CANADA
A l’inverse de la Nouvelle-Zélande, le Canada a toujours été un pays de culture, beaucoup plus que d’élevage., Au fur et à mesure cependant des progrès de la colonisation dans ce Dominion, dont la superficie d’environ 9 millions de kilomètres carrés, — pour une population d’à peine 8 millions d'habitants — est à peu près celle des Etats-Unis ou de l’Europe, les effectifs : du bétail, dans l’ensemble, s’accroissent, Cet accroissement. du reste, est surtout dû au Canada central (Manitoba, Saskatchewan et Alberta) et au Canada occidental (ou Colombie britannique), car il a été faible et la production ne s’est guère que maintenue, du moins pour les bovins, dans le Canada oriental (partie occidentale de la province de Québec et la province d’Ontario), et il y a eu plutôt un léger fléchissement dans le Canada maritime (partie orientale de Québec, Nouvelle- Ecosse, Nouveau-Brunswick et île du Prince-Edouard).
L'augmentation de la production animale paraît avoir surtout pour cause l'importance chaque jour plus grande que prend au Canada le mixed jarming, c’est-à-dire l'exploitation combinée de la culture des céréales et de l'élevage, contrairement à la
culture exclusive des céréales qui a été longtemps le caractère dominant de l’agriculture du pays.
Le rancher fait place peu à peu au homesteader; et à l'élevage extensif (ranching) des grands troupeaux libres sur de vastes espaces se substitue l'élevage intensif des petits troupeaux du homestead (1).
Contrairement à ce qu’il serait permis de supposer, cette transformation dans le mode d’exploitation a bien pour consé- -quence d’accroître le troupeau, car là où le rancher possédait un seul animal pour plusieurs acres, l’homesteader élève sur un seul acre plusiers animaux améliorés.
” En 1911, il y avait au Canada 6.533.436 bovins (au lieu
. de 5.576.451 en 1901 et 4.120.586 en 1891) et 3.610.428 porcins
(au lieu de 2.353.828 en 1901 et 1.733.850 en 189H}. Actuellement, 1l y a 2.250.000 ovins.
En 1912, le Canada exportait 61.517 bovins et 430 tonnes de viande et importait 2.976 bovins et 896 tonnes de viande. L’exportation des bœufs vivants se faisait alors surtout vers l’Angleterre. Mais en 1913, lorsque les droits de douane des produits de boucherie ont “été supprimés aux Etats-Unis, le commerce s’est détourné vers ces Etats, et il a même pris tout de suite une importance telle (216.295 bœufs exportés cette année-là) que la consommation locale a diminué, en même temps que les prix de la viande se sont élevés. En prouvant l'insuffisance de la production bovine au Canada, le fait est un stimulant pour l’expansion de l'élevage dans le Dominion.
Pour les ovins, la production a déjà augmenté depuis la guerre, puisque le troupeau n’était que de 2.050.000 en 1914 ; et l’on prévoit que cette augmentation continuera, car, après
(1) Le homestead est une concession de 65 hectares que le Gouvernement canadien accorde aux colons d’au moins 18 ans, sous la condition de trois années de résidence (avec six mois de résidence effective chaque année), de la mise en culture d’un minimum de 12 hectares, de la cons-
truction d’une maison valant au moins 1.515 francs, et d’un paiement de 10 dollars. Le possesseur d’un premier homestead peut, à de nouvelles conditions, acquérir le droit de prélation pour un autre homestead,
Quatre homesteads forment un mille carré (260 hectares), ou section ; et 36 sections constituent un township.
n'avoir longtemps considéré l'élevage du mouton que comme une branche très accessoire de leur agriculture, les fermiers. canadiens ont aujourd’ hui-changé d’avis.
Normalement le Canada a produit jusqu'alors 75 p. 100 seulement de la viande de mouton nécessaire à sa consommation ; le reste venait principalement de l'Australie et la Nouvelle-Zélande. On pressent, au contraire, aujourd’hui, le moment où la colonie non seulement se suffira à elle-même, mais encore pourra pratiquer l'exportation en grand.
Comme conséquence, alors que la production de la laine n’égale, à peu près, à l'heure présente, que la moïtié de la quantité nécessaire au pays, cette production, dans la suite, deviendra aussi assez grande pour permettre l’exportation tout au moins des qualités moyenne et grossière. Les qualités fines seules continueront à être importées, les conditions agricoles rendant le Canada plus apte à l'élevage d’un type de boucherie qu'à celui de « Mérinos » ou d’autres races à laine fine.
