Victor Hexerx : Le latex
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celles des albuminoïdes, de sorte que l'on doit penser qu'il s'agit bien ici de réactions colloïdales, mais pour lesquelles le colloïde est simplement constitué par les albuminoïdes du latex. ;
93° -- Îl y aurait entrainement des globules de caoutchouc sous l'influence d'une précipitation minérale provoquée.— Cette hypothèse, qui est celle de M. le D' Heiïm, ne s'applique pas à tous les faits d'expérience.
Ainsi, en additionnant le latex d'un lait de chaux, et, pour éviter la formation de bicarbonates solubles, en ny faisant barboter que pendant quelques instants un courant de gaz carbonique débarrassé de toute trace d'acide chlorhydrique, on n'obtient nullement la coagulation du latex.
Cette hypothèse n'expliquerait du reste pas l'action de la chaleur, des sels, des huiles essentielles, etc., etc
Il semblerait aussi que, les précipités minéraux étant plus denses que le sérum du latex, l'entrainement devrait avoir lieu de haut en bas, alors que le coagulum surnage.
On nous objectera que les albumines coagulées sont aussi plus denses que le sérum environnant et que, cependant, la gomme coagulée surnage également. Mais il est facile de se rendre compte expérimentalement que la prise du latex, par l'intermédiaire des albuminoïdes, n'est nullement due à un phénomène d'entrainement, mais à une action d'englobement des globules de caoutchouc.
Ainsi la coagulation du latex pur ou dilué donne bien un caillot qui surnage régulièrement, parce que la proportion de caoutchouc est de beaucoup la plus forte; par contre, la coagulation des albumines du latex, séparées par dessiccation pelliculaire et redissolution, provoque la formation d'un précipité plus dense et qui coule au fond des vases à coagulation. Il en est de même pour du sérum de latex que l'on soumet à une nouvelle coagulation.
Comme phénomène intermédiaire, du sérum additionné de très faibles quantités de latex et soumis à une nouvelle coagulation, suivant les procédés indiqués plus haut, donne
un coagulum, tombant au fond du récipient, alors que si, au contraire, la quantité du latex ajoutée est assez forte, le coagulum surnage.
Ainsi, suivant la densité du milieu liquide et suivant les différents rapports possibles de la teneur du coagulum en albuminoïdes et en caoutchouc, le caillot est plus léger ou plus dense que le sérum environnant: il surnage ou il coule.
4, — [l y aurail intervention de diastases, où enzymes coagulants, où pegnymases, qui préexisleraient dans le latex d'hévéa. — Notons tout d'abord, au point de vue étymologique, que, le terme diaslase impliquant un dédoublement et celui d'enzyme l’action d'un levain où d'un ferment, il serait préférable, suivant la terminologie actuelle, d'adopter le terme de pegnymase (du verbe grec qui signifie coaguler), pour caractériser les phénomènes dont nous nous occupons.
Malheureusement la démonstration directe de leur existence n'a pas encore été produite ; cela exigerait, en effet, ou bien une séparation préalable, difficile à réaliser, ou bien la réussite de certaines réactions chimiques dans le latex frais, réactions qui n'ont pas encore été obtenues.
Cette idée a cependant ses partisans, qui basent leur opinion sur les réactions suivantes de la coagulation du sang ; les sels de chaux (chlorure de calcium), coagulent le latex, alors que les précipitants des sels de chaux (oxalate de potasse et fluorure de sodium) empêchent ou retardent la prise du latex.
Or, le chlorure de calcium est un précipitant énergique de nombre de matières albuminoïdes ; il a été employé directement comme coagulant du latex, de même qu'il a été utilisé dans la fabrication des fromages.
Alors que le formol est considéré comme entravant l'action diastasique, le chlorure de calcium coagule parfaitement et rapidement le latex formolisé ; bien plus, il coagule encore, même après addition d'une forte proportion d'ammoniaque et de formol.
Du reste, si ce sel de chaux agissait uniquement comme
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accélérateur de laction des pégnymases, des traces suffiraient, alors que les chiffres invoqués en faveur de cette hypothèse montrent exactement le contraire.
De plus, la formation constatée de grumeaux est l'indice que nous n'avons pas affaire à une pégnymase, puisque, dans la coagulation du sang comme dans celle du lait présuré, la prise a lieu en masse.
L'oxalate de potasse et le fluorure de sodium sont bien des précipitants des sels de chaux, mais, s'ils agissent comme tels, pourquoi d’autres précipitants de sels de chaux, sulfate de soude ou de manganèse (tous les sulfates solubles) sont-ils donnés en même temps comme sans action sur la coagulation naturelle ?
En réalité, l'oxalate de potasse et surtout le fluorure de sodium sont des antiseptiques, et ils agissent comme tels à la température ordinaire.
Mais, suivant le temps de contact, ainsi que selon la dose emplovée et la température, ces sels deviennent à leur tour des coagulants directs du latex d'hévéa. A chaud, ils coagulent, même en milieu fortement ammoniacal.
Bien plus, l'addition de fluorure de sodium ou d'oxalate de potasse à du latex formolisé ne l'empêche pas de se coasuler sous l'influence des doses habituelles d'acide acétique.
L'action de Ja chaleur et celle de différents antiseptiques, formol, huiles essentielles, etc., ont été également invoquées en faveur de l'hypothèse diastasique.
Or, la chaleur n'entrave nullement la coagulation du latex normal; au contraire, elle laccélère. Avec du latex frais, la coagulation commence vers 90 degrés, pour être complétée à 120 degrés.
En ce qui concerne le formol, du latex auquel on ajoute, par exemple, une goutte de ce formol par centimètre cube ne coagule pas, même après plusieurs jours de contact à la température ordinaire. Le formol est cependant considéré comme entravant, d'une facon générale, l'action diastasique, alors qu'il suffit pourtant d'additionner à n'importe quel moment ce latex formolisé avec des doses ordinaires d'acide
acétique pour en provoquer la coagulation, comme sl s'agissait du latex ordinaire. |
Quant aux huiles essentielles, elles agissent directement sur la prise du latex comme sur celle de beaucoup de matières albuminoïdes ; il est donc normal que leur présence provoque la coagulation du caoutchouc.
