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BRÉSIL

Le commerce d'exportation des viandes congelées est, pour le Brésil, un commerce tout récent, puisqu'il ne date que des premiers mois de la guerre.

C’est en novembre 1914 qu’un premier envoi de 1.415 kilogrammes de ces viandes congelées était fait, à titre d'essai, vers l'Angleterre par le port de Santos, dans l'Etat de Sao Paulo. : Peu après, une Société dite « Société des Installations frigorifiques du Port de Rio de Janeiro » se fondait à Rio, dans l'Etat voisin ; et en 1915,1l était expédié, au total, du Sud du Brésil, 8.913.970 kilogrammes de viandes, dont 7.946.745 kilogrammes de Santos et 563.633 kilogrammes de Rio. Les pays importateurs furent alors, par ordre d'importance, l'Angleterre (4.360.284 kilogrammes), l'Italie (2.055.414 kilogrammes), les Etats-Unis (1.996.949 kilogrammes) et la France (101.323 kilogrammes).

En 1916, les exportations s’élevaient à 33.000 tonnes; et elles étaient estimées pour 1917 à 75.000 tonnes, ce qui représente environ 300.000 têtes. L'Egypte est venue s'ajouter aux précédentes contrées d'importation. Rio, d’ailleurs, contrairement à ce qui a eu lieu la première année, exporte aujourd’hui de plus fortes quantités que Santos, puisque, pendant le premier semestre de 1917, ses expéditions ont été de 19.474 tonnes, alors que celles de Santos n’ont été que de 16.189.

En ces tout derniers temps, un troisième Etat, celui du Rio Grande do Sul, a suivi l'exemple donné par Sao Paulo et Rio de Janeiro. On pouvait un peu le prévoir si lon songe à l’importance qu'a depuis longtemps l'élevage du bœuf dans cet Etat. Le Rio Grande do Sul est comme le prolongement légerement vallonné des grandes prairies d'élevage du Rio de la

Plata, et les troupeaux y sont en groupements plus denses que - dans les autres contrées brésiliennes. Aussi est-ce tout particulièrement dans cet Etat que se sont établies depuis longtemps les xarqueadas où est préparé le xarque, c’est-à-dire la viande salée et séchée (1). En 1910, il y avait, dans le Rio Grande, 24 de ces xarqueadas, qui occupaient près de 4.000 ouvriers et abattaient annuellement plus de 600.000 bœufs. On conçoit que, dans ces conditions, des capitalistes nordaméricains, en constatant l’essor que commence à prendre le nouveau commerce des viandes congelées dans le Sud du Brésil, aient tout naturellement pensé à installer, dans cet Etat, des frigorifiques et c’est ainsi que les maisons « Armour et C° » de Chicago et du Rio de la Plata, et «Swift et C0 », ont décidé de faire construire dans la région de vastes établissements (2). La Société « Armour »a déjà fait choix à Campinas d’une grande surface de terrain où sera établie une usine modèle qui comportera abattoirs, magasins, dépôts frigorifiques, ateliers de mise en boîtes et soudage, et qui sera desservie par une

(1) Quelques-uns de ces établissements se trouv ent aussi dans l'Etat de Matto- Grosso, mais le grand centre de l’industrie est Yraiment le Rio Grande. Les viandes salées consommées au Brésil provenaient jadis de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay, mais cette importation a diminué depuis que les xarqueadas se sont multipliées au Rio Grande ; et, alors que les exportations du xarque étaient pour l'Etat de 12.540 contos en 1903, elles étaient de 31.751 contos en 1913. Elles n'étaient plus, par contre, que de 29.624 contos en 1916, et cette diminutionest due en grande partie précisément à la transformation de certaines xarqueadas en frigorifiques. Sur l’organisation et l’industrie de ces xarqueadas du Rio Grande, on trouvera d’intéressants renseignements dans un article de M. Paul Walle, « A travers le Sud Brésilien », publié dans le Bulletin de la Société de Géographie Commerciale de Paris d'avril 1910. A cette époque, l'exportation du xarque du Rio Grande vers le nord du Brésil s’élevait annuellement à 45.500 tonnes, auxquelles venaient s’ajouter 34.000 tonnes de l’Argentine et de l’Uruguay, soit une consommation totale, pour ces Etats du Nord, de presque 80.000 tonnes de carne seca. Nous avons indiqué, en note, à propos de l'Argentine, les différences entre le xarque et le tasajo, et entre les xarqueadas du Brésil et les saladeros de l'Argentine et de l’Uruguay.

