‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 5)Chapitre 6 sur 62 · Thea sinensis ; tra hue. — Cochinchine · texte numérisé non relu

Thea sinensis ; tra hue. — Cochinchine

En Cochinchine, c’est dans l’Est, dans les provinces de Thu-daumôt, Bienhoa (surtout au village de My-hoi) et Gindinh qu’il y a le plus de jardins de thé ; et les feuilles recueillies sur ces plantations, et appartenant à des variétés provenant des montagnes d’Annam, sont vendues après dessiccation sous le ncm ecmmun de {ra hue (ou thé annamute), pour servir à la consommation journalière. L’arome en est généralement assez agréable, quoique la préparation soit rudimentaire. Le tra hue de My-hoï, composé des jeunes feuilles, est exporté en Chine.

273 à 277. — Thea sinensis ; thés noirs d'Annam pour la consommation européenne. — Annam.

Ces diverses sortes de thés noirs en collection, qui ont été préparées pour la consommation européenne à Phu-thuong, près de Tourane, sont désignées sous les noms suivants : Laylang lapseng hors choix ; Laylang lapseng extra-supérieur ; Lapseng souchong hors choix : Lapseng souchong extra-supérieur ; Lapseng souchong supérieur.

Depuis un certain nombre d’années déjà, quelques Européens ont, en vue du commerce d’exportation, tenté d’introduire en Indochine, pour la culture de l’arbre et pour la préparation des thés, des méthodes et un outillage modernes ; et les exportations, qui ont commencé vers 1893, où elles étaient de 588 kilogrammes, presque entièrement expédiés par une maison de Tourane, étaient de 371 tonnes, en moyenne annuelle, pendant la période de 1906 à 1910, 816 tonnes de 1916 à 1920, puis d’un peu plus de 1.000 tonnes en 1929 (dont 757 tonnes d’Annam, 253 du Tonkin et 2 de Cochinchine). C’est surtout depuis 1925 que se sont créées les plus grandes entreprises selon les méthodes modernes.

Les exportations ont principalement lieu vers Hong-kong.

En Annam, la grande région de culture du thé pour l’exportation est la province de Quang-nam.

C’est, au reste, prudemment, et en recommandant de soigner la qualité, qu’il faut engager à accroître cette culture, puisque les grands pays producteurs, les Indes Néerlandaises et l’Inde Britannique, se préoccupent actuellement de limiter la production du thé comme a été limitée la production du caoutchouc.

Si l’on se reporte aux diverses analyses de thés d’Indochine faites à plusieurs reprises, comparativement à d’autres thés, les résultats sont très variables et ne concordent guère.

D’après les analyses de M. L. Rigotard en 1918 au Jardi:

colonial de Nogent-sur-Marne, les teneurs en eau, tanin et

caféine (ou théine) dans les thés ci-dessous sont les suivantes pour 100 de feuilles :

Eau Tanin Caféine CEVIAN RE NE CRU RENE MMSER ES 9,80 12,34 1952 CHINESE ru ce CE 10,06 6,10 4,09 JAN RE EN AE IN OS Re le ce 9,04 12,60 1297 MER M RTL ee da sde On Ce 10,06 7,93 15923 Annam (préparation européenne) :

Pekoe orange :.1 MMM RERO 8572 10,58 2205 Pekoe extra 2 enseeleR rRC EC So 10,70 2,69 Pekce .souchong ES re 11898 8,24 DES Annam (préparation indigène) :

Petites MeUILeS RER RE 8.40 8,75 2,65 Moyennes: elles 2 Or Rem. 8,62 5,90 2,88 Grosses Heurlles PRE Re 7,80 9,29 3,10 Tonkin (préparation indigène) :

Pétites-TéUNesS re RE 10,70 8,44 2,94 Moyennes feuillés "= Pere Rte re. 10,90 11,16 DAT Grosses feuilles Re 10,82 7,5% 2:23

Les thés d’Annam préparés par la méthode européenne seraient donc moins riches en tanin que les sortes de Java et de Ceylan, mais plus riches que les sortes de Chine. Or d’autres analyses antérieures de souchongs d’Annam, effectuées vers 1901 au Laboratoire du Ministère du Commerce, indiquaient, comme proportions de tanin {pour 6 à 7 p. 100 d’eau), 15,95 à 17,30, au lieu de 12,26 à 18,66 dans des thés de Chine et 20,87 dans des thés de Ceylan.

Il faudrait conclure encore des précédentes analyses que la teneur en caféine est plus élevée dans ces thés d’Annam que dans les sortes de Ceylan et de Chine. Or les mêmes anciennes analyses faites sur des souchongs d’Annam indiquent, pour cette théine, 4,60 à 5,04, au lieu de 4,08 à 4,96 dans les thés de Ceylan, 2,23 à 3,46 dans les thés de Chine et 1,66 dans les thés du Japon.

Au Tonkin, dans un thé de Hung-hoa (cette province étant parmi les plus importantes du Tonkin au point de vue de la culture du thé) on mentionne 3,52 de caféine et 11,95 de tanin.

Enfin seize analyses de thés du Tonkin ont donné à M. Aufray, directeur du Laboratoire Agricole de l’Institut d'Hygiène et de Bactériologie du Tonkin, comme teneurs extrèmes, 5,16 à 13,87 p. 100 de tanin et 1,30 à 3,25 de caféine.

Toutes ces différences n'auraient, au surplus, qu’une très faible importance, puisqu'on est d’aceord aujourd’hui pour penser qu'il n’y aurait pas entre les quantités des divers éléments contenus dans les thés et les qualités de ces thés le rapport étroit qu’on a longtemps admis.

