SOUDAN ANGLO-EGYPTIEN
Il était tout naturel que le Gouvernement Britannique songeât à mettre à profit, pour la culture du cotonnier, le ‘Soudan égyptien placé sous son contrôle. Ainsi que l’écrivait, en 19171, M. Dunstan à propos de cette contrée, « de nombreux districts ont été cultivés en bon coton du type égyptien, et, de plus, il est reconnu qu'il existe, surtout dans la province de Berber, de très vastes étendues de terrain approprié ».
«€ Mais, ajoutait M. Dunstan, il faut dans ces contrées, où 1l ne pleut jamais, disposer artificiellement d’une quantité suffisante d’eau et pouvoir se procurer la main-d'œuvre nécessaire. »
Insuffisance d’eau et manque de main-d'œuvre étaient, en effet, déjà deux des difficultés auxquelles pouvait se heurter un projet de culture cotonnière au Soudan. Une troisième était l’état plus que précaire des communications aux débuts de l’occupation anglaise. Enfin de gros crédits étaient indispensables.
Dans sa si intéressante notice sur Un voyage d'Etudes au
Unis, fournit la base des prix sur le marché. Dans les quinze années précédant la guerre, les prix de ce « Middling » avaient généralement varié, suivant les années, entre 3 et 6 ou 7 pence la livre à Manchester. Or, en 1917, les prix, qui n’étaient encore que de 9 pence à Londres au 1% septembre 1916, se sont élevés, à la fin de juin, à 12 d. 3/4 à New- York et 19 d. 1/2 à Londres. En mars 1917, lorsque le « Middling » valait à Londres 12 pence 1/2, le coton égyptien était coté jusqu’à ‘22 pence 85.
Soudan Anglo-Egyptien en 1913-1914, M. G. Foucart (1) a lumineusement exposé comment le Sudan-Government a su bravement aborder sans tarder toutes ces difficultés et a déjà commencé à les résoudre.
Le problème des communications est même déjà à peu près résolu. Alors qu’en 1897, il n’y avait pas — en dehors de quelques tronçons de voies militaires — un kilomètre de rail au Soudan, en 1914 un réseau de 2.393 kilomètres était construit, dont toutes les maîtresses lignes étaient déjà régulièrement exploitées ; et les ramifications secondaires étaient à l'étude. Le début du fonctionnement remonte à l’année 1900: et aujourd'hui tout un système mi-fluvial, mi-ferré, achemine tous les produits du pays vers la Mer Rouge, c’est-à-dire, plus exactement, vers Port-Soudan, cette ville nouvelle surgie comme par enchantement à 40 kilomètres au nord de l’ancien port de Souakim. Commencé en 1905, Port-Soudan était inauguré quatre ans plus tard, en avril 1909, après 23 millions de dépenses.
Le problème de la main-d'œuvre n’est pas le moins grave. Le Soudan égyptien renferme à peine deux millions d'habitants, pour une superficie qui équivaut à six ou sept fois celle de la France ; et beaucoup de ces populations, dans le Sud, vivent encore à l’état sauvage. D'autre part, la région n'est pas de celles qui puissent convenir au travailleur européen : elle ne convient pas davantage à l'immigration indienne ou chinoise. Et c’est à trois éléments africains qu'il faut surtout s'adresser : aux Gallas d’Abyssinie, aux Noirs du sud du Bahrel-Gazal, de lOuganda et du Congo belge, et aux races de l'Afrique occidentale. M. Foucart dit qu'à Dueim le nombre des immigrés de lOuest-Africain était de 15.000 environ, de 1912 à 1914. S'il faut, au total, pour les dix prochaines années, 200.000 à 250.000 travailleurs, on peut raisonnablement admettre que ces chiffres seront atteints.
(1) G. Foucart : Un voyage d'Etudes au Soudan Anglo-égyptien (1913 1914). Edité par la Chambre de commerce de Marseille en 1916.
JF QUELQUES DONNÉES
Quant aux travaux d'irrigation, ils sont aussi dès à présent entrés dans le plan d'exécution. Tels sont notamment ceux de la section nilotique du Dongola, des régions de Tokar et de Kassala, et surtout du Gezireh. Ces derniers, les plus importants de tous, «consistent essentiellement, dit M. Foucart, à élever sur le Nil Bleu, à 8 kilomètres au sud de Sennaar, un barrage : la différence de la cote avec le Nil Blanc étant de 70 mètres, un canal transversal coupant le Gesireh du Nil Bleu au Nil Blanc amènera, par une série de dérivations secondaires, l'irrigation nécessaire et transformera toutes ces régions en terres susceptibles de produire le coton. Sur le Nil Blanc lui-même, le barrage de Gebel Aouli constituera, et pour les terrains soudanais et pour l'Egypte elle-même, une immense réserve d’eau ». M. Foucart cite encore, comme travaux secondaires, ceux de la Dinder, affluent du Nil Bleu.
