de la Loky (Nord) (n° 8999). Or, cette plante a, comme la précédente, des feuilles très étroites et filiformes et des cymes contractées et ombelliformes, terminales, et surtout sessiles. Les fleurs y sont également de petite taille. Mais, de plus, la corolle, qui a 3 mm. 2 de hauteur, est à pétales plus hautement soudés que d’habitude, puisque le tube, de 2 mm., représente presque les deux tiers de la hauteur totale (et non la moitié comme dans le type).

(1) Les fruits, jamais décrits, du C. papillatum sont des follicules grèles, un peu en forme de fuseau, amincis aux deux extrémités, à paroi très mince, et ayant de 3 cm. 3 à 4 cm. 8 de longueur sur 2 mm. à 2 mm. 5 de largeur.

L'’urne coronaire n’a que ! mm. 4 de hauteur et le diamètre en est infiniment moins considérable que dans le type.

Par contre, dans cet individu comme dans le précédent, la corolle a bien les caractères du C. papillatum, c’est-à-dire des lobes en forme de capuchon et des mamelons alternant avec ces lobes ; seulement ces caractères sont moins nets, les fleurs étant plus petites. Enfin, et surtout, on retrouve partout la même couronne, c’est-à-dire une urne à paroi mince, dépassant un peu le gynostège, avec des plissements oppositipétales (cependant ici moins accusés) et avec de petites dents oppositipétales.

Si done on voulait séparer du C. papillatum ces deux spécimens, on ne pourrait retenir pour cela que les différences suivantes : inflorescences sessiles, fleurs plus petites, et, pour le dernier seulement, corolle plus hautement soudée. Est-ce vraiment suffisant ? Nous ne le pensons pas et nous sommes d'autant plus enclins à adopter cette manière de voir que ce dernier caractère nous parait fournir un argument de plus en faveur de la réunion. C’est qu’en effet — et nous n'avons point encore signalé ce fait, — il est incontestable que les deux individus dont nous venons de parler appartiennent bien à la même espèce. La couronne y est trop semblable, pour que l’on puisse songer à les séparer, et la hauteur plus ou moins grande du tube corollaire, bien que donnant à la corolle un aspect un peu différent, ne saurait constituer à elle seule un critérium distinctif. Mais, précisément, parce que les variations observées ne sont pas superposables, cela prouve bien la variabilité de l’espèce. Un seul exemple de variation, ou deux exemples concordants, peuvent entrainer quelques doutes. Mais deux exemples différents prouvent beaucoup mieux la réalité de cette variation. D’ailleurs, dans le cas présent, il s’agit d'individus paraissant rabougris et anormaux. L’un d'eux même pousse dans ces prairies où sévissent les feux de brousse, ce qui peut tout expliquer.

Mais vraiment combien ce polymorphisme crée de difficultés pour les botanistes et avec quelle prudence il faut agir

pour établir des espèces nouvelles. À un autre point de vue, cette élasticité morphologique de certaines espèces, contrastant avec la fixité de certaines autres qui se présentent tou- Jours avec les mêmes caractères, est un fait dont nous devons une fois de plus souligner l'importance et dont chacune de nos études nous montre d’autres modalités. Les conditions écologiques semblent, à Madagascar, agir d’une façon particulièrement accusée sur certaines espèces spécialement plastiques en leur donnant des caractères morphologiques suffisamment différents pour qu'un observateur superficiel n’hésite pas à faire plusieurs espèces de ce qui peut, après un examen plus approfondi, être groupé sous un même nom spécifique et former ainsi une espèce à cadre plus élargi.

Après avoir ainsi passé en revue les principaux exemples de polymorphisme que nous ont présenté les Cynanchum à feuilles de Madagascar, il nous faut encore mentionner les remarques faites à ce sujet, et sur place, par M. Perrier de la Bâthie. Nous avons eu si souvent l’occasion d’apprécier la valeur des observations du botaniste averti qu'est M. Perrier de Ia Bâthie que nous ne saurions omettre de citer ici ce qu'il dit au sujet de quelques-uns de ces Cynanchum à feuilles, et notamment à propos des C. andringitrense, leucanthum, lineare et subcoriaceum, ainsi que de trois espèces nouvelles, dont nous parlerons plus loin, les €. Jumellei, masoalense et moramangense.

