III. — Bois des collines latéritiqles
Ces bois couvrent des argiles latéritiques de gneiss et de basalte. Ils sont caractérisés par une futaie de 15 à 20 mètres d’arbres à feuilles caduques, un sous-bois clair d'arbustes, dont quelques-uns sont à feuilles persistantes, l’abondance assez grande de lianes et quelques rares types du faciès tropical humide.
1. H. Jumelle et. II. Perrier de la Bàthie : Fragmenta biologiques de la flore de Madagascar (Annales du Musée Colonial de Marseille, 1910).
LA RÉGION OCCIDENTALE
Les sols que recouvre cette Formation sont localisés, d’une part, sur les terrains métamorphiques qui forment le soubassement des terrains sédimentaires et qui affleurent surtout à l'est de ces terrains, entre 80 et 800 mètres d’altitude, et, d'autre part, sur les coulées de basalte que l'on observe audessus des sédiments, dans toute l’étendue de la région Ouest. Les unes et les autres de ces roches sont profondément décomposées en argiles latéritiques rouges qui ne se distinguent pas, par leurs caractères physiques, de celles de l'Est ou des hauts plateaux. Ces sols, si durs et si compacts lorsqu’ils sont dénudés, sont, au contraire, beaucoup plus meubles et perméables lorsqu ils sont recouverts d’une couche épaisse d’humus. Or l’humus, pour des raisons que nous ignorons1, atteint une épaisseur bien plus grande dans les forêts de l’Ouest que dans celles de l’Est et du Centre. Aussi presque toutes les espèces de cette Formation ont-elles des racines qui pénètrent profondément dans le sol. Beaucoup d’entre elles, surtout celles qui ont des racines tuberculeuses, semblent même préférer la latérite inférieure à la couche humifère, dans laquelle elles ne développent que de rares radicelles. Cette profondeur des racines est évidemment une simple conséquence de la sécheresse, et, si nous insistons sur ce sujet, c’est simplement pour bien établir encore que les latérites de l’Ile ne sont pas naturellement un sol stérile et qu'elles peuvent constituer, sous certains climats, lorsque les feux et leurs suites ne les ont pas encore rendues dures, compactes et imperméables, un support forestier de premier ordre.
Et, en effet, les bois de cette Formation sont les plus beaux que l’on puisse voir sur terrains secs, dans la région occidentale. C’est une futaie assez claire, remarquable par l’abondance des lianes, ne dépassant pas, en moyenne, une hauteur de 12 à 15 mètres, mais avec, de loin en loin, quelques
1. Peut-être est-ce simplement par suite de la nitrification plus rapide et plus continue des couches supérieures du sol dans les régions plus humides.
LA VEGETATION MALGACHE
beaux arbres de 20 à 25 mètres de hauteur. Elle abrite un sous-bois d'arbustes peu serrés, mais que les tiges inférieures des lianes rendent peu praticable. Le sol est nu, avec pourtant, çk et là, quelques Acanthacées sulfrutescentes.
Les troncs des arbres et des arbustes ne portent ni Mousses ni épiphytes, et très peu de Lichens. Leurs rameaux sont souvent épais et peu nombreux. Tous les arbres de la futaie ont des feuilles caduques, et quelques lianes ont des feuilles persistantes, étroites, coriaces, vert sombre ou grisâtres. Les feuilles caduques, au contraire, sont souvent minces, d'un vert clair, assez brillantes, surtout celles des arbres de la futaie qui fleurissent avant l'apparition des feuilles.
Les arbres sont surtout des Légumineuses (Acacia, Dalberyia), des Stereospermum. des Homalium, des Grewia, etc. Dans le sous-bois dominent les Rubiacées, les Euphorbiacées et les Légumineuses. Les lianes sont le plus souvent des Asclépiadacées, des Salacia, des Chailletia ou des Combretum. On ne voit plus dans ces bois ni Eougères, ni Palmiers. Quelques Ficus à port de banian, un Dracaena , un bambou (encore ce dernier a-t-il les feuilles caduques) rappellent encore la flore à feuilles persistantes. Mais ces types vont disparaître avec cette Formation et nous ne les retrouverons plus désormais.
Ces bois ne changent guère avec l'altitude décroissante, et ceux que l'on rencontre sur les basaltes de la côte rappellent à s’y méprendre ceux des terrains métamorphiques de l'intérieur. Il y a bien quelques petites différences, telles que l’apparition des Adansonia sur les basaltes, mais l'aspect de l’ensemble reste le même et les espèces sont bien souvent identiques.
La végétation est moins dense que dans les Formations de la flore à feuilles persistantes ; et, sur une même surface, on trouve, en général, moins d'espèces dans l’Ouest que dans l'Est et dans le Centre. Mais les associations végétales n’en sont pas moins aussi complexes ; et il n’y a jamais ici encore d’espèces dominantes. Voici, pour donner un exemple de cette végétation, le dénombrement des plantes adultes croissant»
LA REGION OCCIDENTALE
sur 100 mètres carrés de superficie, dans un bois, à Morataitra, aux environs de Maevatanana, vers 1 OU mètres d'altitude, sur latérite de métamorphique.
Sol. — Nu.
Sous-bois. — Arbustes à feuilles caduques :
4 Légumineuses 2 espèces)
6 Apocynacées (1 espèce, Mascarenhasia lisianthiflora
8 Burséracées (1 espèce, Commiphora sp.) o Célastracées (1 espèce ,
3 Mal vacées (1 espèce)
3 Méliacées (1 espèce)
8 Euphorbiacées 2 espèces)
15 Rubiacées (3 espèces)
6 Samydacées 1 espèce)
3 Tiliacées (1 espèce, Grewia).
Arbustes à feuilles persistantes :
2 Erythroxylon (1 espèce).
Futaie. — Lianes à feuilles caduques :
0 Dioscorea (1 espèce à racine tuberculeuse et à tiges annuelles)
7 Chailletia (1 espèce)
4 Menispermacées
1 Conibretum.
Futaie. — Lianes à feuilles persistantes :
1 Landolphia
2 Salacia
1 Tetracera.
Arbres
Futaie à feuilles caduques :
3 Dalhergia (2 espèces)
I Stereospermum euphorioides DC.
1 Ravensara.
Soit, sur 90 plantes, 23 espèces et 18 familles, 2 arbustes et 4 lianes à feuilles persistantes, étroites, coriaces, tout le
LA VEGETATION -MALGACHE
reste à feuilles caduques, larges, minces, souvent velues. Pas une plante n'est épineuse. Ce bois est surtout remarquable par l'abondance des lianes.
Les Podostémonacées qu'on observe un peu partout dans l'Ile, mais toujours sur des roches siliceuses, sont plus abondantes dans les torrents de ce district que partout ailleurs. Elles recouvrent les roches dans les courants les plus violents, et fructifient et meurent au fur et à mesure que la baisse des eaux les fait émerger.