D'autre part, suivant leur nature, nous savons que l'action des diastases est parfois favorisée par un milieu alcalin, quoique les acides à faible dose soient, en général, plus favorables.
Constatant que la prise du latex avait eu lieu en milieu alcalin, l'ammoniaque ayant été employé à doxe non toxique, javais moi-même pensé autrefois que les pégnymases n'étaient pas étrangères à cette coagulation ; quoique des fermentations se soient établies dans la masse, la coagulation s'était, en effet, réalisée en milieu encore ammoniaeal. Mais depuis la connaissance des réactions de coagulation soit alcalines, soit même par les sels en milieu alcalin, cette hypothèse doit être complètement rejetée.
Une étude plus complète de la question m'a permis de constater que, toutes les fois que la dose d’ammoniaque employée comme anticoagulant, 5 à 10 %, était suffisante pour entraver toute fermentation, la conservation à l'état liquide était parfaite.
Notons ici que, sous l'influence prolongée de l'ammoniaque, l'aptitude du latex à la coagulation décroit progressivement. Ainsi, aussitôt après l'addition de 5 % d'’ammoniaque, le latex n'a nullement perdu la propriété de se coaguler par l'acide acétique ou sous l'influence de la température. Puis, au bout de quelques jours, la coagulations pie après un mois elle est mauvaise.
Nous savons l’action profonde que les alcalis exercent sur les albuminoïdes en général ; en ce qui concerne les albuminoïdes du latex, la question méritera une étude plus complète.
Quoi qu'il en soit, cela nous montre que les études qui ont pu être faites sur des latex conservés à l’ammoniaque ne
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correspondent plus à celles qui sont conduites en partant du latex frais ; d'où la difficulté des études de coagulation, faites à trop grande distance des plantations.
2. — Substitution colloïdale. — Nous nous sommes demandé s'il ne serait pas possible d'obtenir la prise du latex en substituant aux albuminoïdes primitifs d'autres colloïdes, dont les conditions de coagulation, bien connues, pourraient être réalisées à volonté.
L’albumine d'œuf ne donne rien de précis parce que ses réactions de coagulation sont trop voisines de celles des albuminoïdes du latex.
La gélose ne peut pas être utilisée, non plus, car la gelée formée ne se retracte pas, et de ce fait, la soudure des différents globules de caoutchouc ne peut avoir lieu.
Il n'en est pas de même de la caséine. On sait, en effet, que, sous l'influence de différents coagulants, la prise du lait a lieu en masse et que le caillot se resserre progressivement, exactement comme dans la coagulation du latex d'hévéa et dans celle du sang.
Le lait pur de vache contenant 3 à 4 % de caséine et le latex d'hévéa 2 à 3 % de matières albuminoïdes, j'ai additionné du latex d'hévéa des deux tiers de son volume de lait, puis essayé l'influence de la présure. Elle s'est manifestée régulièrement et n’a permis de retirer un coagulum qui, passé aux cylindres laveurs, a donné du bon caoutchouc.
Trois témoins, l’un de latex pur, le deuxième contenant du latex présuré, et le troisième contenant du latex simplement additionné de lait dans les mêmes proportions que précédemment, étaient tous trois parfaitement liquides à la fin de l'expérience.
Ce fait réalise bien ainsi la synthèse mécanique de la coagulation colloïdale du latex d'hévéa.
Il nous montre aussi que, si les albuminoïdes ayant le pouvoir de se rétracter sont utilisés dans la proportion où
ils existent dans le latex, ils sont parfaitement suffisants pour provoquer la prise du caoutchouc. |
Le coagulum, d'abord mou, ne peut être manié facilement, mais, avec le temps, il se resserre'et se rétracte peu. à peu en prenant de la consistance. Dès qu'il a subi une simple pression, ou mieux l'action des laminoirs, il devient résistant, et sa ténacité augmente jusqu'à complète dessic- ‘ation.
Le retrait provoqué après la coagulation par les albuminoïdes du latex amène donc le rapprochement progressif, puis la soudure des globules qui étaient primitivement animés de mouvements browniens au milieu du latex. Quant aux albuminoïdes, ils sont coagulés, c'est-à-dire qu'ils ont perdu la propriété de se redissoudre dans l'eau sans autre intervention. [ls restent incorporés à la masse.
6°. — Aclion des substances contenues dans les écorces. — En milieu légèrement acide, les réactions au gaïac et à l'eau oxvgénée démontrent que les écorces d'hévéa contiennent des peroxydases dans toutes leurs parties, mais surtout dans la zone libérienne, c'est-à-dire au voisinage même des laticiféres. Ces réactions ne se produisent plus, en effet, après ébullition. |
Ces peroxydases ont certainement, au point de vue biolosique, une très grande importance, mais qui nous échappe encore, Pour l'instant, nous ne pouvons que constater leur présence.
Lorsqu'on ajoute à du latex frais d'hévéa le produit filtré, et obtenu par trituration dans l'eau, des écorces d'hévéa, on constate un épaississement de ce latex, c'est-à-dire un commencement de coagulation. Après ébullition du liquide, la réaction est la même. Les peroxydases ne sont donc pour rien dans cette réaction.
Mais ces écorces contiennent des substances taniques dont les réactions sont très nettes aux sels ferreux et ferriques.
De faibles proportions de décoction d'écorce amènent
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simplement la coalescence du latex ; plus forte, la décoction provoque la prise un peu plus complète ; après concentration, la coagulation est entière et rapide.
Un examen parallèle, conduit avec du tanin du commerce, amène aux mêmes résultats, suivant l'état de concentration auquel les liqueurs sont emplovées.
Les écorces d'hévéa contiennent donc une substance tanique, capable de coaguler le latex d'hévéa lorsqu'elles sont concentrées, où tout au moins diminuant sa fluidité.