Pour l'instant. le fond du bétail ovin canadien est constitué par le groupe des « Downs ». On emploie seulement le « Cheviot », d’origine écossaise, dans les régions des collines‘rocheuses de l’Ontario-Nord et de la province de Québec, là où l'élevage est encore extensif. La race « Mérinos », type Rambouillet ou type Delaine, ne sert de même qu’à des croisements avec les ovins de boucherie des grands troupeaux qui paissent dans les dry farming belts (ou zones des terrains arides) du Saskawetchan, de l’Alberta et de la Colombie Britannique, et le but de ces croisements est de donner à ces troupeaux plus de rusticité.
Ainsi qu'il en est résulté pour les bovins, comme nous l'avons vu plus haut, à la suite du «tarif Wilson-Underwood », qui a établi, en septembre 1913, l’entrée libre de droits des produits de boucherie, les exportations de viande de porc, qui avaient lieu surtout antérieurement vers le Royaume-Uni, se sont également détournées maintenant, au moins en partie, vers les Etats-Unis. Au reste, l’accroissement de la consommation locale a déjà, depuis 1905, diminué les exportations du Canada, autrefois assez fortes, puisque le Dominion fournissait à la mère-patrie 20 p. 100 du lard importé.
En 1900, il était exporté, au total, du Canada, en lard, jam-
bon et viande de porc, 61.752 tonnes ; en 1913, il n’en était plus expédié que 17.785.
. Mais des provinces qui, comme celles des Prairies, ont pendant longtemps élevé peu le porc — surtout produit dans l'Ontario — s’attachent aujourd’hui davantage à cet élevage ; et il ya encore là certainement pour le Canada un commerce d'avenir.
Grâce à l’activité de ses nombreuses Sociétés d'Agriculture (1), qui, de longue date, se préoccupent de l’instruction agricole et ont institué des concours et des primes, grâce aussi à l’orga-
nisation de ses Coopératives, comme il en existe déjà depuis
longtemps dans l’Est, le Dominion canadien peut devenir très rapidement un très grand pays d'élevage, et d’élevage rationnel et perfectionné. Il convient de rappeler les paroles de Sir Wilfrid
Laurier : « De même que le x1x® siècle a été,en Amérique, le
siècle des Etats-Unis, le vingtième sera celui du Canada. »
(1) En Nouvelle-Ecosse il y avait, en 1912, 164 Sociétés d’Agriculture, comprenant 8.576 membres, et subventionnées par le Gouvernement. Au Nouveau-Brunswick, en 1901, 60 sociétés instituaient des concours et facilitaient l’introduction de bon matériel ; il y a 3 Ecoles d'Agriculture, En 1898, il se fondait dans l’île du Prince-Edouard une Association de laitiers ; et en 1902-1903 il se fondait à Charlottetown une Ecole de Laiterie. En 1915-1916, plus de 1.000 étudiants étaient inscrits dans les trois Ecoles d'Agriculture de la province de Québec ; et il s'était organisé dans cette province 162 Coopératives agricoles, 85 Sociétés d'Agriculture et 710 Cercles d’Agriculteurs. La province d’Ontario possède un plus grand nombre encore d’institutions agricoles ; le Manitoba a des: « fermes de démonstration » et des « trains-écoles », l'Alberta a 6 fermes analogues et une Ecole d’Agriculture, la Colombie anglaise a institué des concours. Dans l’Est, les efforts de beaucoup de sociétés ont depuis longtemps porté sur l’industrie laitière. En 1913, il y avait en Nouvelle- Ecosse 33 fabriques de beurre et de fromages, qui produisaient près de 350.000 francs de beurre et 300.000 francs de fromages. Au Nouveau- Brunswick, on comptait, en 1901, 68 de ces fabriques, qui produisaient pour plus de 1 million de francs de beurre et 950.000 francs de fromage. Dans l’île du Prince-Edouard en 1913, le nombre des fromageries était d’environ 50. Dans la province de Québec, il y a actuellement 585 beurreries, 883 fromageries et 523 établissements mixtes, qui produisent pour plus de 100 millions de franes de beurre et de fromages ; les exportations de lait et de crème vers les Etats-Unis étaient récemment de 7 milhons 1 /2 de francs, alors qu’elles étaient inférieures à 4 million en 1910,