CHAPITRE PREMIER
Historique
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Chevreul W semble être un des premiers qui aient porté leur attention sur les modifications provoquées par certains réactifs agissant sur la matière colorante extraite des bois, puisque c’est en 1808 qu’il examinait, à ce point de vue, les bois de Brésil et de Campèche. Beaucoup plus tard, en 1844, F. Preisser (2) entreprend des recherches analogues sur les bois de teinture alors connus.
En 1858, J. Arnaudon (3) étudie le bois d’ Amarante ■ et ses résultats l'amènent à faire remarquer qu’on doit être autorisé à ramener à un même type tous les bois qui présentent des caractères chimiques identiques.
Pans son ouvrage publié en 1861, M. I. Girardin G) passe en revue les bois d teinture ; il donne pour chacun d’eux les changements de teinte que manifeste la solution de la matière colorante lorsqu’on la traite par certains agents chimiques.
H.-C. Sorby (5), quelques années plus tard, observe les caractères de solubilité du principe colorant des bois de : Caescdpinia crista Linn., Hnemaloxylon Campechicinum Linn., et Pterocctrpus santalinus Linn. ; il en décrit le spectre d’absorption et note ses variations sous l’influence de quelques réactifs.
L’année suivante, J.-E. Reynolds (6) fait paraître un travail analogue.
p) Cnevreul, Expériences chimiques sur les bois de Brésil et de Campèche. inn. de Chim., t. LXVI, 1808, p. 225-265.
(21 F. Preisser, Ueber den Ursprug und die Beschaffenheit der organischen Farbstoffe und besonders iiber die Einwirkung des Sauersloffes auf dieselben Journ. f. pract. Chem., t. XXXII, 1844, p. 129-164.
'.Il .1. Arnaudon, Recherches sur le bois d’Amarante, C. R. ,4e. Se., t. XL VII, 1858, p. 32-36.
.4) M. I. Girardin. Leçons de Chimie élémentaire applUfuée aux arts industriels. Paris. 1861.
'?) H. C. Sorby, On a definite Method of qualitative Analysis of Animal and \ egetable Colouring matters by means of the spectrum Microscope. Proc. Roy. Soc., t. XV, 1867, p. 433-456
•6) .1. E. Reynolds, Notes on certain absorption spectra. The Chemical Xewsr ' Y VIH, 1868. p, 49-51.
LA DÉTERMINATION DES BOIS EXOTIQUES COLORÉS
Dans une série de publications parues entre 1869 et 1876. Guibourt G), Wiesner (3), Renault, Sagot (2), Planchon ('0 et B.-C. Niederstadt (5), font connaître les particularitéschimiques des extraits aqueux et alcooliques de plusieurs bois-
Dans le même ordre d'idées, il faut encore ci'er le mémoire de F.-V. Lepel (6), dans lequel l’auteur propose uneclassification basée sur les caractères fournis par le spectred'absorption de l'extrait du bois, tandis que Th. Hartig G) et MüUer (8) font plutôt servir à la détermination des espècesles caractères anatomiques.
En 1889. II. -W. Yogel (9) indique les variations du spectred'absorption des matières colorantes des bois utilisés en teinture lorsqu’on fait agir certains réactifs chimiques sur la solution examinée.
Vers la même époque, Brick (10) et Charpentier G1) étudient les caractères de coloration et de précipitation de la solution du principe colorant de quelques bois.
Dans sa thèse, M. Houlbert (12), pour établir une classification des bois appartenant aux principales familles d’Apétales, tient compte de la structure anatomique du tissu ligneux.
("est de nouveau l’étude spectroscopique de la matière colorante des bois (pii fait l'objet des recherches de M. J. Formanek (13).
(11 N. J. B. G. Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples. Paris, 1869.
(2) Renault et Sagot, Noie «tir la matière colorante de l’Ebène verte de la
Guyane. Bull. Soc. bot. Fr., t. XIX, 1872, p. 166.
(3) J. Y\ iesner, l)ie liohsloffe des P/lanzenreichcs. Leipzig, 1873.
(4) G. Planchon, Traité pratique de la détermination des drogues simples
d'origine végétale. Paris, t. II, 1875, p. 85-90.
(5) R. ( . Niederstadt. A Vegetable Colouring Matter. Journ. o/' the Chem. Soc.,
Londres, 1876, p. 206-207.
(6) F. \. Lepel, Ueber die Aenderungen (1er Absorptionspectra einiger
Farbstoffe in verschiedenen Losungmitteln. Ber. Chem. Gesellsch.. t. \IT 1878, p. 1140-1151.
(7) II). Hartig, Anatomie and Physiologie der llolzpflanzen , Berlin, 1878.
f8) h. J. i . Muller, Atlas der Holzstruetur dargeslelll in Micropholographiert , Halle, 18S8. F.rlaulern der Test zu déni Allas der Holzstruetur , Halle. 1888.