Lorsqu'on sectionne Îles cellules des écorces pour la saignée, une certaine proportion de tanin se mélange forcément aux parties du liquide qui vont directement à leur contact. Ce phénomène s'oppose à lexsudation continue du latex, et cela d'autant plus que le latex est moins dilué, c'est-à-dire plus riche.
On constate parfois que le latex est extrêmement crémeux, même dès sa sortie de l'arbre. Lorsque ce fait se produit, son exsudation n'est jamais très abondante.
Nous connaissons l'action des tanins sur les albuminoïdes ; il est intéressant de remarquer maintenant que tous les faits présentés jusqu'à aujourd'hui en faveur de telle ou telle hypothèse relative aux causes de la coagulation sont toutes inséparables des réactions des albuminoïdes.
IT — Coagulation par dessiccation et centrifugation
Du latex étendu en couche mince sur une glace et soumis à la ventilation se dessèche rapidement. Les globules de ‘aoutchouc se rapprochent, en effet, et se soudent les uns aux autres, suivant un processus semblable à celui de la formation du beurre par dessiccation de la crème de lait. On obtient ainsi une pellicule de gomme dont le poids est plus élevé que celui trouvé après dessiccation d’un témoin acétique. On trouve, par exemple, 40,12 au lieu de 38,37 % de latex. Ce poids représente, en effet, l'extrait du latex séché à Pair.
Mais, dans ces conditions, les albuminoïdes n'ont nullement perdu la propriété de se redissoudre dans l'eau, de sorte que, après lavage à la calandre et dessiccation, le poids de gomme industrielle lavée est inférieur à celui obtenu par la coagulation acétique. On a, par exemple, 36,81'au lieu de 38,97 °/, de latex.
Soumises à l'analyse, les gommes révèlent toujours une certaine proportion d'azote, car il est difficile d'arriver à un lavage tout à fait intime des particules de caoutchouc.
Mais, lorsque le calandrage a été suffisant, le caoutchouc étant en crêpe mince, la proportion d'azote est toujours inférieure, dans la gomme pelliculaire lavée, à celle obtenue avec un témoin acétique qui a subi un laminage identique. On trouve, par exemple, 0,06 au lieu de 0,18 % de latex.
La mise en pellicule doit être faite aussitôt après la saignée, car, en cas de retard, les fermentations ont le temps de s'établir, l'acidité se développe et les albuminoïdes se coagulent partiellement. Les lavages à la calandre doivent également être faits aussitôt après la dessiecation, pour éviter toute transformation ultérieure des albuminoïdes.
Cette méthode permet done d'obtenir une gomme presque exempte d'albuminoïdes.
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Elle permet aussi, en lavant aussitôt la pellicule avec un peu d’eau distillée, de redissoudre rapidement une certaine proportion de ces albuminoïdes et de les obtenir en solution, en dehors du voisinage des globules de caoutchouc qui sont si gêénants pour leur étude, alors que les substances n'ont pas encore subi la moindre transformation chimique.
Cette nouvelle méthode d'isolement est trop récente pour qu'il m'ait été encore possible d’en tirer tout le parti qu'elle comporte. Je me suis cependant déjà rendu compte que les réactions de coagulation, de redissolution et de coloration des albuminoïdes ainsi isolés sont les mêmes que celles du latex.
La centrifugation du latex pur n'amène que très difficilement la séparation des globules de caoutchouc. Soumis à la centrifugeuse Jouan à très grande vitesse, pendant une demi-heure à 6000 tours, on n'arrive qu'à la formation d'une mince couche de gonime, qu'il est difficile de séparer complètement des parties sous-jacentes.
On a bien proposé des appareils centrifuges pour la préparation de la gomme, mais, Comme on est obligé, avant de les utiliser, d'additionner le latex d'acide acétique, ils ne servent uniquement qu'à la bonne séparation de caillot et non à celle, plus intime, des globules.
Ainsi, aussi bien par dessiccation que par centrifugation pure, nous n'avons nullement affaire à une action de coagulation, mais à un phénomène d'abord de concentration du latex, puis d'agglomération progressive des globules de caoutchouc.
ITT. — De la Coagulation spontanée et des procédés susceptibles de la régulariser
Historique.— Lorsque du latex est abandonné à lui-même, il s'épaissit d'abord, puis se coagule à la facon du lait.
C'est là un fait connu depuis l'origine des saignées d'hévéa. Les seringueros de l'Amazonie n'étaient pas, en effet, sans avoir remarqué qu'ils devaient traiter le latex le jour même de la récolte, sous peine de le voir coagulé le lendemain dans les récipients. Mais, lorsque cette prise du latex se fait sans soins spéciaux, la coagulation est incomplète, d'où perte de caoutchouc.
Au début des saignées d'hévéa, à Cevlan et dans la Péninsule Malaise, ce fut une des premières méthodes de préparalion emplovée, et les ouvrages écrits au début ne sont pas sans en faire mention. Cependant, d'abord pour les raisons que nous avons exposées plus haut, et, ensuite, à Cause des odeurs nauséabondes que dégagent les cuvettes à coagulalion, ainsi que la gomme, pendant les premiers jours de la mise au séchoir, cette méthode fut complètement rejetée.
C'est ainsi que MM. Ridlev et Bamber ont pu noter l'acidification du latex abandonné à Tui-même et sa prise en masse.
En 1911 (Bullelin Économique de l'Indochine, n° 92), nous avons indiqué quelques-unes des principales bases de ce mode de préparation de la gomme d'hévéa, mais cette question n'était pas alors encore au point.
Dès 1915, la Maison Michelin nous faisait part de la grande valeur des gommes obtenues par la coagulation naturelle.
Nous répondant au sujet de nos essais du 20 au 28 mars 1915, MM. Michelin nous écrivaient le 20 septembre 1915 : € Le résultat le meilleur est celui obtenu avec la coagulation spontanée, et ceci confirme notre opinion que, pour les
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produits de plantation, ce mode de coagulation emplové ne pourrait être le meilleur. »
Perfectionnant peu à peu cette méthode de préparation, nous l'avons instituée à Suôi-Giac, en 1914.