(2 ) Le frigorifique Swift du Rio Grande a été rapidement installé, | puisque depuis que nous avons écrit ces lignes, nous apprenons que tout récemment (mars 1918) un incendie l’a déjà complètement détruit. Les pertes sont évaluées à 1.600 contos.

voie ferrée. Ces projets, il faut l’ajouter, inquiètent d’ailleurs quelque peu les riograndenses, au point que la presse de l'Etat entreprit, au commencement de 1917, une vive campagne -en vue de démontrer le danger qu’il y avait pour les éleveurs et les capitalistes du pays à laisser des capitaux étrangers s’immiscer dans la nouvelle industrie. Répondant à cet appel, les capitalistes de Pelotas, en commun accord avec les éleveurs de l'Etat, manifestèrent tout de suite l'intention de fonder une grande entreprise dans laquelle n’entreraient que des capitaux de l'Etat (1). |

Cette lutte prouve bien tous les espoirs que fonde le Brésil sur l’avenir du commerce des viandes.

Actuellement, tout ce commerce porte exclusivement sur la viande de bœuf, L'usine créée à Porto-Alegre, dans le Rio Grande; a cependant le projet de traiter également les viandes de mouton et de porc (2), et il est fort possible que‘ pour la viande

‘de porc surtout l’industrie se développe à brève échéance.

Le Brésil, en effet, ne semble pas encore bien préparé pour l'exportation des viandes de mouton. Son troupeau de 7 millions de ces animaux (7.204.920 en 1916) se compose, paraitil, de bêtes assez maigres, en même temps que pauvres en laine ;

mais le nombre de ses porcins (17.329.210 en 1916) le place,

dans cette branche de l’élevage, au second rang parmi les pays producteurs, immédiatement après les Etats-Unis (où le nombre des porcins serait, avons-nous dit plus haut, de 68 millions).

Quoi qu’il en soit, c’est surtout pour l'instant sur le commerce du bœuf que s’est portée l'attention de la grande République

sud-américaine.

(1) A la première réunion des souscripteurs on s’aperçut qu’il restait environ 2.000 contos à souscrire ; une Compagnie argentine, qui a une succursale à Pelotas, voulut apporter le complément, mais M. Alberto Roberto Rovas, président de la Banque de Pelotas, déclara que cette somme était déjà souscrite en son nom personnel, et que, par conséquent, de l'argent étranger étaït inutile.

(2) Cette usine de Porto-Alegre doit avoir 2,500 ouvriers, et sa capacité de production journalière correspondra à 2.000 bœufs, 1.000 pores et 3.000 moutons.

Le nombre des bovins y est actuellement de 30 millions environ (28.962.180 en 1916), répartis sur une surface de prairies que, dans ce pays de plus de 8.500.000 kilomètres carrés) (1) on évalue approximativement à 200 millions d'hectares. Pour la zone méridionale d’élevage, qui comprend le Rio Grande do Sul, Santa Catarina et Parana, où les conditions sont à peu près celles de l’Argentine, on admettait, en 1916, 7.808.130 têtes, dont 6.657.940 pour le seul Rio Grande (2). Pour la zone centrale, qui correspond aux Etats de Goyas, de Matto-Grosso, de Minas-Geraes, de Sao Paulo, de Bahia, de Piauhy et de Maranhao (3), le troupeau est de 17 millions environ. Le reste du cheptel se répartit entre les Etats du Nord.

Dans le Rio Grande do Sul, il y a déjà un certain nombre d'années que les éleveurs ont commencé à comprendre l'utilité de méthodes rationnelles et ont importé,'en vue des croisements, des races perfectionnées comme les « Durham », les « Jersey », les « Hereford » et les « Simmenthal ».

Dans l’ensemble, cependant, le troupeau brésilien reste encore trop un bétail métissé des diverses races nationales. Parmi ces races, la principale est le Caracu (qui $est formé dans l'Etat de Goyas, mais proviendrait peut-être de races portugaises et françaises jadis introduites) ; et 1l y a eu de nombreux croisements entre ces races du pays et le zébu. L'introduction de nouvelles races françaises, anglaises, suisses

(1) Il est possible que, avec les territoires provenant des contestations de frontières réglées en faveur du Brésil, la surface soit de 9 millions de kilomètres carrés, c’est-à-dire à peu près celle des Etats-Unis, y compris l’Alaska. La population, d’après les divers recensements plus ou moins précis effectués depuis 1872, était de 10.112.061 âmes en 1872, 17.371.069 en 1900 et 24.618.429 en 1912.

(2) Ces nombres ne concordent pas avec une autre statistique d’après laquelle le troupeau du Rio Grande do Sul serait passé de 6.199.140 têtes en 1907 à 8.057.062 en 1916.

