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INDOCHINE

. L’Indochine, dit M. le vétérinaire Sarazin (1), « possède tous les éléments nécessaires pour devenir un grand pays d'élevage et devrait, en raison même de ce fait, pouvoir un jour concurrencer très avantageusement ses rivaux sur le marché du bétail d'Extrême-Orient. »

D’après la statistique de 1916, il y avait alors en Indochine :

Bovins Buffles Porcs Cochinchine...... 135.730 297.525 4144174 Tonkin six LS 190.946 370.998 1.050.987 Antam-< 7: 259.801 179.027 328.723 FA ISN PE 339.091 369.729 282.150 Cambodge....... 082.449 366.339 > : 086.900

[I n’y aurait donc, au total, dans un pays de 720.000 kilomètres carrés, avec une population de 45 millions d'habitants, que 1.300.000 têtes de bovins ; et le cheptel bubalin, qui constitue l'instrument de travail par excellence, n’est guère plus riche, puisque le total est de 1.583.712 têtes.

Depuis 1906, c’est-à-dire en dix ans, augmentation totale du cheptel bovin et bubalin de la Cochinchine, du Cambodge et du Tonkin aurait été de 69,4 p. 100.

Toute cette population bovine et bubaline de Indochine est très inégalement répartie sur toute l'étendue de notre grande

(1) Sarazin : « Le Bétail indochinois sur les Marchés de France et d’Extrème-Orient ». Bulletin Economique de l’Indochine, septembreoctobre 1916, n° 121.

possession. Les pays les plus peuplés sont les moins riches en bétail. Les deux deltas, celui du Mékong et celui du Fleuve Rouge, qui couvrent une superficie de 60.000 kilomètres carrés

et comptent 7.500.000 habitants, soit la moitié dela population

totale de la colonie, ne possèdent guère que 700.000 têtes, contre 2.300.000 pour le reste du pays.

Si nous considérons maintenant successivement ehaque région, l’état actuel est le suivant, d’après l’étude de M. Sarazin.

Au Tonkin, dans le Delta, le cultivateur annamite essaie de produire pour satisfaire ses propres besoins et n’y arrive qu'à grand’peine. La majeure partie des provinces de cette contrée est obligée d'importer des animaux de travail et de boucherie. Par contre les moyenne et haute régions devraient. dans presque tout leur ensemble, devenir de gros producteurs de bétail, pouvant subvenir, non seulement aux demandes des pays de grande culture, mais fournir encore un contingent pour l'exportation. Cette partie de l'Union possède tous les éléments nécessaires au développement de l'élevage et devrait, par conséquent, être un centre de vente important.

Le Laos, d’une superficie de 220.000 kilomètres carrés et avec 630.000 habitants, est un abondant réservoir de gros bétail ; et ses disponibilités peuvent être plus fortes que celles de tous les autres pays de la colonie, car c’est la contrée la moins peuplée et la moins cultivée, la riziculture ne couvrant que 134.000 hectares. La difficulté des moyens de communication est la principale cause qui, à l’heure actuelle, restreint une exportation qui se fait déjà vers le Cambodge, l’Annam, le Tonkin et le Siam.

L’Annam, d’une superficie de 150.000 kilomètres carrés, et avec une population de 5 millions d'habitants, est moins riche que le Laos en gros bétail; et le troupeau a été malheureusement décimé plusieurs fois par les épizooties. Le Nord commerce avec le Tonkin, et le Sud avec la Cochinchine ; le Centre est la partie la plus pauvre.

Le Cambodge, d’une superficie de 175.000 kilomètres carrés,

et avec une population de 1.600.000 habitants, a toujours été

le gros exportateur de lPIndochine. Déjà riche par lui-même

en bétail, il voisine avec le Bas-Laos, qui possède des troupeaux immenses, hors de proportions avec ses besoins, et dont il est le débouché naturel. De plus, il a le gros avantage d’être

traversé par le Mékong, que Îes navires de tonnage moyen

peuvent remonter facilement. Et c’est sur presque toute l'étendue du territoire que l'élevage est pratiqué.

Quant à la Cochinchine, elle ne peut évidemment, par la nature même de son sol, par le développement de son agriculture, par la densité de sa population, être un centre de production du bétail ; elle achète donc et continuera à acheter ses animaux de boucherie et de travail au Laos, à l'Annam et au Cambodge, principalement à ce dernier.

Mais, en définitive, pour l’ensemble de notre Indochine, on »

voit que, d’une part, le Nord-Annam et le Nord-Laeos, et, d'autre part, le Sud-Annam, le Sud-Laos et le Cambodge doivent pouvoir nous fournir les ressources suffisantes pour lutter contre la Chine et le Siam sur les marchés d’'Extrême- Orient. De nombreuses améliorations administratives (réglementation du commerce de boucherie, organisation de concours régionaux, immatriculation de tous les animaux, facilitement des échanges et des transports, etc.) doivent toutefois être apportées, en même temps qu'il est urgent d'établir un service vétérinaire bien outillé. Les graves épizooties qui ont frappé le bétail indochinois ont été la cause de l'interdiction dont a été frappée, aux Philippines, l’entrée des animaux de travail provenant de notre colonie; et cependant les Philippines, qui ont un grand besoin de cès animaux, seraient certainement, pour le bétail sur pied, le plus gros client de nos éleveurs indochinois. Le Siam, où la possession américaine s’approvisionne, surtout actuellement, étend de plus en plus sa culture du riz ; ses besoins en animaux de travail deviendront done, par là même, plus grands, et ses disponibilités se restreindront. C’est à notre colonie qu’il appartient tout naturellement de reprendre ce commerce, qui s’établirait plus facilement et plus rapidement sur une large échelle que le commerce des viandes de boucherie vers la France.

A cet autre point de vue, M. Sarazin passe en revue les di-

verses difficultés auxquelles se heurterait notre colonie. La durée du voyage ne permet pas de penser un seul instant au

transport des animaux vivants ; la même raison s'oppose à

l'envoi de viande réfrigérée ; l'installation de frigorifiques pour les viandes congelées serait fort coûteux et apparaît, dans les circonstances actuelles, comme quelque peu aléatoire, surtout en raison de la grande concurrence sud et nord-américaine. Les chances seraient plus grandes pour le commerce des conserves, surtout si nos colons s’attachaient à trouver des débouchés non seulement en France, mais dans les autres pays importateurs.

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