L'analyse des infusions de thé obtenues en faisant infuser pendant cinq minutes 3 grammes de thé dans 150 grammes d’eau bouillante n’est pas un meilleur élément d’appréciation, non plus que le dosage de la quantité de matière qui s’est dissoute dans cette infusion, et qui, variant de 16 à 25 p. 100, peut être sensiblement la même pour des thés de Chine, de Java et du Japon.

En réalité, il y a des crus de thé comme il y a des crus de vin, et ce sont les bons crus qui, bien préparés et provenant d’une culture rationnelle, donneront les qualités supérieures, les teneurs en tanin et en caféine étant d’importance très relative, et, en tout cas, non primordiale.

Tels sont les faits aujourd’hui reconnus, et qu'il ne faut pas perdre de vue si l’on ne veut pas faire fausse route en cherchant seulement dans l’abaissement des teneurs en tanin et en caféine les moyens de faire disparaître les défauts (une certaine âcreté, un goût légèrement amer et un manque d’arome) qu’on reproche souvent aux thés d’Indochine.

(Chalot : L'avenir du Thé en Indochine. L’ Agronomie Coloniale, marsavril 1919, n° 23. — J. J. B. Deuss : L'analyse chimique du Thé en rapport avec sa qualité. I., août 1924, n° 80. — P. Vieillard : L'avenir de la cu!ture du Théier en Indochine. 1d., juillet 1930, n° 151.— P. Ammar Nouvelle contribution à l’étude des Thés d Indochine. Id., août 1930, n° 122.)

278 à 280. — Thés verts d'Annam pour la consommation

européenne. — Annam.

Les sortes exposées, et de même provenance que les thés noirs précédents, sont : Young Hyson extra-supérieur ; Hyson surfin ; Moyune Hyson extra-supérieur.

281. — Thé vert d'Annam pour la consommation européenne. — Annam.

Préparé dans la province de Quang-tri, qui, après celle de Quang-nam, est une des principales provinces d’Annam pour la culture de l’arbre à thé.

282. __ Thé noir du Yun-nan, en galettes. — Importé au Tonkin.

C’est le Pou-eurl tcha, ou «thé de Pou-eurl», très répandu et apprécié dans toute la Chine, et auquel les Chinois attribuent des propriétés médicinales.

Obtenu dans les Sipsong Panas chinois, c’est-à-dire dans les trois districts de I-bang, I-vou et Moung-hai, au sud de Semao, il est trié à Semao, préparé et mis en galettes ; puis il est expédié, par Yun-nansen, Taliet Mong-tsé, dans toutes les directions.

Pour la préparation de ces galettes, qui, dans échantillon exposé, ont 20 centimètres de diamètre environ et 2 centimètres d'épaisseur et sont empilées par sept en un paquet cylindrique enveloppé de feuilles de bananier, les feuilles récoltées sont desséchées, puis, après triage, placées sur une sorte d’étuve primitive qui consiste en une grande bassine ronde en fer, à bords très évasés, remplie d’eau qui est maintenue à l’ébullition. Cette marmite est recouverte d’une toile grossière sur laquelle on place le thé, qui s’imprègne ainsi très rapidement de vapeur d’eau.

Lorsque l’imprégnation est jugée suffisante, le thé est moulé dans des moules en cuivre ayant le diamètre qu’on veut donner aux galettes ; il est placé ensuite dans des sacs

en toile, qu’on ferme et qu’on façonne, puis qu’on place entre deux pierres cylindriques sur lesquelles un homme piétine pendant quelques minutes.

Le thé retiré du sac est séché, et c’est alors que les galettes sont empaquetées par sept, qu’on enveloppe de feuilles de bananier, chaque parquet formant un {soung. Et 50 tsoung pèsent environ un picul de 60 kilogrammes.

Le tsoung en collection pèse 2 kgr. 200.

Le thé de Pou-eurl provient, pour les deux tiers, des plantations de Moung-hai, et malheureusement cette provenance est de qualité inférieure, les indigènes de cette région prenant beaucoup moins de soins culturaux que les Chinois d’I-bang et d’I-vou.

(Rousse-Lacordaire : Le Thé de Pou-eurl (Yun-nan). Bulletin Économique de l’Indochine ; 1904, p. 1028.)

283. — Thé noir du Yun-nan, en briquettes. — Importé au Tonkin.

L’échantillon se compose d’un paquet enveloppé encore avec des feuilles de bananier, mais composé de deux briquettes carrées ayant environ 11 centimètres de côté et 2 centimètres d’épaisseur.

Le mode de préparation est sans doute le même que celui du thé en galettes, la forme seule différant.

Tous ces thés en galettes ou en briquettes portent au Tonkin le nom de che tung. Ils sont, en général, très estimés des Annamites, tant à cause de la qualité des feuilles employées que des facilités que présentent le transport et le commerce. La compression a lavantage de mettre les feuilles à l’abri des poussières et des moisissures.

284. — Thé noir du Yun-nan, en briquettes. — [mporté au Tonkin.

Paquet enveloppé comme le précédent et composé © briquettes de même forme et de mêmes dimensions que |

précédentes, mais à bords nettement tranchés, beaucoup plus réguliers et plus nets. Sans doute de même origine que le précédent et importé par Lai-chau.

Le paquet de cinq pèse 0 kgr. 900.

D’après M. Demange, ce thé comprimé en pains carrés est dit phuong xa. Il arrive à Hanoï de février à juin. Bien que de qualité moins estimée que le che tung comprimé en pains ronds, c’est encore une sorte consommée par la classe aisée.

(V. Demange : Essai sur les Thés de consommation indigène. Bulletin Économique de l’Indochine, juillet-août 1917.)

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