«Tous ces Cynanchum », dit M. Perrier de la Bâthie, «sont «atteints d’un polymorphisme de croissance très net, c’est-à- «dire que leurs feuilles ont des formes différentes suivant les «niveaux successifs qu’elles occupent sur la tige. Chez deux «individus d’une même espèce poussant dans les mêmes con- «ditions et avec la même vigueur, ces différentes formes de «feuilles se succèdent dans un ordre donné, toujours le même. «Mais un autre individu de la même espèce développé dans «des conditions différentes peut ne présenter qu’une seule ou «quelques-unes de ces formes. Ainsi un de ces Cynanchum,

«qui portera dans un endroit humide et très ombragé de lar- «ges feuilles dans le haut de ses tiges, peut n'avoir plus que «des feuilles linéaires s’il pousse dans un endroit dénudé, «sans tuteur et si ses tiges trainent sur le sol en pleine lu- «mière. D'ailleurs, dans les Cynanchum à tiges volubiles, «les formes linéaires ne s’observent que vers la base (1), ou «seulement sur certaines formes basses habitant les endroits «découverts, ou manquant de tuteurs, ou à tuteurs courts, «toujours enfin sur des tiges placées au voisinage du sol. Si «on ajoute que ce polymorphisme de croissance se compli- «que d’accommodations à des conditions de milieu ou à des «climats différents, on entrevoit la cause des formes multi- «ples que peut prendre une espèce, sans qu’en souffre son entité «spécifique. Les réactions de l'espèce vis-à-vis des condi- «tions de milieu ne sont pas d’ailleurs les mêmes chez toutes «les espèces, loin de là, et permettraient, si elles étaient par- «faitement connues, de les caractériser spécifiquement.

« La dénudation, l'action des feux de brousse et ses conséquen- «ces (plus grande lumière, destruction des tuteurs, ablation «d’une partie du collet, nombreux bourgeons latéraux et «nombreuses tiges grêles qui en résultent) ont générale- «ment pour effet de rendre annuelle et herbacée une tige li- «gneuse, dressée et raide une tige volubile, les feuilles plus cétroites, les fleurs plus grandes et plus nombreuses. Mais ces «accommodations ne sont pas fixées, et ne peuvent l'être, car «ces plantes vivaces peuvent bien continuer à vivre sur un «sol latéritique dénudé, mais ne peuvent s’y reproduire par «graines. »

Ainsi done le polymorphisme de ces Cynanchum à feuilles de Madagascar serait encore plus complexe et plus varié dans ses manifestations que ce que les quelques espèces passées précédemment en revue le laisseraient supposer. Cependant, ce que nous avons dit à propos des C. lineare et andringt-

(1) C’est bien ce qui a déjà été indiqué en 1914 à propos du C. madagascariense K. Sch. (C. helicoideum Choux).

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trense doit, nous semble-t-il, obliger à une certaine réserve. Il est bien possible qu’au milieu de toutes ces variations une espèce finisse par ressembler à une autre et que par suite on puisse les confondre toutes deux, si on ne les étudie pas attentivement.

Mais nous avons prouvé par plusieurs exemples que, malgré ces convergences morphologiques, l'entité spécifique demeure, et alors, pour affirmer le polymorphisme, il faut être bien sûr, au préalable, de l'identité spécifique de l'individu considéré.

Par contre, il nous est agréable de retrouver sous la plume de M. Perrier de la Bâthie, et sur ce problème si attrayant du polymorphisme, plusieurs des idées générales que nous avons maintes fois émises sur cette question. C’est la preuve la plus tangible que ce que nous a révélé l’étude patiente et détaillée de multiples spécimens d’herbiers n’est pas une invention de «botaniste de laboratoire », mais bien l'expression vivante de la nature elle-même, telle qu'elle se présente à Madagascar dans certaines familles végétales.

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