(9) IL W. Vogel, Practische Spectralanalyse , Berlin, l. I, 1889, p. 403-411.
(10) C. Brick, Jahrbuch der Hamburgishen wissenscha{tlichen Anstalten,
Vie Arbeiten des Bot. Muséums, Hambourg, 1889.
(111 P. ( harpenlier, Le Bois, encyclopédie Chimique de Frémy, Paris, t. X.1890. 12) Houlbert1, Recherches sur la structure comparée du bois secondaire dans les Apétales. I hèse, Paris, 1893, et Ann. de Se. nat. 1893, 7* série Bot., :. xvn, p. 91
'13) J. Formanek, Die qualitative Spectralanalyse, Berlin, 1900.
d’après leurs caractères chimiques et spectroscopiques
Eh 1907, M. Gérard (D a dressé, pour un certain nombre de Légumineuses africaines, ries fiches d’identification qui reposent sur tout un ensemble de caractères : aspect, couleur, différenciation du cœur et de l’aubier, déterminations physiques, particularités de l’écorce, examen microscopique, que l’auteur met à profil en vue d’un groupement méthodique des bois étudiés.
M. Martin-Lavigne (1 2 3b d’autre part, applique les données fournies par l'anatomie a la' classification de quelques bois de la Guyane- Mais dans leurs recherches, les deux auteurs précités n’attribuent aux déterminations chimiques qu’une importance toute secondaire. Dans son ouvrage : The Timbers oj commerce and their identification , M. H. Stone G) fait une ■étude dés divers caractères qui sont susceptibles d’être utilisés pour l'identification des bois, puis il décrit un très grand nombre de ces bois, et, pour chacun d’eux, il donne la teinte de l’extrait aqueux ou alcoolique ainsi que les modifications qui se produisent' lorsqu’on fait agir divers réactifs, notamment la potasse : mais il ne précise nullement les conditions de l’expérience.
Or, pour avoir des résultats comparables et toujours constants, il est absolument nécessaire de choisir une technique bien déterminée et d’en fixer les détails.
D’ailleurs M. Stone lui-même reconnaît que les auteurs sont loin de s’accorder sur les résultats auxquels conduisent les caractères de coloration. C’est ainsi que la solution aqueuse obtenue avec Y Haemaloxylon Campechianum Linn. est violette puis rouge carmin d’après Wiesner, rouge suivant Descourtilz et rouge de sang foncé d’après Girardin.
En effet, parmi les facteurs qui ont une influence prédominante sur la coloration de l’extrait aqueux ou alcoolique, il y a lieu de mentionner :
1°) La nature et la concentration du dissolvant.
2°) Les quantités respectives de dissolvant et de poudre du bois traité.
(1) G. Gérard, Recherches sur les bois de différentes espèces de Légumineuses
africaines. Thèse Dort. Unie., Paris, 1907.
(2) lî. Martin-Lavigne, Recherches sur les bois de la Guyane, Thèse Dort.
Unie., Paris, 1909.
(3) H. Stone, The Timbers oi commerce and their identification, Londres
(William Riders’s son), 1904.
LA DÉTERMINATION DES BOIS EXOTIQUES COLORÉS
3 ) La durée de contact des deux substances, suivant que l'opération est effectuée à chaud ou à froid.
Et c’est précisément pour avoir négligé ces conditions d’expérience que les conclurions des auteurs sont confuses et même contradictoires.
Au surplus, elles n’ont fourni que de médiocres éléments d’appréciation qui. à eux seuls, sont parfaitement insuffisants pour rendre possible la détermination des bois.
A cet égard, nous pensons, et c’est justement là le but de cette étude, que la méthode plus rigoureuse que nous avons adoptée, et que nous allons décrire plus loin, fournit des résultats plus constants et, par suite, mieux utilisables en classification.
Nous en aurions d’ailleurs une première vérification dans les belles et toutes récentes observations de M. le Professeur Perkin P). Pour différencier Y Haemaloxylon Campechianum Linn.. le Caesalpinia brasiliensis Linn. et YHaemaioxylon africanum W. Pearson., M. Perkin compare les colorations que donne la solution aqueuse lorsqu’on la traite par la soude, le perchlorure de fer et l’acétate de plomb : l’essai de teinture lui fournit encore un moyen de diagnose-
Les recherches que M. Perkin — recherches que nous ignorions au moment où nous avons entrepris notre travail — a, du reste, limitées à trois espèces, sont déjà un peu, en somme, celles que nous allons étendre, en faisant appel également aux propriétés spectrales, à de nombreux bois. Mais nous préciserons plus que M. Perkin ne l’a fait — 1 car. selon nous, là e*t le point important — les conditions dans lesquelles nos déterminations ont été effectuées.
^1) A. C>. Perkin el A. E. Ev'-re^t, The \alural organic colouring mallers. Londrès, 1913, p. 332.