(3) Plus exactement, la zone centrale d'élevage, au Brésil, ne comprendrait, en plus des trois premiers Etats, que la partie occidentale de l'Etat de Sao Paulo et les hauts plateaux de Bahia, de Piauhy et de Maranhao, mais nous ne saurions préciser la population bovine de la région ainsi délimitée. Pour les seuls Etats de Minas Geraes, Matto-Grosso, Goyas et Sao Paulo, on admet 13 millions de bovins environ.

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. où argentines s'impose donc ; et les éleveurs brésiliens s’en

occupent, croyons-nous, activement, en même temps qu'ils

- désirent la création de Stations zootechniques.

Le poids moyen actuel des bœufs traités, et qui sont âgés de 5 ans environ, est de 280 kilogrammes, le poids minimum spécifié aux contrats d'achat étant de 260 kilogrammes seulement ; ce poids est nettement inférieur, par conséquent, au poids moyen du bœuf argentin (1).

Dans l'Etat de Sao Paulo, les deux grands établissements frigorifiques déjà en fonctionnement sont l'Établissement de Barretos, de la «Companhia Frigorifice Pastoril » du conseiller

| Prado, et le Frigorifique d’Osasco, de la «Continental Products

C0 », filiale de la « Brazil Raïlway ».

A Rio de Janeiro, nous avons cité plus hautla «Société des Installations frigorifiques de Rio de Janeiro ». Cette Société s’est affranchie de tout intermédiaire et reçoit directement les animaux des éleveurs ; elle perçoit uniquement des taxes

- d’entrepôt et de congélation et assumetoutes les responsabilités

relatives à la conservation du produit. Le bétail est tué aux abattoirs de Santa-Cruz (2). La viande est, après lavage, transportée aux frigorifiques dans des wagons-glacières. Un premier rail aérien la conduit à la chambre de refroidissement où elle séjourne pendant 36 heures entre — 20 et + 20: puis un second rail, également aérien, la transporte delà dans une des trois chambres de congélation (d’une contenance de 40 tonnes chacune) où la température est de — 119 à — 130. Le séjour dans ces chambres est de quatre jours environ, après

(1) Le poids moyen des animaux abattus jusqu'alors à Santa-Cruz est de 230 kilogrammes ; il est de 210 kilogrammes à Sao Paulo et il ne doit pas dépasser 150 kilogrammes pour tout l’ensemble du bétail brésilien, y compris les vaches et les animaux de moins de 2 ans.

(2) On abattait annuellement jusqu'alors, dans les abattoirs de Santa- Cruz, une moyenne de 200.000 bœufs, d’un poids de 230 kilogrammes. La consommation de viande, par habitant, à Rio-de-Janeiro, qui compte 4 million d'habitants est, par conséquent, de 46 kilogrammes. À Sao Paulo où la population est de 480.000 âmes, le chiffre admis est de 37 kilogrammes ; ce serait le même pour Santos. Pour les Etats de Matto-Grosso, Goyas, Parana, Minas Geraes et Sao Paulo, la consommation moyenne totale serait de 20 kilogrammes.

lesquels a lieu la mise en sacs. L’animalestcoupéenquatre quar- . tiers, dont chacun est, après un minutieux examen, placé, s’il est bien sain, dans un premier sac en stcckinette blanche, qui est lui-même mis dans un autre sac en jute ordinaire. Tous les sacs sont finalement transportés dans les chambres d'emmagasimage où le durcissement se complète jusqu'au moment de l’'embarquement. 4

Dans les conditions actuelles, tout ce travail s'effectue trop lentement (1); aussi des transformations profondes sont-elles déjà prévues, aux abattoirs de Santa-Cruz, pour y remédier, ainsi que pour améliorer les procédés employés.

Lorsque tous les établissements construits ou prévus fonctionneront dans les trois Etats que nous avons cités, l’exportation des viandes de bœuf réfrigérées du Brésil pourra atteindre 240.000 tonnes, ce qui correspondra presque à un million de têtes. On s’est naturellement demandé si ces grossesexportations n'auraient pas pour effet de compromettre l'avenir du cheptel brésilien. Il ne semble pas qu’une telle crainte soit fondée. Sur les 30 millions de bœufs que nous avons admis plus haut, le pourcentage des abatages ne serait que de 3 à 4. C’est une proportion qui ne peut inquiéter ; et le Brésil, qui n’abat auJourd’hui que 300.000 bœufs, pourra facilement tripler ou quadru- . pler ses exportations actuelles.

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