Dès le début, nous avons reconnu la nécessité d'ajouter du sucre au latex, lorsque le témoin de la veille montrait une coagulation défectueuse. Les additions de sucre ne nuisent, du reste, en aucune manière à la qualité de la gomme, d'après la Maison Michelin et Cie.
Au lieu d'ajouter du sucre, on arrivait au même résultat en interrompant pendant un ou deux jours les saignées, de facon à laisser le latex trop dilué s'enrichir en ses principes constituants à l'intérieur même des écorces de l'arbre. Nous activions également la fermentation en ensemençant les latex du jour avec le sérum provenant des meilleures cuvettes de la veille. Les bases principales de la coagulation naturelle étaient dès lors établies ; depuis lors, la question n'a cessé de faire des progrès.
Les études de MM. Grantham et Eaton sont venues d'abord confirmer ce que nous avions fait, puis déterminer que loutes sortes de matières sucrées pouvaient être ulilisées en lieu et place du saccharose. Elles ont, en outre, apporté une Îumière toute nouvelle sur limportance des matières albuminoïdes, qui, jusque là, étaient considérées comme une impureté de la gomme. La transformation de ces albuminoïdes en acides aminés, sous Finfluence des ferments, améliore la ténacité du caoutchouc manufacturé, de même que ces nouvelles substances agissent à la fois comme accélérateurs de la vulcanisation.
A la suite de ces études, la question des accélérateurs organiques de vulcanisation est passée au rang des premières questions qui intéressent l'industrie du caoutchouc.
Les travaux que M. Bamber a conduits à la même époque sur les gommes de Ceylan, en collaboration avec la ** Cevlon Rubber Research C° ”, de Londres, ont confirmé, une fois de plus, la valeur ‘des gommes préparées par coagulation nalurelle.
LE
Enfin, les études que j'ai entreprises ensuite avec le Docteur Deénier sont venues à lappui des résultats déjà acquis. L'isolement microbien, qui a été conduit par M. Denier d'après une marche générale que nous avons instituée ensemble, a donné vingt-sept microorganismes différents, doués des propriétés suivantes :
1 transforme le sucre d'hévéa en acides, de même que le lactose et le saccharose ;
3 attaquent le lactose et acidifient les bouillons, attaquent le saccharose et acidifient les bouillons ;
12 digèrent l’albumine d'œuf ;
11 liquéfient la gélatine.
Le total de ces nombres est supérieur à vingt-sept, parce que ces différents microorganismes peuvent présenter à la fois plusieurs des propriétés étudiées.
Cette liste n'est, du reste, certainement pas complète, car nombre d'autres microorganismes intéressants pourraient être isolés dans d’autres régions, notamment au Brésil, dans le Haut-Amazone, là où sont préparées les meilleures gommes.” Nous aurons à revenir sur Ce point.
Nous avons utilisé quelque temps avec de bons résultats les cultures pures du ferment ‘* Denier, n° 1”, mais sans arriver à nous mettre à l'abri des autres microorganismes. Il était, en effet, impossible de stériliser le latex avant l'ensemencement, puisque la chauffe en amène la coagulation.
Nous préférons, aujourd'hui, agir simplement sur les conditions de milieu, de façon à favoriser le développement des espèces utiles, qui se trouvent, du reste, en abondance dans le latex et dans les bacs de coagulation, Nous aurons à étudier ces questions en détail. ù
A la suite d'une visite à Suôi-Giao, M. Rosé a pu établir sur une grande plantation de Cochinchine, à Suzannab, le mode de préparation que nous avions institué sur le domaine de l'Institut Pasteur.
M. Rosé a de même procédé à un nouvel isolement microbien, et constaté encore que plusieurs microorganismes
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agissent sur les sucres en acidifiant le milieu : « Ajouter du sucre, nous écrit-il, c'est indirectement ajouter de l'acide. »
Il a de plus déterminé que, dans une bonne coagulation naturelle, l'acidité du sérum était approximativement la même que celle obtenue artificiellement par l'addition d'acide acétique.
Enfin, depuis cette année, plusieurs plantations de Cochinchine et du Sud-Annam ont déjà adopté ce mode de préparation, qui donne des gommes de meilleure qualité et avec une plus grande économie qu'autrefois.
Théorie de la coagulation spontanée. — Deux opinions ont été émises à ce sujet : celle d'une influence microbienne et celle d'une action diastasique (pegnymase).
Ayant déjà discuté de cette dernière question au point de vue général, nous n'y reviendrons que pour ce qui concerne la coagulation naturelle.
Il est toujours difficile, lorsqu'il s'agit d’un produit aussi complexe que le latex d'hévéa, qui, dans les conditions ordinaires des récoltes, est toujours peuplé de nombreux microorganismes, de différencier une action diastasique vraie et directe d'une influence microbienne.
Quoiqu'aucune preuve n'ait encore été donnée en faveur de l'existence supposée des pegnymases préexistant dans le latex d'hévéa, il est utile de montrer que leur action n'est nullement nécessaire pour expliquer le phénomène de la coagulation naturelle : {out se passe en somme comme si elles n'existaient pas.
Par contre, l'acidité provenant de l'action des microorganismes sur les sucres est, nous allons le voir, la condition nécessaire el suffisante du phénomène.
Il reste cependant bien entendu, depuis la découverte de la buchnerase, qu'il est parfaitement possible et même probable que ces microorganismes agissent sur les sucres par l'intermédiaire des diastases ou acidases qu'ils sécrétent ou qu'ils renferment.
Action du froid. — Dans un flacon bien bouché, nageant au milieu de la saumure de la machine à glace de Nhatrang, c'est-à-dire à une température qui n'était jamais supérieure à 4 degrés centigrades, nous avons conservé du latex parfaitement liquide et sans fermentation pendant plus d'un mois, avant d'ouvrir le flacon, alors que le témoin était coagulé le lendemain du jour de la mise en expérience.
Fel quel, ce phénomène peut être invoqué aussi bien en faveur des pegnymases qu'en celles des: microorganismes. Mais nous avons pu constater que, dès que le flacon est débouché, le latex coagule parfaitement sous l'influence de l'acide acétique et à laide du sel marin contenu dans la saumure même de la glacière.