Et ce ne sont là que les travaux pour lesquels les fonds nécessaires sont dès maintenant disponibles. On songe pour plus tard à l’aménagement complet de l’Atbara, à la régularisation du lac Tana, au percement du canal rectiligne de Bor, dans les régions du Haut-Nil, à la construction de déversoirs aux chutes Ripon, à la sortie du lac Victoria, etc.
Au point de vue financier, il est convenu que l'Egypte contribuera, de compte à demi avec le Gouvernement du Soudan, à certaines dépenses pour les grandes entreprises telles que le barrage du Nil Blanc. Un emprunt de 3 millions de livres a été, en outre, garanti par l'Angleterre pour ces mêmes entreprises.
De l’exécution de tout ce grand plan de «remodelage » de la vallée du Nil et, en particulier, des travaux de barrage du Nil Blanc, du Nil Bleu et du canal de Gesireh dépend donc l’avenir de la culture cotonnière dans le pays. Au début de 191%, on admettait que les surfaces qui pouvaient être plantées en coton avant 1920 étaient de :
Dans la province de Dongola ........ 40.000 hectares Dans la résion"de Tokar”::. 17: 20.000 — Dans la région de Kassala .......... 100.000 —
Danse Cezirehess se PE os ap à 400.000 LE
Les événements présents doivent nous amener aujourd'hui à modifier les prévisions du commencement de 1914, mais au seul point de vue du laps de temps dans lesquelles les surfaces indiquées pourront être livrées à la culture: les nombres indiqués pour ces surfaces mêmes restent vrais. M. Foucart dit que, lors de son passage à Khartoun, on estimait alors devant lui à 800.000 hectares au moins la superficie des terres qui, dans les quatre régions mentionnées, pourraient convenir aux cotonniers lorsque seraient complètement achevés les travaux en cours.
Sur ce total, on admettait 400.000 hectares pour le Gezireh (dont la superficie est d'environ 1.600.000 hectares), 200.000 pour les vallées d’Atbara, autour et en aval de Kassala, 80.000 dans le Dongola, 120.000 pour l’oasis de Tokar et la vallée en amont.
Jusqu’alors, il a été produit (la livre égyptienne valant 25 fr. 90) :
En 1911... 270.000 livres égyptiennes, correspondant à 12.500 tonnes En 1912..: 155.000 — — — R'DO AE En 1915... 236.793 — —. —
Bat rGrr:269.093%"— DS dE
Soit donc, pour cette année 1916, 6.970.000 francs environ.
Ne négligeant aucun moyen d'étendre cette production, le Gouvernement du Soudan a fondé sur le Nil Bleu, comme station d'essais pour la culture du cotonnier, la station de Tayibah.
Dans cette station, qui occupe une surface d'environ 1.000 hectares et où les terres ont la composition ordinaire de celles du Gesireh, les champs, dit M. Foucart, ont un assolement triennal : une année de Légumineuses, une année de
(1) En ces années 1915 et 1916, les exportations totales du Soudan égyptien ont été respectivement de 1.557.991 et 2.888.403 livres égyptiennes. La contrée a notamment exporté, en plus du coton, de la gomme (586.102 livres en 1916), du sésame (193.040 livres), du sorgho (350.05% livres), des peaux, du bétail, de livoire (70.234 livres), etc.
cotonnier et une année de céréales (2). Les semailles ont lieu en juillet, après trois labours. La récolte est faite en trois ou quatre cueillettes successives de janvier à avril, la première étant de beaucoup la meilleure. On irrigue immédiatement après le semis et on renouvelle l'irrigation suivant les besoins. de la plante, mais en tous les cas après chaque cueillette.
L'espèce sélectionnée pour les graines est le Mut-Afifr égyptien. L'Upland américain, essayé en 1912, a été abandonné.
: Comme salaires journaliers, M. Foucart indique 3 piastres (77 centimes) pour les horames, 1 piastre 1 /2 pour les femmes et { piastre (25 centimes environ) pour les enfants.
Comme rendement, on admettait en 1914, à Tayibah, 5 kantars 3 à 5 kantars 6 par feddan. Le feddan égalant à peu près l’acre anglais, exactement 42 ares, et le kantar étant de 44 kgr. 500, c’est donc approximativement 560 à 595 kilogrammes de coton égrené à l’hectare.
C’est à peu près ce qu’on obtenait jadis en Egypte, où la production était de 6 kantars par feddan, alors qu’elle ne serait plus guère aujourd’hui que de 3 kantars 5, soit 320 kilogrammes, à l’hectare.
En 1915-1916, l'exportation du Soudan a été de plus de 24.000 balles, d’une valeur d'environ 300.000 livres sterling.