Cette action du froid est utile à connaître en elle-même, car elle permet le transport du latex pur à l'état liquide. C'est ainsi que M. Rosé utilise, pour ses expériences, du latex provenant d'une plantation éloignée de 70 kilomètres de son laboratoire.
Prélèvement du latex à l'abri des microorganismes. — Cette idée est due à M. Krempf. Décapant grossièrement, avec un couteau sans cesse flambé, les écorces d'un hévéa en saignée, puis, enfoncant dans ces écorces décapées une petite feuille de fer-blanc, pliée de facon à maintenir le latex au niveau de la blessure, M. Krempf a pratiqué l’incision avec un instrument stérilisé. Cette opération a lieu après léger flambage et refroidissement des écorces et de lajutage métallique.
Le prélèvement du latex a lieu dans les pipettes de verre stérilisées dont on se sert couramment pour le prélèvement du sang dans les laboratoires de bactériologie. Elles sont effilées d’un côté, légèrement étranglées et munies d'un coton de l’autre.
Lors des premières expériences, les pipettes, garnies de latex, n'avaient été soudées que du côté effilé ; mais il en est résulté à la longue une évaporation amenant la dessiccation de la partie supérieure du latex et concentration de l’ensemble, d'où trouble dans l’expérimentation.
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Nous avons repris cet essai en fermant à la lampe les pipettes des deux côtés après remplissage. Pendant plusieurs jours, des pipettes ouvertes successivement, jusqu'à épuisement du lot, nous ont donné du latex liquide.
M. H. Schein a recommencé lui-même cette expérimentation ; et sa dernière pipette, ouverte au bout d'un mois, contenait encore du latex à l'état liquide.
On ne réussit pas toutes les fois à opérer un prélèvement irréprochable, et M. H. Schein a pu constater que, lorsqu'il y avait coagulation, toujours le latex était pollué.
Antisepliques. — Cette question a déjà été traitée, au point de vue général, à propos des phénomènes invoqués en faveur des diastases ; il est inutile d'y revenir.
Stérilisation. — Lorsqu'on fait chauffer du latex au bainmarie à 100 degrés centigrades, il ne se coagule qu'en partie seulement. À cette température, les pegnymases présumées n'existent plus ; si cependant on additionne les portions non coagulées des quantités ordinaires d'acide acétique, on obtient la coagulation.
À autoclave à 120 degrés, le latex d'hévéa se coagule, mais, si on le dilue préalablement de plusieurs fois son volume d'eau, la coagulation n'est que partielle. Toutes les pegnymases sont évidemment détruites à cette température, et le liquide n'a cependant pas perdu la propriété de se coaguler par l'acide acétique.
Un ensemencement des liquides amène au même résultat. Il convient cependant de noter que le coagulum est alors grumeleux ou floconneux, probablement à la suite des transformations que subissent les albuminoïdes à ces températures.
Aclion des acides élaborés pendant la coagulation naturelle. — Après coagulation à l'autoclave, le sérum de latex n'a nullement la propriété de coaguler de nouvelles portions de latex d'hévéa.
De même, le produit de sa distillation en présence d'acide sulfurique ne possède pas davantage cette propriété.
Par contre, du sérum prélevé dans une cuve de bonne coagulation naturelle, bouilli et filtré pour le débarrasser de toutes les pygmases présumées, coagule de nouvelles portions de latex. Il est, en effet, nettement acide.
Il en est de même du produit de sa distillation en présence d'acide sulfurique.
Après neutralisation exacte de leur acidité, ces liqueurs perdent leur propriété coagulante.
Ces réactions ont lieu lorsqu'on opère sur les portions de latex qui ont échappé à la coagulation par la chaleur, lors de la stérilisation à 100 ou 120 degrés.
Ainsi les acides volatils élaborés pendant la coagulation. spontanée sont bien capables de coaguler le latex d’hévéa. Les acides lactique et butyrique, moins volatils, et produits en même temps, agissent dans le même sens.
Transformation des sucres en acides. — L'analyse comparative d'un même latex, avant et après la coagulation naturelle, montre que les sucres ont presque entièrement disparu, pour faire place à l'acidité.
Si, au contraire, la coagulation est opérée par l'acide acétique en présence d’un antiseptique, le formol, par exemple, l'examen du sérum, fait au bout de deux jours, montre que, dans ce cas, les sucres n'ont pas été transformés.
Il en est de même après deux jours de contact, si la coagulation est opérée avec le sulfate de cuivre.
De même encore, après coagulation à l’autoclave à 120 degrés (le vase à expérience étant maintenu deux jours à l'abri de toute contamination), le sérum contient encore tout son sucre non transformé en acide.
Comme, de plus, nous avons vu que de nombreux microorganismes, normalement contenus dans le latex, sont capables de transformer les différentes espèces de sucres en acides, la théorie microbienne de la coagulation naturelle ou spontanée se trouve maintenant établie.
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Mais, pour le mieux établir encore, examinons maintenant quelques-unes des conditions dans lesquelles on peut provoquer la coagulation.
Quantité d'acide nécessaire. — Dans la Péninsule Malaise et à Ceylan, les Anglais admettent depuis longtemps que la quantité d'acide à ajouter, pour obtenir une bonne coagulation acétique, est proportionnelle, non pas au volume du latex à traiter, mais au poids de la gomme que l'on doit en retirer.
Nous avons fait à ce sujet l'expérience suivante, qui confirme cette opinion :
Des doses de 10 cc. du même latex sont placées dans une série de verres à pied, l’un laissé pur, comme témoin, et les autres étendus de 1, 2, 3, 10 et 20 fois leur volume d’eau distillée. Puis chaque verre reçoit, pendant qu'on l’agite de façon à opérer le mélange intime, 1 ‘/" c. de liqueur acétique normale (60 gr. d'acide par litre). La coagulation se produit alors en même temps dans tous les verres ; les caillots d'autant plus lâches qu'ils sont plus dilués, se resserrent progressivement, laissant un serum sous-jacent parfaitement limpide.
Mais si, par contre, nous ajoutons une même quantité de notre solution normale acétique dans 50, 100 ou 200 ‘/n €. du même latex pur, on n'obtient nullement la coagulation.
Pour du latex contenant 400 gr. de caoutchouc par litre, il suffit d'ajouter une quantité de solution acétique normale égale à 10 % du volume du latex, pour obtenir régulièrement une très bonne coagulation.
Avec ces données, il est possible, à l'aide d'un dosage thermodensimétrique préalable, de calculer la quantité d'acide à ajouter.
Mais, dans la pratique, de facon à avoir toujours des feuilles de la même épaisseur ou un caïllot de résistance homogène, il est préférable de ramener chaque fois le titre ou la densité du latex à traiter à un taux déterminé.
On y arrive par le calcul, et grâce à des additions d'eau
claire ; et cela permet alors de pouvoir toujours ajouter la même quantité d'acide, par litre de liquide à traiter, cette dose étant déterminée une fois pour toutes.
En ce qui concerne la coagulation naturelle (les chiffres étant calculés en acide acétique) l'analyse acidimétrique des sérums, exécutée à l’aide d’une solution de soude normale et de phénolphtaleine comme indicateur, nous montre que pour une acidité de :
6à 9 gr. par litre de sérun:, la coagulation est bonne,
LANGE — — — médiocre, au-dessous de 4 gr. par litre, — mauvaise,
Lorsque dans un ballon hermétiquement fermé, pour éviter toute perte d'acide par évaporation, on fait chauffer du sérum de coagulation naturelle (il ne faut pas aller jusqu'à l'ébullition pour ne pas faire sauter le ballon), après refroidissement et filtration, on constate que, parallèlement à la précipitation de nouvelles matières albuminoïdes, le titre acidimétrique du sérum a diminué, et cela d'autant plus que la coagulation spontanée a été plus mauvaise.
De même, plus ce sérum est acide, moins il est nécessaire de le chauffer pour assurer une nouvelle coagulation.
Cette remarque est utile au point de vue de la récupération du caoutchouc dans les petits laits, lorsque la coagulation naturelle est incomplète.
… Quantité de sucre nécessaire. — Lorsque les saignées débutent sur les hévéas, la richesse du latex en sucre peut dépasser 30 gr. par litre, et la coagulation naturelle est parfaite.
Puis, peu à peu, au fur et à mesure des saignées consécutives, ce titre baisse et devient bientôt insuffisant pour assurer l'élaboration des acides nécessaires. La coagulation devient alors médiocre, puis mauvaise. L'interruption des saignées pendant une journée, de temps à autre, dès quon s'aperçoit que la coagulation devient défectueuse, permet au latex de s'enrichir en ses principes constituants, et les
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phénomènes de la coagulation spontanée reprennent alors leur cours normal.
On peut encore obvier à cet inconvénient en ajoutant artificiellement du sucre ou toute autre substance susceptible d'être transformée en acide par fermentation.
On n'a donc ici pour but que de combler le déficit en sucre provoqué par l'intensité des saignées.
Il serait ainsi de toute première importance de pouvoir exécuter chaque fois un dosage préalable et rapide des sucres qui se trouvent dans le latex amené à l'usine.
Comme ce latex doit être traité immédiatement, ces méthodes d'analyse devraient être extrêmement rapides. Malheureusement les procédés chimiques de dosage des sucres sont trop longs, surtout en ce qui concerne le latex. Il est, en effet, nécessaire de coaguler d'abord, puis de débarrasser le sérum des matières albuminoïdes qui, sans cela, gèneraient les réactions. |
La polarimétrie ne peut être employée parce que les albuminoïdes du latex dévient eux-mêmes le plan de polarisation.
Dans la pratique, on est alors conduit, lorsque l'on ne veut pas faire de dépenses inutiles, à conserver toujours un témoin qui contienne une proportion de sucre un peu plus faible que celle utilisée le jour même, pour l'ensemble de la production. L'examen comparatif des différents échantillons donne, le lendemain, des indications très suffisantes pour savoir si l'on doit augmenter, diminuer ou laisser telle quelle la dose de sucre à ajouter à la nouvelle récolte. Un peu de pratique suffit
On peut encore, et plus exactement, baser son apprécialion sur une série de témoins contenant des doses variables de matière sucrée.
Temps nécessaire à la coagulation. Avec les latex riches en sucre, la prise est rapide, etelle est complète le lendemain matin, de sorte que le même matériel de coagulation peut être immédiatement utilisé pour la récolte suivante.
Le titre acidimétrique du sérum correspond alors, comme nous l'avons vu, à une richesse en acide acétique de 6 à 9 gr. par litre, mais il dépasse souvent 10, surtout en été.
Si on attend un jour de plus, il n'est pas rare de voir ce titre dépasser 12 gr. par litre. On peut laisser le coagulum dans les cuvettes pendant plus longtemps encore, mais le titre acidimétrique n’augmente pas, car il n'y a pour ainsi dire plus de sucre à transformer.
Si nous prenons du sérum de coagulation naturelle et que nous le placions soit en vase clos, soit en vase ouvert, l'acidité monte, dans les deux cas, jusqu'au second jour d'influence bactérienne. Puis, dans la suite, pour le sérum conservé en vase clos, l’acidité reste stationnaire, même après plusieurs jours.
En vase ouvert, le liquide se couvre d'un voile microbien que nous avons trouvé constitué ici par de grandes cellules ellipsoïdales qui semblent travailler à la facon du Mycoderma vini. Les dosages successifs démontrent que l'acidité baisse progressivement dans ce milieu. Le liquide se charge d’une flore bactérienne extrêmement polymorphe, et la masse dégage, au bout de plusieurs jours, des odeurs de putréfaction.
Si l'on prolonge l'expérience une quinzaine, le liquide devient alcalin.
Il est ainsi inutile, au point de vue rendement, de prolonger la coagulation pendant plus de deux jours.
Avec les latex dans lesquels la quantité de sucre est insuffisante pour provoquer l'acidité indispensable dans la journée, et sans addition de sucre, deux jours de coagulation sont nécessaires dans les conditions ordinaires de température. Les additions de sucre hâtent les diverses fermentations et, partant, la prise du latex.
Lorsque le titre en sucre est encore plus faible, il y a mauvaise coagulation, même au bout de deux jours. Un temps plus long n’amène pas à un meilleur résultat si on n'a eu soin, préalablement, d'ajouter du sucre.
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Coagulation en anaérobiose. — Lorsque le latex coagule dans des cuvettes laissées à l'air libre, l'intérieur de la masse, qui renferme de nombreux microbes acidifiants, fermente, et la coagulation se produit en profondeur.
Bientôt la surface de la gomme se couvre d'une crème jaunâtre, alcaline, qui, examinée au microscope, montre de srands bacilles de mobilité moyenne, le plus souvent accolés bout à bout par séries de 2 à 4.
Cette crème ne contient pas de caoutchouc; elle donne la réaction du tryptophane, et, après acidification, traitement au gaïac et à l’eau oxygénée, celle des peroxydases. Cette dernière réaction ne se produit plus après ébullition.
Presque toujours, au niveau de cette couche alcaline, la coagulation est incomplète en 24 heures, souvent même après 48 heures et plus. Cela se produit surtout avec les latex peu sucrés.
Pendant ce temps, l'acidité de la masse monte par capillarité au niveau de cette couche, qui se dessèche peu à peu. La gomme prend alors une teinte brune ou diversement colorée.
Il est facile d'obtenir artificiellement cette coloration brune ; il suffit, pour cela, d'imbiber la surface de la gomme soit avec du sérum acide provenant du fond de la cuvette, soit avec un peu d'acide acétique. On voit alors les portions touchées par ces solutions seules réagir. On n'obtient plus ces colorations si on a préalablement fait bouillir la gomme après laminage.
Les travaux de Spence montrent que le noircissement du caoutchouc est dù à une peroxydase. Nous croyons ‘pouvoir ajouter à cette conclusion que ces peroxydases sont sécrétées par les microorganismes aérobies de surface.
Comme nous venons de le voir, ces microorganismes alcalinisants gênent la coagulation naturelle. En mettant le latex à l'abri de l'air, on doit donc obtenir un bon résultat, et c’est ce que démontre l'expérience.
Pour cela, une simple planche, qui, agissant comme flotteur, est posée à la surface du liquide qu'elle doit recou-
vrir le plus complètement possible, suffit. Mais il sera préférable, lorsque l'industrie se sera intéressée à cette question, d'avoir des flotteurs métalliques émaillés, très légers, de facon à faciliter le nettoyage des ustensiles et diminuer autant que possible l'intervalle qui existe obligatoirement entre la cuve et le flotteur.
Influence de la température. — Nous avons vu que le froid empêche la coagulation du latex d'hévéa et qu'à 120 degrés, au contraire, Ja prise est complète. Il était intéressant d'étudier les phénomènes intermédiaires, mais, n'étant pas outillés pour travailler régulièrement à une température au-dessous de l'ambiance, nous avons dû attendre les mois de janvier et février pour entreprendre l'étude suivante.
La période fraiche a du reste été particulièrement favorable cette année, car nous sommes restés plus d’un mois avec le ciel couvert. La température du laboratoire oscillait seulement de 18 à 22 degrés entre le jour et la nuit.
À ces températures, la coagulation du latex non additionné de sucre est franchement défectueuse en 24 heures, même en anaérobiose.
Dans le même laps de temps, les additions de sucre ne donnent qu'un début de coagulation ; par contre, au bout de 48 heures, la prise du latex est complète.
IH y a donc là un retard dans la marche du phénomène. Est-il dû uniquement à la température ? C'est ce que nous a permis de constater l'étude comparative.
Nous avons utilisé pour cela une étuve à température fixe, mais réglable à volonté entre 20 et 60 degrés, et nous avons comparé les résultats avec ceux des témoins laissés au laboratoire à la température ambiante.
Des poids égaux d'un même latex étaient pesés dans les divers récipients qui devaient servir à la coagulation. Au bout de 24 heures, la gomme était lavée à la calandre, toujours d'une façon identique, puis pesée après dessiccation à l'air et passage de six heures à l'étuve à 100 degrés.
Parallèlement, des tubes à essai de même diamèlre rece-
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vaient chacun 10 ‘/" c. de latex, et une graduation extérieure, au millimètre, était établie de facon que le 0 fût, sur le tube, au même niveau que le point d'affleurement du latex.
Lorsque le latex est abandonné à lui-même, il s’épaissit, et les bulles gazeuses, dégagées pendant: la fermentation, restent incorporées à la masse. Le latex continue à prendre de plus en plus de consistance, et les bulles, restées immobilisées à l’intérieur, font gonfler le caillot dans le tube à essai. Plus la fermentation est active, plus rapide est ce sonflement. Plus la liqueur est sucrée, plus Le caillot s'élève dans les tubes.
Nous avons donc là un moyen pratique pour mesurer l'intensité de la fermentation, et l'observation montre que cette intensité est en rapport avec la bonne marche rapide de la coagulation.
De 0 à 4 degrés, nous avons vu que le latex d'hévéa frais
ne se coagule pas.
. De 18 à 22 degrés, la coagulation du latex pur est extrémement défectueuse. Dans les tubes à essai, le coagulum monte très lentement et n'arrive à son maximum qu'en deux Jours.
Le sucrage améliore les choses, mais sans que la coagulation soit terminée dans les 24 heures.
En somme, au-dessous de 30 degrés, la coagulation est d'autant plus mauvaise que la température est plus basse.
De 30 à 45 degrés, la coagulation est parfaite, et, le plus souvent, même sans addition de sucre. Il n'y aura donc que lorsque le latex sera par trop épuisé en sucre qu'il sera utile d'en ajouter.
Dans les tubes à essai, la montée du caillot atteint son maximum en moins de dix heures. Elle est plus rapide dès qu’on ajoute du sucre, mais il est inutile d'aller au delà des nécessités de la pratique.
À 50 degrés, la coalescence du latex se produit rapidement, mais la coagulation est mauvaise, Dans les tubes à essai, la montée ne se produit pas. Si, cependant, on laisse tomber
la température, cette montée est, au contraire, rapide et s'arrête dès qu'on revient à 90 degrés.
Le rendement en gomme est alors mauvais, même si l’on prend des soins spéciaux pour pétrir le coagulum avant son passage aux. laminoirs. Il est donc évident qu'à ces températures les fermentations sont arrêtées et qu'un autre phénomène commence, celui de la coagulation par la chaleur.
Les écarts de rendements en gomme industrielle lavée oscillent tantôt d'un côté, tantôt de l’autre, pour les températures comprises entre 30 à 45 degrés. Mais les résultats sont toujours très supérieurs à ceux obtenus aux températures plus basses que 30 degrés ou dépassant 50 degrés.
Les écarts ont oscillé, pendant nos expériences, de 6,6 % à 22 % en faveur des températures comprises de 30 à 45 degrés.
Ces résultats sont, on le voit, importants au point de vue pratique, Car, aux températures basses comme aux températures hautes, la coagulation est incomplète, et un grand nombre de globules de caoutchouc, non retenus par Îles albuminoïdes, sont entrainés dans les eaux du lavage.
L'examen de l'acidité des sérums donne des résultats parfaitement concordants ; c'est la confirmation de ce que nous avons exposé précédemment.
Il est intéressant de rapprocher de cela les résultats obtenus par nos voisins dans la pratique de la coagulation naturelle ; on admet, à Ceylan, qu'au bord de la mer et en plaine la coagulation naturelle donne de bons résultats, tandis qu'il n'en est plus de même dans les montagnes.
Il est donc utile de favoriser le développement des microorganismes acidifiants en travaillant à une température à peu près fixe, comprise entre 30 à 45 degrés. Ce résultat peut être obtenu en ne recevant le latex dans les bacs à coagulation qu'après son passage à travers un échangeur de température el en chauffant en même temps la salle de: coagulation.
Ce n'est pas là, on le voit, un résultat bien difficile à obtenir dans les colonies, où la température moyenne oscille,
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de l'hiver à l'été, entre 20 et 30 degrés approximativement. L’élévation à obtenir ne serait donc pas supérieure à 10 degrés centigrades.
Un échangeur de température, facilement démontable pour le nettoyage, et un calorifère quelconque suffisent.
Les choses peuvent même être organisées de façon à ce que l'échangeur de température soit chauffé par le calorifère lui-même.
En résumé. — Une bonne coagulation naturelle peut être obtenue :
1° En ajoutant les quantités de sucre qui manquent au latex lorsque cela est nécessaire, soit de 1 à 10 gr. par litre en moyenne ;
20 En effectuant la coagulation en milieu sans air, à l'aide d'un flotteur ou de toute autre méthode ;
3° En faisant travailler les microorgagismes à une température comprise entre 90 et 45 degrés centigrades, c’est-àdire en réchauffant d’abord le latex à l’aide d'un échangeur de température, puis la salle elle-même ;
4 Si cela ne suffisait pas, on additionnerait le latex d’un peu de sérum provenant des coagulations de la veille ou mieux de levures sélectionnées ;
5° Notons que, même dilué de plusieurs fois son volume d'eau, le latex d'hévéa se coagule parfaitement dans ces conditions. Il est cependant utile alors d'élever un peu la quañtité de sucre à ajouter.
En ce qui concerne l'action des microorganismes sur les albuminoïdes coagulés, les isolements du D Denier ont montré que 12 espèces digéraient l'albumine d'œuf et 11 liquéfiaient la gélatine. Les mêmes microorganismes peuvent à la lois agir en générateurs d'acides coagulants et
en transformateurs de colloïdes.
Nos procédés d'isolement des matières albuminoïdes du latex sont trop récents pour qu'il nous ait encore été possible d'étudier l'action des microorganismes sur leur structure chimique.
Par ailleurs, MM. Grantham et Eaton ont montré que, sous l'influence des microorganismes, les albuminoïdes du latex sont transformés en acides aminés qui agissent comme accélérateurs de la vulcanisation, en même temps que sur les caractéristiques physiques de la gomme vulcanisée.
Il v a donc lieu de se demander si, à l'aide d'une méthode de coagulation par la chaleur, plus complète que celle que nous avons utilisée, et grâce à un ensemencement successif du coagulum stérile, on ne pourrait obtenir régulièrement à la fois le maximum de rendement à la coagulation et la meilleure qualité de gomme.
Pour la coagulation, la méthode qui nous a donné le meilleur rendement est l'autoclave à 120 degrés, en milieu très légerement acétique.
Nous avons dit que l'autoclave seule ne donne de bons résultats qu'avec le latex pur, et que, toutes les fois que ce latex est dilué, ce qui est fréquent pendant la saison pluvieuse, les résultats sont mauvais. Cependant, dès que ce latex est très légèrement acétisé, même étendu de plusieurs fois son volume d'eau, il se coagule merveilleusement à l'autoclave.
Ce coagulum, une fois obtenu parfaitement stérile, sera facile à ensemencer.
À cet effet, on peut, soit isoler les espèces microbiennes qui existent sur place et les étudier à ce point de vue, soit s'en procurer d’autres dans les pays où la gomme est la plus réputée, dans le Haut-Amazone par exemple.
Quoi que l'on ait pu penser au début à ce sujet, il est maintenant reconnu que la gomme du Brésil n’est nullement stérile. La température à laquelle les seringueros soumettent l'après-midi le latex à l’état de coalescence (donc légèrement acide) est en effet de trop courte durée et n'est pas assez
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élevée pour amener la stérilisation d'un milieu aussi puissamment pollué.
Notons le parallèlisme qui existe entre ces modes de préparation, et demandons-nous si ce n'est pas là que réside le secret cherché depuis si longtemps au sujet de la valeur spéciale de cette gomme.
C'est ce que l'expérience déterminera bientôt, nous l'espérons.
Suoi-Giao, le 7 juin 1916.
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